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Discrétion; monocoquelogue, dit

(Il s'avance d'un air confidentiel et regarde un moment son. auditoire avant de parler.)

C'est que je ne sais pas si je peux vous dire ce que je vais vous dire ?...

(Une pause.)

Non, je ne le peux pas. (Fausse sortie.)

Cependant, avec beaucoup de ménagements, des précautions, je crois qu'à

la rigueur à une condition, par

exemple, c'est que vous allez me promettre de ne rien répéter à personne.

Voilà : Il s'agit d'une dame;... quand je dis dame, c'est une façon de parler. Mettons une femme, c'est plus vague.

Elle peut avoir... au fait, je ne vous dirai pas son âge, cela pourrait vous mettre sur la voie; contentez-vous de savoir qu'elle est entre vingt et soixante ans.

Elle habite une ville, une petite ville située dans le département de... eh bien, je ne vous dirai pas non plus le nom du département : encore, s'il n'y avait ici que des messieurs, à la rigueur je pourrais le risquer, parce que pour que les messieurs saisissent, il faut leur fourrer

les points sur les i, mais il y a des dames, et les dames comprennent à quart de mot, surtout lorsqu'il s'agit d'une de leurs amies.

(Apres un moment de réflexion.) On ne peUt

cependant pas les faire sortir.

Non, ça les dérangerait trop. Je peux, du moins, vous dire la première lettre du nom du département : il commence par A.

Cherchez : Ain, Aisne, Ardennes, Avej^ron, Ariége, Aube, Aude, Allier, Ardèche... Comme vous voyez, il y a un petit stock de départements commençant comme lui.

C'est égal, je suis peut-être allé un peu loin; désormais, je me surveillerai.

Cette dame appartient vous vou-

driez bien savoir à quel monde elle appartient ; vous désireriez qu'elle fût du meilleur monde, naturellement. Je m'en doutais. Soyez tranquille, je ne vous le dirai pas.

D'abord, je ne le sais pas... et puis quand même je le saurais!...

Enfin, poursuivons.

Ah ! je vous rappelle, avant d'aller plus loin, que vous m'avez promis de ne rien répéter. Remarquez que je ne doute pas de votre discrétion, mais je prends mes précautions : c'est bien naturel, n'est-ce pas? A ma place, vous en feriez autant.

Ce qu'il y a de plus original dans cette aventure, c'est que c'est un ami qui a tout découvert au moyen d'une

lettre, (ii se fouille.) Je dois l'avoir sur moi. Oui, mais n'ayez pas peur, je ne vous la lirai pas. (indiquam sa poche.) Elle est là, tenez, là.

J'ai peut-être été imprudent en vous indiquant la poche où je l'ai mise... il y a peut-être des pick-pockets qui m'écoutent et qui ne seraient pas fâchés de me débarrasser de ce document.

Je peux vous lire un passage de la lettre: les premières lignes; vous pouvez écouter, elles ne vous apprendront rien. Voilà: Je sais la lettre par cœur. (Solennellement.) « Si je n'ai pas répondu » plus tôt à votre dernière lettre, c'est » que des occupations de toute sorte » m'en ont empêché. »

Le reste est plus intéressant, mais

enfin cette phrase donne une idée de la personne dont il s'agit: tout le monde ne commence pas ses lettres comme ça.

Alors, vous comprenez ce qui s'est passé: La dame a dit à l'ami: « Monsieur »... Au fait, je ne veux pas vous dire ce qu'il lui a dit, parce que cela vous mettrait au courant de tout.

Quant à l'ami, il a répondu... Dois-je vous dire sa réponse ? Non, décidément, je ne le peux pas. Alors la dame a fait des pieds et des mains, des pieds surtout, car elle a pris la fuite. (Une pause.) Je suis peut-être allé un peu loin. Après tout, vous ne savez pas où elle a pris la fuite. Elle l'a pris où elle a pu la prendre : au Nord, à l'Est, à l'Ouest, au Midi, je vous laisse le choix. Comme il

y a des chemins de fer dans toutes ces directions, vous ne devinerez pas.

Alors lui, vous concevez, quand il a appris ça... naturellement... dam !...

ah ! ça lui a... et à sa place, qu'auriezvous dit?

Vous auriez dit: « Ah ! mais, ça ne se passera pas comme ça ! »

Eh bien, il a dit ça!

Et qu'est-ce que vous auriez fait ensuite? Absolument rien ? Eh bien, il n'a fait absolument rien, lui aussi.

Voilà.

Quant à l'ami qui avait découvert la lettre, vous désireriez savoir ce qu'il est devenu ?

Rien du tout: il est resté ce qu'il était.

Et voilà.

Comme vous voyez, c'est un peu...

c'est même trop... mais enfin, on voit se passer tant de choses ! Tout d'abord, on s'écrie: Ah!... puis quand on réfléchit, on se dit : Bah ! après tout. Et puis, vous savez, tout est relatif.

(D'un ton confidentiel.) Si je VOUS ai raconté tout ça, c'est parce que vous m'avez promis de n'en rien dire à qui que ce soit, mais je vous préviens qu'à l'avenir, si j'apprends que vous avez fait la moindre indiscrétion au sujet de ce que je viens de vous confier, je ne vous dirai plus rien.

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