‹ Discours sur les révolutions du globe avec des notes et un appendice d'aprèsChapitre 13 sur 19 · DURÉE · texte numérisé non relu

DURÉE

(*) Ératostiièoeaeblt qu'une consteUaUou du Scorpion et des Serres.

ment des Serres sans en maitiuer U fin ; et eomme U donne raiUe huU cent Tingt-trois ans au

U resterait mille quatrevingt-neuf ans pour les Serres, en supposant qu'il n'y eût aucun espace Vide entre les deux i

Bélier

iiiii iiiiii

Taureau. . • ,

Gémeaux

Lion

Vierse

Serres

Scorpion

Sagittaire

Capricorne

Verseau

Poissons

Quant aux Chaldéens, aux Égyptiens, aux Glimois et aux Indiens, il n*y faut pas songer. On n'en peut absolument rien tirer. Ma profession de foi à cet égard est dans le discours préliminaire de Mon Histoire de Pas* tronomie du moffen dge^ pages xvij et xviij.

Voyez aussi la note ajoutée au Rapport sur les Mémoires de M. de Paraveyy tome vni des Nouvelles Annales des voyages ^ et reproduite par M. de ParaTey dans son aperçu de ses Mémoires sur Vorigine de la Sphère y pages 24 et de 31 à de*

Voyez encore V Analyse des travaux mathématiques de V Académie en 1820, pages 78 et 79. DelUoibb.

font remonter ce zodiaque qu'à deux mille six cent dix ans avant Jésus-Christ (1).

M. Hamilton, qui a le premier fait remarquer cette di-* vision du signe du Lion dans le zodiaque d'Esné^ réduit Téloignement de la période où s'y trouvait le solstice à mille quatre cents ans avant Jésus-Christ.

n parut encore un grand nombre d'autres systèmes sur le même sujet. H. Rhode^ par exemple^ en proposait deux : le premier faiisait remonter le zodiaque du portique de Dendera à cinq cent quatre-vingt-onze ans avant Jésus-Christ; d'aprè&le second, il s'élèverait à douze cent quatre-vingt-dix (2). M. Latreille fixait l'époque du zodiaque à six cent soixante-dix ans avant Jésus-Christ; celle du planisphère à cinq cent cinquante ; celle du zodiaque du grand temple d'Esné à deux mille cinq cent cinquante ; celle du petit à mille sept cent soixante.

HaisiLy avait utte difficulté inhérente à toutes les dates qui partaient de la double supposition que la division marque le solstice, et que la position du solstice marque l'époque du monument; c'est la conséquence inévitable que le zodiaque d'Esné aurait dû être au moins de deux mille et peut-être de trois mille ans (3) plus ancien que celui de Dendera, conséquence qui évi-

(1) Voyez le Grand Ouvrage sur V Egypte y Antiquités, Mémoires^ 1. 1, pag. 4S6.

(2) Rhode, Essai sur Vâge du zodiaque et Vorigine des constellations, en allemand; Breslau, 1809, in-4% p. 78.

(3) D'après les tables de la note ci-dessus, le solstice est resté trois mille quatre cent soixante-quatorze ou au moins trois mille trois cent sept ans dans la constellation de la Vierge, celle de toutes qui occupe un plus grand espace dans le zodiaque, et deux mille six cent dix-sept dans celle du Lion.

238 DISCOURS SVB LES BÉVOLUTIONS

demment battait en ruine la supposition; car aucun homme un peu instruit de l'histoire des arts ne pourra croire que deux édifices aussi ressemblants par Tarchitecture aient été autant séparés par le temps.

Le sentiment de cette impossibilité, uni toujours à la croyance que cette division des zodiaques indique une date, fit recourir, à une autre conjecture, à celle que les constructeurs auraient voulu marquer celle des années sacrées des Égyptiens où le monument a été élevé. Ces années ne durant que trois cent soixante-cinq jours, si le soleil au commencement de l'une occupait le commencement d'une constellation, il s'en faJlaif de près de six heures qu'il n'y fût revenu au commencement de Tannée suivante, et après cent vingt et un avis il ne devait se trouver qu'au commencement du signe précédent. Il semble assez naturel que les constructeurs d'un temple aient voulu indiquer à peu près dans quelle période de la grande année, de l'année sothiaque, il avait été élevé, et l'indication du signe par lequel commençait alors l'année sacrée en était un assez bon moyen. On comprendrait ainsi qu'il se serait écoulé de cent vingt à cent cinquante ans entre le temple d'Esné et celui de Dendera.

Mais, dans cette manière de voir, il restait à déterminer dans laquelle des grandes années ces constructions auraient eu lieu : ou celle qui a fini en 138 après, ou celle qui a fini en 1322 avant Jésus-Christ, ou quelque autre.

Feu Visconti, premier auteur de cette hypothèse, prenant Fannée sacrée dont le commencement répondait

au signe du Lion^ et jugeant, d'après la ressemblance des signes, qu'ils avaient été représentés à une époque où les opinions des Grecs n^étaient pas étrangères à rÉ^pte, ne pouvait choisir que la fin de la denûère grande année^ ou Tespace écoulé entre Tan 12 et Fan 138 après Jfésus-Christ (1), ce qui lui sembla s'accorder avec l'inscription grecque, qu'il ne connaissait pas bien encore, mais où il avait oui dire qu'il était question d'un César. ;-

M. Testa, cherchant la date du monument dan^n autre ordre d'idées, alla jusqu'à supposer que si la Vierge se montre à Esné en tète du zodiaque, c'est que l'on a voulu y représenter l'ère d'Actium, telle qu'elle avait été établie pour l'Egypte par un décret du sénat, cité par Dion Cassîus^ et qui commençait au mois de septembre, le jour où avait eu lieu la prise d'Alexandrie par Auguste (2) .

M. de Paravey considéra ces zodiaques sous un point de vue nouveau, qui pourrait embrasser à la fois et la révolution des éqùinoxés et celle de la grande année. Supposant que le planisphère circulaire de Dendera a dû être orienté, et que l'axe du nord au sud est la ligne des solstices, il vit le solstice d'été au deuxième Gémeau, celui d'hiver à la croupe du Sagittaire; la ligne des équinoxes aurait passé par les Poissons et la Vierge, ce qui lui donnait pour date le premier siècle de notre ère.

D'après cette manière de voir, la division du zbdia-

(1) Tradaction d'Hérodote parLarcher, tom. Il, pag. 570.

(2) Voyez la dissertation de Tabbé Dominique Testa : Sopra due zodiaci novellamente scoperte nelV Egitto; Rome, 1802, pag. 34.

que du portique ne pouvait plus se rapporter aux colures, et il fallait chercher ailleurs la marque du solstice. M. de Paravey ayant remarqué qu'il y a entre tous les signes des figures de femmes qui portent une étoile sur la tète et qui marchent dans le même sens^ et observant que celle qui vient après les Gémeaux est seule tournée en sens contraire des autres, jugea qu'elle indique la conversion du soleil ou le tropique y et que ce zodiaque s'accorde ainsi avec le planisphère.

En appliquant l'idée de l'orientementau petit zodiaque d'Esné^ on y trouverait les solstices entre les Gémeaux et le Taureau^ et entre le Scorpion et le Sagittaire; ils y seraient même marqués par le changement 4e direction du Taureau et par des béliers ailés placés entravers à ces deux endroits. Dans le grand zodiaque de la même ville les marques en seraient la position en travers du Taureau et le renversement du Sagittaire ; il n'y aurait plus alors qu'une portion de constellation d'écoulée entre les dates d'Esné et celles de Dendera^ espace toutefois encore bien long pour des édifices si ressemblants.

Une opération de feu M. Delambre sur le planisphère circulaire parut confirmer ces conjectures favorables à sa ^nouveauté ; car en plaçant les étoiles sur la projection d'Hipparque, d'après la théorie de cet astronome et d'après les positions qu'il leur avait données dans son catalogue , augmentant toutes les longitudes pour que le solstice passât par le second des Gémeaux, il reproduisit presque ce planisphère; et « cette ressema blance, dit-il, aurait été encore plus grande s'il eût

a adopté les longitudes telles qu'elles sont dans le cata- « logue de Ptolomée pour l'an 123 de notre ère . Au con- « traire, en remontant de vingt-cinq ou yingt-six siè- « clés^ les ascensions droites et les déclinaisons seront <i changées considérablement , et la projection aura <c pris une figure toute différente (1).

a Tous nos calculs, «ajoutait ce grand astronome, <c nous ramènent à cette conclusion, que les sculptures <c sont postérieures à Fépoque d'Alexandre. )>

A la vérité , le planisphère circulaire ayant été apporté à Paris par les soins de MM. Saunier et Lelorrain, H. Biot, dans un ouvrage (2) fondé sur des mesures précises et des calculs pleins de sagacité, a établi qu'il représente, d'après une projection géométrique exacte, l'état du ciel tel qu'il avsdt lieu sept cents ans avant Jésus-Christ; mais il s'est bien gardé d'en conclure qu'il ait été sculpté dans ce temps-là.

En effet, tous ces efforts d'esprit et de science, en tant qu'ils concernent l'époque des monuments, sont devenus superflus depuis que , finissant par où naturellement l'on aurait commencé si la prévention n'avait pas aveuglé les premiers observateurs , on s'est donné la peine de copier et de restituer les inscriptions grecques gravées sur ces monuments, et surtout depuis

(1) Delambre. Note à la suite du rapport sur le Mémoire de M. de Pàravey. Ce rapport est imprimé dans les Nouvelles Annales des Voyages. tom.VlII. -t^

(2) Voyez TouTrage de M. Biot intitulé Recherches sur plusieurs points de Vastronomie égyptienne, appliquées aux monuments astronomiques, trouvés en Egypte; Paris, 1823, in-8^

que M. ChampoUion est parvenu à déchiffrer celles qui sont exprimées en hiéroglyphes.

Il est certain maintenant, et les inscriptions grecques s'accordent pour le prouver avec les inscriptions hiéroglyphiques^ il est certain, disons-nous, que les templesr dans lesquels on a sculpté des zodiaques ont été cons* traits sous la domination des Romains. Le portique du temple de Dendera, d'après Finscription grecque de son frontispice, est consacré au salut de Tibère (1). Sur le planisphère du même temple on lit le titre d^autocrator en caractères hiéroglyphiques (2), et il est probable qu'il se rapporte à Néron. Le petit temple d'Esné , celui dont on plaçait Torigine au plus tard entre deux mille sept cents ou trois mille ans avant Jfésus-Christ, a une colonne sculptée et peinte la dixième année d'Antonin,. cent quarante-sept ans après Jésus-Christ, et elle est peinte et sculptée dans le même style que le zodiaque qui est auprès (3).

Il y a plus; on a la preuve que cette division du zodiaque dans tel ou tel signe n'a aucun rapport à la précession des équinoxes, ni au déplacement du solstice. Un cercueil de momie rapporté nouvellement de Thèbes par H. Caillaud, et contenant, d'après l'inscrip* tion grecque, très-Usible, le corps d'un jeune homme mort la dix-neuvième année de Trajan , cent seize ans

(1) Letronne, Recherches pour servir à Vhistoire de V Egypte pendant la domination des Grecs et des Romains, pag. 180.

(2) Letronne, Recherches pour servir à l'histoire de l'Egypte pendant la domination des Grecs et des Romains ^ pag. xxxviîj.

(3) Idem^ pages 456 et 457.

après Jésus-Christ (1), offre un zodiaque divisé au même point que ceux de Dendera (2) ; et toutes les apparences sont que cette division marque quelque thème astrologique relatif à cet individu^ conchision qui doit probablement s'appliquer aussi à la division des zodiaques des temples; elle marque ou le thème astrologique du moment de leur érection^ ou celui du prince pour le salut duquel ils avaient été votés ^ ou tel autre instant semblable relativement auquel la position du soleil aura paru importante à noter.

Ainsi se sont évanouies pour toujours les conclusions que Ton avait voulu tirer de quelques monuments mal expliqués, contre la ùouveauté des continents et des nations, et nous aurions pu nous dispenser d'en traiter avec tant de détails si elles n'étaient pas si récentes et n'avaient pas fait assez d'impression pour conserver encore leur influence sur les opinions de quelques personnes.

Le zodiaque est loin de porter en liû-mème nne date certaine et exoetsivement recnilée»

Mais il y a des écrivains qui ont prétendu que le zodiaque porte en lui-même la date de son invention, par la raison que les noms et les figures donnés à ses constellations sont un indice de la position des colures quand on l'inventa; et cette date, selon plusieurs, est telle-

(1) Letronne , Observations critiques et archéologiques sur Vohjet d€s représentations zodiacales qui nous restent de Vantiquité , à Voccasion d^un zodiaque égyptien peint dans une caisse de momie qui porte une inscription grecque du temps de Trajan; Paris, 1824, in-S^, pag. 30.

(2) Idem^ pages 48 et 49.

ment évidente et tellement reculée, qu'il est assez indifférent que les représentations que l'on possède de ce cercle soient plus ou moins anciennes.

