‹ Discours sur les revolutions du globe, avec des notes et un appendice, d'apres les travaux recents de Mm. Humboldt, Flourens, Lyell, Lyndley, etc. redigee par le dr. Hoefer CuvierChapitre 19 sur 50 · DISCOURS JSUR LES RÉVOLUTIONS · texte numérisé non relu

DISCOURS JSUR LES RÉVOLUTIONS

et telle autre forme d’un organe différent; mais l’on «perçoit aussi une constance classique et une gradation correspondante dans le développement de ces deux organes , qui montrent, presque aussi bien qu’un raisonnement effectif, leur influence mutuelle.

Par exemple , le système dentaire des animaux à sabots non ruminants est en général plus parfait que celui des animaux à pieds fourchus ou ruminants, parce que les premiers ont des incisives ou des canines, et presque toujours des unes et des autres aux deux mâchoires ; et la structure de leur pied est en général plus compliquée , parce qu’ils ont plus de doigts, ou des ongles qui enveloppent moins x les phalanges, ou plus d’os distincts au métacarpe et au métatarse , ou des os du tarse plus nombreux , ou un pé^ roné plus distinct du tibia , ou bien enfin parce qu’ils réunissent souvent toutes ces circonstances. H est impossible de donner des raisons de ces rapports; mais ce qui prouve qu’ils ne sont point l’effet du hasard, c’est que toutes les fois qu’un animal à pied fourchu montre dans l’arrangement de ses dents quelque tendance à se rapprocher des animaux dont nous parlons, il montre aussi une tendance semblable dans l’arrangement de ses pieds. Ainsi les chameaux, qui ont des canines, et même deux ou quatre incisives à la mâchoire supérieure, ont un os de plus au tarse, parce que leur scaphoïde n’est pas soudé au cuboïde, et des ongles très-petits, avec des phalanges onguéales correspondantes. Les chevrotai ns, dont les canines sont trèsdéveloppées, ont un péroné distinct tout le long de leur „• tibia, tandis que les autres pieds fourchus n’ont pour tout péroné qu’un petit os articulé au bas du tibia. II y a doue Une harmonie constante entre deux organes en apparence fort étrangers l’un à l’autre , et les gradations de leurs

OE LA, SUBFACE OU GLOBK.

formes se correspondent sans interruption , même dans les cas où nous ne pouvons rendre raison de leurs rapports.

Or, en adoptant ainsi la méthode de l’observation comme un moyen supplémentaire quand la théorie nous abandonne, on arrive à des détails faits pour étonner.

La moindre facette d’os , la moindre apophyse ont un caractère déterminé, relatif à la classe, à l’ordre, au genre et à l’espèce auxquels elles appartiennent , au point que toutes les fois que l’ou a seulement une extrémité d’os bien conservée, on peut, avec de l’application et en s’aidant avec un peu d’adresse de l’analogie et de la comparaison effective, déterminer toutes ces choses aussi sûrement que si l’on possédait l’animal entier. J’ai fait bicu des fois l’expérience de cette méthode sur des portions d’animaux connus , avant d’y mettre entièrement ma confiance pour les fossiles; mais elle a toujours eu des succès si infaillibles, que je n’ai plus aucun doute sur la certitude des résultats qu’elle m’a donnés '.

Il est vrai que j’ai joui de tous les secours qui pouvaient m’étre nécessaires , et que ma position heureuse et une recherche assidue pendant près de trente ans m’ont procuré des squelettes de tous les genres et sous- genres de quadrupèdes, et même de beaucoup d’espèces dans certains genres , et de plusieurs individus dans quelques espèces. Avec de tels moyens il m’a été aisé de multiplier mes comparaisons, et de vérifier dans tous leurs détails les applications que je faisais de mes lois. - ■ - *-

Nous ne pouvons traiter plus au long de cette méthode, et nous sommes obligé de renvoyer à la grande anatomie comparée que nous ferons bientôt paraître, et

f Vojcsla notfe 3 de fÀl'peàdiCç. ' - '

ou Ton en trouvera toutes les règles. Cependant un lecteur intelligent pourra déjà en abstraire un grand nombre de l’ouvrage sur les os fossiles , s’il prend la peine de suivre toutes les applications que nous y en avons faites. Il verra que c’etft par cette méthodeseule que nous nous sommes dirigé, et qu'elle nous a presque toujours suffi pour rapporter chaque os à son espèce , quand il était d’une espèce vivante; à son genre, quand il était d’une espèce inconnue ; à son ordre, quand il était d’un genre nouveau; à sa classe enfin, quand il appartenait à on ordre non encore établi ; et pour lui assigner dans ces trois derniers cas les caractères propres à le distinguer des ordres., des genres ou des espèces les plus semblables. Les naturalistes n’en faisaient pas davantage, avant nous, pour des animaux entiers. C’est ainsi que nous avons déterminé et classé les restes de plus de cent cinquante mammifères ou quadrupèdes ovipares. •[*.•*

Tableaux des résultats généraux de ces recherches.

