‹ Discussion sur l'hygiène des hôpitauxChapitre 2 sur 3 · MORTALITÉ POUR 100 AMPUTÉS · texte numérisé non relu

MORTALITÉ POUR 100 AMPUTÉS

Hôpitaux

n’cxcédant pas 100 malades. . . .

Cuisse.

Jambe.

renfermant de 100 à 200 malades. .

— 200 à 400 malades. .

— 400 malades et au delà.

Hôpitaux

do Paris, 1861 . .

Cette Influence, déjà si visible, apparaîtra encore davantage si nous rendons notre comparaison plus exacte encore en no prenant pour exemple que des amputations faites pour causes pathologiques, moins variables dans leur gravité que les causes traumatiques. L’amputation de la cuisse pour cause pathologique a donné dans les hôpitaux d’Angleterre déjà cités les résultats suivants :

Morlalité pour 100.

Hôpitaux n’excédant pas 1 00 malades 6,6

— renfermant de 100 à 200 20,2

— — 400 malades et au delà. . 35,9

On ne saurait ici invoquer cette fin de non-recevoir si exagérée, ai Souvent reproduite, basée sur la différence des races, sur l’infériorité physique et morale de la race française sur la race anglaise , triste argument qu’invoquent trop souvent les adversaires de nos recherches statistiques , car la comparaison ne porte cette fois que sur des établissements placés en Angleterre, et les différences individuelles s’effaceraient du reste devant le chiffre des hôpitaux (57) et le nombre des amputations (2,528).

Je n’insiste pas plus sur les avantages et les inconvénients des petits et des grands hôpitaux, sur leurs dimensions et sur le chiffre de leur population ; car si un architecte, un ingénieur, un administrateur ne voient dans toutes ces questions qu’une certaine quantité de mètres cubes d’air à donner ou à souffler à chaque malade, il y a longtemps que vous. Messieurs, qui savez ce que c’est qu’un malade et un hôpital, vous avez condamné les grands hôpitaux.

Il me reste à examiner maintenant quelle doit être la situation topographique des hôpitaux ; je serai bref sur ce point, car le problème

se représeiite avec des condiiions spéciales pour chaque liépilal eu particulier, pour chaque ville, pourichaque pays. Cependant on peut dire qu’il faut autant que possible placer l’hôpital dans un lieu découvert, vers le haut des collines plutôt que dans les plaines ,. dans les plaines plutôt que dans les vallées. On peut se rapprocher des fleuves quand leur eau est limpide, leur cours rapide, surtout quand on peut placer l’hôpital sur une colline voisine de leurs bords; on doit au contraire s’éloigner des rivières où l’eau peu profonde, peu rapide, est fréquemment chargée de détritus organiques en voie de décomposition. Il faut rechercher les terrains granitiques, Isiliceux ou calcaires, éviter les terrains marécageux, bas ou humides, les terrains d’alluvion, et surtout les îles, lorsque celles-ci ne sont pas toutefois assez larges pour constituer un petit continent. Il faut abriter l’hôpilal.des vents du nord, l’exposer à la bienfaisante influence du sud, chercher pour lui l’aération, mais le mettre à l’abri des courants d’air violents.

Ce que je viens de dire peut déjà vous faire pressentir quelle est mon opinion quant à la valeur hygiénique de l’emplacement choisi pour le futur Hôtel-Dieu. Il réunit à peu près toutes les conditions mauvaises. Le sol est un terrain humide et bas, qui n’a dû son exhaussement qu’à l’accumulation des débris et des ruines de plusieurs siècles, où se sont infiltrées les déjections de toutes les générations parisiennes, où s’infiltrent les eaux de la Seine. Vous avez pu voir ce qui existe en jetant un coup d’œil sur les travaux faits pour creuser les fondations d’une nouvelle caserne, et vous avez pu constater en même temps à quelle profon leur et au prix de quelles dépenses il faut aller chercher la base solide d’un puissant édifice.

La Cité est au fond de cette vallée dans laquelle coule à. cet endroit la Seine; largement ouverte du côté du nord, la partie désignée pour riIôlel-Dieu est au contraire soustraite à la chaude et bienfaisante infiuence du sud, au loin par la montagne Sainte-Geneviève, et c’est matériellement cette fois que Notre-Dame la couvrira de son ombre ; celte disposition rend fâcheux le voisinage trop immédiat du fleuve qui la circonscrit et qui la baigne chaque soir d’une atmosphère humide.

Mais si l’emplacement choisi n’a pas une aération suffisante malgré les larges rues dont l’entoure le projet, il sera en revanche exposé, aux bourrasques et plongé, comme la Cité, dans les courants d’air violents qui sillonnent les fleuves encaissés dans des vallées ou couverts sur leurs bords de deux rangées de maisons et d’édifices élevés..