Us ne font pas attention que ce genre d^arguments se complique de trois suppositions également incertaines : le pays où l'on admet que le zodiaque a été inventé, le sens que l'on croit avoir été donné aux constellations qui l'occupent, et la position dans laquelle étaient les colures par rapport à chaque constellation, quand ce sens lui a été attribué. Selon qu'on a imaginé d'autres allégories, ou que l'on admet que ces allégories se rapportaient à la constellation dont le soleil occupait les premiers degrés, ou à celle dont il occupait le milieu, ou à celle où il commençait d'entrer, c'est-à-dire dont il occupait les derniers degrés, on bien enfin à celle qui lui était opposée et qui se levait le soir; ou selon que Ton place l'invention de ces allégories dans un autre climat, il faut aussi changer la date du zodiaque. Les variations possibles à cet égard peuvent embrasser jusqu'à la moitié de la révolution des fixes, c'est-à-dire treize mille ans et même davantage.

Ainsi Pluche , généralisant quelques indications des anciens, a pensé que le Bélier annonce le soleil commençant à monter, et l'équinoxe du printemps; que te Cancer annonce sa rétrogradation au solstice d'été; que la Balance, signe d'égalité, marque l'équinoxe d'autonme (1) ; et que le Capricorne, animal grimpeur, in-

(1) Varro, de Ling. lat,, lib. ti : Signa, quod aliquid significent, nt libra aequinoctiam ; Macrob., Sat, Wh, 1, cap. 21 iCapricornus ab infemis partibus ad superas solem recTucens caprac naturam videtur imitari.

diquele solstice d'hi veraprès lequel le soleil nous revient. De cette manière^en plaçantles inventeursdu zodiaque dans un climat tempéré^ on aurait des pluies sous le Verseau^ dés naissances d'agneaux et de chevreaux sous les Gémeaux, des chaleurs violentes , sous le Lion^ les récoltes sous la Vierge^ la chasse sous le Sagittaire, etc., et les emblèmes seraient assez convenables. En plaçant alors les colures au commencement des constellations, ou du moins réquinoxe aux premières étoiles du Bélier, on n'arriverait en première instance qu^à trois cent quatre-vingt-neuf ans avant Jésus-Christ, époque évidemment trop moderne, et qui obligerait de remonter encore d'une période équinoxiale tout entière ou de vingt-six mille ans. Mais si Ton suppose que Téquinoxe passait parle milieu de la constellation , on arrivera à mille ou mille deux cents ans plus haut, à peu près à seize ou dix-sept cents ans avant Jésus-Christ; et c'est là Vépoque que plusieurs hommes célèbres ont cru véritablement être celle de Tinvention du zodiaque, dont, sur d'autres «notifs assez légers , ils ont fait honneur & Chiron.

MaisDupuis, qui avait besoin, pour l'origine qu'il prétendait attribuer à tous les cultes, que l'astronomie et nommément les figures du zodiaque eussent en quelque sorte précédé toutes les autres institutions humaines, a cherché un autre climat pour trouver d'autres explications aux emblèmes et pour en déduire une autre époque. Si, prenant toujours la Balance pour un signe équinoxial, mais la supposant à l'équinoxe da printemps, on veut que le zodiaque ait été inventé en

246 DISCOURS SUR LES mÉVOLUTlONS

Egypte, on trouvera, en effet, encore des explications assez plausibles pour le climat de ce pays (1). LeCapri- . corne, animal à queue de poisson, marquera le commencement de l'élévation du Nil au solstice d^été; le Verseau et les Poissons, les progrès et la diminution de l'inondation ; le Taureau, le labourage ; la Vierge, la récolte; et ils les marqueront aux époques où, en effet, ces opérations ont lieu. Dans cette hypothèse le zodiaque aura quinze mille ans (3) pour un soleil supposé au premier degré de chaque signe , plus de seize mille pour le milieu, et quatre mille seulement, en supposant queFemblème a été donné au signe àFopposition duquel était le soleil (3). C'est à quinze mille ans que s'est attaché Dupuis, et c*est sur cette date qu'il a fondé tout le système de son fameux ouvrage.

Il ne manque cependant pas de gens qui, tout en 'admettant que le zodiaque a été inventé en Egypte, ont imaginé des allégories applicables à des temps postérieurs. Ainsi, selon M. Hamilton, la Vierge représenterait la terre d'Egypte lorsqu'elle n'est pas ^core fécondée par l'inondation ; le Lion, la saison où cette terre est le plus livrée aux botes féroces, etc. (4).

Cette haute antiquité de quinze mille ans entraînerait d'ailleurs cette conséquence absurde, que les Égyptiens ceshommes qui représentaient tout par des emblèmes, et

(1) Voyez le Mémoire sur Torigine des constellations dans VOrigine des Cultes de Dupuis, tom. III, pages 324 et suivantes.

(2) Origine des cultes de Dupuis , tom. III, pag. 67.

(3) Dupuis suggère lui-même cette seconde liypothèsCi ibid.^ P*^4.

(4) JSgyptiaca, pag. 215.

^ui devaient attacherai! grand prix à ce que ces emblèmes fussent conformes aux idées qu^ils devaient peindre, auraient conservé les signes du zodiaque des milliers d'années après qu'ils ne répondaient plus en aucune manière à leur sens primitif. [ ' Feu Rémi Raige chercha à soutenir Topinion de Dupuis par un argument tout nouveau (1). Ayant remarqué que Ton peut trouver aux noms égyptiens des mois^ en les expliquant par les langues orientales, des sens plus ou moins analogues aux figures des signes du zodiaque; trouvant dans Ptolomée qu^ept/îqui signifie capricorne, commence au 20 de juin ^ et vient par conséquent immédiatement après le solstice d'été, il en conclut qu'à l'origine le Capricorne lui-même était au solstice d'été , et ainsi des autres signes^ comme l'avait prétendu Dupuis.

« Mais, indépendamment de tout ce qu'il y a de hasardé dans ces étymologies^ Raige ne s'aperçut point que c'est par un pur hasard que cinq ans après la bataille d'Âctium, en l'année 25 avant Jésus-Christ^ à l'établissement de l'année fixe d'Alexandrie, le premier jourde thoth se trouva correspondre au 29 d'août julien, et y correspondit depuis lors. C'est seulement de cette «époque que les mois égyptiens commencèrent à des jours fixes de l'année julienne, mais à Alexandrie seulement; et même Ptolomée n'en continua pas moins

(1) Voyez, dans le Grand ouvrage sur V Egypte^ Mémoires, tom I, le •mémoire de M. Rémi Raige sur le zodiaque nominal e( primitif des anciens Égyptiens. Voyez aussi la Table des mois grecs , romains et alexandrins ilaiis le Ptolomée de M. Halma , tome III.

2k8 DISCOURS SUR LES RÉVOLUTIONS

d'employer dans son Almageste l'ancienne année égyp^ tienne avec ses mois vagues (1).

Pourquoi n'aurait-on pas à une époque quelconque donné aux mois les noms des signes ou aux signes les noms des mois, tout aussi arbitrairement que les In« diens ont donné à leurs mois douze noms choisis parmi ceux de leurs vingt-sept maisons lunaires , d'après des motifsqu'il est impossible de deviner aujourd'hui (2) ?

L'absurdité qu'il y aurait eu à conserver pendant quinze mille ans aux constellations des figures et des noms symboliques qui n'auraient plus offert aucun rapport avec leur position^ aurait été bien plus sensible si elle fût allée jusqu'à conserver aux mois ces mêmes noms qui étaient sans cesse dans la bouche du peuple, et dont Tinconvenance se serait fait apercevoir à chaque instant.

Et que deviendraient en outre tous ces systèmes si les figures et les noms des constellations zodiacales leur avaient été donnés sans aucun rapport avec la course du soleil, comme leur inégalité, l'extension de plusieurs d'entre elles en dehors du zodiaque, leurs connexions manifestes avec les constellations voisines semblent le démontrer (3)î

(1) Voyez ies Recherches historiques sur les observations astronomi-^ ques des anciens, par M. Ideler, dont M. Halma a inséré la traduetion dans le troisième tome de son Plolémée ; et surtout le Mémoire de Fréret sur l'opinion de laNauze, relative à l'établissement de l'année d'Aleiandrie dans tes Mémoires de V Académie des Belles-Lettres, tom. XVI, pag. 30»*

(2) Voyez le Mémoire de sir Will. Jones sur Tanliquité du zodiaque indien, Mém. de Calcutta, tom. II.

(3) Voyez le Zodiaque expliqué, ou Recherches sur Vortgine et la

Qu'arriverait-il encore si, comme le dit expressément Macrobe (1)^ chaque signe avait dû être un emblème du soleil, considéré dans quelqu'un de ses effets ou de ses phénomènes généraux, et sans égard aux mois où il passe, soit dans le sûgne, soit à son opposite?

Enfin ^ que serait-ce si les noms avaient été donnés d^une manière abstraite aux divisions de l'espace ou du temps, comme les astronomes les donnent maintenant à ce qu'ils appellent les signes, et n'avaient été appliqués aux constellations ou groupes d'étoiles qu'à une époque déterminée par le hasard , en sorte qu'on ne pourrait plus rien conclure de leur signification (2) ?

En voilà sans doute autant qu'il en faut pour dégoûter un esprit bien fait de chercher dans l'astronomie des preuves de l'antiquité des peuples; mais, quand ces prétendues preuves seraient aussi certaines qu'elles sont vagues et dénuées de résultat, qu'en pourrait-on conclure contre la grande catastrophe dont il nous reste des documents bien autrement démonstratifs! Il faudrait seulement admettre, avec quelques modernes, que Tastronomie était au nombre des connaissances conservées par les hommes que cette catastrophe épargna.

signification des constellations de la sphère grecque, traduit du suédois de M. Swartz; Paris, 1809.

(1) SatumaL, lib. t, cap. 21, sub fin. : Nec solus Léo, sed signa guoque universa zodiaci ad naturam solis jure referuntur, etc. Ce n'est qoe dans rexplication du Lion ef du Capricorne quMl a recours à quelque phénomène relatif aux saisons ; le Cancer même est expliqué sona nn point de vue général , et relatif à l'obliquité de la marche du soleil.

(2) Voyez le Mémoire de M. de Guignes sur les zodiaques des Orientaa»» i Académie des Belles-Lettres, iom. XLVn. )

Exagératîoni relatives 4 oertaîni travaux de mines.

L^on a aussi beaucoup exagéré Tantiquité de certains travaux de mines. Un auteur tout récent a prétendu que les mines de TUe d'Elbe, à en juger par leurs déblais, ont dû être exploitées depuis quarante mille ans; mais un autre auteur^ qui a aussi examiné ces déblais avec soin, réduit cet intervalle à un peu plus de cinq mille (i) ; et encore en supposant que les anciens n^exploitaient chaque année que le quart de ce que Ton exploite maintenant. Hais quel motif a-t-on de croire que les Romains^ par exemple^ tirassent si peu départi de ces mines ^ eux qui consommaient tant de fer dans leurs armées? De plus y si ces mines avaient été en exploitation il y a seulement quatre mille ans , comment le fer aurait-il été si peu connu dans la haute antiquité?

Conclusion générale relative à Pépo<|ae de la dernière révolution»

Je pense donc^ avec MU. Deluc et Dolomieu , que^ s'il y a quelque chose de constaté en géologie , c'est que la surface de notre globe a été victime d'une grande et subite révolution, dont la date ne peut remonter beaucoup au delà de cinq ou six mille ans; que cette révolution a enfoncé et fait disparaître les pays qu'habitaient auparavant les hommes et les espèces des animaux aujourd'hui les plus connus; qu'elle a, au contraire, mis à sec le fond de la dernière mer, et en

(1) Voyez M. de Forlia d'Urban, Histoire de la Chine avant le déluge d'Ogygèi , p. 33.

a formé les pays aujourd'hui habités; que c'est depuis cette révolution que le petit nombre des individus épargnés par elle se sont répandus et propagés sur les terrains nouvellement mis à sec, et par conséquent que c'est depuis cette époque seulement que nos sociétés ont repris une marche progressive, qu'elles ont formé des établissements^ élevé des monuments , recueilli des faits naturels et combiné des systèmes scientifiques.

Mais ces pays aujourd'hui habités, et que la dernière révolution a mis à sec, avaient déjà été habités aupa^ ravant, sinon par des hommes , du moins par des animaux terrestres; par conséquent une révolution précédente, au moins, les avait mis sous les eaux; et si l'on peut en juger par les différents ordres d'animaux dont on y trouve des dépouilles, ils avaient peut-être subi jusqu'à deux ou trois irruptions de la mer.

