‹ Dissertation médicale sur l'influence des affections de l'âme et des passions sur le corps humainChapitre 1 sur 1 · HOMMAGE D’ESTIME ET D AMITIÉ · texte numérisé non relu

HOMMAGE D’ESTIME ET D AMITIÉ

S. DES GUIDr.

Sur l'influence des affections de l’ame et des passions sur le corps humain..

Xj ? É"rtJDE approfondie des lois générales de" la nature , la me'ditation constante des ouvrages des hommes qui méritèrent dans les siècles passes et de nos jours le titre de pères de la science médicale , ne suffisent pas à celui qui veut parcourir cette carrière sublime, où l’on peut arracher une victime à la mort, un malheureux aux souffrances , et rendre la consolation à une famille éplorée. Il n’est pas de limites pour les connoissances à acquérir; les bornes de la science nous sont inconnues, mais nous connoissons seulement celles de notre existence : Ars longa } vita brevis.

Quelques sciences offrent dans leur pratique des règles fixes, des préceptes invariables; mais, dans la médecine, les casuet les circonstances sont modifies par les dispositions physiques et morales des individus, aussi variées que leur physionomie, quoique l'auteur de la nature nous ait. en apparence formés sur le même type.

Transporté des bancs de l’école on du cabinet au lit du malade, le médecin ne retrouve pas souvent les maladies telles qu’elles ont *tc’ décrites. Mille nuances, de grandes complications, l’obscurité sur la séméiotique des affections, viennent enfin le convaincre que

c'est là spécialement que l’observateur philosophe, sans préjugé', aidé d’une longue expérience , obtiendra ce complément de la science.

C’est alors qu’il sentira l’avantage des études approfondies qu’il aura faites sur le reste des organes privés de vie et de sentiment; qu’il appréciera la connaissance des fonctions de ces organes, l’utilité de la zootomie et de l’histoire naturelle, qui lui apprendront à connoître la différence qui existe entre les corps organiques et les corps inorganiques , à distinguer les altérations qu’a dû subir l’organisme de l’étre privé de la vie.

11 rcconnoxtra également (sans entrer dans des considérations d’un ordre beaucoup plus élevé) que les corps ne meurent pas essentiellement et ne changent que de manière d’exister; que la décomposition est le principe de la reproduction, et que les animaux et les végétaux qui alimentent nos forces journalières, a voient déjà possédé certaines qualités analogues à celles qu’ils reproduisent aujourd’hui, quoique ces qualités soient bien différentes.

Enfin , si l’action et l’exercice journalier des propriétés inhérentes aux organes du corps humain constituent la santé, le médecin doit posséder la connoissance des causes physiques et des causes morales qui donnent le mouvement à ces organes, les modifications qu’elles éprouvent, les désordres quelles subissent

Je m’élendrois au-delà des bornes que je me suis prescrites, si je voulois entrer dans le détail de toutes les connoissances nécessaires à l’homme bienfaisant qui se livre à l’art de guérir.

Telles sont les influences de l’air atmosphérique sur la vie , soit par l’altération de ses propriétés dans l'organe de la respiration, soit par ses qualités, qui diffèrent suivant les lieux et les climats qu’on habile, quoique ce grand agent de la nature, ce stimulus indispensable à la vie , ait une grande influence sur l’économie animale , et puisse donner aux hommes, par sa température ou sas autres qualités , la mollesse ou la vigueur.

Les causes des 'maladies communes dans certains pays , et rares dans d’autres.

L’influence des saisons sur la vie et la santé. Il n’est pas dans notre pouvoir de les modifier ; contentons - nous d’observer les changemens qu’elles apportent dans les constitutions , et dont l’uniformité n’est pas constante dans tous les climats.

Les effets produits par les alimens , qui varient suivant leur quantité , leur qualité et suivant le règne auquel ils appartiennent ; ceux produits par les eaux, qui varient de même , suivant les matières qu’elles tiennent en combinaison ou en dissolution, et par ceux que donne l’usage des liqueurs, aussi variées que les fermentations qu’elles ont subies': effets tous aussi remarquables en état de santé qu’en état de maladie.

Le repos et le sommeil , dont l’influence est si marquée sur l’économie animale. Ils réparent les forces usées par les fatigues et les veilles, et rétablissent l’harmonie dans les fonctions delà vie organique, si l’usage qu'on en fait est conforme à l’âge, au tempérament, à la saison, et aux objets qui nous occupent.

L'action de» stimulus sur le principe vital est en raison du degré de la force qu’il a, et l'anéantissement complet du principe vital est en raison du nombre et de la durée des cxcitans. La constante modération dans leur usage, la prudence dans l’emploi des stimulus même les moins forts, est la cause de la longévité : l’expérience nous montre que malheureusement ceux qui se permettent d’en abuser, n'arrivent presque jamais à l'arrière-saison.

C’est à ces causes que nous devons attribuer la grande différence qui existe entre les solides vivans du riche oisif et ceirx cfë l’infatigable agriculteur, entre la constitution du guerrier et celle de l’homme de cabinet; ci, si le médecin veut calculer avec justesse les effets et les causes , et bien asseoir son jugement , il remarquera les altérations que produisent dans l’économie vitale de l’homme le besoin où le place le concours impérieux des circonstances,

l’obligation de se donner souvent un état tout autre que celui qui lui fut destine' lorsqu’il entra dans la carrière de la vie.

L’ctat des organes se'cre'toires n’est pas à négliger : on doit observer s’il n’y a point retard, diminution ou augmentation dans les excrétions habituelles ; la santé et la vie même dépendent souvent de la moindre aberration , que l’œil inexpérimenté n’a point aperçue. 11 doit également observer si le sang et les autres fluides coulent régulièrement dans les canaux que la nature leur a destinés ; car ils ne doivent en sortir que selon les lois , par les lieux et aux époques quelle a déterminés; et si cette espèce de vapeur, dont elle humecte avec tant de prévoyance les membranes qui recouvrent les différens organes ou qui tapissent les cavités et les interstices de notre corps, est suffisamment et proportionnément absorbée par les vaisseaux lymphatiques, parce que la santé sera plus ou moins altérée, selon que cette humeur sera plus ou moins abondante.

Enfin, parmi les causes qui influent éminemment sur la vie et en modifient ou en altèrent le cours et les fonctions, il en est tme que le médecin, jaloux d’approfondir les coanoissances de son art, doilavoir long-temps étudiée : je veux parler de l’influence qu’exercent sur tout le système de son organisme les affections de lame; leurs nombreuses variétés, leur intensité, leur durée, les impressions plus ou moins profondes quelles ont faites, produisent une trop grande influence sur la vie et la santé, pour qu’il ne soit pas du plus grand intérêt de les connoltre avec détail.

Ce projet ma paru digne d’occuper notre attention : je tâcherai d’en làire sentir l’importance ; heureux, si je puis atteindre le but que je me suis proposé sur une matière aussi intéressante et si difficile à traiter.

Chaque objet qui met la volonté en action, produit sur l’ame une passion ou un effet qui détermine l'homme à quelque opé-

ration. Les passions sont autant de forces, plus ou moins actives, qui influent dans le même rapport sur les ressorts de la vie. Lorsque les causes qui mettent en mouvement les organes cessent, le corps est mort, de sorte que l’e'nergie vitale est toujours propqj-tionnée à ces causes.

Les passions doivent être regardées comme des puissances agissant sur le système animal. L’expe'riencc journalière nous apprend que^, parmi toutes les causes nuisibles, ce sont elles qui produisent sur nous les effets et les alte'rations les plus remarquables : elles nous mettent dans un état d’orgasme ; tantôt elles nous jettent dans l’abattement, quelquefois elles nous donnent des forces extraordinaires, et plus souvent elles nous affoiblissenb

Combien de fois la gêne, le besoin, l’indigence (résultant du malheur ou du vice), les craintes, les jalousies; les pertes* des biens, des parens, des amis; les haines déchirantes, le succès ou l’infortune en amour, les désirs frustres, les espérances déçues, ont causé de graves maladies et ont entraîné des mortels au tombeau ! Dans tous les siècles et surtout dans un temps qui n’est pas éloigné, que d’exemples ne trouverions-nous pas pour prouver les effets déplorables des passions!

Je trouverai dans le Rabelais de l’Angleterre, le célèbre Swift, l’exemple d’une victime de la passion du travail et de l’ambition: il passa ses dernières années dans la démence. A Naples , l’auteur de tant d’ouvrages profonds et érudits, le célèbre Mazzocchi, perdit aussi la mémoire des choses les plus nécessaires, et même des personnes qui lui étoient les plus chères , par son amour trop ardent de la gloire littéraire.

