‹ Discours sur les revolutions du globe, avec des notes et un appendice, d'apres les travaux recents de Mm. Humboldt, Flourens, Lyell, Lyndley, etc. redigee par le dr. Hoefer CuvierChapitre 45 sur 50 · Aurhcula spina , Desh. ; grossie , vue du côté de l’ou · texte numérisé non relu

Aurhcula spina , Desh. ; grossie , vue du côté de l’ou

verture. . ; ‘ y

• -8. Murejccontabulahis, Lam.; vue du côtéde l’ouverturp.

Note 12 ( Page 185).

M. de Humboldt {Cosmos, t. I, p. 283 et suiv. ) a distribué plus récemment les roches en quatre classes fondamentales.

première classe: Roches d'éruption ou endogènes.

Granit, syéuite, porphyre, diorite, euphotide, serpen-, tine , mélaphyre , basalte. r s . . .

' - deuxième classe; Roches de sédiment ou exogènes.

Schiste argileux, houille, zechstein, calcaire coquillier, craie, travertin , bancs d’infusoires.

troisième classe : Roches transformées ou métaphoriques.

Gneiss, micaschiste, macigno, calcaire bélemnitique, calcaire saccharo'ide, marbre, dolomie, quartz, fer spéculaire, etc.

quatrième classe: Conglomérat.

Débris des trois roches précédentes.

Ces quatre classes de roches se produisent encore aujourd hui sous nos yeux , quoique sur une échelle inGnimeut petite , par l’épanchement de masses volcaniques en coulées étroites , par l’action de ces masses sur des roches anciennes, parla séparation mécanique ou chimique de matières suspendues ou dissoutes dans des eaux chargées d’acide carbonique , enfin, par la cimentation des détritus de roches de toute nature. Pendant la période chaotique du monde primitif, sous des conditions de chaleur et de pression tout différentes , l’activité de notre globe s’était développée avec plus d’énergie. Aujourd’hui les énormes fractures de l’écorce terrestre ont disparu ; Jes failles béantes des couches superficielles, déjà consolidées , ont été comblées par les chaînes de montagnes que les forces souterraines ont soulevées et poussées au dehors , ou par des roches d’éruption (le granit, le porphyre , le basalte, le mélaphyre). A peine s’il est resté sur une étendue telle que l'Europe' quatre ouvertures, quatre vol-

cans par où les matières ignées puissent faire éruption. Ce qui est vrai pour la période ignée s'applique aussi à l’époque des terrains de sédiment. Les couches de travertin qui se déposent journellement à Rome, comme à Hohart-Towu, en Australie* nous retracent l'image T mais une image bien affaiblie , de la formation des terrains fossilifères.

Les roches d’éruption sont sorties de l’intérieur de la terre, soit volcanlquement , c’est-à-dire à l’état de fusion, soit platoniquement, soit à l’état de ramollissement plus ou moins marqué. •

Les roches de sédiment ont été précipitées ou déposées du sein d’un milieu liquide où elles étaient primitivement dissoutes ou tenues en suspension. Telle est la plus grande partie des terrains secondaires et tertiaires.

Les roches métaphoriques ont été altérées , dans leur. texture et leur stratification, soit parle contact ou la proximité d'une roche d'éruption volcanique ou plutonique, soit par l'action des vapeurs et des sublimations qui accompagnent la sortie de certaines masses à l’état de fusion ignée.

Les conglomérats sont les grès à grains fins ou grossiers , ( brèches ). Ces roches détritiques rappellent l’acte de cémentation qui a consolidé , par l’intermédiaire de l’oxyde de fer ou de matières calcaires et argileuses, des amas de fragment» arrondis ou à vives arêtes.

Au premier coup d’œil que l’on jette sur la distribution géographique des roches , et sur l’étendue que chacune d'elles occupe dans les parties accessibles de l’écorce du globe, on reconnaît que la substance la plus répandue est l 'acide silicique, ordinairement opaque et coloré. Immédiatement après l’acide silieique solide vient la chaux carbonatée; puis les combinaisons de l’acide silieique avec l’alumine', la potasse et la soude, avec la cbauX, la magnésie et l’oxyde de fer. Les substances que nous comprenons sous le nom générique de roches sont des associations déterminées d’un nombre fort restreint de minéraux simples, auxquels viennent se joindre

quelques aütres minéraux parasites , mais toujours d’après certaines lois fixes. Ces éléments ne sont pas particuliers à' telle ou telle roche ; ainsi le quartz ( acide silicique), le feldspath et le mica , dont la réunion constitue essentiellement le granit, se retrouvent, isolés ou combinés deux à deux , dans un grand nombre de formations différentes. Une citation suffira pour montrer combien les proportions de ces éléments peuvent varier d'une roche à l’autre, par exemple d’une roche feldspathique à une roche micacée : Mitscherîich a fait voir que si l’on ajoute au feldspath trois fois la quantité d’alumine et le tiers de la proportion de silice qu’il renferme déjà, on obtient la composition chimique du mica. Ces deux minéraux contiennent de la potasse, dont la présence dans un grand nombre de. roches est un fait antérieur, sans aucun doute, à l’apparition des végétaux sur la terre.