Idées des reoherohes à faire ultérienremeat en géologie*

Ce sont ces alternatives qui me paraissent maintenant le problème géologique le plus important à résoudre , ou plutôt à bien définir, à bien circonscrire ; car, pour le résoudre en entier, il faudrait découvrir la cause de ces événements, entreprises d'une tout autre difficulté.

le le répète, nous voyons assez clairement ce qui se passe à la surface des continents dans leur état actuel; nous avons assez bien saisi la marche uniforme et la succession régulière des terrains primitifs; mais l'étude

352 DISCOUBS SUR LES BÉVOLUTIONS

des terrains secondaires est à peine ébauchée ; cette série merveilleuse de zoophytes et de mollusques marins inconnus^ suivis de reptiles et de poissons d'eau douce également inconnus , remplacés à leur tour par d'autres zoophytes et mollusques plus voisins de ceux d'aujourd'hui ; ces animaux terrestres^ et ces moUasques^ et autres animaux d'eau douce toujours inconnus qui viennent ensuite occuper les lieux^ pour en être encore chassés^ mais par des mollusques et d'autres ani-maux semblables à ceux de nos mers; les rapports de ces êtres variés avec les plantes dont les débris accompagnent les leurs ^ les relations de ces deux règnes avec les couches minérales qui les recèlent > le plus ou moins d'uniformité des uns et des autres dans les différents bassins : voilà un ordre de phénomènes qui me parait appeler maintenant impérieusement l'attentioa des philosophes.

Intéressante par la variété des produits des révolutions partielles ou générales de cette époque , et par Tabondance des espèces diverses qui figurent alternativement sur la scène y cette étude n'a point Faridité de celle des terrains primordiaux et ne jette points conune elle^ presque nécessairement dans les hypothèses. Les faits sont si piressés^ si curieux, si évidents, qulls suffisent, pour ainsi dire, à l'imagination la plus ardente; et les conclusions qu'ils amènent de temps en temps , quelque réserve qu'y mette l'observateur, n'ayant rien de vague, n'ont aussi rien d'arbitraire; enfin, c'est dans ces événements plus rapprochés de nous que nous pouvons espérer de trouver quelques traces des événe-

inen|s plus anciens et de leurs causes, si toutefois il est encore permis^ après de si nombreuses tentatives^ de se flatter d'un tel espoir.

Ces idées m'ont poursuivi^ je dirais presque tourmenté^ pendant que j'ai fait les recherches sur les os fossiles^ dont j'ai donné depuis peu au public la collection^ recherches qui n'embrassent qu'une si petite partie de ces phénomènes de l'avant-dernier âge de la terre, et qui cependant se lient à tous les autres d'une manière intime. 11 était presque impossible qu'il n'en naquit pas le désir d'étudier la généralité de ces phénomènes, au moins dans un espace limité autour de nous. Mon excellent ami M. Brongniart^ à qui d'autres études donnaient le même désir, a bien voulu m'associer à lui, et c'est ainsi que nous avons jeté les premières bases de notre travail sur les environs de Paris; mais cet ouvrage, bien qu'il porte encore mon nom, est devenu presque entier celui de mon ami, par les soins infinis qu'il a donnés, depuis la conception de notre premier plan et depuis nos voyages, à l'examen approfondi des objets et à la rédaction du tout. Je l'ai placé , avec le consentement de H. Brongniart , dans la deuxième partie de mes Recherches, dans celle où je traite des ossements de nos environs. Quoique relatif en apparence à un pays assez borné, il donne de nombreux résultats applicables à toute la géologie, et sous ce rapport il peut être considéré comme une partie intégrante du présent discours, en même temps qu'il est à coup sûr l'un des plus beaux ornements de mon livre (1).

. (1) On en a tiré des exemplaires à part, sous ie titre de Description

254 DISCOURS SUR LES BivoumoNs

On y voit l'histoire des changements I«s plas r^ents arrivés dans un bassin particulier, et il nous conduit jusqu'à la craie, dont l'étendue sur le globe est infini^ ment plus considérable que ceUedes matériauxda bassin de Paris. La craie, que Ton croyait si moderne, se trouve ainsi bien reculée dans les siècles de Pavant-dernier âge ; elle forme une sorte de limite entre les terrains les plus récents, ceux auxquels on peut réserver le nom de tertiaires, et les terrains que l'on nomme secondaires, qui se sont déposés avant la craie, mais après les terrains primitif et ceux de transition.

Lesobservations récentes de plusieurs géologistes qui ont donné suite à nos vues, tels que MM. Buckland, Webster, Constant-Prévost, et celles de M. Brongniart lui-même, ont prouvé que ces terrains postérieurs à la craie se sont reproduits dans bien d'autres bassins que celui de Paris, quoique avec quelques variations; en sorte qu'il a été possible d'y consta^r un ordre de succession dont plusieurs étages s'étendent presque à toutes les contrées que l'on a observées.

Rénmié des obiervationi sur la suooesnon des terrains*

Les couches les plus superficielles, ces bancs de limon et de sables argileux mêlés de cailloux roulés provenus de pays éloignés, et remplis d'osseinents d'animaux terrestres, en grande partie inconnus ou au moins étrangers, semblent avoir recouvert toutes les plaines,

géologique des environs de Paris, par MM. G. Cuvier et AI. Brongoiart ; Paris, 1822, m-4°, et 1834 , in-8^

rempli le fond de toutes les cavernes^ obstrué toutes les fentes de rochers qui se sont trouvés à leur portée. Décrites avec un^soin particulier par M. Buckland^ sous le nom de diluvium^ et bien différentes de ces autres couches également meubles^ sans cesse déposées par les torrents et par les fleuves, qui ne contiennent que des ossements d^animaux du pays, et que H. Buckland désigne par le nom à^alluvium, elles forment aujourd'hui aux 'yeux de tous les géologistes la preuve la plus sensible de rinondation immense qui a été la dernière des catastrophes du globe (1).

Entre ce diluvium et la craie sont les terrains alternativement remplis des produits de Feau douce et de Feau salée, qui marquent les irruptibns et les retraites de la mer auxquelles depuis la déposition de la craie cette partie du globe a été sujette; d'abord des marnes et des pierres meulières, ou silex caverneux, remplies de coquilles d'eau douce semblables à celles de nos marais et de nos étangs; sous elles des marnes, des grès, des calcaires, dont toutes les coquilles sont marines, des huîtres, etc.

Plus profondément, des terrains .d'eau douce d'une époque plus ancienne, et nommément ces fameuses plàtriêres des environs de Paris qui ont donné tant de facilité à orner les édifices de cette grande ville, et où nous avons découvert des genres entiers d'animaux terres-

(1) Voyez le grand ouvrage de M. le professeur Backland', intitulé Reliquix diltivianœ; Londres, 1823, m-4'', pages 185 et suivantes ; et l'article EAU, par M. Brongniarty dans le quatorzième volume du J)ictionnaire des Sciences naturelles.

très dont on n^avait aperça aucune trace ailleurs.

Elles reposent sur ces bancs, non moins remarquablesy de la pierre calcaire dont notre capitale est construite, dans le tissu plus ou moins serré desquels la patience et la sagacité de MH. Defrance, Deshayes, et d'autres ardents collecteurs, ont déjà recueilli plus de huit cents espèces de coquilles, toutes de mer, mais la plupart inconnues dans les mers d'aujourd'hui. Ils ne contiennent aussi, presque généralement, que des ossements de poissons, de cétacés et d'autres mammifères marins. Tout au plus voit-on, dans leurs couches les plus voisines du gypse, des os semblables à ceux de ce dernier terrain (1).

Sous ce calcaire marin est encore un terrain d'eau douce, formé d'argile, dans lequel sHnterposent de grandes couches de lignite ou de charbon déterre d^une origine plus récente que la houille. Parmi des coquilles constamment d'eau douce, il s'y voit aussi des os, mais, chose remarquable, des os de reptiles et non pas de mammifères. Des crocodiles, des tortues le remplissent, et les genres de mammifères perdus que récèle le gypse ne s'y voient pas. Ils n'existaient pas encore dans la contrée quand ces argiles et ces lignites s'y formaient.

Ce terrain d'eau douce, le plus ancien que l'on ait reconnu avec certitude dans nos environs, et qui porte tous les terrains que nous venons de dénombrer, est porté et embrassé lui-même de toutes parts par la craie, formation immense par son épaisseur et par son étendue, qui se montre dans des pays fort éloignés, tels

(1) Voyez note lo de l'Appendice.

que la Poméranie^ la Pologne, mais qui dans nos environs règne avec une sorte de continuité en Berri, en Champagne^ en Picardie , dans la haute Normandie et dans une partie de T Angleterre^ et forme ainsi un grand cercle ou plutôt un grand bassin dans lequel les terrains dont nous venons de parler sont contenus^ mais dont ces terrains recouvrent aussi les bords dans les endroits où ils étaient moins élevés.

En effets ce n'est pas seulement dans notre bassin que ces sortes de terrains se déposaient. Dans les autres contrées où la surface de la craie leur offrait des cavités semblables^ dans ceux même où il n'y avait point de craie, et où les terrains plus anciens s'offraient seuls pour appui, les circonstances amenèrent souvent des dépôts plus ou moins semblables aux nôtres, et recelant les mêmes corps organisés.

Nos terrains à coquilles d'eau douce des deux étages ont été vus en Angleterre, en Espagne, et jusqu'aux confins de la Pologne.

Les coquilles marines placées entre eux se sont retrouvéesle long des Apennins.

Quelques-uns des quadrupèdes de nos plàtrières, nos paléotbériums, par exemple, ont aussi laissé de leurs os dans les terrains gypseux du Vêlai et dans les carrières de pierres dites molasses du midi de la France.

Ainsi les révolutions partielles qui avaient lieu dans nos environs, entre l'époque de la craie et celle de la grande inondation, et pendant lesquelles la mer se jetait sur nos cantons ou s'en retirait^ avaient lieu aussi dans une multitude d'autres contrées. C'était pour le globe

CUTIER. — DISC. «UR LES BÉTOL. 17

une suite de tourmentes et de varialions, probablement assez rapides^ puisque les dépôts qu'elles ont laissés ne montrent nulle part beaucoup d'épaisseur ou beau* coup de solidité.

La craie a été le produit d'une mer plus tranquille et moins coupée ; elle ne contient que des produits marins^ parmi lesquels il en est cependant quelques-uns d'animaux vertébrés bien remarquables^ mais tous de la classe des reptiles et des poissons; de grandes tortues^ d'immenses lézards et autres êtres semblables.

Les terrains antérieurs à la craie^ et dans les creux desquels elle est elle-même déposée^ comme les terrains de nos environs le sont dans les siens^ forment une grande partie de l'Allemagne et de l'Angleterre; et les efforts qu'ont faits récemment les savants de ces deux pays^ d'accord avec les nôtres, et inspirés par les mêmes données ; s'unissant à ceux qu'avait précédemment tentés l'école de Werner, ne laisseront bientôt rien à désirer pour leur connaissance (1). HH. de Humboldt et de Bonnard pour la France et l'Allemagne^ MM. Buckland, Conybeare, Labèche pour l'Angleterre, en ont donné les tableaux les plus complets et les plus instructifs (2).

(1) Voyez note 11 de l'Appendice.

(2) Voici celui que M. de Humboldt a bien voulu tracer pour en orner mon ouvrage , non-seulement des terrains secondaires , mais de toute la suite des couches , depuis les plus anciennes que Ton connaisse jusqu'aux plus modernes et aux plus superficielles. C'est en quelque sorte le dernier réaumé des efforts de tous les géologistes. Voyez le tableau ci-joint.

[ Ce tableau n'a plus aujourd'hui qu'une valeur historique, suivant M. de Humboldt lui-même. Nous donnerons dans l'Appendice la classifi-

Pa^#258.

Sous la craie sont des sables verts dont ses couches inférieures conservent quelques restes. Plus profondément sont des sables ferrugineux; en bien des pays les uns et les autres s^agglutinent en banes de grès, dans lesquels se voient aussi des lignites^ du succin et des débris de reptiles.

Au-dessous vient la grande masse de couches qui composent la chaîne du Jura et celle des montagnes qui le continuent en Souabe et en Franconie, les crêtes principales des Apennins et des multitudes de bancs de la France et de l'Angleterre. Ce sont des schistes calcaires riches en poissons et en crustacés^ des bancs immenses d'oolithes ou d'une pierre calcaire grenue^ des calcaires marneux et pyriteux gris caractérisés par des ammonites ^ par des huîtres à valves recourbées^ dites gryphées^ et par des reptiles^ mais y de plus, singuliers dans leurs formes et leurs caractères.

De grandes couches de sables et de grès^ offrant souvent des empreintes végétales^ supportent tous ces bancs du Jura^ et reposent elles-mêmes sur un calcaire à qui les innombrables coquilles et zoophytes dont il est rempli ont fait donner par Werner le nom^ beaucoup trop général^ de calcaire coquillier^ et que d'autres couches de grès^ de la sorte qu'on nomme grès bigarré^ séparent d'un calcaire encore plus ancien , que l'on a appelé non moins improprement ca/cairea/pm^ parce qu'il compose les hautes Alpes du Tyrol, mais qui, dans le fait, se

cation nouveUedes roches que cet illustre savant a établie dans son Cosmos, i Voy.. l'Appendice, noie 12, ) ]

S60 DISCOUBS SUR tES RÉVOLUTIONS

montre au jour dans nos provinces de Test et dans tout le midi de rAllemagne.