Les effets des passions vives qui agissent long-temps et qui sont combinées à d’autres causes agissant aussi comme stimulus sur les solides vivans, produisent des modifications différentes sur la santé , et présentent de* symptôm^ propres et particuliers , suivant les lieux et les climats qu’on habite, le genre de vie que l’on mène,

l’éducation qu’on a reçue, les préjuges dont on est imbu, les habitudes qu’on a contractées, l’état de bonheur ou de malheur dans lequel on se trouve, et enfin suivant les rapports que l’on a et les personnes parmi lesquelles on est obligé de vivre. De là vient, premièrement , que chaque individu se trouve doué d’une santé particulière et d’une constitution différente: certaines parties, même en bonne santé, conservent plus ou moins d’énergie, ou sont plus ou moins foiblcs chez les uns que chez les autres, et, dès qu’il survient une nouvelle cause occasionelle, ccs parties sont plus ou moins disposées à être affectées par quelque désordre, qui souvent finit par s’étendre aux organes avec lesquels elles ont des rapports. De là vient encore qu’il est (comme l’observent Ram azzini et Ackermann , et comme l’expérience le confirme tous les jours) des maladies particulières à telle classe d’hommes plutôt qu’à telle autre, ou qui leur sont plus ou moins ordinaires. L’exemple que je vais rapporter, prouvera combien elles peuvent produire de maladies locales ou générales , graves ou légères. Une dame d’un caractère fier éprouve, après la mort de son époux, des humiliations; son cœur en est ulcéré; malheureusement il étoit déjà la proie d’une autre passion tout aussi dévorante. Un resserrement à la gorge et quelques convulsions font préjuger une affection hystérique. Le resserrement s’accroît par degrés ; le cou s’enfle et se durcit d’une manière inégale; il devient dur, squirreux , tendu, élastique; enfin la malade ne peut presque plus avaler : pendant quelques jours, moyennant un très-mince tuyau, on fit passer dans son estomac quelques gouttes de liquide, et bientôt la fièvre de consomption mit fin à sa misérable existence. C’est ainsi qu’on voit souvent la phthisie venir terminer les scènes tragiques produites par les passions.

11 est rare d’observer une passion seule, simple et constamment bien caractérisée de la même îfanièrc; plusieurs passions se succèdent souvent , et souvent celles d’une espèce prennent la plaoe

Je celles d'une autre : ce changement subit n’est presque jamais sans danger. Ainsi, de même qu’un simple bouillon, après une longue diète, produit une espèce d’ivresse , et qu’un repas trop abondant donne la mort à celui qui vient de souffrir la faim ; de meme aussi qu’un degre' modère' de chaleur nous fait éprouver une sensation agréable , et rend aux membres engourdis par le froid leur première e'nergie, tandis qu’il produit la grangrène si le froid a ète' excessif:de même, lorsque les passions se succèdent entre elles, elles peuvent produire des effets d’autant plus funestes qu’elles seront plus vives et qu’elles seront de nature plus opposée. 11 arrive cependant quelquefois que celles qui succèdent détruisent les mauvais effets de celles qui les ont précédées. C’est ainsi qu’on explique pourquoi les passions peuvent guérir ou aggraver les maux qui ne proviennent pas d’affections morales ; et on peut facilement envisager sous quel aspect, dans quelles circonstances, et jusqu’à quel point les passions peuvent être nuisibles ou avantageuses en cas de maladie.

Le médecin qui ne se contente point de l’observation superficielle d‘un petit nombre de symptômes , qui examine attentivement toutes les circonstances relatives au sujet qui demande ses soins , qui veut, enfin, attaquer et détruire la cause des maux qui l’affligent , sait, en s’approchant de lui, qu’il n’y a point de remèdes contre la loi imprescriptible que la nature impose à tous les êtres vivans, et il sait que l’organisme animal n’est point permanent dans les individus, quoiqu’il le soit dans la nature à cause de la force de reproduction ; mais il pourra souvent opposer à une fin prématurée une résistance prompte et courageuse : il saura à propos arrêter les progrès des maux qui accablent le malade , il détruira habilement ou diminuera la douleur, et, en éloignant de nous la souffrance, il prolongera nos jours; car ceux qu’on passe dans la douleur ne doivent pas être comptés. 11 sentira lui -même le plaisir d’avoir pu exercer sa bienfaisance d’autant plus souvent

que le nombre de scs connoissances bien méthodiquement acquises le rendront moins sujet à l’erreur.

Combien de fois l’esprit, plus malade que le corps, a besoin d’un prompt secours ? Heureux le malade et bien heureux aussi le mc'decin lorsqu’il sait employer pour le guérir d’autres remèdes que ceux fournis à sa mémoire par le savoir insuffisant de la matière médicale*: soit en rappelant l’espérance, soit en inspirant la crainte, tantôt par le conseil, tantôt par sa parole consolante, il peut rétablir la santé et quelquefois ramener le malade du seuil de la mort qu’il étoit près de franchir.

Je dois faire observer pareillement que la connoissance des effets que peuvent produire les passions , n’exigera pas moins de prudence de la part du médecin que de bienfaisance; car un mot échappé par inadvertance , le moindre geste inconsidéré , un acte de surprise, d’étonnement ou d’admiratioi», peuvent produire sur le malade des effets fâcheux.

Je conviens que, lorsque la maladie s’est déclarée, souvent on ne peut et on ne doit pas même avoir beaucoup d’égard aux causes occasionelles et prédisposantes , et qu’on doit chercher alors plutôt la cause prochaine et déterminante de la maladie ; mais il est vrai cependant que très -souvent on ne parvient à connoître cette cause que par la recherche attentive qu’on aura faite des autres. Ce sont elles qui font apercevoir le genre de la maladie ,

1 La thérapeutique a son cbté moral, comme son côté matériel; les phénomènes intellectuels sont autant de son ressort que les phénomènes physiques. Elle doit s’introduire dans le cœur humain pour y voir les désirs, les passion», les besoins, les sollicitudes, les chagrins, les attachcmens, les espérances; pour y agir sur les sensations et les idées; pour y examiner, enlin, ce que peuvent sur l’économie animale tous les genres de sentimens et de pensées. L’ensemble de ces diverses considérations peut seul faire prendre à la médecine pratique un caractère d’élévation et de grandeur qui la préservera des sarcasmes de quelques écrivains philosophes. A lis est, Élém. de tbérap.

et dans les ténèbres qui de toutes parts enveloppent l’esprit des foibles humains, ne doit-on pas apprécier tout ce qui peut fournir la moindre lueur, le plus foible rayon de lumière?

Quel que soit l’avantage de la connoissance de l’origine des passions et de leurs differentes modifications , je ne m’occuperai ici que des effets qu’elles produisent sur le corps humain ; et je' tacherai d’examiner succinctement, quelles sont les maladies qu’elles produisent , et quelles sont celles qui peuvent être dissipées par leur action ou par leur influence.

Si l’ame est calme et tranquille, qu’elle puisse gouverner le corps et distribuer dans chacun de ses organes le degré de vigueur de'termine' par les lois de la nature , par la sagesse de son suprême auteur, le système animal est alors bien ordonne', et l’homme dont les passions ne sont point agitées a le bonheur de posséder la santé et celui de vivre long-temps.

. Notre organisme a besoin d’une cause motrice pour se déterminer à certaines actions qui sont essentielles à la vie : l’organisme oppose à ces actions une réaction par des propriétés qui lui sont inhérentes et lui en donnent le pouvoir. Or, si le stimulus est vif, les solides y répondent par une vive action; s’il est au-dessous du degré nécessaire pour le mouvement naturel ordinaire, les solides y répondent en proportion, et le corps organique tombe alors* dans l’affaissement , dans l’engourdissement , dans la torpeur. Les animaux ne vivent que par les stimulus qui mettent en mouvement les solides, et l’esprit qui est réuni aux. corps organisés a sans doute , entre les causes agissant sur lui , la plus grande influence : il doit donc relever l’effet de l’excitation , c’està-dire , il doit produire une grande action sur les solides vivans, ou bien il doit les déprimer; ou, en d’autres termes, si l’action est trop petite ou nulle, les solides ne seront point excités ou le seront très-foiblemcnt. t - .