L’ordre de superposition des strates sédimentaires , des couches métamorphiques et des conglomérats , la nature des terrains que les roches d’éruption ont atteints ou traversés , la présence des restes organiques et leurs différences de structure , tels sont les indices qui permettent de reconnaître l’âge relatif des formations successives; tels sont les monuments de l'histoire du globe et les points de repère de sa chronologie que le génie de Hooke avait entrevus. L’application des moyens d’épreuve botaniques et zoologiques à la détermination de l’âge des roches a signalé l’ère la plus brillante de la géognosie moderne. Sous l’influence vivifiante des études paléontologiques , la théorie des formations solides de l’écorce du globe s’est enfin dégagée , au moins sur le continent , de ses entraves originelles , pour revêtir un caractère tout nouveau de profondeur et de variété. ( Cosmos, p. 310.)

L’ancienneté des roches de sédiment ( exogènes ) est déterminée par les fossiles on par les galets qu’elles renferment. Les couches ou strates sédimenteuses constituent un horizon géologique , d’après lequel l’observateur indécis peut s’orienter. Lorsqu’on veut embrasser, dans toute sa simplicité , le

Aî'PJvNDJCï.

type général de. la formation sédimentaire , on reuconlre successivement , en allant <le bas eu haut :

1° Le terrain de transition, divisé en grau wacke inférieure et supérieure ou ensystèmes silurien et devonien : le dernier portait autrefois le nom de vieux grès rouge;

• 2° Le trias inférieur ■, comprenant le calcaire de mon-

tagne , les terrains houillers, le nouveau grès rouge inférieur (todtliegendes), et le calcaire magnésien ( zechstein) ;

3° Le trias supérieur, comprenant les grès bigarrés, le calcaire coquillier et le keuper ;

4° Le calcaire jurassique ( lias et oolithe) ; â° Le grès massif ( quadersandstein), la craie inférieure et supérieure, ainsi que les dernières couches qui commencent au calcaire de montagne ;

6° Les formations tertiaires, comprenant trois subdivisions caractérisées par le calcaire grossier, le charbon brun ou li* gnite , et les graviers sub-apennins.

Puis viennent les terrains de transport (alhivium), contenant les ossements gigantesques des mammifères de l’ancien monde, tels que les mastodontes , le dinothérium, le missurium et les mégathérides : parmi oes derniers on remarque le mylodon d’Owen , espèce de paresseux long de trois mètres

1 Murehison fait deux division» du bunter sandstein (grés bigarré) : l'une est le trias supérieur d' Albert) , l'autre ie trias inferieur, auquel appartient le grés rouge vosgicn d'klie de Beaumont, le zechstein ( calcaire magnésien ) et le todtliegendes (nouveau grés rouge inférieur ), forment le système permien. Il fait commencer les formations secondaires au trias supérieur, c’est-à-dire à la division supérieure du bunter tandstein des Allemands; le système permien , le calcaire carbonifère ou calcaire de montagne , les strates devoniennes et siluriennes constituent les terrains paléozoïques de Murehison. Dans ce système, U craie et le calcaire du Jura portent le nom de formations secondaires supérieures ; ét te keuper, le calcaire coquillier, le grès bigarré , portent celui de formations secondaires inférieures ; le système permien et te calcaire carbonifère composent la formation paléozoïque supérieure, tandis que les couche; dévnniennes cl siluriennes sont ensemble désignées sous le nom de formation paléozoïque inférieure. ‘ ’ ' • " • \ ’

SS 2 ■ APPENDICE

et demi. A ces espèces éteintes viennent se joindre les restes fossilisés d’animaux dont les espèces vivent encore aujourd'hui : l’éléphant, le rhinocéros, le bœuf, le cheval et le cerf.