C'est dans ce calcaire dit coquillier que sont déposés de grands amas de gypse et de riches couches de sel^ et c'est au-dessous de lui que se voient les couches minces de schistes cuivreux si riches en poissons , parmi lesquels il y a aussi des reptiles d'eau douce. Le schiste cuivreux est porté sur un grès rouge , à Fège duquel appartiennent ces fameux amas de charbon de terre ou de houille ; ressource de Tàge présent^ et reste des premières richesses végétales qui aient orné la fisice du globe. Les troncs de fougères dont ils ont conservé les empreintes nous disent assez combien ces antiques fo« rets différaient des nôtres (i)i

On tombe alors promptement dans ces terrains de transition où la première nature, la nature morte et purement minérale, semblait disputer encore l'empire à la nature organisante ; des calcaires noirs, des schistes qui n'offrent que des crustacés et des coquilles de genres aujourd'hui éteints, alternent avec des restes de terrains primitifs, et nous annoncent que nous arrivons à ces formations les plus anciennes qu'il nous ait été donné de connaître, à ces antiques fondements de Tenveloppe actuelle du globe, aux marbres et aux schistes primitifs, aux gneiss et enfin aux granits.

Telle est Ténumération précise des masses successives

(I) Pour compléter ce tableau, par Thistoire des sucessîons végétale» qui ont accompagné sur le globe aux différentes époques les succession» animales, on doit consulter les ouvrages de Lîndley, de Brongniart, etc., sur les végétaux fossiles. Voyez note 13 de l'Appendice.

•dont la nature a enveloppé ce globe ; la géologie Fa obtenue en combinant les lumières de la minéralogie avec celles que lui fournissaientles sciences de Torgani- «ation; cet ordre si nouveau et si intéressant de faits ne lui est acquis que depuis qu'elle a préféré des richesses positives données par Tobservation^ & des systèmes fantastiqueS; à des conjectures contradictoires sur la première origine des globes et sur tous ces phénomènes qui , ne ressemblant en rien à ceux de notre physique actuelle^ ne pouvaient y trouver pour leur explication ni matériaux ni pierre de touche. 11 y a quelques années la plupart des géologistes pouvaient être comparés à des historiens qui ne se seraient intéressés dans Thistoire de France qu'à ce qui s^est passé dans les Gaules avant Jules-César; mais encordes historiens s'aident-ils^ en composant leurs romans^ de la connaissance des faits postérieurs^ et les géologistes doot je parle négligeaient précisément les fsdts postérieurs^ qui seuls pouvaient réfléchir quelque lueur sur la nuit des temps précédents.

1 II ne me reste^ pour terminer ce discours, qu^à présenter le résultat de mes propres recherches, ou^ ^q, d'autres termes, le résumé de mon grand ouvrage; je vais énumérer les animaux que j'ai découverts dans l'ordre inverse de celui que je viens de suivre pour Ténumération des terrains. En m'çnfonçant dans la suite des couches, je reo^ontais dans la suite des temps; je vais maintenant prendre les terrains les plus anciens, faire connaître les animaux qu'ils recèlent; et, passant d'époque en époque, indiquer ceux qui s'y montrent

26e Discocms SUR les bévolutioics

successivement à mesare qu'on se rapproche du temps présent.

Énumération det ammauxfotnles reoonniu par l'auteur*

Nous avons vu que des zoophytes, des mollusques et certains crustacés commencent à paraître dès les terrains de transition; peut-être y a-t-il même dès lors des os et des squelettes de poissons; mais il s'en faut encore de beaucoup que Ton ne découvre si tôt des restes d'animaux qui vivent sur la terre sèche et respirent l'air en nature.

Les grandes couches de houille et les troncs de palmiers et de fougères dont elles conservent les empreintes^ bien que supposant déjà des terres sèches et une végétation aérienne^ ne montrent point encore des os de quadrupèdes^ pas même de quadrupèdes ovipares.

Ce n'est qu'un peu au-dessus^ dans le schiste cuivreux bitumineux^ qu'on en voit la première trace; et, ce qui est bien remarquable^ les premiers quadrupèdes sont dés reptiles de la famille des lézards, très-semblables aux grands monitors qui vivent aujourd'hui dans la zonetorride. Il s'en est trouvé plusieurs individus dans les mines de Thuringe (1), parmi d'innombrables poissons d'un genre aujourd'hui inconnu, mais qui, d'après ses rapports avec les genres de nos jours, parait avoir vécu dans l'eau douce. Chacun sait que les monitors sont aussi des animaux d'eau douce.

(1) Voyez mes Recherches sur les Ossements fossiles , tonûé V, in-4^^ deuxième partie, pâg. 300.

DE LA SURFACB BtT GLOEE. 263

Un peu plus haut est le calcaire dit des Alpes, et sur lui ce calcaire coquillier riche en entroques ef en encriniteS; qui fait la base d'une grande partie de TÀllemagne et de la Lorraine.

lia offert des ossements d'une très-grande tortue de mer^ dont les carapaces pouvaient avoir de si:;^ à huit pieds de longueur, et ceux d'un autre quadrupède ovipare de la famille des lézards, de grande taille et à museau très-pointu (1).

Remontant encore au travers des grès^ qui n'offrent que des empreintes végétales de grandes arondinacées^ de bambous^ de palmiers et d'autres monocotylédones^ on arrive aux différentes couches de ce calcaire qui a été nommé calcaire du Jura^ parce qu'il forme le principal noyau de cette chaîne.

C'est là que la classe des reptiles prend tout son développement et déploie des formes variées et des tailles gigantesques.

La partie moyenne, composée d'oolitheset de lias, ou de calcaii'es gris à gryphées, a reçu en dépôt les restes de deux genres les plus extraordinaires de tous^ qui unissaient les caractères de la classe des quadrupèdes ovipares avec des organes de mouvement semblables à ceux des cétacés.

Vichtyosaurus (2), découvert par sir Everard Home,

(i) Voyez mes Recherches sur les Ossements fossiles ^ tom. V» deuxième partie , pages 355 et 526.

(2) Ibid., tom. V, deuxième partie, pag. 447.

Le mot ichthyosaurus signifie |>oi5«on-^^i5arc( (de Ix^u;, poisson, el de aaûpocy lézard). (H.)

26% DISGOVHS SITE LES REVOLimONS

a la tète d'un lézard^ mais prolongée en un musean effilé^ armédedents coniquesetpointues; d'énormes yeux« dont la sclérotique est renforcée d'un cadre de pièces osseuses; une épine composée de vertèbres plates comme des dames à jouer^ et concaves par leurs deux faces comme celles des poissons; des c6tes grêles; un sternum et des os d'épaule semblables à ceux de lézards et des ornithorbynques; un bassin petit et faible^ et quatre membres^ dont les humérus et les fémurs sont courts et gros, et dont les autres os, aplatis et rapprochés les uns des autres comme despavés, composent, enveloppés de la peau, des nageoires d'une pièce, à peu près sans inflexions, analogues, en un mot, pour l'usage comme pour l'organisation, à celles des cétacés. Ces reptiles vivaient dans la mer; à terre ils ne pouvaient tout au plus que ramper, à la manière des phoques; toutefois ils respiraient l'air élastique (1).

On en a trouvé les débris de quatre espèces :

La plus répandue (/. communis^ pi. I, fig. 1) a des dents coniques mousses; sa longueur va quelquefois à plus de vingt pieds.

La seconde ( J. platyodon),'avi moins aussi grande, a des dents comprimées, portées sur une racine ronde et renflée.

La troisième [1. tenuirostris) a des dents grêles et pointues, et le museau mince et allongé.

La quatrième ( /. intermedius) tient le milieu, pour les dents, entre la précédente et la commune. Ces deux

(1) Voyez noie 14 de l'Appendice.

DE LA SURFACE DU GiLOVB. 265

dernières n^atteignent pas à moitié de la taille des deux premières (!)•

Le plesiosaurus (2), découvert par M. Conybeare^ devait paraître encore plus monstrueux que Vichthyosaun rus. Il en avait aussi les membres^ mais déjà un peu plus allongés et plus flexibles; son épaule^ son bassin étaient plus robustes; ses vertèbres prenaient déjà davantage les formes et les articulations de celles des lézards; mais ce qui le distinguait de tous les quadrupèdes ovipares et vivipares, c'était un cou grêle aussi long que son corps, composé de trente et quelques vertèbres, nombre supérieur à celui du cou de tous les autres animaux , s'élevant sur le tronc comme pourrait faire un corps de serpent, et se terminant par une très-petite tète, dans laquelle s'observent tous les caractères es^ntiels de celle des lézards (3).

Si quelque chose pouvait justifier ces hydres et ces autres monstres dont les monuments du moyen âge ont si souvent répété les figures, ce serait incontestablement ce plesiosaurus (4) .

On en connaît déjà cinq espèces, dont la plus' répandue ( P. dolichodeiruij pi. I, fig. 2 ) arrive à plus de vingt pieds de longueur

Une seconde (P. recentior), trouvée dans des couches plus modernes, a les vertèbres plus plates.

(1) Voyez mes Recherches^ tom. V, deuxième partie, pag. 456 . (2) De icXt}(tCoç , voisin , et aoupoc , lézard . (â) Voyez note 15 de l'Appendice.

(4) Voyez mes Recherches sur les Ossements fossiles^ tom. V, deuxième partie , pages 475 et suivanleô.

266 DISCOURS sua ]^e9 révolutions

Une troisième (P. carin^tus) montre une arête à la face inférieure de ses vertèbres.

Une quatrième et une cinquième enfin ( P. pentagonus et P. trigonus) les ont à cinq et à trois arêtes (1)«

Ces deux genres sont répandus partout dans le lias; on les a découverts en Angleterre^ où cette pierre est à nu sur de longues falaises; mais on les a retrouvés en France et en Allemagne.

Avec eux vivaient deux espèces de crocodiles, dont les os sont aussi déposés dans le lias, parmi des ammonites, des térébratules et d'autres coquilles de cette ancienne mer. Nous en avons des ossements dans nos falaises de Honfleur, où se sont trouvés les débris d'après lesquels j'en ai donné les caractères (2).

Une de ces espèces, le gavial à long 5ec, avait le museau plus long, et la tête plus étroite que le gavial ou crocodile à long bec du Gange; le corps de ses vertèbres était convexe en avant, tandis que dans nos crocodiles d'aujourd'hui il l'est en arrière. On Ta retrouvée dans *les lias de Franconie comme dans ceux de France.

Une seconde espèce, le gavial à bec court, avait le museau de longueur médiocre, moins effilé que le gavial du Gapge, plus que nos crocodiles de Saint-Domingue. Ses vertèbres étaient légèrement concaves à leurs deux extrémités.

(1) Voyez mes Recherches sur les Ossements fossiles, tom. V, deuxième partie, pages 485 et 486.

(2) Jbid.y tom. V, deuxième partie , pag.143.

Hais ces crocodiles ne sont pas les seuls qu'aient recueillis les bancs de ces calcaires secondaires.

Les belles carrières d'oolithe de Caen en ont offert un très-remarquable, dont le museau^ aussi long et plus pointu que celui du gavial à long bec, est suivi d'une tète plus dilatée en arrière^ à fosses temporales plus larges; c'était^ par ses écailles pierreuses et creusées de fossettes rondes, le mieux cuirassé de tous les crocodiles (1). Ses dents de la mftchoire inférieure sont alternativement plus longues et plus courtes.

n y en a encore un autre dans Toolithe d'Angleterre, mais que l'on ne connaît que par quelques portions de son cr&ne^ qui ne suffisent pas pour en donner une idée complète (2).

Un autre genre de reptiles bien remarquable, et dont les dépouilles, déjà existantes lors de la concrétion du lias , abondent surtout dans Toolithe et dans les sables supérieurs, c'est le megalosaurus , ainsi nommé ajuste titre (3); car avec les formes des lézards, et particulièrement des monitors, dont il a aussi les dents tranchantes et dentelées, il était d'une taille si énorme, qu'en lui supposant les proportions des monitors, il devait passer soixante-dix pieds de longueur : c'était un lézard grand comme une baleine [k). M. Buckland l'a découvert en

(1) Voyez mes Recherches sur les Ossements fossiles^ tom. Y, deuxième partie, pag. 127.

(2) Mous en attendons une plus ample connaissance des recherches do M. Conybeare.

(3) Megalosaurus signifie grand lézard (de (a^oC) grand, et aaOpo;, lézard.) (H.)

(4) Ibid,^ tom. V, deuxième partie, pag. 343.

