SCÈNE II
mot , me remit une lettre ainsi conçue : « Une femme , « qui veut rester inconnue, désire avoir un moment « d'entretien avec vous. Le domestique qui vous remet- « tra cette lettre vous conduira prés d'elle , mais dans « une voiture fermée , et les yeux couverts d'un ban- « deau, que vous ne quitterez sous aucun prétexte... « Aurez-vous le courage de le suivre ?» — Oui, certes, répondis-je à l'homme qui m'attendait... où est la voiture?.. J'y montai précipitamment , et fouette cocher.
DONATIEN
Ça devient intéressant... Après , jeune homme ?
GASTON
Mon conducteur me banda les yeux , ainsi que c'était convenu, et nous voilà en route... Après plusieurs détours , la voiture s'arrêta... On me fit descendre, puis monter un escalier... J'entendis ouvrir une porte ; on me fit entrer , on me conduisit à un fauteuil , et mon guide s'éloigna.
DONATIEN
Je n'ai rien lu de pareil dans les Mille et une Nuits.
GASTON
* Craignant quelque mystification, j'allais arracher mon bandeau... quand une voix de femme, émue et tremblante , ou peut-être déguisée à dessein , me dit : « C'est « bien, c'est très-bien d'avoir eu confiance en moi.
Air : Vaudeville du premier Prix, « Mais, lorsque ma Yoix vous appelle, M De votre dévoûment si beau « J'exige une preuve nouvelle :
« C'est que vous gardiez ce Landeau. » DONATIEN, V interrompant que le ciel vous soit en aide !
blez, tremblez ! car je prévois Que cette femme est vieille ou laide... Ou bien encor , tout a la fois.
Ah ! malheureux! vieille et laide ^ la fois !
GASTON
Voulez-vous bien vous taire , et ne pas me mettre ces idées-là en tête î.. vieille ou laide!
Ah ! que Trembl<
DONATIEN
Ce n'est qu'une opinion... allez toujours.
GASTON
« Je vous ai fait venir , M. d'Aubrai , continua l'in- « connue ; car j'avais besoin de vous voir , de vous par- « 1er , et de vous dire peut-être , ajouta-t-elle en baisce sant la voix , et de vous dire que je vous aimais... » A ces paroles , je voulus m'élancer de son côté... un seul mot m'arrêta... « Si vous quittez ce fauteuil , si vous fai- « tes un pas , je Wisparais et vous n'entencTrez jamais « parler de moiH. Un obstacle , disposé par moi , s'op- « pose à ce que voiî^ m'approchiez :^si vous cherchez « à le franchir , .jpia retraite est assurée", et tout sera « fini... » Je repris^a place, je respectai cet obstacle que je ne pouvais voir... Alors l'entretien continua , et j'appris que ce que l'on redoutait le plus était la légèreté des officiers français , leur suffisance , et surtout leur indiscrétion.
Brave armée ! comme on te calomnie !
GASTON
« A demain, me dit-elle... » Le domestique vint me reprendre , et je ne revis la lumière qu'en me retrouvant ici , dans cet entresol.
DONATIEN
Voilà tout ?
GASTON
Le lendemain, même voyage, même mystère... El voilà quinze jours que cela dure , quinze fois que la cérémonie recommence, et je n'en sais pas davantage.
DONATIEN
Comment ! toujours aussi respectueux ?
GASTON
Parbleu I cet obstacle qui nous sépare...
DONATIEN
Qu'est-ce que cela peut être ?
GASTON
Est-ce que je sais?., quelque grille de fer, à l'usage