L’emplacement choisi fût-il bon au point do vue de l’ingiène, il serait encore détestable au point de vue de l’économie hospitalière, t.c qui fait la supériorité des études médicales, mais ce qui fait ausH leur didicultc, c est (lu’cllcs comprennent les sujets qui sembleraient aii

premier abord devoir leur être toujours étrangers ; la question du prix de revient des hôpitaux appartient à l’hygiène hospitalière, comme l’ont très- bien compris tous ceux qui se sont occupés de la question. J’ai montré il y a deux ans à quel prix modique revenait en Angleterre un lit d’hôpital : 1,500 fr. à Glasgow, 4,000 fr. à Londres. Je serai bref aujourd’hui sur ce point; mais je ne puis taire ce principe, qui certainement est le vôtre : Que le premier devoir de toute administration hospitalière est de soulager avec une somme fixée le plus grand nombre d’infortunes possible. Serait-ce suivre ce principe que de construire un hôpital où chaque lit reviendrait au moins à 30,000 fr., coûterait, en dehors du prix de l’entretien et de la nourriture des malades , 1,600 fr. de loyer annuel? Ne serait-ce pas une déplorable et impardonnable dérision que de voir un lit d’hôpital coûter aussi cher de loyer qu’un appartement à Paris avec'salon, salle à manger, chambre à coucher et cuisine? Un tel projet exécuté avec le bien du pauvre, ou même avec l'argent qui pourrait être employé à soulager plus efficacement ses misères, sérail une faute grave.

D’ailleurs, les raisons données par l’administration municipale n’ont aucune valeur pour ceux qui connaissent de près, comme vous les connaissez, les besoins de la population indigente de Paris.

L’ombre de Noire-Dame qu’on invoque est une raison toute de sentiment qui peut avoir sa valeur pour beaucoup d’institutions, mais qui ne saurait être invoquée dans le domaine tout matériel des choses de l’hygiène.

Le Bureau central, très-utile par les consultations, où l’on donne des conseils, mais surtout des appareils aux malades atteints de hernies, de varices, d’affections utérines, de déviation de la taille et des membres., est, au point de vue de la répartition des malades, d’une utilité au moins contestable, aujourd’hui que l’électricité peut mettre tous nos hôpitaux en communication directe les uns avec les autres.

L’espace choisi par l’administration municipale ne pourrait, sans compromettre gravement leur vie, renfermer plus de 400 malades, et le quartier de la Cité n’a guère besoin d’un grand hôpital, puisque, suivant toute apparence, la vieille Cité de Paris, concentrant dans son enceinte vide de ses citoyens tout ce qui représente les derniers progrès de la civilisation moderne, no renfermera bientôt plus que la préfecture de police, le Palais de justice, une église, le tribunal de commerce, des prisons, la Morgue et quelques casernes.

La partie de Paris qui l’avoisine n’aurait guère besoin que d’un ’ hôpital de secours , et l’emplacement occupé actuellement par les bûtiments de l’Ilôtel-Dieu consacrés au service des femmes me paraît pouvoir être utilement employé à cot usage ; (proique à peu de

dislance do l’endroit choisi par l’adminislralion , ses conditions hygiéniques , sans être loul à fait à l’abri de la critique , sont toutes différentes et suffisamment bonnes. Un bâtiment unique , séparé de la Seine par des jardins , grâce à la suppression d’une rue devenue inutile , pourrait être construit presque sur l’emplacement actuel et renfermer 100 malades.

Il resterait, il est vrai , à créer un nouvel Hôtel-Dieu. Hôpital général , je voudrais le voir placé au dehors de Paris, près des bords de la Seine , dans les environs du bois de Vincennes ou de l’ancien parc de Bercy ; hôpital d’instruction, je voudrais voir reprendre pour lui, mais par l’État , le projet de déplacement et de reconstruction de la Faculté de médecine , et je ne puis m’empêcher de regretter qu’on ait employé à d’autres usages l’emplacement de l’île bouviers. Là, sur les bords de la Seine, dont l’eau , encore pure de souillures, roule claire et rapide ; exposé de toute part et sans obstacles aux salutaires rayons du soleil, sur un sol sec et salubre , à l’abri des roulants d’air violents qui régnent peu sur un terrain découvert , ayant en face de lui les \astes jardins du Muséum , suffisamment éloigné des habitations par le grenier d’abondance et les terrains de la Bastille, on eût pu placer avec peu” de frais un grand hôpital, soit général, soit d’instruction , dans des conditions presque aussi bonnes qj’à l’extérieur de Paris.

Quant au projet de l’administration municipale, je le trouve injuslifiable et dangereux: injustifiable, car on ne peut invoquer aucune raison suffisante pour autoriser la création d’un hôpital de six cents lits au centre de la Cité; injustifiable, car avec l’argent que Coûterait un Hôtel-Dieu malsain et meurtrier, il est facile de créer au dehors de Paris quatre hôpitaux de quatre cents lits chacun ; dangereux, car il mettrait en péril la vie des malades; dangereux, parce qu’en l’exécutant malgré l’avis contraire du corps médical, l’adminislralion municipale assumerait sur elle la lourde responsabilité d’une mortalité qui seiailson œuvre et qui, portant sur le pauvre, ne fait pas seulement couler des larmes, mais fait encore asseoir à son foyer le désespoir, la misère et la faim.

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