ÂDgleierre; mais nous en avoiis aussi en France^ et il s'en est trouvé en Allemagne des os, sinon de la même espèce, du moins d'une espèce qu'on ne peux rapporter à un autre genre. C'est à H. de Sœmmerring qu'on en doit la première description. Il les a découverts dans des couches supéâeures & l'oolithe , dans ces schistes calcaires de Franconi depuis longtemps célèbre par les nombreux fossiles qu'ils fournissaient aux cabinets^des curieux, et qui vont le devenir bien davantage par les services que rend aux arts et aux sciences leur emploi dans la lithographie.

liés crocodiles continuent & se montrer dans ces schistes, et toujours des crocodiles àlong museau. M. de Sœmmerring en a décrit un (le c. priseus) dont le squelette entier d'un petit individu est conservé presque comme il pourrait Tétre dans nos cabinets (1), (Test un de ceux qui ressemblent le plus au gavial actuel du Gange; néanmoins, la partie symphysée de sa mâchoire inférieure est moins longue; ses dents inférieures sont alternativement et régulièrement plus longues et plus courtes; il y a dix vertèbres de plus à la queue.

Mais des animaux beaucoup plus remarquables que recèlent ces mêmes schistes , ce sont les lézards volants que j'ai nommés ptérodactyles ( pi. II ) (2) .

Ce sont des reptiles à queue très-courte , à cou trèslong, à museau fort allongé et armé de dents aiguës, portés sur de hautes jambes, et dont l'extrémité antérieure

(1) Voyez mes Recherches sur les Ossements fossiles , tome V, deuxième partie, pag. 120.

(2) Voyez note 16 de l'Appendice.

a un doigt excessivement allongé^ qui portait vraisemblablement une membrane propre à les soutenir en Tair^ accompagné de quatre autres doigts de dimension ordinaire terminés par des ongles crochus. L'un de ces animaux étranges , et dont Taspect serait effrayant si on les voyait aujourd'hui^ pouvait être delà taille d'une grive (1) ; l'autre , de celle d'une chauve-souris commune (2); mais il parait > par quelques fragments^ qu'il en existait des espèces plus grandes (3); et M. Buckland vient tout récemment d^en découvrir de nouvelles.

Un peu au-dessus des schistes calcaires est le calcaire presque homogène des crêtes du Jura. Il contient aussi des os^ mais toujours de reptiles : des crocodiles et des tortues d'eau douce , dont il offre surtout une grande abondance aux environs de Soleure. Ils y ont été recherchés avec beaucoup de soin par M« Hugi ; et^ d'après les fragments qu'il a déjà recueillis y il est aisé de reconnaître un nombre considérable d'espèces de tortues d'eau douce ou émydesy que des découvertes ultérieures pourront seules faire déterminer, mais dont plusieurs se distinguent déjà par leur grandeur et par leurs formes de toutes les émydes connues (4).

C'est parmi ces innombrables quadrupèdes ovipares, de toutes les tailles et de toutes les formes; au milieu de ces crocod^es, de ces tortues, de ces reptiles volants,

(1) Voyez mes Recherches sur les Ossements fossiles ^ tom. V, deuxième partie , pag. 358 et ftui?antes.

(2) Ibid., pag. 376.

(3) Ibid,, pag. 380.

(4) Voyez mes Recherches sur les Ossements fossiles, tom. V» deuxième partie, pag. 225.

de ces immenses mégalosaurus^ de ces 'monstrueux plésiosaurus^ que se seraient montrés^ dit-on , pour la première fois quelques petits mammifères; il est certain que des mâchoires et quelques autres os découverts en Angleterre appartiennent à cette classe , et spécialement à la famille des didelphes ou à celle des insectivores!

Plusieurs géologistes ont soupçonné cependant que les pierres qui les incrustent sont dues à quelque recomposition locale et postérieure à l'époque de la formation primitive des bancs. Quoi qu^il en soit, pendant longtemps encore on trouve que la clause des reptiles dominait exclusivement.

Les sables ferrugineux placés^ en Angleterre, au-dessous de la craie contiennent en abondance des crocodiles^ des tortues^ des mégalôsaurus, et surtout un reptile qui offrait encore un caractère tout particulier, celui d'user ses dents comme nos mammifères herbivores.

C'est à M. Hantelly de Lewes en Sussex, que l'on doit la découverte de ce dernier animM, ainsi que des autres grands reptiles de ces sables inférieurs à la craie (1). Il Ta nommé ignanodon.

Dans la craie même il n'y a (Jue des reptiles; on y voit des restes de tortues, de crocodiles. Les fameuses carrières de tuffau de la montagne de Saint-Pierre, près de Haëlstricht, qui appartiennent à la formation de la craie, ont donné, à cftté de très-grandes tortues de mer et d'une infinité de coquilles et de zoophytes marins,

(1) Voyez mes Recherches sur les Ossements fossiles ^ tom. V, deuxième partiOi pages 161 , 232 et 350.

ua genre de lézards non moins gigantesques que le mégalosaurus^ qui est devenu célèbre par les recherches de Camper et par les figures que Faujas a données de ses os^ dans son histoire de cette montagne.

Il était long de vingt-cinq pieds et plus; ses grandes mâchoires étaient armées de dents très-fortes^ coniques^ un peu arquées et relevées d'une arète^ et il portait «aussi quelques-unes de ces dents danslè palais. On comptait plus de cent trente vertèbres dans son épine^ convexes en avant y concaves en arrière. Sa queue était haute et plate^ et formait une large rame verticale (1). M. Conybeare a proposé récemment de rappeler mosa* saurus.

Les argiles et les lignites qui recouvrent le dessus de la craie ne m'ont encore offert que des crocodiles (2). J'ai tout lieu de croire que les lignites qui ont donné en Suisse des os de castors et des tdrtues du genre appelé tionyxy et qui est^ comme le crocodile^ propre aux rivières des pays chauds (3)^ appartiennent à un &ge plus récent. Ce n'est même que dans le calcaire grossier qui repose sur ces argiles que j'ai commencé à trouver des os de mammifères ^ encore appartiennentrils tous à des mammifères marins, à des dauphins inconnus, à des lamantins, à des morses.

Parmi les dauphins, il en est un dont le museau, plus

(0 Voyez mes Recherches tur les Ossements fossiles ^ tom. V, deuxième partie» pag. 310 et salvantes.

(2) Ibid., pag. 163.

(3) Tout récemment M. Graves a envoyé an Muséom cTHistoire Natnretle une grande carapace de trionyx trouvée dans les terres noires des environs de Beaovais.

272 DISCOUBS SUR LES BÉVOLUTIONS

allongé que dans aucune espèce connue, avait la m&* choire inférieure symphysée sur une bonne partie de sa longueur presque comme dans un gavial. Il a été trouvé près de Dax par feu le président de Borda (1).

Un autre, des faluns du département de TOme, avait aussi le museau long, mais un peu autrement con« formé (2).

Le genre entier des lamantins est aujourd'hui habitant des mers de la zone torride, et celui des morses, dont on ne connaît qu'une espèce vivante, est confiné dans la mer Glaciale. Cependant nous trouvons des ossements de ces deux genres réunis dans les couches de calcaire grossier du milieu de la France; et cette réunion d'espèces dont les plus semblables sont aujourd'hui dans des zones opposées se reproduira plus d'une fois.

Nos lamantins fossiles sont différents des lamantins connus par une tète plus allongée et autrement configurée (3)« Leurs c6tes, très-reconnsdssables à leur épaisseur arrondie et à la densité de leur tissu, ne sont pas rares dans nos différentes provinces.

Quant au morse fossile, on n'en a encore que de petits fragments insuffisants pour en caractériser l'espèce (4.).

Ce n'est que dans les couches qui ont succédé au cal^

(1) Voyez mes Recherches sur les Ossements fossiles^ tom; V, première partie, pag. 316.

(2) /Wd., pag. 317.

(3) Ibid., pag. 266.

(4) Ibid.y pag. pk ; et deaiième partie, pag. 52t.

DjB LA SURFAGB DU GLOBE. 273

•caire grossier, OU tout au plus dans celles qui auraient pu se former en même temps que lui, mais dans les lacs d'eau douce^ que la classe des mammifères terrestres commence à se montrer dans une certaine abondance.

Je regarde comme appartenant au même àge^ et comme ayant vécu ensend>le^ mais peut-être sur différents points^ les animaux dont les ossements sont ensevelis dans les mollasses et de» couches anciennes de gravier du midi de la France; dans les gypses mêlés de calcaire^ tels que ceux des environs de Paris et d'Aix^ et dans les bancs marneux d'eau douce recouverts de bancs marins de l'Als^ce^ de l'Orléanais et du Berri.

Cette population animale porte un caractère très-re*marquable dans l'abondance et la variété de certains genres de pachydermes , qui manquent entièrement parmi les quadrupèdes de nos jours, et dont les caractères se rapprochent plus ou moins des tapirs, des rhinocéros et des chameaux.

Ces genres, dont la découverte entière m'est due, sont : les paléothériums , les lophiodons^ les anaplothériumê, les anthracothériums ^ les chéropotames y les 4idapis. I

Les paléothériums ressemblaient aux tapirs par la forme générale, par celle de la tête, notamment par la brièvetédesosdunezqui annonce qu'ils avaient, comme les tapirs, une petite trompe; enfin par les six dents incisives et les deux canines à chaque mâchoire; mais ils ressemblaient aux rhinocéros par leurs dents mâchelières, dont les supérieures étaient carrées, avec des crêtes saillantes diversement configurées, et les in65-

S74 DISCOURS SUR LES RéVOLUTIONS

rieures en forme de doubles croissants^ et par leurs pieds^ tous les quatre divisés en trois doigts^ tandis que dans les tapirs ceux de devant en ont quatre (1).

C'est un des genres les plus répandus et les plus nombreux en espèces dans les terrains de cet kge.

Nos plàtriëres des environs de Paris en fourmillent : on y en trouve des os de sept espèces (2). La première (P. magnum, pi. J31, fig. 1 ), grande comme un cheval ; troisautresde la tailled^un cochon, mais une (P. médium) avec des pieds étroits et longs; une (P. erasswn) avec des pieds plus larges; une (P. latum) avec des pieds encore plus larges et surtout plus courts; la cinquième espèce (P. curtum)^ de la taille d'un mouton, est bien plus basse et a les pieds encore pluslarges et plus courts à proportion que la précédente; une sixième (P. minus) est de la taille d\in agneau, et a des pieds grêles, dont les doigts latéraux sont plus^ courts que les autres ; enfin il y en a une (P. minimum) qui n'est pas plus grande qu'un lièvre : elle a aussi les pieds grêles (3).

On a trouvé aussi des paléothériums dans d'autres contrées de la France : au Puy en Vêlai, dans des lits de marne gypseuse, une espèce (P. velaunum) (4) très-semblable au P. médium , mais qui en diffère par quelques, détails de sa m&choire inférieure ; aux environs d'Or- , léans, dans des couches de pierre marneuse, une espèce

(1) Voyez note 17 de TAppendice.

(2) Voyez note 18 de l'Appendice.

(3) Voyez mes Recherches sur les Ossements fossiles , in>4®9 dan» tout le tom. m, et spécialement pag. 250; et tom. V, deuxième partie^ pag. 505.

(4) Ibid.f tom V, deuxième partie, p. 505.

(P. aurelianense) (1) qui se distingue des autres, parce que ses molaires inférieures ont Tangle rentrant de leur croissant fendu en une double pointe, et par quelques différences dans les collines des molaires supérieures; auprès d'Issel, dans une couché de gravier ou de mollasse, le long des pentes de la Montagne- Noire, une espèce [P. isselanum) (2), qui a le même caractère que celle d'Orléans, et dont la taille est plus petite. Hais c'est surtout dans les mollasses du département de la Dordogne que le paléothérium s'est retrouvé non moins abondamment que dans nos pl&trières de Paris.

H. le duc Decaze en a découvert dans les carrières d'un seul parc des os de trois espèces, qui paraissent différentes de toutes celles de nos environs (3).

Les lophiodons se rapprochent encore un peu plus des tapirs que ne font les paléothériums , en ce que leurs màchelières inférieures ont des collines transverses comme celles des tapirs.

Ils diffèrent cependant de ces derniers, parce que celles de devant sont plus simples, que la dernière de toutes a trois collines, et que les supérieures sont rhomboldales et relevées d'arêtes fort semblables à celles des rhinocéros.

On ignore encore qu'elle est la forme de leur museau et le nombre de leurs doigts. J'en ai découvert jusqu'à douze espèces, toutes de France, ensevelies dans des

(1) Voyei mes Recherches sur les Ossements fossiles , lom. III, pag. 254 ; et tom. IV, pag. 498 et 499.

(2) Ibid,, tom. III, pag. 258.

(3) Ibid,, tom. Y, deuxième partie, pag. 505.

pierres marneuses foribées dans Teau douce , et remplies de limnées et de planorbes^ qui sont des coquilles d'étang et de marais.

La plus grande se trouve près d'Orléans^ dans la même carrière que les paléothériums; elle approche du rhinocéros. .

Il y en a dans le même lieu line autre plus petite'; une troisième se trouve à Montpellier ; une quatrième près de Laon : deux près de Bichsweiller, en Alsace y cinq près d'Argentan^ en Berri; et l'une des trois se retrouve près d'Issel, où il y en a encore deux autres. Il y en a aussi une très-grande près de Gannat (1).