Il y a près de Bogota, à deux mille six cent soixante mètres au-dessus du niveau de la mer, un champ rempli d’ossements de mastodontes ( campo de giganles ), dans lequel l’illustre auteur du Cosmos fait exécuter des fouilles avec le plus grand soin ; quant aux ossements du plateau mexicain , ils appartiennent à certaines races éteintes de véritables éléphants. Les contre-forts de l’Himalaya (les collines de Sewalik, qui ont été étudiées avec tant de zèle par le capitaine Cantleyet le docteur , Falconer), renferment également de nombreux mastodontes ; on y trouve aussi le sivatliérium et la gigantesque tortue terrestre, longue de quatre mètres, haute de deux mètres ( colosso c/ielys ); puis des débris appartenant à des espèces actuellement “vivantes, des éléphants, des rhinocéros, des girafes, etc. Chose remarquable, ces fossiles appartiennent à une zone où domine encore aujourd’hui le climat tropical que l’on croit avoir régné à l’époque des mastodontes. ( Humboldt, Cosmos, t. i, p. 320 et suiv.O

Note 1 3 ( Page 186 ). %,

Voici les principaux passages extraits des travaux de Sternberg, Brongniart, Lindley, sur la Flore antédiluvienne , etc.

« Les plantes fossiles sont- un indice certain d’une végétation antérieure au règne végétal actuel. Un examen suivi d'un grand nombre de plantes fossiles et de pétrifications fait reconnaître une série de périodes qui nous ramènent au point duquel doivent partir les observations du géologue; mais pour y parvenir il faut encore des observations multipliées. „ .

<■ La formation des lignites comme des houilles appartient à une période de formation générale, laquelle se rattache à l’époque de l’origine des terrains tertiaires. Cette formation

a commencé sous l’enveloppe des eaux , au moment où elles venaient à décroître. Les lignites sont répandus sur toute la terre aussi bien que la houille ancienne. Leurs couches sont plus puissantes, parce que la végétation de la seconde période paraît avoir été beaucoup plus riche que la première.

« On ne saurait douter que la houille ne doive son origine à des masses de végétaux acenmulés, altérés et ensuite modifiés, comme le seraient probablement les couches de tourbe de nos marais, si elles étaient recouvertes par des bancs puissants de substances minérales, comprimées sous leur poids et exposées en même temps à une température élevée. Il suffit, pour s’en convaincre, d’observer la structure presque ligneuse que présente quelquefois la houille, et d’examiner les nombreux débris de plantes contenues dans les roches qui l’accompagnent. »

« Mais l’étude des empreintes de tiges, de feuilles, de fruits même , qui sont en général enfermées en si grande quantité dans les roches , ne prouve pas seulement l’origine végétale de cette substance ; elle peut encore nous conduire a déterminer la nature des végétaux qui lui ont donné naissance, et qui par. conséquent occupaient alors la surface de la terre.

« Parmi ces empreintes végétales , les plus fréquentes sont produites par des feuilles de fougères ; mais ces fougères du inonde primitif ne sont pas celles qui croissent encore dans nos climats; car il n*en existe pas actuellement en Europe plus de trente à quarante espèces , et les mêmes contrées en nourrissaient alors plus de deux cents , toutes beaucoup plus analogues à celles qui habitent maintenant entre les tropiques qu’à celles des climats tempérés.

« Outre ces feuilles de fougères, ces mêmes terrains renferment des tiges que leurs dimensions rendent comparables aux plus grands arbres de nos forêts , tandis que leur forme les en éloigne complètement ; aussi tous les anciens naturalistes, frappés de cette dissemblance, et voulant cependant

CUVJElt. DISC. SCR LES ItKVOI- 22

leur trouver des analogues dans notre monde actuel, les avaient-ils rapportées à des végétaux arborescents mal connus à cette époque , à des bambous , à des palmiers, ou à ces grands cactus connus vulgairement sous le nom de cierges.

« Mais une comparaison plus attentive entre ces arbres des régions équinoxiales et ces tiges de l’ancien monde sufCt pour faire évanouir les rapports , fondés seulement sur quelque ressemblance dans l’âspect général qu’on avait voulu établir entre eux ; et l’étude plus approfondie, soit de ces tiges, soit des feuilles qui les accompagnent , montre bientôt que les végétaux qui formaient ces forêts primitives ne peuvent se comparer à aucun des arbres qui vivent encore sur notre globe.

« Les fougères arborescentes, qui , par l’élégance de leur port, font maintenant un des principaux ornements des régions équatoriales , sont les seuls végétaux arborescents actuellement existants dont on retrouve les analogues, quoique en petit nombre, parmi les arbres de cette antique végétation.