11 suit de tout ce que nous venons de dire, qu’on peut diviser

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les passion» en deux classes : les unes, qui excitent les organes, et les exaltent avec d'autant plus d'énergie qu’elles les affectent plus particulièrement et avec plus de force ; on peut les appeler excitantes. Les autres sont les passions qui font perdre aux organes qu’elles affectent plus ou moins de leur énergie et dépriment une partie de leur force ; elles peuvent par conséquent s’appeler affaiblissantes , dépressives , engourdissantes . 1

De quelque espèce que soient les passions, lorsque leur action outrepasse le point d’une certaine modération et altère l’équilibre nécessaire au bien-être , elles détruisent chaque fois une porlion plus ou moins grande de nos forces et abrègent le cours de la vie. On doit cependant regarder les effets produits par les passions dépressives comme plus nuisibles que ceux produits par les passions excitantes, quoique les effets des unes et des autres altèrent toujours la santé plus ou moins, suivant leur force, leur durée, leur nombre et leur combinaison entre elles et avec d’autres causes de nature différente. La colère et l’indignation s’accroissant de jour en jour cher un homme de bien qui n’avoit pu se venger d’un affront qu’il avoit reçu , il périt après plusieurs années d’une op-

1 Galien, dan» son Traité de caus. sympl ., réduit tous tes effets des passions à deux mouvement universel» dans le corps humain : le premier-, qui se fait de la circonférence au centre, ce qu’on voit arriver dans le» acc$s de peur, de tristesse, etc.; et le second, qui se fait du centre à la circonférence, ce qu’on éprouve dans la joie, dans l’espérance, dans la colère, etc. Cette division ne renferme point toutes le» passions de l’ame. Sanchez dit qu’il préfère la division qu’en fait Vasson dans son Commentaire sur le vers de Viscile : Hinc mcluunt capiuntque , dolent gaudentque ... . ( Æneid ., lib. 6, v. 735). Le» diverse* passions paroissent renfermées entre la douleur et la crainte, et entre la joie et le désir..... (Encyclop., etc.) « Le plaisir et la douleur (dit M. de Sera, page « 1 5 > ) sont les sensations primordiales dont toutes les autres s'éloignent ou se « rapprochent par des nuances insensibles-, ce sont les deux modes élémentaire* « de la sensibilité, pic. » Il appelle plaisir, toute sensation qu’on voudroit retenir, et douleur, la sensation qu'on voudroit écarter.

pression de poitrine et d'une douleur au cœur. On trouva à l’autopsie cadavérique le cœur et l’aorte tellement remplis de sang-, que la masse du cœur et ses cavités égaloient la grosseur d’un cœur de bœuf. Pendant la vie les jugulaires étoient aussi grosses que l’aorte ; elles battoient violemment et paroissoient deux anévrismes oblongs . 1

Nous n’entrerons pas dans le détail de la nature et des effets de chaque passion, de leurs combinaisons, des différentes dispositions et circonstances dans les sujets qui en sont affectés ; nous nous occuperons de celles qui sont les plus communes et les plus marquantes.

La vivacité, l’enjouement, la gaieté , le contentement , la satisfaction, voilà les pjus calmes, les plus douces et les plus tranquilles des affections, qui agissent en exaltant les fibres des organes, c’est-à-dire, qui produisent un mouvement agréable de réaction dans le système organique, en ranimant l’excitabilité par leur stimulus. Ces effets sont nécessaires à la santé. Qui peut, en effet, aspirer à une longue vie, à une agréable existence, si son esprit n’est pas calme, tranquille et content? Animo hilari et tranquillo esto; qui hoc, optimum longœ vitœ etsanilalis præsidium. Hoffm. Le montagnard d’Ecosse ne doit sa longévité qu’au genre de vie calme et tranquille qu’il mène, qu’à la paix domestique dont il jouit. L’immortel Newton, qui vécut quatre-vingt- cinq ans, offre un exemple frappant de l’excessif travail dont l’esprit humain peut se charger sans en être écrasé , lorsqu'il conserve toujours, comme celui de Newton, le calme de la vertu et la satisfaction de lame.

L’observation nous apprend tous les jours que les personnes chez lesquelles ces passions douces et modérées prédominent, et qui n’ont pas une occupation volontaire ou forcée, acquièrent

* Ha»vxy, Exerc. anal. 3.

de l'embonpoint et de la fraîcheur, quoique vivant sobrement t à cause de l’action puissante des organes digestifs, qui procurent une diathèse sthénique dans 1 économie animale, dont l’équilibre n’est troublé par aucun vice , ni par la disproportion des forces de quelques-unes de ses parties. Si on réunit à cela le calme de l'atne et le repos de l’esprit, on aura une bonne constitution, qui sera l'effet et non la cause de leur caractère heureux.

Si la force des passions excitantes outrepassoit les bornes de cette modération qui en procure les avantages, elle détruiroit alors, par l’exccs des stimulus, les heureux effets qu’elles auroient produits , et on verroit tomber dans une maigreur déplorable ceux qui en abusent; tandis que l’indolence, l'absence des passions vives, le désœuvrement, l’apathie auront pour résultat l’effet contraire, parce que dans ces derniers cas les fonctions s’exercent parfaitement et avec promptitude, de manière que la partie superflue de l'humeur alimentaire se dépose tous les jours en forme de graisse dans le tissu cellulaire.

Cet état prédispose aux maladies sthéniques, lorsqu’il survient des causes occasionclles de la meme espèce. Ces causes les développent ordinairement chez ceux qui ont de l’embonpoint, soit à cause des passions excitantes, douces et modérées qui prédominent, soit par l’effet que produisent chez eux la paresse, l’inertie, l’indolence, l’apathie, etc.

Les effets que produisent la joie cl le plaisir sur l’excitabilité de nos organes, sont plus forts, plus vifs et plus sensibles, que ceux produits par la vivacité, l’enjouement, la gaieté, etc. Le plaisir de revoir un objet chéri fait oublier les fatigues d’un long et pénible voyage ; l’annonce d’une bonne nouvelle efface les traces des souffrances et de l’incertitude; la solution d'un problème répare et soulage de toutes les veilles qu’on a employées

pour la trouver. Archimède, qui cherclioit depuis long-temps le moyen de de'terminer la quantité d'alliage que l’ouvrier avoit mis dan^la couronne du roi , le découvrit en se baignant. Le plaisir qu’il en conçut fut si vif , que , dans un agréable déliré , il sort du bain et se met à' courir tout nu les rues de Syracuse , en criant : je l’ai trouvé , je l’ai trouvé. Pythagorc , par une espèce de folie causée par le plaisir d’avoir démontre' le théorème du quarré de l’hypothénuse, fit Je sacrifice de cent bœufs.

Combien de maladies de foiblesse qui avoient rc'sfcté aux remèdes les plus efficaces et les mieux indiqués furent dissipées par le plaisir d’apprendre le gain d’un procès, l’arrivée dans le port d’un bâtiment qu'on croyoit naufragé, ou la promotion à une place long-temps désirée l Combien de larmes un médecin épargneroitil aux pères de famille dont les enfans sont en proie aux chagrins que leur donne l’opposition présumée à un hymen désire , et finissent par être la victime de leur silence ou des obstacles qu’ils éprouvent ! Le sage Erasislrale rendit à Seleucus son fils unique, déjà sur le bord du tombeau , en lui persuadant d’accorder à scs désirs la belle Stratonicc. Le docteur Hamilton rapporte le cas d’une nostalgie guérie presque entièrement dès que le malade reçut la nouvelle qu’il pourroit quitter le régiment, et à peine fut -il rendu à sa famille qu’il reprit scs forces et sa première santé.

Si tels sont les bons effets que produisent le plaisir et la joie, et s’ils agissent en excitant les fibres affaiblies et engourdies d’autant plus puissamment que d’autres causes prédisposantes et du meme genre y concourent plus ou moins, on ne doit point s’étonner si on voit affectés de mal-aises et de maladies sthéniques les sujets qui y sont disposés : ainsi la pneumonie, le catarrhe, le rhumatisme, etc., succèdent à l’excès du plaisir et de la joie, surtout si l’usage abondant des vins, des liqueurs, de la bonne chère et d’une société agréable, y sont entrés comme de nouvelles causes excitantes. Ces maux sont les mêmes qui ne paroissent nous.

assaillir que lorsque la peau engourdie par le froid est cxpbsée à une trop forte chaleur, ou lorsque par une cause quelconque le sang éprouve une violente impulsion, parce que ces causes, (Quoique differentes, agissent de la même manière.