Ces espèces diffèrent entre elles par la taille^ qui dans les plus petites devait égaler à peine celle d'un agneau de trois mois^ et par des détails dans les formes de leur dents, qu'il serait trop long et trop minutieux d'exposer

Ce sont surtout des os de lophiodon qui se sont trouvés près de Paris dans les couches supérieures du calcaire grossier.

Les anoplothériums ne se sont trouvés jusqu'à présent que dans les seules plàtrières des environs de Paris et dans quelques endroits du calcaire grossier du même canton. Us ont deux caractères qui ne s'observent dans aucun autre animal ; des pieds à deux doigts dont les métacarpes et les métatarses demeurent distincts et ne se soudent pas en canons comme ceux des ruminants, et des dents en série continue et que n'interrompt aucune la-

(1) Voyez mes Recherches sur les Ossements fossiles y tom. II, première partie, pag. 177 et 218 ; tom. Hf, ^iag. 394 ; et tom. IV, pag. 488.

Cime, yhomme seul a les dents ainsi contigués les unes aux autres sans intervalle vide ; cellesdesanoplothëriums consistent enisix incisives à chaque mâchoire^ une canine et sept molaires de chaque c6té, tant en haut qu'en has; leurs canines sont courtes et semblables aux incisives externes. Les trois premières molaires sont comprimées ; les quatre autres sont à la mâchoire supérieure carrées avec des crêtes transverses et un petit c6ne entre elles; et à la mâchoire inférieure en double croissant, mais sans collet â la base. La dernière a trois croissants. Leur tète est de forme oblongue, et n'annonce pas que le museau se soit terminé ni en trompe ni en boutoir.

Ce genre extraordinaire, qui ne peut se comparer à rien dans la nature vivante, se subdivise en trois sousgenres : les anoplothériums proprement dits, dont les molaires antérieures sont encore assez épaisses, et dont les postérieures d'en bas ont leurs croissants â crête sim^le;\es xiphodonSy dont les molaires antérieures sont minces et tranchantes, et dont les postérieures d'en bas ont vis-à-vis la concavité de chacun de leurs croissants une pointe qui prend aussi en s'usant la forme d'un croissant, en sorte qu'alors les croissants sont doubles, comme dans les ruminants; les dichobunes, dont les croissants extérieurs sont pointus dans le commencement, et qui ont ainsi sur leurs arrière-molaires inférieures des pointes disposées par paires (1).

L'anoplothérium le plus commun dans nos plâtrières

(1) Voyez note 19 de TAppendice.

378 BISGOUES SUE LES BÉVOLUTIONS

[An. commune, pi. III, fig. 2) est un animal haut comme un sanglier, mais bien plus allongé, et portant une queue très-longue et très-grosse, en sorte qu'au total il a â peu près les proportions de la loutre, mais plus en grand. Il est probable qu'il nageait bien et fréquentait les lacs , dans le fond desquels ses os ont été incrustés par le gypse qui s'y déposait. Nous en avons un un peu plus petit; mais d'ailleurs assez semblable {An. secundarium):

Nous ne connaissons encore qu'un xiphodon , mais très-remarquable, celui que je nomme^ angracile. Il est svelte et léger comme la plus jolie gazelle.

Il y a un dichobune à peu près de la taille du lièvre, que j'appelle An, leporinum. Outre ses caractères sousgénériques, il diffère des anoplotbériums et des xiphodons par deux doigts petits et grêles qu'il a à chaque pied , aux côtés des deux grands doigts.

Nous ne savons pas si ces doigts latéraux existent dans les deux autres dichobunes, qui sont petits et surpassent à peine le cochon d'Inde (1).

Le genre des anthracothériums est à peu près intermédiaire entre les paléothériums, les anoplotbériums et les cochons. Je l'ai nommé ainsi, parce que deux de ces espèces ont été trouvées dans les lignites de Cadibona, près de Savone. La première approchait du rhinocéros pour la taille; la seconde était beaucoup moindre. On en trouve aussi en Alsace et dans le Vêlai. Leurs

(1) Sar les anoplotiiériuins, Toyez tout le tome III de mes Recherches^ et particulièrement les pages 250 et 396.

J>fi LA SURFACE DU «LOBB. 279

màchelières ont des rapports avec celles des anoplothériums; mais ils ont des canines saillantes (1).

Le genre chiropotame vient de nos plàtrières , où il accompagne les paléothériums et les anoplothériums^ mais où il est beaucoup plus rare« Ses molaires postérieures sont carrées en haut^ rectangulaires en bas^ et ont quatre fortes éminences coniques entourées d^éminencéis plus petites. Les antérieures sont des cônes courts^ légèrement comprimées et à deux racines. Ses canines sont petites. On ne connaît pas encore ses incisives ni ses pieds. Je n'en ai qu'une espèce^ de la taille d'un cochon de Siam (2).

Le genre adapis n'a également qu'une espèce, au plus de la taille du lapin : il vient aussi de nos plàtrières, et devait tenir de près aux anoplothériums (3).

Ainsi voilà près de quarante espèces de pachydermes d» genres entièrement éteints, et dans des tailles et des formes auxquelles le règne animal actuel n'offre de comparables que trois tapirs et un daman.

Ce grand nombre de pachydermes est d'autant plus remarquable^ que les ruminants, aujourd'hui si nombreux dans les genres des cerfs et des gazelles, et qui arrivent à une si grande taille dans ceux des bœufs, des girafes et des chameaux, ne se montrent presque pas dans les terrains dont nous parlons maintenant.

Je n'en ai pas vu le moindre reste dans nos plàtrières.

(1). Voyez vae& Recherches sur les Ossements fossiles, tom. Il, pag. 398 ^ 404 ; tom. IV, pag. 501 ; tom. V, deuxième partie, pag. 506% (2) IHd.y tom. III , pag. 260.

<3) Ibid,, pag. 265.

S80 DIS€OURS SUR LBS BÉVOLUTIOICS

et tout ce qui m'en est parvenu consiste en quelques fragments d'un cerf de la taille du chevreuil, mais d'une autre espèce^ recueillis avec les paléothériums d'Orléans (1), et dans un ou deux autres petits morceaux de Suisse, et peut-être d'origine équivoque.

Hais nos pachydermes n'étaient pas pour cela les seuls habitants des pays où ils vivaient. Dans nos pl&trières, du moins, nous trouvons avec eux des carnassiers, des rongeurs, plusieurs sortes d'oiseaux, des crocodiles et des tortues; et ces deux derniers genres les accompagnent aussi dans les mollasses et les pierres marneuses du milieu et du midi dé la France.

A la tète des carnassiers je place une chauve-souris tout récemment décQuverte à Montmartre, et du propre genre des vespertilions (2). L'existence de ce genre à une époque si reculée est d'autant plus surprenante, que ni dans ce terrain ni dans ceux qui lui ont succédé je n'ai pas vu d'autre trace ni des chéiroptères ni des quadrumanes. Aucun os, aucune dent de singe ni de maki ne se sont jlimais présentés à moi dans mes longues recherches.

Montmartre a aussi donné les os d'un renard, différent du nôtre, et qui diffère également des chacals, de isatis et des différentes espèces de renards que nous connaissons en Amérique (3); ceux d'un carnassier voisin des ratons et des coatis,'mais plus grand que ceux qui sont con-

(1) Voyez mes Recherches sur les Ossements fossiles, tom. IV, pag. 10».

(2) J'en dois la connaissance à M. le comte de Bournon. /dtrf., tom.I, planclie II, fig. 1 et 2.

(3) Ibid., tom. III , pag. 267*

nus (1); ceux d'une espèce particulière de genette (2), et de deux ou trois carnassiers impossibles à déterminer, faute d'en avoir des portions assez complètes.

Ce qui est bien plus notable encore, il y a des squelettes d'un petit sarigue, voisin de la marmose, mais différent, et par conséquent d'un animal dont le genre est aujourd'hui confiné dans le Nouveau-Monde (3) , et celui d'une espèce beaucoup plus grande de la famille, d'un ihylacine, genre qui ne s'est retrouvé vivant qu'à la Nouvelle-Hollande (4). On y a recueilli aussi des squelettes de deux petits rongeurs du genre des loirs (5) et une tète du genre des écureuils (6) . - '

Nos pl&trières isont plus fécondes en os d'oiseaux qu'aucun des autres bancs antérieurs et postérieurs : on y en trouve des squelettes entiers et des parties d'au moins dix espèces de tous les ordres (7).

Les crocodiles de l'âge dont nous parlons se rapprochent de nos crocodiles vulgaires par la forme de la tète, tandis que dans les bancs de l'&ge du Jura on ne voit que des espèces voisines du gavial.

Il y en avait à Argenton une espèce remarquable par des dents comprimées, tranchantes, et à tranchant den-

(1) Voyez mes Recherches sur les Ossements fossiles , toln. lU, pag. 269.

(2) iWd., pag. 272.

(3) Ibid., pag. 284.

(4) Je donnerai la description de ses débris dans un Yolmne de Sapplémenl; à mes Recherches sur les Ossements fossiles ^ qui paraîtra dans quelque temps.

(5) ïbid.y pag. 2«7 et 300.

(6) Ibid.j tom. V, deuxième partie, pag. 506.

(7) ibid.^ tom. in, pag. 304 et suiTantes.

282 DISCOURS SUE LES BÉVOLUTfONS

télé comme celle de certains* monitors (1). On en v(Ht aussi quelques restes dans nos plÀtrières (2).

Les tortues de cetàge sont toutes d'eaadouce ; les unes appartiennent au sous-genre des émydes; et il y en a, soit à Montmartre (3), soit surtout dans les mollasses de la Dordogne (h), de plus grandes que toutes celles que l'on connaît vivantes; les autres sont des trionyx^ ou tortues molles (6).

Ce genre y que Ton distingue aisément à la surface vermiculée des os de sa carapace , et qui n'existç aujourd'hui que dans les rivières des pays chauds, telle que le Nil, le Gange, TOrénoque, était très-abondant sur les terrains qu'habitaient les paléothériums. Il y en a une infinité de débris à Montmartre (6), et dans les mollasses de la Dordogne et autres dépôts de graviers du midi de la France (7).

Les lacs d'eau douce autour desquels vivsûent ces di* vers animaux, et qui recevaient leurs ossements, nourrissaient, outre les tortues et les crocodiles, quelques poissons et quelques coquillages. Tous ceux que l'on a recueillis sont aussi étrangers à notre climat, et même aussi inconnus dans les eaux actuelles, que les paléo-

(1) Voyez mes Recherches sur les Ossements fossiles, tom. V, deuxième partie, pag. 166.

(2) Ibid., tom. m, pag. 335; tom. V, deuxième partie, pag. 166.

(3) Ibid,,iam. III, pag. 333.

(4) Ibid,, tom. Y, deuxième partie, pag. 232.

(5) Ibid,, tom. m , pag. 329; tomr. V, deuxième partie , pag. 222.

(6) ibid,f tom. V, deuxième partie, pag. 223 et 227.

(7) M. Graves vient de me communiquer la carapace bien entière d'un très-grand trionyx des terres ncnres de Beauvais.

thériums et les autres quadrupèdes leurs eontenipo* rains (1).

Les poissons appartiennent même en partie à des genres inconnus.

Ainsi Ton ne peut douter que cette population^ que Ponpourraitappeler d'âge moyen, cette première grande production de mammifères, n'ait été entièrement détruite ; et, en effet, partout où l'on en découvre les débris il y a au-dessus de grands dépôts de formation marine^ en sorte que la mer a envahi les pays que ces races habitaient^ et s'est reposée sur eux pendant un temps assez long.

Les pays inondés par elle à cette époque étaient-ils considérables en étendue ? C'est ce que l'étude de ces anciens bancs formés dans leurs lacs ne permet pas encore de décider.

J'y rapporte nos pl&trières et celles d'Aix^ plusieurs carrières de pierres marneuses et les mollasses, du moins celles du midi de la France. Je crois pouvoir y rapporter aussi les portions des mollasses de Suisse^ et des lignites de Ligurie et d'Alsace, où l'on trouve des quadrupèdes des familles queje viens de faire connaître; mais je ne sache pas qu'aucuns de ces animaux se soient encore retrouvés en d'autres pays. Les os fossiles de l'Allemagne, de TAngleterre et de TltaUe, que je connais, sont ou plus anciens ou plus nouveaux que ceux dont nous venons de parler, et appartiennent ou à ces antiques races de reptiles des terrains jurassiques et des schistes cui-

(1) Voyeimes Recherches sur les Ossements fassUes, tom. III, pag. 338.

iSk DISGOUKS SUR LES BÉVOLUTIONS

vreuX| ou aux dépôts de la dernière inondation universeile, aux terrains diluviaux.

n est donc permis de croire, jusqu'à ce que l'on ait la preuve du contraire^ qu'à l'époque où vivaient ces nombreux pachydermes le globe ne leur oifrait pour habitations qu'un petit nombre de plaines assez fécondes pour qu'ils s'y multipliassent^ et que peut-être ces plaines étaient des régions insulaires , séparées par d'assez grands espaces des chaînes plus élevées, où nous ne voyons pas que nos animaux aient laissé des traces.