■> Quant aux autres tiges fossiles , restes de ces forêts primitives de l’ancien monde , c’est parmi les végétaux les plus humbles de notq? époque qu'il faut chercher leurs analogues.

« Ainsi les calamites, qui avaient jusqu’à quatre à cinq mètres d’élévation, et iin à deux décimètres de diamètre, ont une ressemblance presque complète dans tous les points de leur organisation avec les prêles , connues vulgairement sous le nom de queue de cheval, qui croissent si abondamment dans les lieux marécageux de nos climats, et dont les tiges, grosses à peine comme le doigt , dépassent bien rarement un mètre de haut ; les calamites étaient par conséquent des prêles arborescentes, forme sous laquelle ces plantes ont complètement disparu de la surface de la terre.

« Les lépidodendrons , dont les espèces nombreuses devaient essentiellement composer les forêts de cette époque reculée , et qui ont probablement contribué plus que tous les autres végétaux à la formation de la houille, diffèrent peu de «os lycopodes. On reconnaît dans leurs tiges la même struc-

ture essentielle, le même mode de ramification; enfin, on voit s’insérer sur leurs rameaux des feuilles et des fructifications analogues à celles de ces végétaux. Mais, tandis que les lycopodes actuels sont de petites plantes le plus souvent rampantes et semblables à de grandes mousses, atteignant très-rarement un mètre de haut et couvertes de très-petites feuilles , les Jépidodendrons, tout en conservant la même forme et le même aspect , s’élevaient jusqu’à vingt à vingt-cinq mètres , avaient à leur base près d’un mètre de diamètre, et portaient des feuilles qui atteignaient quelquefois un demi-mètre de long; 'c’étaient par conséquent des lycopodes arborescents comparables par leur taille aux plus grands sapins, dont ils jouaient le rôle dans ce monde primitif ; formant , comme eux , d’immenses forêts à l’ombre desquelles se développaient les fougères si nombreuses alors. • ' -

« Que cette végétation puissante devait être différente de celle qui revêt maintenant de ses teintes si [variées la surface de la terre! La grandeur, la force et l’activité de la croissance étaient ses caractères essentiels ; les plus petites plantes de notre époque étaient alors représentées par des formes gigantesques; mais quelle simplicité d’organisation et quelle uniformité au milieu de cette puissante végétation!

« La classe qui presque à elle seule constitue la végétation de ce monde primitif est celle des cryptogames vasculaires, qui ne comprend actuellement que cinq familles, dont les principales ont des représentants dans l’ancien monde ; telles sont les fougères, les prêles et les lycopodes. Ces familles sont pour ainsi dire le premier degré de la végétation ligneuse : les végétaux qu’elles comprennent présentent, comme les arbres dicotylédones ou monocotylédones , des tiges plus ou moins développées, d’une texture solide, quoique plus simple que celle de ces arbres, et garnies de feuilles nombreuses ; mais ils sont privés de ces organes reproducteurs qui constituent les fleurs, et ne présentent au lieu de fruit que des organes beaucoup moins compliqués. . - ’ ■

APPBNDÏCE.

« Ces plantes, si simples et si peu variées dans leur organisation , et qui n’occupent pliis par leur noml)re et leur dimension qu’un rang bien inférieur dans notre végétation actuelle , constituaient dans les premiers temps de la création des êtres organisés la presque totalité du règne végétal , et formaient d’immenses forêts qui n’ont plus d'analogue dans notre création moderne. La rigidité des feuilles de ces végétaux , l’absence de fruits eharnus et de graines farineuses les auraient rendus bien peu propres à servir d’aliments aux animaux ; mais les animaux terrestres n’existaient pas encore , les mers seules offraient de nombreux habitants , et le règne végétal régnait alors sans partage à la surface découverte de la terre, sur laquelle il semblait appelé à jouer un autre rôle dans l’économie générale de la nature.

«. On ne saurait , en effet, douter que la masse immense de carbone accumulée dans le sein de la terre à l’état de bouille , et provenant de la destruction des végétaux qui croissaient à cette époque reculée , sur la surface du globe , n’ait été puisée par eux dans l’acide carbonique de l’atmosphère, seule forme sous laquelle le carbone ne provenant pas d’êtres organisés préexistants puisse être absorbé par une plante. Or, une proportion , même assez faible, d’acide carbonique dans l’atmosphère est généralement un obstacle à l’existence des animaux, et surtout des animaux les plus parfaits , tels que les mammifères et les oiseaux ; cette proportion, au contraire, est très-favorable à l’accroissement des végétaux ; et si l’on admet qu’il existait une plus grande quantité de ce gaz dans l’atmosphère primitive du globe que dans notre atmosphère actuelle, on peut le considérer comme une des causes principales de la puissante végétation de ces temps reculés !