Considérés par rapport aux espèces, plus de quatreving-dixde ces animaux sont bien certainement inconnus jusqu’à ce jour des naturalistes; onze ou douze ont une ressemblance si absolue avec des espèces connues, que l’on ne peut guère conserver de doute sur leur identité ; les autres présentent avec des espèces connues beaucoup de traits de ressemblance ; mais la comparaison n’a pu encore en être faite d’une manière assez scrupuleuse pour lever tous les doutes. - 1 *

Considérés par rapport aux gemes , sur les quatre-vingtdix espèces inconnues , il y en a près de soixante qui appartiennent à des genres nouveaux : les autres es-

pèccs sc rapportent à des genres ou sous-genres connus.

Il n'est pas inutile de considérer aussi ces animaux par rapport aux classes et aux ordres auxquels ils appartiennent.

Sur les cent cinquante espèces, un quart environ sont des quadrupèdes ovipares , et toutes les autres des mammifères. Parmi celles-ci , plus de la moitié appartiennent aux animaux à sabot non ruminants.

Toutefois, il serait encore prématuré d’établir sur ces nombres aucune conclusion relative à la théorie de la terre, parce qu’ils ne sont point en rapport nécessaire avec les nombres des genres ou des espèces qui peuvent être enfouis dans nos couches. Ainsi, l’on a beaucoup plus recueilli d’os de grandes espèces, qui frappent davantage les ouvriers , tandis que ceux des petites sont ordinairement négligés, à moins que le hasard ne les fasse tomber dans les mains d’un naturaliste, ou que quelque circonstance particulière, comme leur abondance extrême en certains lieux, n'attire l'attention du vulgaire.

Rapports des espèces avec les couches.

Ce qui est le plus important, ce qui fait même l’objet le plus essentiel de tout mon travail et établit sa véritable relation avec la théorie de la terre, c’est de savoir dans quelles couches on trouve chaque espèce , et s’il y a quelques lois générales relatives soit aux subdivisions zoologiques , soit au plus ou moins de ressemblance des espèces avec celles d'aujourd’hui.

Les lois reconnues à cet égard sont très-belles et trèsclaires.

Premièrement, il est certain que les quadrupèdes ovi-

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parcs paraissent beaucoup phis lût que les vivipares, qu'ils sont même plus abondants, plus forts , plus variés dans les anciennes couches qu’à la surface actuelle du globe.

Les ichthijosaurus, les plcsiosaurus, plusieurs tortues, plusieurs crocodiles sont au -dessous de la craie dans les terrains dits communément du Jura. Les morti|ors de Thuringeseraient plus anciens encore si , comme le pense l’école de'Werner, les schistes cuivreux qui les recèlent au milieu de tant de sortes de poissons que l’on croit d’eau douce, sont au nombre des plus anciens lits du terrain secondaire. Les immenses sauriens et les grandes tortues de Maëstricht sont dans la formation crayeuse même; mais ce sont des animaux marins.

Cette première apparition d’ossements fossiles semble donc déjà annoncer qu’il existait des terres sèches et des eaux douces avant la formation de la craie; mais ni à cette époque, ni pendant que la craie s’est formée, Di même longtemps depuis, il ne s’est point incrusté d’ossements de mammifères terrestres, ou du moins le petit nombre de ceux que l’on allègue ne forme qu’une exception presque sans conséquence «

Nous commençons à trouver des os de mammifères •marins, c’est-à-dire de lamantins et de phoques, dans le calcaire coquillier grossier qui recouvre la craie dans nos environs; mais il n’y a encore aucun os de mammifère terrestre.

1 Les mâchoires d’un animal de la famille des didelplies paraissent avoà-éïé trou vées dans l’oolithe des environs d’Oxford. Si ce gisement se vérifie, ce sera (a plus ancienne cs|>èce de mammifères qui ail laissé des vestiges. Voyez à ce sujet les Mémoires de MM. Rurldaiid, Constant Prévost , etc.

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Malgré les recherches les plus suivies , i{ m’a, été impossible de découvrir aucune trace distiucte de cette classe avant les terrains déposés sur le calcaire grossier : des lignite» et des molasses en recèlent à la vérité; mais je doute beaucoup que ces terrains soient tous, comme on le croit, antérieurs à ce. calcaire; les lieux où ils ont fourni des os sont trop limités, trop peu nombreux , pour que L’on ne soit pas obligé de supposer quelque irrégularité . ,

ou quelque retour dans leur formation \ Au contraire , aussitôt qu’on est arrivé aux terrains qui surmontent je > calcaire grossier les os d’animaux terrestres se montrent en grand nombre.. - >. <•

Ainsi , comme il est raisonnable de croire que les coquilles et les poissons n’existaient pas à l’époque de la formation des terrains primordiaux , l’on doit eroire aussi que les quadrupèdes ovipares ont commencé avec les poissons, et dès les premiers temps qui ont produit des terrains secondaires ; mais que les quadrupèdes terrestres ne sont venus , du moibs en nombre considérable , que longtemps après, et lorsque les calcaires grossiers qui contiennent déjà la plupart de nos genres de coquilles, quoique, en espèces différentes des nôtres, eurent été déposés.