D’après ce que nous venons de dire des" effets que produisent le plaisir et la joie , nous pouvons facilement couclure qu’ils deviennent dangereux et meurtriers, lorsqu’ils outrepassent les limites de la modération, et surtout s’ils sont imprévus et inattendus. Chilon, le Spartiate, l’un des sept sages, mourut par l’excès de sa joie en embrassant son fils qui avoit remporté le prix du ceste aux jeux olympiques; et le plaisir qu’éprouva Sophocle dans un âge très-avancé, lorsqu’il obtint la couronne aux mêmes jeux olympiques, fut la cause de sa mort. Le philosophe de Ferney, cédant aux instances de Dalembert et de quelques autres amis, vint à Paris recevoir les applaudissemens et la couronne à la première représentation de son Irène. L’espèce de triomphe qu’un public choisi lui décerna jusqu a son hôtel, le rendit victime de l’ivresse d’une joie vive , profonde et prolongée. Voltaire vécut et mourut de gloire, comme l’a dit un de mes meilleurs amis* *. Avec quelle précaution ne doit-on pas prévenir leurs funestes effets chez les femmes enceintes et chez les hypocondriaques, qui s'y abandonnent d’autant plus -vivement qu’ils ont l’esprit plus foiblc et que leurs forces sont plus déprimées 1 Mon excellent ami le docteur Para., homme aussi distingué par scs connoissances étendues que par les belles qualités de son ame, dans un mémoire sur YHistoire naturelle cl médicale de la grossesse , donne un développement profond et philosophique aux idées relatives à la sensibilité des femmes suivant leur position physique . 1

1 M. Les ac b, professeur de l’écdte spéciale de l’artillerie et du génie à Met*, et professeur de mathématiques spéciales au collège royal de la même ville, etc.

* M. dk Sè*K (Recherches sur la sensibilité, ch. G, p. j8j) rapporle l’exemple de Sophocle, et celui de Diogène, qui expira de foie en voyant ses trois fils

Des faits nombreux prouvent que le plaisir qui succède aux chagrins a des suites d’autant plus fâcheuses que ceux-ci ont été plus profonds et plus cuisans. Ermcngardc, ayant reçu la nouvelle qu’Adalgiscus son epoux étoit mort dans la bataille que le roi Luitprand avoit livrée à l’exarque de Ravenne, le pleuroit amèrement, et dans son de'sespoir elle L’appeloit cncdrc par son nom; lorsqu’il reparut , elle s’évanouit , et une profonde léthargie termina ses jours. Don Pèdre de Navarre, commandant en chef une flottille portugaise, fut attaque à l’improviste par l’escadre du roi Achcm. Après un sanglant combat, ce vieillard reçut avec courage la nouvelle que son fils Don Alphonse, qui conunandoit sous ses ordres, avoit été tué, et dit: «Je regrette pour le roi la perte d’un brave.» La victoire étant restée aux Portugais, Don Alphonse, qui n’avoit été que blessé, se présenta dans là nuit à son père, qui, l’embrassant, lui dit avec émotion:. Je le revois, cher enfant, tandis que je « te croyois mort au champ d’honneur et couvert de gloire. * A peine eut-il prononcé ces mots, qu’il tomba évanoui, et aucun remède ne put ramener à la vie celui qui supporta un violent chagrin et ne put résister à la joie qui lui succédoit. Ces exemples suffisent, comme je le pense, pour prouver que le passage rapide d’une passion à une autre différente peut éteindre la dernière étincelle de la vie; car la nature, conforme toujours à elle-même, reproduit mille fois ce qui a été une fois le sujet d’une observation. # ______

La surprise agréable est aussi une des passions excitantes, et a beaucoup de rapport avet^e plaisir et la joie. Quant â la surprise désagréable , elle doit être rangée (comme le docteur Thornton le fait remarquer) parmi les passions dépressives.

revenir vainqueurs des jeux olympiques. U rapporte en outre un exemple emprunté de Tissot, et la remarque, faite par ce médecin célèbre, que de toutes les passions il n’en est point de plus meurtrière que l’ambition ou la vanité humiliée.

La surprise agréable consiste dans la joie imprévue et inattendue , qui produit une émotion d’autant plus énergique qu’elle opère sur un esprit qui a été plus long-temps dans l’incertitude, dans la crainte, dans la douleur, ou dans le chagrin. Elle opère donc en excitant, et produit des effets sthéniques ; ainsi nous croyons pouvoir lui attribuer tous les événemens semblables à ceux dont nous venons de parler, lorsqu’elle va jusqu’au point d’anéantir ou de détruire toutes les forces vitales. Mais, lorsqu’elle n’agit pas aussi énergiquement sur les orgdnes affoiblis d'un sujet déjà affecté de maladie asthénique, on peut se promettre les plus heureux et les plus prompts succès. Combien n’a-t-on pas vu de fièvres lentes et obstinées, terminées par l'heureux retour d’un époux tendre et chéri, d’un enfant adoré, d'un anii, et même d’un médecin désiré? Combien de personnes malades parla crainte de ne pouvoir remplir leurs engagemens , ou de ne pouvoir élever et alimenter leur famille, sont guéries à l’arrivée d’une personne bienfaisante qui est venue leur offrir son argent et son crédit? Combien de fois un amant courroucé termine et calme à l’instant les plus affreuses convulsions par un mot de bienveillance ou de pardon? Il n'est pas rare dans la pratique de voir cesser chez les jeunes gens les maladies rebelles à tous les remèdes par l’annonce qu’enfin un ami a su vaincre et surmonter tous les obstacles qui s’opposoient à leurs vœux 1 . Voilà certainement de bien puissans remèdes, dont l'habile médecin peut faire usage à propos et lorsque l’occasion s’en présente.

L 'espérance doit être au nombre des passions excitantes : elle

’ La vue soudaine d'un objet chéri, un grand désir satisfait, un changement inattendu des peines du cœur, une prompte surprise, une commotion extraordinaire du système intellectuel, ont souvent produit des révolutions heureuses dans l’ordre, la marche et l’intensité des symptômes, etc. Alisest, Élémcns de thérapeutique.

anime, ravive, donne du courage et relève- les forces abattues', qui sont si necessaires à l’exercice des fonctions vitales : aussi la pratique nous offre mille exemples des effets prodigieux produits par l'action de ce stimulus dans les maladies de langueur et dans les maladies asthéniques en général. Les effets de l’csperancc vont souvent avec ceux de la confiance; ils peuvent, avéc justesse, se comparer à ceux que produisent le contentement, la gaieté, le plaisir, dans un degre' plus élevé et plus efficace, et cependant moins vif et moins violent , que ceux produits par la joie et par l’agréable surprise. Elle peut re'vciller une espèce de mal-aise sthénique, si clic trouve de la prédisposition dans le sujet, et par ce moyen elle détruit et prévient les effets d’une maladie asthénique, qu’elle guérit souvent ; dans ce cas se vérifie l’adage dont l’ignoranée abuse quelquefois : Contraria cotUrariis curantur. C’est aux heureux effets produits par la douce et paisible influence de ce stimulus qu’il faut attribuer les miracles de certains personnages, les cures merveilleuses opérées par les bonnes femmes, les vertus spécifiques des eaux, des farines, des pâles et des amulettes , qui n’en ont point C’est à la même cause qu’on doit attribuer Jes succès obtenus par les charlatans et quelquefois meme par de sages médecins, qui ont appris à bien connoitre les replis du cœur humain. Quel effet peut produire le diaspore dans les flux utérins? A quoi bon porter un marron d’Inde dans sa poche? Et comment la noix de galle qu’on porte sur soi, peutelle guérir les hémorrhoïdes? Que dire des effets de la grenouille vivante attachée aux pieds pour guérir de la goutte, de la feuille de ricin appliquée entre Jes épaules pour faire rétrocéder le lait , et de mille autres semblables bagatelles inventées par des bonnes femmes pour remonter le ressort d’une flatteuse espérance 1 ? L’eau

1 11 faut des remèdes pour la duuleur morale comme pour la douleur physique, et le médecin, à l’exemple d'Hjrroc»ATC , doit écouler la pluiutc et

de fontaine, à laquelle le prince d’Orangc fit donner une couleur pour en accre'diter la vertu, produisit les meilleurs effets sur se* soldats attaques du scorbut et découragés dans la place de Breda> où ils étaient assiégés depuis long -temps. Lorsqu’on sait tirer parti de l’espérance et de la confiance, on peut, selon moi, se ménager de grandes ressources, dans les maladies de foiblesse surtout; et quoique les fourbes en profitent quelquefois, on doit avoir égard à la confiance que les malades ont à tel médecin qui, par une ordonnance insignifiante en elle -même, produit l’effet désÿré et que la confiance seule commande.