« Cet ensemble de végétaux si simples , si uniformes, qui auraient été si peu propres, par conséquent, à fournir des matériaux à l’alimentation d’animaux de structure très-diverse , tels que ceux qui existent maintenant, aurait , en purifiant l’air de l’acide carbonique eu excès qu’il contenait alors ,

préparé les conditions nécessaires à une création plus variée; et si nous voulions nous laisser aller à ce sentiment d’orgueil qui a quelquefois fait penser à l’homme que tout dans la nature avait été créé à son intention , nous pourrions supposer que cette première création végétale , qui a précédé de tant de siècles l’apparition de l’homme sur la terre, aurait eu pour but de préparer les conditions atmosphériques nécessaires à son existence , et d’accumuler ces immenses masses de combustible que son industrie devait plus tard mettre à profit.

« Les archipels situés entre les tropiques , tels que les îles du grand océan Pacifique ou les Antilles , sont les points du globe qui présentent actuellement la végétation la plus analogue à celle qui existait sur la terre lorsque le règne végétal a commencé pour la première fois à s’y développer.

« L’étude des végétaux qui accompagnent les couches de houille doit par conséquent nous porter à penser qu’à cette époque reculée la surface de la terre , dans les contrées où se trouvent ceux de ses vastes dépôts de charbon fossile qui sont le mieux connus, c’est-à-dire dans l’Europe et l’Amérique septentrionale, offrait les mêmes conditions climatériques qui existent maintenant dans les archipels des régions équinoxiales , et probablement une configuration géographique peu différente.

« Quand on considère le nombre et l’épaisseur des couches qui constituent la plupart des terrains de bouille; quand on examine les changements qui se sont opérés dans les formes spécifiques des végétaux qui leur ont donné naissance , depuis les premiers jusqu'aux derniers, ouest obligé de reconnaître que cette grande végétation primitive a dû couvrir pendant longtemps de ses épaisses forêts toutes les parties du globe qui s’élevaient au-dessus du niveau des mers ; car elle se présente avec les mêmes caractères en Europe et en Amérique ; et l’Asie équatoriale, ainsi que la Nouvelle-Hollande, sembleraient même avoir participé alors à cette uniformité générale de structure des végétaux:. .

« Cependant cette première création végétale devait bientôt disparaître pour faire place à une autre création , composée d'êtres d’une organisation moins extraordinaire que les précédents, mais presque aussi différents encore de ceux que nous voyons actuellement.

« a quelles causes peut-on attribuer la destruction de toutes les plantes qui caractérisent cette végétation remarquable ?

. « Est-ce à une violente révoluliou du globe ? Est-ce au changement lent des conditions physiques nécessaires à leur existence, changement qui pourrait être dû en partie à la présence même de ces végétaux ? C’est ce qu’on ne saurait déterminer dans l’état actuel de nos connaissances.

« La période tertiaire , pendant laquelle se déposèrent les terrains qui forment maintenant le sol des plus grandes capitales de l’Europe , de Londres, de Paris , de Vienne , vit s’opérer dans le monde organique des transformations plus grandes qu’aucune de celles qui s’étaient effectuées depuis la destruction de la végétation primitive.

« Dans te règne animal : création des mammifères , classe que tous les naturalistes s’accordent à placer au sommet de l’échelle animale, et par laquelle la nature semblait préluder à la création de l'homme. Dans le règne végétal : création des dicotylédones , grande division que d’un consentement unanime les botanistes ont toujours placée en tête de ce règne , et qui par la variété de ses formes et de son organisation , par la 'grandeur de ses feuilles , par la beauté de ses fleurs et de ses fruits , devait imprimer à toute la végétation un aspect bien différent de celui qu’elle avait offert jusque alors.

« Cette classe des dicotylédones, dont on pouvait à peine citer quelques indices douteux dans les derniers temps de la période secondaire, se présente tout à coup, durant la période tertiaire, d’une manière prépondérante: comme de nos jours, elle domine toutes les autres classes du règne végétal , soit par le nombre et la variété des espèces, soit par la grandeur des individus. Aussi cet ensemble de végétaux qui habitait

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nos contrées pendant que les terrains tertiaires se déposaient et enveloppaient ses débris dans leurs couches sédimenteuses, a-t-il les plus grands rapports avec la masse de la végétation actuelle , et plus particulièrement avec la flore des régions tempérées de l’Europe ou de l’Amérique. Le sol de ces con- - . trées était couvert alors, comme à présent, de pins, de sapins , de thuyas , de peupliers , de bouleaux , de charmes , de noyers , d’érables , et d’autres arbres presques identiques avec ceux qui croissent encore dans nos climats.