Grâce aux recherches de M. Adolphe Brongniart, nous connaissons aussi la nature des végétaux qui couvraient ces terres peu nombreuses. On recueille dans les mêmes couchesque nos paléothériumsdes troncs de palmiers et beaucoup d'autres de ces belles plantes dont les genres ne croissentplus que dans les pays chauds ; les palmiers, les crocodiles, les trionyx, se retrouvent toujours en plus ou moins grand nombre là où se trouvent nos anciens pachydermes (1).

Mais la mer, qui avait recouvert ces terrains et détruit leurs animaux, laissa de grands dépôts, qui forment encore aujourd'hui, à peu de profondeur, la base de nos grandes plaines; ensuite elle se retira de nouveau, et livra d'immenses surfaces à une population nouvelle, à celle dont les débris remplissent les couches sablonneuses et limoneuses de tous les pays connus.

C'est à ce dépôt paisible de la mer que je crois devoir rapporter quelques cétacés fort semblables à ceux de

(1) Voyez mes Recherchessur les Ossefnenls fostilest tom. III, pag. 351 et suivantes.

nos jours : un dauphin , voisin de notre ëpaulard (1 j, et une baleine (2) y très-semblable à nos rorquals, déterrés l'un etrautre en Lombardie par M. Gortesi ; une grande tète de baleine trouvée dans Tenceinte même de Paris (3)| et décrite par Lamanon et par Daubenton; et un genre entièrement nouveau^ que j'ai découvert et nommé ziphitis, et qui se compose déjà de trois espèces. U se rapproche des cachalots et des hypérodons (4).

Dans la population qui remplit nos couches meubles et superficielles, et qui a vécu sur le dépôt dont nous venons de parler, il n^ a plus ni paléothériums, ni anoplothériums, ni aucun de ces genres singuliers^ Les pachydermes cependant y dominaient encore; mais des pachydermes gigantesques, des éléphants, des rhinocéros, des hippopotames, accompagnés d'innombrables chevaux et de plusieurs grands ruminants. Des carnassiers de la taille du lion, du tigre, de Thyène, désolaient ce nouveau règne animal. En général, son caractère, même dans Textrème Nord et sur les boixis de la mer Glaciale d'aujourd'hui, ressemblait à celui que laseule zone torride nous offre maintenant, et toutefois aucune espèce n'y était absolument la même. ii\ao

Parmi ces animaux se montrait surtout l'éléphant appelé mammouth par les Russes (elephas primigeniuSy Blumemb. ), haut de quinze et dix-huit pieds, couvert d'une

(1) Voyez mes Recherches sur les Ossements fossiles, tom. V, première partie, pag. 309.

(2) /Wd., pag. 390.

(3)i&W.,pag.393.

(4) /fttU, pag, 352 et 357.

386 DISCOUftS SITE LES BÉVOLUTIONS

laiiie grossière et rousse^ et de longs poils roides et noirs qui lui formaient une crinière le long du dos ; ses énormes défenses étsient implaiitées dans des alvéoles plus longs que ee\a des éléphants de nos jours; mais du reste il ressemblait assez à Téléphant des Indes (1). VL a laissé des milliers de ses cadavres depuis TEspagne jusqu'aux rivages de la Sibérie, et Ton en retrouve dans foute l'Amérique septentrionale; en sorte qu'il était répandu des deux côtés de l'Océan, si toutefois l'Océan existait de son temps àlaplaceoùil est aujourd'hui. Chacun sait que ses défensessont encore sibien conservées dansles pays froids qu'on les emploie aux mêmes usages que Tivoire frais ; et comme nous l'avons fait ]|*emarquer précédemment^ on en a trouvé des individus avec leur chair, leur peau et leurs poils^ qui étaient demeurés gelés depuis la dernière catastrophe du globe. Les Tartares et les Chinois ont imaginé que c'est un animal qui vit sous terre, et qui périt sitôt qu'il aperçoit le jour.

Après lui^ et presque son égal, venait aussi dans les pays qui forment les deux continents actuels, le mmtodonte à dents étroites y semblable à l'éléphant, armé comme lui d'énormes défenses, mais de défenses revêtues d'émail, plus bas sur jambes, et dont les màchelières, mamelonnées et revêtues d'un émail épais et brillant, ont fourni pendant longtemps ce que Ton appelait turquoises occidentales (2).

(1) Voyes mes Recherches sur les Ossements fossiles , tom. I, |»ag. 76 à 195 et 335; tom. III , pag. 371 et 405 ; tom. IV, pag. 491. .

(2) Ibid,, tom. I, pag. 250 à 265 et pag. 335; tom. IV, ^ag. 493.

Ses débris, assez commans dans TEurope tempérée^ ne le sont pas autant vers le nord^ mais on en retrouve dans les montagnes de TAmérique du Sud avec deux espèces voisines (1).

L'Amérique du Nord possède en nombre immense les débris du grand mastodonte^ espèce plus grande que la précédente^ aussi haute à proportion que l'éléphant, à défenses non moins énormes^ et que ses màchelières, hérissées de pointes, ont fait prendre longtemps pour un animal camivore (2)«

Ses os étaient d'une grande épaisseur et de beaucoup de solidité; on prétend avoir retrouvé jusqu'à ses sabots et son estomac, encore conservés et reconnaissables^ et Ton assure que l'estomac était rempli de branches d'arbre concassées. Les sauvages croient que cette race a été détruite par les dieux, de peur qu'elle ne détruisit l'espèce humaine.

Avec ces énormes pachydermes vivaient les deux genres, un peu inférieurs, des rhinocéros et des hippopotames.

L'hippopotame de cette époque était assez commun dans les pays qui forment aujourd'hui la France, l'Aile- .magne, l'Angleterre; il l'était surtout en Italie. Sa ressemblance avec l'espèce actuelle d'Afrique était telle, qu'il faut une comparaison attentive pour en saisir les distinctions (3).

(1) Voyei note 20 de l'Appendice.

(2) Voyez mes Recherches sur les Ossements fossiies, tom. I, pag. 206 à 249; tom. m, pag. 376.

(3) Ihid., pag. 804 à 322; tom. UI, pag. 380; tom. IV, pag. 493. Tout

288 DISCOUBS SUR LES BÉVOLUTIONS

n y avait aussi dans ce temps-là une petite espèce d'hippopotame de la taille du sanglier^ à laquelle on ne peut rien comparer maintenant (1). '

Les rhinocéros de grande taille étaient au moins au nombre de trois, tous bicornes.

L'espèce la plus répandue en Allemagne, en Angleterre (monilA. iiehorhinus), et qui comme l'éléphant, se retrouve jusque près des bords de la mer Glaciale, où elle a aussi laissé des individus entiers, avait la tète allongée, les os du nez très-robustes, soutenus par une cloison des narines osseuse, et non simplement cartilagineuse, et manquait d'incisives (2).

Une autre espèce, plus rare et de pays plus tempérés ( Rh. ineiiivus) (3), avait des incisives comme nos rhinocéros actuels des Indes Orientales, et ressemblait surtout à celui de Sumatra (4) ; ses caractères distinctifs dépendaient des formes un peu différentes de sa tète. ^

La troisième {Rh. Iq^iorkinus) manquait d'incisives, comme la première et comme le rhinocéros du Cap d'aujourd'hui; mais elle se distinguait par un museau plus pointu et des membres plus grêles (5). C'est surtout en Italie que ses os sont enfouis, dans les mêmes cou-

nouYellement je Tiens de recevoir de Sicile» par M. le comte de Ratti- Menton, des os d*un hippopotame un peu plus petit que l'ordinaire, trouvés en abondance dans une caverne du voisinage de Palerme.

(1) Voyez note 21 de l'Appendice.

(2) Voyez mes Recherches sur les Ossements fossiles^ tom. U, première partie, pag. 64 ; et tom. IV, pag. 496.

(3) /Md., tom, n, première partie, pag. 89; tom. lil, pag. 399; et lom. V, deuxième partie, pag. 501.

(4) Ibid., tom. III, pag. 385.

{5) Ihid,^ tom. Il, première partie, pag. 71.

cbes que ceux d'éléphants, de mastodontes et d'hippopotames.

n y a ensuite une quatrième espèca(i{A. minutus)y munie, comme la deuxième, de dents incisives^ mais de taille beaucoup moindre, et à peine supérieure au cochon (1). Elle était rare, sans doate; car on n'en a encore recueilli les débris que dans quelques endroits de France (2).

A ces quatre genres de grands pachydermes s'en joignait un qui les égalait pour la taille, dont les màcheiiàres ressemblaient à celles du tapir; mais dont la mâchoire inférieure portait deux énormes défenses, presque égales à celles d'un éléphant. Ceux qui ont complété, par ce dernier caractère, la connaissance de cet animal, lui ont imposé le nom de deinotherium. 11 était au moins double de l'hippopotame pour la longueur (3).

On en trouve les màchelières en plusieurs lieux de France et d'Allemagne; et presque toujours accompagnant celles des rhinocéros, de mastodontes ou d'éléphants.

Il s'y joignait encore , mais i ce qu'il parait, en un très-petit nombre de lieux, un grand pachyderme dont on ne connaît que la m&choire inférieure, et dont les

(1) Voy. mes Rech. sur les Ossements fossiles, t. II, 1'* part., pag. 89.

(î) Voy. note 32 de l'Appendice.

(3) Voy. mes Recherches sur les Ossements fossïlee , tom. Il, première partie, pag. 166. C'est tout nouveHement que la mâchoire inférieure de cet animal a été découterte , portant encore ses défenses, dans une sablonnière très-riclie en ossements , située à Ëppelsheim , dans Tancien Palatinat. Voyez le Mém. de M. Kaup dans Vlsts de 1829, p. 409. J'en parlerai eu détail dans mon Supplément

gdyieh. -. msc. sur us iU^tol. 19

dente étaient en doubles croissants et ondulées* M. Fischer, qui Ta découvert parmi des os de Sibérie, Ta nommé élasmoiherivm (1).

Le genre du cheval existait aussi dès ce temps-là (2). Ses dents accompagnent par milliers celles que nous venons de nommer dans presque tous leurs dépôts ; mais il n'est pas possible de dire si c'était ou non une dés espèces aujourd'hui existantes ^ parce que les sque-» lettes de ces espèces se ressemblent tellement, qu'où ne peut les distinguer d'après les fragments isolés.

Les ruminants étaient infiniment plus nombreux qu'à l'époque despaléothériums; leur proportion numérique devait même assez peu différer de ce qu'elle est aujourd'hui; mais on s'est assiu^é pour. plusieurs espèces qu'elles étaient différentes.

C'est ce que l'on peut dire surtout avec beaucoup de certitude d'un cerf de taille supérieure même à l'élan, qui est commun dans les marnières et les tourbières de l'Irlande et de l'Angleterre, et dont on a aussi déterré des restes en France, en Allemagne et en Italie dans les mêmes lits qui recèlent des os d'éléphant : ses bois, élargis et branchus, ont jusqu'à douze et quatorze pieds d'une pointe à Tautre en suivant les courbures {pl.V)(3).

La distinction n'est pas aussi claire pour les os de cerfs et de bœufs que l'on a recueillis dans certaines cavernes

(l> Voy. mes Rech. 9ur les Ossementt fiissiies, t. II, r*' part» pag. 95.

(2) iWd., pag. 109.

(3) Ibid.y tom. IV. p. 70.

«t dans les fentes de certains rochers; ils y sont quelquefois, et surtout dans les cavernes de l'Angleterpe, accompagnés d'os d'éléphant, de rhinocéros, d'hippopotame, ^tde ceux d'une hyène qui se rencontre aussi dans plusieurs couches meubles avec ces mêmes pachydermes : par conséquent ils sont du même âge ; mais il n'en reste pas moins difficile de dire en quoi ils diffèrent des bœufs et des cerfs d'aujourd'hui (1).

Les fentes des rochers de Gibraltar, de Cette, de Nice, d'UIiveto près de Pise, et d'autres lieux des bords de la Méditerranée, sont rempliesd'un ciment rouge et dur, qui enveloppe des fragments de rochers et des coquilles d'eau douce avec beaucoup d'os de quadrupèdes, la plupart fracturés : c'est ce que l'on a nommé des brèches osseuses. Les os qui les remplissent offrent quelquefois : des caractères suffisants pour prouver qu'ils viennent d'animaux inconnus au moins en Europe. On y trouve, par exemple, quatre espèces de cerfs, dont trois ont à leurs dents des caractères qui ne s'observent que dans les cerfe de l'archipel des Indes.

Il y en a près de Vérone une cinquième, dont les bois surpassent en volume ceux des cerfs du Canada (2). HH. Jobert et Croiset ont découvert beaucoup d'autres nouvelles espèces de cerfs dans la montagne de Perrier ou de Boulade, près d'Issoire, en Auvergne (3).