Ceux qui ont éprouve' les effets de la colère, de ïindignalion et du désir de vengeance , lorsque leur esprit a été affecté par ces passions , doivent parfaitement connoître qu'elles déterminent un état d’irritation et de force dans toutes les fonctions vitales^ L’homme le plus foible se croit un Hercule dans le moment que quelqu’une de ces passions agit sur lui ; sa respiration devient fréquente, scs inspirations profondes : le sang absorbe une quantité d'oxigène plus grande qu’à l’ordinaire, le visage devient rouge et enflamme, la voix rauque, les yeux étincelans ; le cœur bat avec force et vitesse, le sang parcourt avec rapidité tous les canaux, et l’homme en colère , animé d’un nouveau courage , s’agite en tous sens , frappant la terre du pied , déployant ses bras comme prêt à s’élancer contre l’objet de sa colère ; et si la Providence a voulu , dans sa sagesse, que les animaux portassent-sur leur physionomie l’empreinte de leur caractère et les marques de la passion prédo-

coniolcr l'infortune. N'a-t-on pas souvent expérimenté combien il importe d’exciter les émotions du sentiment dans les maladies longues et périlleuse*. Ambeht, Élém. de thérap.

minante, elle nous en donne encore une preuve bien plus grande en nous faisant apercevoir qu’elle a peint sur le visage de l’homme colère et vindicatif le signe de la passion qui l’a subjugue, pour pouvoir nous en faire éviter les effets. Les maladies sthéniques que ces passions occasionnent, sont très-nombreuses et ordinairement dangereuses, comme aussi les cas dans lesquels un accès de colère met fin à des maladies asthéniques, longues et douloureuses , sont des plus fréquens. Loin de moi la pensée qu’il faille provoquer des remèdes pareils, dont on ne peut point prescrire la dose; mais des auteurs ont rapporté quelques exemples de ces guérisons, comme des maux qu’elles produisent. La colère, l’indignation, le désir de vengeance, causent la mort * 1 * , les flux de sang, les anévrismes, les polypes dans le cœur et dans les grosses artères) des fièvres ardentes, des calculs dans la vésicule du fiel, des voroissemens, des flux bilieux 3 et des palpitations mortelles 3 . Cette même passion, excitée à propos et avec prudence par le médecin, guérira un grand nombre de maladies de la nature de la paralysie et de l'imbécillité. Hippocrate savoit que la colère servoit de remède à differentes maladies dans lesquelles abondent les humeurs pituiteuses : il conseille d’irriter les narines jusqu a faire éternuer, et d’exciter la colère dans le relâchement de l’intestin rectum. 4 Boerhaave racontoit qu’un médecin arabe (Gabriel Bachtisva), ayant été mandé pour guérir une des concubines du calife Haroun Al’ Raschid, qui étoit devenue paralytique d’un bras, demanda la permission au calife de faire semblant d’insulter la malade publiquement. En s’approchant d’elle, le médecin se baissa, prit le bord de sa robe et fit semblant de la lever pour la découvrir : ce geste

* ScHELHAMMfcn, de animi affeclib., p. 179.

* Hoffmann, »ect. 1 , 3, 4 , Consul!, œéd. — Hasvev, déjà cité.

i Zacutcs, Prox. adro., obs. 147.

* Epidemicos, l. a , §. 4 , et tract, de fut., t. 3 ,p. C35 (Vanderlinden). — Miicell.

cur. dee. 3, an. 5 , obs. 34-

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alluma la colère de la malade , qui porta avec précipitation son bras paralytique pour empêcher qu’on ne la vît decouverte, et baissa le bord de la robe. >

Sans m’arrêter à rapporter ici les exemples des différons effets produits par la colère, j'aime mieux passer de suite aux effets magiques , pour ainsi dire, que produit sur les fonctions vitales Vanvour heureux . Que pourrois-je dire de nouveau sur ce sujet? Qui n'a pas éprouve ce délicieux instant d’une faveur obtenue. Qui ignore l'adresse qu’inspire cette passion pour vaincre les obstacles qu’on lui oppose? les actions éclatantes dont est capable un amant plein d'une seule idée, le bonheur de voir celle que des circonstances cachent aux yeux de l’homme passionne ? Le plaisir de trouver l’argus dans les bras de M orphée, celui, enfin, de posséder, par un lien indissoluble, l’objet unique de ses veilles, de ses désirs et de toute sa pensée, n’est inconnu qu’à celui-là seul qui ne l’a pas éprouvé. Dans ces cas je ne crois pas qu’il soit possible, ou au moins il doit être bien rare, de voir des amans affectés de maladies asthéniques, puisque l’action de l’amour sur l’amant satisfait et content est d’autant plus excitant que les obstacles et les difficultés à surmonter ont été plus graves, plus nombreuses et plus longues.

C’est ici le lieu de dire un mot des effets que produit l’amour de soi-même y source féconde de vices et de vertus; je l'appcllerois même l’origine des autres passions 1 . De quels efforts ne nous rend -il capables? 11 nous aide à surmonter les plus graves obs-

1 Quelque* philosophe* n'unt reconnu qu'une passion : l’amour de soi ; ils ont dit que la haine n'étoit que cet amour intime qui cherche à écarter ce qui peut nuire à la conservation. De Süir., p. 173.

ai

tacles, les plus pénibles travaux; il nous encourage môme à les affronter, lorsqu’il s'agit de notre bien-^lre, ou du bien-être de ceux auxquels nous avons donne' l’existence. Les animaux nous en offrent des exemples (’rappans : leurs soins et leur industrie à former des nids commodes et cachés, leur colère, et la fureur tnéme des plus foibles pour garantir leur jeune postérité des outrages de l’ennemi. L'aiguillon de cette passion redonne la force et le courage dans les adversités, nous fait endurer les fatigues, nous rend vertueux et diligens, nous procure de la fortune et nous fait parvenir aux grandes découvertes; il nous oblige aux actions belles et glorieuses; enfin, l’amour de nous-raème qui, dirigé par la sagesse, nous mène à la vertu, est en même temps une passion qui relève toujours et soutient les forces de la vie.

Que dirois-jc maintenant de l’amour que nous inspirent nos •en/ans P Cette passion découle de la même source ; elle doit évidemment être de la même nature. Je n’ai pas besoin de vous en indiquer la preuve dans le courage, les veilles et les peines endurées par une mère délicate et d’une foiblc santé, lorsqu’elle a cru que la vie de son enfant éloît en péril. Que la force que donne cette passion est bien peinte sur la figure de la femme de Florence : elle lui fait obtenir du lion généreux l’enfant qu’il e'toit prêt de dévorer 1

L’amour de la liberté , celui de la patrie, élève l'ame, et cette passion prend le caractère sacré de la vertu : rien ne résiste à l’élan qu’elle nous donne, soit par honneur, soit par préjugé^ tous les maux, toutes les douleurs, jusqu’au sentiment pénible de la mort, cessent à l’idée qu'on ne peut jamais trop sacrifier à cette noble divinité. L’histoire de tous les siècles nous offre des exemples sûrprenans de la force que donne cette passion généreuse; aussi je ne rappellerai que celui d’Euslachc de Saint- Pierre, qui, s’e'tant offert en victime pour assouvir la rage d’Edouard

contre les habitons de Calais, entraîna par son exemple cinq autres citoyens à subir l£ même sort que lui.

L’amitié est un sentiment qui. a la même origine et doit être range' par conséquent dans le nombre des passions excitantes. Heureux celui dont le cœur est docile à son influence , d’autant plus heureux qu’elle est la seule dont les excès ne soient pas à redouter 1 C'est l’ame de la société, le principe du bonheur: toutes les divinités ont abandonné la terre; elle seule a voulu rester parmi le» mortels, malgré les outrages qu’elle a reçus d’eux. Celui qui la méconnoît, ne sait pas de quels biens il se prive. Céleste amitié ! qui peut décrire dignement les salutaires effets que tu produis sur celui dont l’ame, ébranlée par des malheurs constans et dégoûtée par l’injustice, ne verroit sans toi dans son avenir qu’une succession d’infortunes .-reçois mon hommage, vertu du ciel 1 quel est le cœur affligé qui ne trouve auprès de toi des consolations ?