« Ainsi , non-seulement on n’y retrouve aucun indice de Ces végétaux singuliers qui caractérisaient les forêts primitives de la période houillère, mais on n’y rencontre même que rarement quelques fragments de plantes analogues à celles qui vivent actuellement entre les tropiques.

« Quel étonnant contraste entre l’aspect de la nature pen- • dant les dernières périodes géologiques, et celui qu’elle offrait lorsque la végétation primitive couvrait la surface dü globe !

« En effet , dans les derniers temps de l’histoire géologique du monde la terre avait déjà pris, en grande partie du moins, la forme qu’elle conserve encore de nos jours. Des continents assez étendus, des montagnes déjà très-élevées, déterminaient des climats variés, et favorisaient ainsi la diversion des êtres; aussi dans une contrée peu ctendye le règne végétal nous offre-t-il des plantes aussi différentes les unes des autres qu’à présent.

« Aux conifères à feuilles étroites , dures et d’un vert sombre, se joignaient les bouleaux, les peupliers, les noyers et les érables au' feuillage large et d’un beau vert; à l’ombre de ces arbres , sur les bords des eaux oü à leur surface, croissaient des plantes herbacées analogues à celles qui encore actuellement embellissent nos campagnes par la diversité de leurs formes et de leurs couleurs , et que leur variété même rendait propres à satisfaire les goûts si différents d’une infinité d’anhnaux de toutes les classes.

« Toutefois, il est presque certain que le dépôt des dernières

couches dès terrains houillersa été suivi de là destrùction de toutes les espèces qui constituaient cette végétation primitive , et particulièrement de ces arbres gigantesques d’une struclure si singulière , de ces lycopodiacées , de ces fougères, de ces prêles arborescentes, caractère essentiel de cette première création.

« Après la destruction de cette puissante végétation primitive, le règne végétal paraît pendant longtemps n’avoir pas atteint le même degré de développement. Presque jamais , eu effet , dans les nombreuses couches des terrains secondaires qui succèdent au terrain houiller, on ne trouve de ces masses d’empreintes végétales , sortes d’herbiers naturels qui dans ces anciens dépôts de charbon nous attestent 1 existence simultanée d’un nombre prodigieux de plantes. Presque nulle part on ne voit dans ces terrains de couches puissantes de combustible fossile; et jamais ces couches ne se répètent un grand nombre de fois et n’ont une grande étendue comme dans les dépôts houillers ; soit qu’en effet le règne végétal n’occupât que des espaces plus circonscrits de la surface terrestre , soit que ces individus épars ne couvrissent qu’incomplétement un sol peu fertile et dont les révolutions du globe ne leur auraient pas permis de devenir tranquilles possesseurs , soit , enfin , que les conditions dans lesquelles la surface de la terre se trouvait n’aient pas été favorables à la conservation des végétaux qui 1 habitaient.

« Cependant, cette longue période qui sépare les formations houillères des terrains tertiaires , période qui fut le théâtre de tant de révolutions physiques du globe, et qui vit apparaître au milieu des mers ces reptiles gigantesques, types d’organisations bizarres, dans lesquels on croirait souvent reconnaître ces monstres enfantés par l’imagination des poètes de l’antiquité, cette période, dis-je, est remarquable dans l’histoire du règne végétal par la prépondérance de deux familles qui se perdent, pour ainsi dire, au milieu de 1 immense variété de végétaux dont est couverte aujourd’hui la surface de

la terre , mais qui alors dominaient toutes les autres par leur nombre et leur grandeur. Ce sont les conifères , qui , sous des formes très -diverses, liabitent encore presque toutes les régions du globe, et les cycadées, végétaux tous exotiques, moins nombreux dans notre monde actuel qu’à cette époque reculée , et qui joignent au feuillage et au port des palmiers Ta structure essentielle des conifères. L’existence de ces deux familles pendant cette période est d’autant plus importante à signaler, qu’intimement liées entre elles par leur organisation , elles forment le chaînon intermédiaire entre les cryptogames vasculaires qui composaient presque seules la végétation primitive de la période houillère , et les phanérogames dicotylédones proprement dits , qui forment la majorité du règne végétal pendant la période tertiaire.