' (1) J^ea parlerai dans le volume de Supplément à mes Rtcheirchti lur les Fossiles,

(2) Voyez mes Recherches sur les Ossements fossiles, tom* IV, pag. 168 à 225.

(3) Recherches sur les Ossements fossiles du département du Puy-de* Dôme; Clei-mont, 1829.

On trouve aussi dans certains lieux, avec des os de rhinocéros et d'autres quadrupèdes de cette époque^ ceux d'un cerf tellement semblable au renne, quHl serait très-difficile de lui assigner des caractères distinctifs; ce qui est d'autant plus extraordinaire, que les rennes sont aujourd'hui confinés dans les climats les plus glacés du Nord, tandis que tout le genre des rhinocéros appartient à la zone torride (1).

Il existe dans les couches dont nous parlons des restes d'une espèce fort semblable au daim, mais d'un tiers plus grande (2); et des quantités innombrables de bois très-ressemblants à ceux des cerfs d'aujourd'hui (3) , ainsi que des os très-analogues à ceux de l'aurochs [k) et à ceux du bœuf domestique (5), deux espèces fort distinctes que les naturalistes qui nous ont précédés avaient mal à propos confondues. Cependant les tètes entières, semblables à celles de ces deux animaux, ainsi qu'à celle du bœuf musqué du Canada (6), que l'on a souvent retirées de la terre, ne viennent pas de positions assez bien constatées pour qu'on puisse assurer que ces espèces aient été contemporaines des grands pachydermes que nous venons de mentionner.

Les brèches osseuses des bords de la Méditerranée ont aussi donné deux espèces de lagomys{l), animaux dont

(1) Voyez mes Recherches sur les Ossements fossiles, toia. IV. pag. 89^

(2) Ibid.^ pag. 94.

(3) ma., pag. 98.

(4) Ibid.f pag. 140; et tom. V, deuxième partie, pag. 509.

(5) Ibid,f pag. 150 ; tom. V, deuxième partie, pag. 510. (6)/Wd., tom. IV, pag. 155.

(7)/6icf.,pag. 199à204.

le genre n^existe aujourd'hui qu'en Sibérie; deux espèces de lapins (1)^ des campagnols, et des rats de la taille du rat d'eau et de celle de la souris (2). Les cavernes de r Angleterre en ont donné également (3).

Les brèches osseuses contiennent jusqu'à des os de musaraignes et de petits lézards (b).

Il y a dans certaines couches sableuses de la Toscane des dents d'un porc^-épic (5), et dans celles de la Russie des tètes d'une espèce de castor, plus grande que les nôtres, que H. Fischer a nommé trogonthè" rîum(6}.

Mais c'est surtout dans la classe des édentés que ces races d'animaux de l'avant-dernière époque reprennent une taille bien supérieure à celle de leurs congénères actuels, et s'élèvent même à une grandeur tout à fait gigantesque.

Le megatherium (pi. IV) (7) réunit une partie des caractères génériques des tatous avec une partie de ceux des paresseux, et pour la taille il égale les plus grands rhinocéros. Ses ongles devaient être d'une longueur et d'une force monstrueuses ; toute sa charpente est d'une solidité excessive. On n'en a déterré encore que dans

(1) Voyez mes Recherchts sur les Ossements fossiles, tom. ÎV, pag. 1^4, 177 et 196 ; tom. V, première partie, pag. 55.

(2) Ibid., pag. 178, 202 et 206; tom. V, première partie*, pag. 54.

(3) Ibid.t tom.V, première partie, pag. 55.

(4) Ibid,, tom. IV, pag. 206.

(5) Ibid.f tom. V, deuxième partie, pag. 517.

(6) Ibid.f première partie, pag. 59.

(7) Ce nom signifie grand* animal (de {Uyoc, grand, et 6fip(ov, animal) (H.)

les couches sableuses de rAmérique septentrionale (1).

Le megalonyx lui ressemblait beaucoup pour les caractères y ma» était un peu moindre ; ses ongfes étaient plus longs et plus tranchants. On en a trouvé quelques os et des doigts entiers dans certaines cavernes de la Virginie et dans une lie de la côte de la Géorgie (â).

Ces deux énormes édentés n'ont encore donné de leurs restes qu'en Amérique; mais l'Europe en possédait un qui ne leur cédait point pour la force. On ne le connaît que par Une seule phalange onguéale; mais cette phalange suffit pour nous assurer qu'il était fort semblable à un pangolin^ mais à un pangolin de prés de vingtquatre pieds de longueur. Il vivait dans les mêmes cantons que les éléphants y les rhinocéros et les detnothe^ rîums; car on en a trouvé les os avec les leurs dans une sablonnière du pays de Darmstadt^ non loin dii; Rhin (3). . '

Les brèches osseuses contiennent aussi^ mais très-rarement^ des os de carnassiers (4), qui sont beaucoup plus nombreux dans lès cavernes, c'est-à-dire dans les cavités plus larges et plus compliquées que les fentes ou filons à brèches osseuses. Le Jura en a surtout de célèbres dans sa partie qui s'étend en Allemagne, où depuis des. siècles on en a enlevé et détruit des quantités incroyables, parce qu'on leiir attribuait des vertus médicales

(1) Voyez mes Recherches sur les Ossements fossiles, tona. V, première partie , pag. 174 ; et deuxième' partie, pag. 519. ('J^ Ibid., première partie , pag. 160.

(3) Ibid,, tom. V, première partie , pag. 193.

(4) Ibid., tom. IV, pag. 193.

particulières; et néanmoins il en reste encore de quoi étonner l'imagination; ce sont principalement des os d'une espèce d'ours très-grande ( ursusspelœus)^ caractériséepar un front plus bombé que celui d'aucun de nos ours vivants (1) ; avec ces os se mêlent ceux de deux autres espèces d'ours ( U. arclùidens et V.pri$cus){^); ceux d'une hyène (J7. fos$ili$ ) voisine de l'hyène tachetée du Cap^ mais différente par quelques détails de ses dents et des formes de sa tète (3) ; ceux de deux tigres ou panthères (4), ceux d'un loup (5), ceux d'un renard (6) , ceux d'un glouton (7), ceux de belettes, de genettes et d'autres petits carnassiers (8).

On peut remarquer encore ici cet alliage singulier d'animaux dont les semblables vivent maintenant dans des climats aussi éloignés que le Cap , pays des hyènes tachetées, et la Laponie^ pays des gloutons actuels; c'est ainsi que nous avons vu dans une caverne de France im rhinocéros et un renne à côté l'un de l'autre.

L^ ours sont rares dans les couches meubles. On dit cependant en avoir trouvé en Autriche et en Hainaut de la grande espèce des cavernes; et il y en a en Toscane d'une espèce particulière^ remarquable par ses canines comprimées (17. culiridms) [9) , Les hyènes s'y voient

(1) Voyez mes Recherches sur les Ossements fossiles ^ tom. IV, pag. 351.

(2) Ibid., -pag. 356 et 357.

(3) ma,, pag. 392 et 507.

(4) Jbid,, pag. 452.

(5) Ibid,, pag. 158. .

(6) Ibid., pag. 461.

(7) ïbid., pag. 475.

(8) md., pag. 167.

(9) Ibid., pag. 378 et 507; tome V, deuxième partie, pag. 516.

plus fréquemment : nous en avons , en France ^ trouvé avec des os d'éléphant et de rhinocéros. On a découvert depuis peu en Angleterre une caverne qui en recelait des quantités prodigieuses, où il y en avait de tout âge, dont le sol offrait même de leurs excrémente bien réconnaissables. Il parait qu'elles y ont vécu longtemps^ et que ce sont elles qui y ont entraîné les os d'éléphants^ de rhinocéros^ d'hippopotames, de chevaux^ debœufis^ de cerfs et de divers rongeurs qui y sont avec les leurs^ et portent des marques sensibles de la dent des hyènes. Mais que devait être le sol de FÂngleterre lorsque ces énormes animaux y servaient de proie à des bétes féroces? Ces cavernes recèlent aussi des os de tigres^ de loups et de renards; mais ceux d'ours y sont d'une rareté .excessive (1).

Quoi qu'il en soit^ on voit qu'à l'époque dont nous passons en revue la population animale la classe des carnassiers était nombreuse et puissante ; elle comptait trois ours à canines rondes^ un ours à canines comprimées^ un grand tigre ou lion^un autre felis de la taille de la panthère, deux hyènes^ un loup, un renard^ un glouton, une marte ou mouffette^ une belette.

La classe^es rongeurs^ composée en général d'espèces faibles et petites, a été peu remarquée par les collecteurs de fossiles ; et toutefois ses débris, dans les couches et dépôts dont nous parlons, ont aussi offert des espèces inconnues. Telle est surtout une espèce de lagomys des brèches osseuses de Corse et de Sardaigne, un peusem-

(t) Voyez Texcellent ouTrage de M. Backland, intitulé Reliqui» dilu* vianœ.

blable au lagomys alpinus des hautes montagnes de la Sibérie; tant il est vrai que ce n'est pas^ à beaucoup près^ toujours dans la zone torride qu'il faut chercher les animaux semblables à ceux de cette avant-dernière époque.

Ce sont là les principaux animaux dont on ait recueilli les restes dans cet amas de terres ^ de sables et de limons, dans ce dilucium qui recouvre partout nos grandes plaines, qui remplit nos cavernes, et qui obstrue les fentes de plusieurs de nos rochers : ils formaient incontestablement la population des continents à répoque de la grande catastrophe qui a détruit leurs races, et qui a préparé le sol sur lequel subsistent les animaux d'aujourd'hui.

Quelque ressemblance qu'offrent certaines de pes espèces avec celles de nos jours, on ue peut disconvenir que Fensemble de cette population n'eût un caractère très-différent, et que la plupart des races qui la composaient ne soient anéanties.

. Ce qui étonne, c'est que parmi tous ces mammifères, dont la plupart ont aujourd'hui leurs congénères dans les pays chauds, il n'y ait pas eu un seul quadrumane, que l'on n'ait pas recueilli un seul os, une seule dent de singe, ne fût-ce que des os ou des dents de singes d'espèces perdues.

Il n'y a non plus aucun homme; tous les os de notre espèce que l'on a recueillis avec ceux dont nous venons de parler s'y trouvaient accidentellement (1), et leur

(i) Voyez dans le ReliguUù diluvian» de M. Bucktand ce qui concerne

298 DISCOURS SUR LES RÉVOiUTlONS

nombre est d'ailleurs infiniment petit, ce qui ne serait sûrement pas si les hommes eussent fait alors des établissements sur les pay$qu^halHt£dent:Ces animaux.

Où était donc alors le genre humain ? Ce dernier et ce plus parfait ouvrage du Créateur existait-il quelque part? Les animaux qui raccompagnent maintenant sur le globe, et dont il n'y a point de traces parmi ces fossiles, Tentouraient-ils? Les pays où il vivait a\iec eux ont-ils été engloutis lorsque ceux qu'il habite maintenant^ et dans lesquels une grande inondation avait pu détruire cette population antérieure^ ont été remisa sec? C'est ce que l'étude des fossiles ne nous dit pas, et dans ce discours nous ne devons pas remonter à d'autres sources.

Ce qui est certain, c'est que nous sommes maintenant au moins au milieu d'une quatrième succession d'animaux terrestres, et, qu'après l'âge des reptiles, après celui des paléothériums, après celui des mammouths, des mastodontes et des mégathériums, est venu l'âge où l'espèce humaine, aidée de quelques animaux domestiques, domine et féconde paisiblement la terre, et que ce n'est que dans les terrains formés depuis cette époque , dans les alluvions, dans les tourbières , dans les concrétions récentes que l'on trouve à l'état fossile des os qui appar-

ie squelette d'une femme trouvé avec des épingles d'os dans la caverne de Pavyland\ et dans mes Recherches , tom. IV, pag. 194 , ce qui regarde un fragment de mftclioire trouvé avec les brèches osseuses.de Nice.

M. de Schlotheim a recueilli des os humains dans des fentes de Kœstritz où il y a aussi des os de rhinocéros; mais lui-même annonce ses doutes sur Tépoque où ils y ont été déposés. Quelques os humains de certaines cavernes du Midi, que j*ai eu l'occasion d'examiner, m'ont paru y avoir été déposés après les os de quadrupèdes inconnus.

tiennent tous à des animaux connus et aujourd'hui vivants.

Tels sont les squelettes humains de la Guadeloupe^ incrusté^ dans un travertin avec des coquilles terrestres de nie et des fragments de coquilles et de madrépores de la mer environnante; les os de bœuis^ de cerfs , de chevreuils^ de castors^ communs dans les tourbières^ et tous les os d'hommes et d'animaux domestiques enfouis dans les dépôts des rivières^ dans les cimetières et sur les anciens champs de bataille.

Aucuns des ces restes n'appartiennent ni au grand dépô't de la dernière catastrophe ^ ni à ceux des âges précédents.

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