La force d’amc ou le courage , l’enthousiasme et l’estre poétique ( estro poetico), sont autant de passions du même genre que celles dont nous venons de parler, autant de stimulus, qui , par leur vivacité et par leur énergie , mettent les organes en mouvement et exaltent les effets produits par l’excitation. Dans le courage de Scévola n’y eut-il pas de la force plus qu’humaine de se brûler la main pour montrer jusqu’à quel point il méprisoit les menaces de son ennemi ? Attilus Regulus ne se seroit pas volontairement remis entre les mains des Carthaginois , pour endurer les plus affreux lourmens , s’il n’avoit été animé par l’enthousiasme de l’honneur et par le désir de venger sa pairie. N’est-ce pas l’enthousiasme qui aida Clélie à traverser le Tibre à la nage , malgré les traits que lançoient contre elle les soldats de Porccnna , la foiblesse de son sexe et la timidité de son âge ? Com-

tien d'exemples de courage, j de dévouement et de force d’ame ne nous offre pas ce sexe sensible et délicat ?

Je n’attribuerai à autre cause qu’à l’enthousiasme qui dégénère en fanatisme l’excès des tourmens que supportent les faquirs, les convulsionnaires, et les pénitens que nous avons vus se scarifier parles rues. Quant à 1 ’estre poétique, j’ai eu l’occasion de l’observer maintes fois en Italie chez des hommes de mérite qui n’ont pas cependant le nom de poète , mais qu’on appelle improvisateurs, La musique, la liqueur, la bonne compagnie, aident à réveiller les muses. Tous les signes d’une diathèse inflammatoire s’observent dans le temps qu’ils chantent des vers sur un objet donné; mais après quelques années cet état devient chronique, et sur dix je pourrois en compter neuf poitrinaires. Je n’entends point parler de ceux qui courent les rues et qui croient faire des vers :on ne doit pas honorer ceux-ci du nom qu’ils se donnent.

Dans beaucoup de circonstances plusieurs de ces différentes passions, dont les effets sont analogues, se combinent en différens degrés, ou bien alternent avec d’autres d’une nature différente et qui produisent des effets contraires. C'est ainsi que celui qui éprouve le charme du coup d’oeil de l'objet aimé, sent en même temps son cœur palpiter par la crainte qu’il ne lui soit enlevé : il entend parler mal de son idole, il s’irrite, et souvent son cœur bat pour d'autres sentiinens, moins nobles et plus sensuels, qui, se succédant ou se combinant, produisent une exaltation ou une dépression sur la force des organes , en proportion de leur nombre , de leur nature, de leur durée et de leur intensité. D’après ce principe il est facile de voir que la présence simultanée ou la succession des passions du même genre, augmente ou maintient l’état d’exaltation dans lequel on se trouve; mais si elles sont remplacées par des passions dépressives, dont nous allons nous occu-

per, et que par exemple à la colère succède la tristesse, à la joie le chagrin, etc., comme les poêles nous en donnent des tableaux pris dans la nature , cette alternative est avantageuse si la passion qui succède détruit positivement la partie exce'dente de l'effet produit par celle qui l'a pre'ce'dèe. Plus souvent il arrive que les effets qu’elles produisent deviennent d’autant plus dangereux que leur action n’est pas proportionnée, mais qu'il y a un excès dans un autre sens; alors, les fibres passant d’un état de dépression, de torpeur, à celui d’excitation, de vivacité, ou réciproquement, les accidens les plus funestes peuvent s’en suivre : car la nature n’aime pas à changer d’état brusquement et par saut; mais, lorsqu’elle doit y passer, elle le fait par degrés et régulièrement,

Ces faits, qui prouvent ce que peuvent produire les passions sur les fibres de nos organes , imposent au médecin le devoir de les bien connollre, et d’en faire un objet de ses méditations, pour diriger leurs effets, les modifier elles rendre avantageuses aux malades. « L’histoire des affections morales, dit le D. r Alibert, forme « une doctrine dont il importe de faire une constante étude, sans « laquelle la médecine ne seroit qu’une science sèche , aride et * insuffisante. *

Les passions dépressives agissent en paralysant le stimulus et en diminuant ses moyens d’action sur tout le système organique ; c’est pourquoi l'effet qu’elles produisent sur l'excitabilité est trèsfoiblc et quelquefois tout-à-fait nul. L’ame alors , presque concentrée en elle-même, abandonne une grande partie de l’influence qu’elle a sur notre frêle machine, et par laquelle les solides qui composent noire corps acquièrent la faculté et la possibilité de correspondre à l’action des stimulus, qui, sur un corps inanimé, ne produit plus aucune altération.

Ce que nous venons de dire n’a aucun rapport avec l’excitabi-

lité musculaire qui a lieu même après la mort ; car c’est ici un phénomène qui ne dure que quelques instans, jusqu’à ce que la solution de l’organisme soit arrivée, que les organes aient perdu les facultc's diverses , inhérentes à leur construction et qui appartiennent à la vie physique, avec toutes les qualités nécessaires sans lesquelles les parties du corps ne peuvent pas obéir à l’action' de l’ame : tels sont, pa f exemple, les membres paralyses ou les parties meurtries , ou autrement altérées. Ce phénomène n’est pas applicable aux parties qui sont essentiellement nécessaires à la vie; alors, non-seulement la présence et l'action de lame sur elles est indispensable , mais il faut encore que les parties sur lesquelles elle agit possèdent toutes les facultés et les propriétés dont elles doivent être douées pour sentir l’action et pour pouvoir réagir.

Si donc l’ame agit dans une proportion convenable, c’est-4-dire qui soit en rapport avec les forces des organes, elle produit dans leurs parties excitables un changement réciproque de position, qui est un effet agréable et salutaire. Si, ensuite, celte espèce d'oscillation ou de changement de position réciproque dans les fibres organiques outrepasse les limites de la proportion de leurs forces, à cause d’une trop grande action, alors l’effet qu’elle produit obligera les libres à passer, après ce mouvement, dans un état de relâchement plus ou moins considérable, selon la cause qui l’aura produit. Si le stimulus mental diminue jusqu a' ce qu’il devienne nul, et qu’enfin les passions qui abattent, affaissent et dépriment lame, parviennent à absorber, à détruire le stimulus; alors les parties qui composent nos organes se rapprochent par une loi qui leur est propre, et tombent dans une espèce d’engourdissement qui fait quelles ne répondent plus, ou presque plus, à l'action des stimulus ordinaires. Voilà l’état dans lequel nous mettent les passions dépressives et engourdissantes. Cet état est aussi dangereux que celui qui dérive de l’excès des stimulus, comme nous l’avons précédemment examiné. L’une et l’autre de

ces deux causes ne sont que trop souvent fatales à l'humanité'. Mais si, au contraire, l’engourdissement et la dépression des forces ne sont pas excessifs, et qu’ils procèdent à une action modérée des stimulus , ils peuvent être très-avantageux ; ils viennent souvent très à propos pour nous soulager et pour redonner de la vigueur à la vie animale.

La nature nous offre tous les jours des exemples qui prouvent jusqu’à l’évidence ce que nous venons de dire. Un sommeil tranquille, cet e'tat de calme et de repos qui succède à la fatigue d’un long voyage ou à l’excès d'un pénible travail, enlève peu à peu une partie des stimulus; l’excitabilité s’accumule dans les fibres, et les dispose ainsi à supporter une nouvelle action affoiblissante , qui doit exercer par la suite son influence sur les parties de notre eorpq* Cette espèce de succession réciproque, régulière et non excessive, entre les passions des deux espèces, cette espèce d’équilibre est le principal moyen dont la nature fait usage pour maintenir notre existence. Elle se sert tantôt de la chaleur, de la lumière, du mouvement, etc., pour user une partie de l’excitabilité; et tantôt des ténèbres, de la tranquillité, du sommeil, etc., pour en réparer la perte et pour en accumuler la quantité nécessaire : mais elle n’aime point à passer avec violence d’un état à un autre, lorsqu’ils sont opposés, comme nous l’avons déjà dit; mais bien par degrés, parce que la consommation excessive et rapide de l’excitabilité est également nuisible à la santé, qu'elle soit consommée par excès d’exaltation ou par excès de dépression, ou , en d'autres termes , soit que les stimulus soient trop forts , soit qu’ils soient trop foibles et insuflisans. C’est ainsi que , pour l’avantage de tous les êtres organisés, on ne passe de l’hiver à l’été que par le printemps, et que l’automne nous accoutume à endurer . la rigueur de l'hiver. C’est par la même raison qu’en général la vie humaine a peu de durée sous l’équateur, et que la santé des

individus nés dans des climats tempérés, qui s’y transportent, s’altère en peu de temps.

