‹ Discrétion, comédie-vaudeville en un acteChapitre 8 sur 27 · SCÈNE m · texte numérisé non relu

SCÈNE m

Les Mêmes , la Princesse de WENDEL , précédée d'un laquais.

DONATIEN , qui Va pour sortir.

Ma cousine!..

GASTON , à part, La princesse !.. Diable ! de la tenue.

Je vous demande bien pardon , M. d'Aubrai , de venir ainsi vous surprendre... mais je savais que mon cher cousin était ici , et je n'ai pas hésité... car je viens vous adresser à chacun une requête.

GASTON

Parlez, madame.

DONATIEN

Ordonnez , belle cousine.

LA PRINCESSE

Vous savez qu'il y a ce soir grande réception chez le roi?

GASTON

Oui , madame ; sa majesté donne aujourd'hui son premier bal.

LA PRINCESSE

Toute la noblesse y est invitée...

GASTON

Et on espère que la princesse de Wendel y occupera la première place.

LA PRINCESSE

Etrangère à cette nouvelle cour , j'avais d'abord refusé l'invitation que le grand chambellan me pressait vivement d'accepter; mais j'ai changé d'idée... Je veux aller à ce bal, et je venais vous prier... vous d'abord, mon cousin, de voir le grand chambellan de ma part, pour lui dire que j'accepte.

DONATIEN

Précisément, je me rendais au palais, en ligne directe. (Gaston lui fait de nouveaux signes.)

(1) Donatien, la pi-iucesse, Gaston.

i4 DISCRÉTION.

LA PRINCESSE

Pour vous, M. d'Aubrai, il s'agit de bien autre chose, vraiment... On annonce que, pour opérer un rapprochement entre nos deux nations, le roi désire qu'au bal de ce soir toutes nos dames lui soient présentées par des officiers français , et que les vôtres soient introduites par la noblesse westphalienne.

GASTON

Je le sais , et depuis un moment je songe à tous les heureux que cela va faire.

LA PRINCESSE

Ai-je trop présumé de votre obligeance , de votre galanterie, en espérant que vous voudrez bien être mon cavalier?

GASTON

Moi, Madame ?.. un tel honneur me serait réservé !

LA PRINCESSE

Et pourquoi pas?.. Je pardonnerais tout au plus à mon cher cousin de voir toujours en moi la haute et puissante dame, la nièce de l'électeur... Mais, de par vos victoires , le pauvre électeur n'est plus qu'un simple bourgeois; et moi, princesse déchue; que l'étiquette ne commande plus, je puis du moins choisir mon cavalier comme il me plaît... En perdant beaucoup, on gagne quelque chose... Pourquoi donc vous étonner?.. Vous logez dans mon hôtel... vous m'avez rendu un service signalé... vous êtes un des officiers les plus distingués de l'armée française... Il m'eût été difficile de faire un meilleur choix... Vous voyez donc bien que c'est moi qui serai votre obligée.

GASTON

Ah ! Madame...

(En ce moment la porte s'ouvre , et le domestique de la

première scène paraît.)

GASTON , à part.

Ciel ! qu'ai-je vu !... en présence de la princesse !

LA PRINCESSE , à Gaston.

Je vois que vous êtes en affaire... et je vous laisse.

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