U est a remarquer que ces calcaires grossiers , ceux dont on se sert à Paris pour bâtir, sont les derniers bancs qui annoncent un séjour long et tranquille de la mer sur nos continents. Après eux l’on trouve bien encore des terrains remplis de coquilles et d'autres produits de la mer ; mais ce sont des terrains meubles, des sables, des marnes , des grès, des argiles , qui indiquent plutôt des trans-

1 M. Robert, jeune naturaliste de Paris, vient de trouver à Xan terre «les os de lophindoii et d'auoplUthérium leporinurn dans dis couches qui paraissent appartenir au calcaire grossier lui-même.

Cl VIF. K. — -ÜISC. SIH IFS HÉVOI.. ' 7

poÉts plus ou moins tumultueux qu’une précipitation tranquille ; et s’il y a quelques bancs pierreux et réguliers un peu considérables au-dessous ou au-dessus de ces terrains de transport, ils donnent généralement des marques d’avoir été déposés dans l’eau douce.

Presque tous les os connus de quadrupèdes vivipares sont donc, ou dans ces terrains d’eau douce , ou dans ces terrains de transport; et par conséquent il y a tout lieu de croire que ces quadrupèdes n’ont commencé à exister, ou du moins à laisser de leurs dépouilles dans les couches que nous pouvons sonder, que depuis l’avant-dernière retraite de la mer, et pendant l’état de choses qui a précédé sa dernière irruption. - .

Mais il y a aussi un ordre dans la disposition de ces os entre eux , - et cet ordre annonce encore une succession très-remarquable entre leurs espèces. -

D'abord tous les genres inconnus aujourd’hui, les paléothérlums , les anoplothériums , etc., sur le gisement desquels on à des notions certaines, appartiennent aux plus anciens des terrains dont il est question ici, à ceux qui reposent immédiatement sur le calcaire grossier Ce sont eux principalement qui remplissent les bancs réguliers déposés par les eaux douces ou certains lits de transport, très-anciennement formés , composés en général de sables et de cailloux roulés, et qui étaient peut-être Jes premières alluvions de cet ancien monde. On trouve aussi avec eux quelques espèces perdues de genres connus, mais en petit nombre , et quelques quadrupèdes ovipares et poissons qui paraissent tous d’eau douce. Les lits qui les recèlent sont toujours plus ou moins recouverts par

1 Quelquefois au calcaire grossier lui-même, comme je viens «le le «lire pour le i«>|>liiotlon et l’anoplotliérium leporiivuin.

• CE LA SURFACE DU GLOBE. - J à ' •

des lits de transport remplis de coquilles et d’autres produits de la mer. .-r :

Iæs plus célèbres des espèces inconnues qui appartiennent à des genres connus ou à des genres très- voisins de ceux que l’on connaît , comme les éléphants , les rhinocéros , les hippopotames , les mastodontes fossiles , ne se trouvent point avec ces genres plus anciens. -C’est dans - 1 les seuls terrains de transport qu’on les découvre , tantôt avec des coquilles de mer, tantôt avec des coquilles d’eau douee, mais jamais dans des bancs pierreux réguliers.

Tout ce qui se trouve avçc ces espèces est ou inconnu comme elles, ou au moins douteux. . -

Enfin les os d’espèces qui paraissent les. mêmes que les nôtres ne se déterrent que dans les derniers dépôts d’allu- vioûs formés sur les bords des rivières , ou sur les fonds d’anciens étangs ou marais desséchés, ou dans l’épaisseur des couches de tourbes , ou dans les fentes et cavernes de quelques rochers, ou enfin à peu de distance de la superficie, dans des endroits où ils peuvent avoir été enfouis par des éboulements ou par la main des hommes; et leur position superficielle fait que ces os, tes plus récents de tous , sont aussi , presque toujours , les moins bien conservés. - •

Il ne faut pas croire cependant que cette classification des divers gisements soit aussi nette que celle des espèces, ni qu’elle porte un caractère de démonstration comparable : il y a des raisons nombreuses pour qu’il n’en soit < .

pas ainsi. 1 . *

D’abord toutes mes déterminations d’espèces ont été faites sur les os eux-mêmes, ou sur de bonnes figures ; il s’en faut, au contraire, beaucoup que j’aie observé par moi-même tous les lieux où ces qs ont été découverts.

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