Les stimulus trop violens qui agissent sur les fibres dans lesquels l’excitabilitc' se trouve trop accumulée, produisant des accidens trèsgraves, et même quelquefois causant la mort, ainsi que nous l’avons démontre lorsque nous avons parlé de la joie qui succède au chagrin, des boissons trop excitantes prises après une longue diète, et de la rapide impression d’une chaleur exagérée sur des membres engourdis; ayant dit aussi combien la nature abhorre le passage brusque d’un état à un autre, on conclura facilement que la soustraction subite et excessive des stimulus, lorsqu’ils ont été trèsabondans, est toujours aussi dangereuse que l’est l’excès du plaisir qui* succède à un chagrin excessif.

Quoique toutes les passions du même genre produisent des effets analogues, et que cependant ils diffèrent dans leur force et dans leur degré d’intensité , il convient d’examiner avec quelque détail les passions dépressives, comme nous l’avons fait à l’égard des excitantes.

L'affaissement , le dégoût , l’ennui et la tristesse sont les premières dont nous nous occuperons. Leur influence sur l’excitabilitc opère précisément en la déprimant, et l’expérience prouve que la foiblesse qu’elles produisent est le résultat de l’accumulation excessive de l’excitabilité; car, pour apprécier combien toutes les fonctions perdent de leur force et de leur énergie par l’effet de ces passions, nous observerons que, dans l’homme qui a été pendant long-temps dans la tristesse et qui n’a vécu que d’idées sombres et mélancoliques, les forces défaillissent, l’aspect devient pâle et blême, l’appétit diminue, les digestions s’altèrent, une incapacité presque absolue à remplir ses devoirs et même à , se livrer aux occupations les plus communes de la vie, se fait remarquer pour l’ordinaire; enfin, une tendance à la fièvre et un

mal-aise general , qui a tous les caractères de l'asthe'nie, finit par dégénérer en maladie grave, si la funeste influence de ces passions continue à agir sur lui. Dans ces circonstances v le meilleur médecin sera celui qui aura le moyen de faire cesser la cause de la maladie , et le meilleur remède sera le secours pécuniaire dans le besoin, le conseil dans le doute, la protection dans l’oppression' ou contre l injusticc, et mille autres moyens du même genre lorsqu’on peut les offrir. C’est dans ces circonstances que l'âme sensible éprouve le vrai bonheur, celui de pouvoir exercer la bienfaisance, d’apaiser la douleur, et de prévenir quelquefois même la mort.

Le mécontentement produit sur nous des effets un peu plus forts que l»s passions dont nous. venons de parler; s’il persiste quelque temps, il nous dispose au mal-aise et occasionne des maladies de foiblesse, telles que f hypocondrie et la mélancolie: celte passion agit en engourdissant principalement les viscères abdominaux; l’estomac tombe dans l’inaction, et ensuite dans la dyspepsie. Les mécontens maigrissent; des symptômes de fièvre s’observent chez eux, et enfin la diarrhée et la pâleur finissent par les rendre tout-à-fait cacochymes. S’il s’y joint des prédispositions occasionées par d'autres causes, ou un surcroît de causes de la même espèce , l’effet de ces agens mal-faisans sera le sinocus, le typhus, l’hydropisie de toutes les espèces, et autres maladies également graves et dangereuses.

Le vif désir, par exemple, de revoir sa patrie, de retourner dans les bras de ses parens, de retrouver ses amis; le sentiment malheureux de l’exil ou de la prison; la pénible idée de ne pouvoir plus satisfaire certains besoins habituels, et la suspension des habitudes de l’enfance, sont des motifs de mécontentement qui produisent ce qu’on appelle nostalgie.

Il me semble que V affliction, le chagrin et la douleur agissent avec plus de force et de promptitude que le mécontentement. Ces passions pre'parcnt d’abord le chemin aux mal-aises, et par suite aux maladies les plus graves. Chez les personnes affligées et dont l’esprit est dans la douleur, on observe la prostration des forces, les nause'es, les digestions altérées, la mélancolie, la fièvre, et tout ce qui peut en être la suite. Lorsque le corps se trouve dans cet état, il est très-sensible à la moindre action des puissances excitantes, et leur trop dïntensité peut oceasioner des maladies graves et mortelles. Nous en avons donné quelques exemples en parlant des passions excitantes. La douleur qu’on éprouve par la mort de ceux qui nous sont chers , par la perte de ses amis, par les regrets que nous font éprouver les personnes auxquelles nous étions vivement attachés par les liens du sang, de l’amitié ou de la reconnoissance, est profonde et dangereuse. Le chagrin que fait éprouver le malheur, l’impossibilité de remplir des devoirs ou des engagemens pris au-delà de ses forces et de ses moyens, précipite les hommes dans les funestes effets des maladies asthéniques. Que dirai-je des effets que produit l’injustice et la perfidie! Après la pâleur, l’émaciation, l’étysie, un état fiévreux, la mélancolie et la démence viennent menacer et détruire la vie. Syphax, apres avoir été vaincu par Seipion, mourut de chagrin et dans la cruelle appréhension du sort qui l'attcndoit, pendant que le sénat de’libéroit si les services qu’il avoit autrefois rendus au peuple romain pouvoient lui valoir quelque faveur. La belle et vertueuse Julie tomba comme frappée de la foudre à la vue de la robe ensanglantée du grand Pompée. Les témoins de la mort de Leibnitz en attribuent la véritable cause au chagrin qu’il éprouva par la décision de l’académie de Londres sur la découverte du calcul différentiel , dont Keil vouloit attribuer l'honneur à Newton. Les ouvrages de pathologie pourroient fournir mille exemples de victimes

de ces passions : si elles ne produisent pas toujours la mort , du moins elles laissent presque toujours après elles des traces funestes de leur présence. L’affliction , le chagrin , la douleur sont très -souvent l’origine et même la seule cause d’un grand nombre de maladies : si on sondoit bien le cœur des malades , on trouveroit que la plupart du -temps ces passions sont les véritables causes de leurs maux.

Passons aux effets que produisent la terreur et l’ épouvante. Il seroit facile de rapporter une multitude de faits, pour prouver que ces passions nous mettent plus ou moins promptement dans un état marqué d’asthénie, duquel on pourroit se tirer sans danger, si, à temps et à propos, on employoit les moyens nécessaires pour en éloigner les causes. Les attaques d’apoplexie, l'hémorrhagie, la suppression des règles, toutes les maladies nerveuses, l’extase , la catalepsie , lai goutte et d’autres maladies graves , sont les effets de ces passions. Le fantôme qu’une politique barbare fit apparoitre devant Charles VI , lui fit perdre la tête. Je rapporterai ici l'exemple d’une pensionnaire qui, voulant faire parade de son courage, paria avec ses camarades d'aller seule au milieu de la nuit toucher sur son lit de parade une religieuse qui ctoit morte dans le jour. Elle accomplit sa gageure; mais, dans son empressement à revenir, sa robe voltige et se trouve accrochée par un clou, qui arrête ses pas précipités : elle ne doute plus que la religieuse ne la retienne ; ses cheveux se dressent, et sa voix expire sur ses lèvres. Ne la voyant plus revenir, on accourt; mais elle n’étoit déjà plus. C’est ainsi qu’elle fut victime de son prétendu courage. L’époque des malheurs de Lyon, en J793, a fourni à mon illustre ami, le docteur Petit (qui a été trop tôt enlevé par la mort aux muses et à la science) des traits

fort remarquables des effets que produisent l’c'pouvante et la terreur. » • •

‘ La crainte n’est pas une passion moins dangereuse que les precedentes; les exemples des maladies graves dont elle est la cause, ne sont que trop fre'quens. Grâces soient rendues aux lumières de la philosophie pour les progrès de l’éducation. Il n'est pas encore loin de notre me'moire , ce temps où la crainte éloit presque l’unique moyen auquel on avoit recours pour rendre les cnfans dociles, et où on leur frappoit l’imagination des contes les plus absurdes que pouvoit dicter l’ignorance. La philantropie du niédccin ne doit pas être moins attentive à veiller sur la santé des cnfans, qu’à combattre l’austérité mal entendue des pères de famille et de ceux qui sont préposés aux c'tablissemens d’éducation des deux sexes. C’est déjà un grand malheur pour la santé de rendre les cnfans pusillanimes, timides et craintifs; mais combien de fois ce système désastreux sert de prétexte aux fourbes pour tendre des pièges à l'innocence! La santé et la morale publique réclament également notre surveillance: il est facile de prévenir les maux, tandis qu’on ne peut pas toujours les guérir. Le célèbre professeur Pin ei. , en récapitulant les causes manifestes qui paroissent avoir déterminé le premier accès d’épilepsie , observe que la terreur imprimée à l'enfance en étoit la cause la plus commune. Si le nombre de ces malheureux est diminué depuis quelque temps, ne le devra -t-on pas attribuer à lcloignement de cette cause? Cette passion dépressive et engourdissante produit des maladies du même genre que les précédentes sur les esprits foibles et susceptibles des moindres impressions. Les symptômes les plus communs chez eux sont l£^ difficulté de respirer, une lenteur dans