« Ainsi, aux cryptogames vasculaires, premier degré de l’organisation ligneuse, succèdent les conifères et les cycadées, qui tiennent un rang plus élevé dans l’échelle des végétaux , et à celles-ci succèdent les plantes dicotylédones, qui en occupent le sommet.

a Dans le règne végétal, comme dans le règne animal , il y a donc eu un perfectionnement graduel dans l’organisation des êtres qui ont successivement vécu sur notre globe , depuis ceux qui les premiers ont apparu à sa surface, jusqu’à ceux qui l’habitent actuellement.

« Ces forêts de l’ancien monde , comme celles de notre époque , servaient en effet de refuge à un grand nombre d'animaux plus ou moins analogues à ceux qui vivent encore sur notre globe. Ainsi , des éléphants , des rhinocéros , des sangliers , des ours , des lions , de toutes les formes et de toutes les tailles, les ont successivement habitées ; des oiseaux , des reptiles et même des insectes nombreux complètent ce tableau de la nature telle qu'elle se présentait sur les parties de la terre qui s’élevaient alors au-dessus des eaux ; nature aussi belle et aussi variée que celle que nous voyons actuellement sur sa surface. -

2G2 - APPENDICE. , ’

« Au contraire , dans les premiers temps de la création des êtres organisés, la surface terrestre, partagée sans doute en une infinité d’fles basses et d’un climat très-uniforme, était, il est vrai , couverte d’immenses végétaux ; mais ces arbres , peu différents les uns des autres par leur aspect et par la teinte de leur feuillage , dépourvus de fleurs et de ces fruits aux couleurs brillantes qui parent si bien plusieurs de nos grands arbres , devaient imprimer à la végétation une monotonie que n’interrompaient même pas ces petites plantes herbacées qui par l’élégance de leurs fleurs font l’ornement de nos bois. .

^ Ajoutez à cela que pas un mammifère, pas un oiseau, qu’aucun animal en un mot ne venait animer ces épaisses fo- . rets , et l’on pourra se former une idée assez juste de cette nature primitive , sombre, triste et silencieuse, mais en même temps si imposante par sa grandeur et par le rôle qu’elle a joué dans l’histoire du globe.

« Dans la formation houillère , où l’on a trouvé les plus anciens débris de plantes terrestres , la flore d’Angleterre se compose de fougères, en quantité prodigieuse, de conifères et quelques espèces de lycopodium gigantesques, analogues à nos cactus et euphorbiacées. Dans le nouveau grès rouge ces espèces disparaissent, et sont remplacées par d’autres tribus. Dans le lias et la formation oolithique on ne trouve ni cactoïdes, ni palmiers , ni calamites , mais des espèces analogues aux cycadées du cap de Bonne-Espérance et de la Nouvelle-Hollande. Dans la formation calcaire la llore fossile commence à se rapprocher singulièrement de la flore actuelle. Enfin, dans la formation d’argile plastique, des conifères innombrables se trouvent' mêlés avec des palmiers, des aulnes, dea peupliers, des noisetiers, des sycomores et beaucoup d’autres dicotylédons. Telles sont les données générales auxquelles les géologues sont arrivés. »

Aux détails qui précèdent nous ajouterons les observations suivantes du eélébre auteur du Cosmos : « Les conifères

et les palmiers se trouvaient jadis réunis, comme l’atteste le terrain houiller. Aujourd’hui , on dirait qu'ils se fuient. Nous sommes tellement habitués à considérer les conifères comme une propriété du Nord , que je fus moi-même surpris de rencontrer une épaisse forêt de pins [pinus occidentalis , semblable au pin de lord Weimouth ) entre la Venta de la Coxonera et l’Alto de los Coxones, à douze cents mètres au-dessus du niveau de la mer. Je montais alors des côtes dé la mer du Sud vers Chilpansingo et les hautes vallées du Mexique; il me fallut un jour entier pour traverser cette singulière forêt, dans laquelle les arbres à pivots étaient entremêlés de palmiers à éventail ( corypha dulcis ), couverts de perroquet^ diversement colorés. .L’ Amérique du Sud produit des chênes; mais elle ne nourrit pas une seule espèce de pin, et la première fois qu’un sapin s’y offrit à nies yeux comme un souvenir de'ina patrie, il était situé près d’un palmier à éventail. De même , Christophe Colomb , pendant son premier voyage de découvertes, aperçut des conifères et des palmiers entremêlés à la pointe orientale du nord de Cuba, par conséquent entre les tropiques, mais à peine audessus du niveau de la mer. Cet homme profond, auquel rien n’a échappé, parle de ce fait dans son journal de voyage comme d’une singularité, et son ami Anghiera, le secrétaire île Ferdinand le Catholique, rapporte avec étonnement u qu’on trouve à la fois des pins et des palmiers dans le pays nouvellement découvert. » Il est d’un grand intérêt pour .la géologie de comparer la distribution actuelle des plantes sur la surface de la terre avec la géographie des flores éteintes. La zone tempérée de l’hémisphère austral, dont Darwin a décrit avec tant d’art les îles nombreuses , les eaux abondantes et la merveilleuse végétation , qui tient à la fois de la flore des tropiques et de celle des pays froids, offre les exemples les plus instructifs pour la géographie des plantes modeYnes et pour celle des plantes primitives. Or, cette dernière est sans aucun doute une branche importante de l’histoire du règne végétal.

« Les eycadées, qui, d’après le nombre des espèces fossiles appartenant à cette tribu, durent jouer dans le monde primitif un plus grand rôle que dans le monde actuel , accompagnent leurs alliés les conifères à partir de l’époque où se sont formés les lits de charbon. Elles manquent presque entièrement dans la période de grès bigarrés ; mais aussi certains conifères ( voltzia, haidingera, albertia > se sont puissamment développés dans cette période. Les eycadées atteignent leur maximum dans le keuper et dans le lias , où on en a trouvé vingt espèces distinctes. Dans la craie ce sont des plantes marines et des naïades qui prédominent. Ainsi les forêts de eycadées de la formation jurassique ont disparu depuis longtemps, et même dans les plus anciens groupes de la formation tertiaire on les trouve relégués bien au-dessous des conifères et des palmiers.

Les lignites, ou les couches de charbon brun, que l’on retrouve dans chaque division de la période tertiaire, contiennent, au milieu des plus anciens cryptogames terrestres, quelques palmiers, un grand nombre de conifères avec des anneaux annuels bien marqués, et des arbustes rameux d’un caractère plus ou moins tropical. La période tertiaire moyenne est signalée par le retour des palmiers et des eycadées. Enfin , la végétation de la dernière période offre une grande analogie avec la flore actuelle. Nos pins et nos sapins, nos cupulifères, nos érables et nos peupliers y apparaissent sans transition, dans toute la plénitude de leurs formes. Les troncs de dicotylédonées enfouis dans les lignites se distinguent quelquefois par leurs énormes dimensions et par leur grand âge. Noeggerath a trouvé près de Bonn un de ces troncs sur lequel il a compté sept cent quatrevingt-douze anneaux annuels; dans la France septentrionale , à Yseux (près d’Abbeville), on a découvert dans les tourbières de la Somme un chêne de. quatre mètres et demi de diamètre, épaisseur extraordinaire pour les régions extratropicales de l’ancien continent. D’après les recherches de

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Coeppert (îl faut espérer que ses beaux travaux paraîtront bientôt avec des planches explicatives), tout l’ambre de la Baltique provient d’un conifère qui , à en juger par les fragments de bois et d’écorce de divers âges, devait former une espèce particulière assez semblable à nos sapins blancs et rouges. L'arbre à ambre du monde primitif ( pinites succifer) était plus résineux qu’aucun conifère du monde actuel ; non-seulement la résine y est placée , comme dans ces derniers, sur l’écorce et à l’intérieur de l’écorce, mais encore dans le bois lui-même, dont on distingue très-nettement, au microscope , les cellules et les rayons médullaires remplis de succin ; cette résine forme aussi de grandes masses blanches et jaunes entre les anneaux concentriques du ligneux. Parmi les matières végétales enchâssées dans l’ambre, on a trouvé des fleurs mâles et femelles de cupulifères et d’arbres indigènes à feuilles aciculaires; mais des fragments très- reconnaissables de thuya, de cupressus, d 'ephedera et de castanea vesca, mêlés aux fragments de nos sapins et de nos genévriers , accusent une végétation différente de celle qui règne maintenant sur le littoral de la mer Baltique et de la mer du Nord. » (Humboidt, Cosmos, t. I , p. 326 et suiv. ) Voici, d’après Lindley et d’autres, la description de quelques-unes des espèces fossiles les plus curieuses , trouvées dans les houillères de différents pays (Voyez les planches) :

P, * ^ J jjÉÊûtÊÉto lté. - ' 7 A.

Fig. l'i Sphenopteris Hœninghausil. Rameau d’une trèsbelle espèce fossile , rapportée autrefois au genre ' Cheilanthes.

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