' Journal pour servir à l’histoire raisonnée de notre siècle, vol. i*> p. as5. 1 Médecine du cœur, etc. ;

toutes les fonctions, l’épuisement des forces, le tremblement, la lenteur clans les mouvemens, les vtrtiges, l’indigestion, l’horripilation, le froid, les symptômes de la fièvre, le délire, la paralysie, la goutte, la diarrhée, la suppression des règles, les hémorrhagics utérines et autres hémorrhagies. Enfin, lorsque la crainte est trop forte ou excessive, elle produit infailliblement la mort. Dans une consultation de trois médecins, la malade crut lire dans la physionomie de l’un d’eux un mauvais pronostic : toutes les protestations furent vaincs ; son état empira , et la crainte abrégea ses jours. Les êtres pusillanimes se plaisent, comme on. dit, à donner un corps à l’ombre, et l’événement le plus léger et le plus insignifiant produit sur eux des effets fâcheux. 1

Il me paroît à propos de parler ici d’une autre espèce de crainte : la timidité, ou plutôt la peine qu’on a de lever les yeux vers l’objet que l’on devroit regarder, disposition que les Grecs expriment par un seul mot, $u<to> 7 uct, est encore une des passions dépressives qui affligent l’humanité. Luge qui précède l’adolescence, est l’époque à laquelle beaucoup de jeunes gens d’un tissu grêle et délicat en sont affectés : lorsque le développement physique n’en détruit pas les effets, ils se prolongent pour le reste de la vie et rendent ceux qui sont timides vraiment malheureux. Ils ressentent une espèce d’anxiété et une douleur gravative vers le creux de l’estomac ; un nœud paroît se former à la gorge ; leur respiration s’arrête quelques instans, et l’air, retenu dans les poumons, les dilate et comprime les vaisseaux de cet organe; le sang, qui se porte vers la tête, se répand sur le visage; la raison se trouble, la mémoire se perd, le pouls varie et devient irrégulier; on sent dans les muscles

4 Eztimui, ttnsique mêla riguhse eapillos,

El gelidum lubito frigore pectm erat. Ovid., Fait.

du visage des mouvemens désagréables et douloureux, et un frémissement dans tout le corps l’oblige à des mouvemens involontaires ; les yeux sont hagards ; l’esprit et le corps sont abattus. De là vient cette répugnance de voir du monde, de se trouver en société', et souvent même l’impossibilité de remplir les devoirs d’homme public. L’éducation influe beaucoup, il est vrai, sur cette maladie ; mais je ne crois pas qu’elle affecte jamais les individus d’une constitution forte et doués d’une ame intrépide : les aveugles n’en sont jamais affectés, fort pou les miopes, à moins que leurs nerfs ne soient extrêmement sensibles et irritables. Aussi les moyens moraux que PujTARgUE prescrit dans son Traité de vitioso pudore , ne suffisent point pour prévenir ou éloigner cette affection de l’arne; mais la nature même, par les efforts qu’elle fait pour en diminuer les effets, iudique à l’observateur philosophe les moyens à suivre pour lui opposer des obstacles ou la détruire. Elle excite à tousser et cracher, pour chasser avec efforts l’air qui s’arrête dans les poumons: alors la circulation s’accélère, devient plus régulière dans les vaisseaux de la tête; le jugement est moins troublé. La nature, dans les êtres foibles et timides, excite une voix aiguë, haute et contentieuse: on voit ces êtres se mettre facilement en colère, se fâcher, parler haut et prendre un ton dur, qui paroît contraire à leur caractère; mais ils ne tardent pas à retomber dans les symptômes de leur ancienne maladie. Diodore ne seroit pas mort de honte et de douleur pour n’avoir pas pu répondre sur-le-champ aux questions que Stilpon lui fit (Pline, liv. 7 , chap. 53), s’il avoit osé se mettre en colère. Grccch ne se seroit pas pendu par la honte d’avoir fait une mauvaise traduction d’Homère, s’il avoit pu se venger de ses détracteurs. Enfin, si par une nouvelle passion on pouvoit toujours en guérir une autre comme on peut quelquefois guérir une maladie par une autre’, on guériroit la timidité par la colère ou par

■ Élém. de thérap., v. a, p. 37.

une autre affection. Le caractère du bourru bienfaisant ne seroit-ü pas une modification de celui de l’homme timide?

On peut regarder l’angoisse et l’anxiété comme étant un degré supérieur de crainte. L’excitabilité générale s’affoiblit par cette passion, et la diarrhée, le tremblement , le vertige, la lipothymie, la paralysie , la dépravation dans les fonctions des viscères digestifs, les hémorrhagies, la fièvre et la mort, en sont la suite inévitable.

L 'amour paroit être en lui- même une passion qui relève les effets de l’excitation, qui secoue, ranime et donne de la vigueur aux foibles , de la hardiesse aux timides, du courage aux pusillanimes, rend éloquens les silencieux. S'il est satisfait et payé de retour, cette passion alors est agréable; elle a même quelque chose de vertueux, tant qu’elle n’outrepasse point les limites de l’honneur : mais , s’il est malheureux , ce n’est plus une passion excitante, et on doit la compter parmi celles qui dépriment et engourdissent ; elle dégénère en déplaisir, en peine, en angoisse. Alors la jalousie s’empare dû cœur*qui n’obtient point amour pour amour; la crainte, l’inquiétude, le dégoût s’emparent de lui ou le tourmentent tour à tour. De quels étranges accidcns n’est pas suivie une infidélité, un abandon, un refus? Les hommes les plus sages ne peuvent s’y soustraire ; les caractères les “plus calmes, les plus tranquilles, les plus doux, se changent et deviennent sanguinaires, féroces, capables de crainte et de vengeance. Dans ces cas, les amans sont déchirés par les cruels effets de plusieurs passions à la fois, qui les mènent à commettre tous les excès et les assujettissent à toutes les maladies dont ces passions sont les causes , la démence , la mélancolie profonde , la fièvre hectique, le sinochus , le typhus , etc. Entre tous les exemples de ce que peut l’orage des passions qui remplacent l’amour, celui du duc Louis de Bavière, qui lui mérita le surnom de sévère, est terrible. Il fut

obligé de voyager dans le Palatinat du Rhin, et laissa Marie de Brabant, qu’il avoit épouse'c depuis dcuxans,àDonauwerth; celleci ayant remis deux lettres à un courrier qui ne savoit pas lire , l’une à cachet rouge pour le duc, et l’autre à cachet noir pour un certain Bangraff, qui étoil à sa suite, il arriva, par une fâcheuse équivoque, que la lettre à cachet noir fut remise au duc, qui fit de son rival sa première victime. Aussitôt il retourne auprès de Marie; il rencontre le commandant de la ville, qui vient au devant de lui, à qui il enfonce son poignard dans le sein, et dans sa fureur il en fait autant à tous ceux qui se présentent. Son épouse implore vainement son pardon; il commande que sa tête soit livrée à la hache du bourreau. Bientôt le remords vient prendre la place de la fureur, et l'histoire nous dit que les cheveux du duc blanchirent en peu d’instans. Nouvelle preuve d’atonie et de foiblesse, puisque ce phénomène est souvent produit par la crainte et la terreur. *

Enfin, je dois parler du désespoir , dont l’expérience nous apprend trop souvent les funestes et terribles effets. Qui ne les connoit pas? Une foiblesse générale met d’abord le désordre dans toutes les fonctions vitales : l’émaciation , le délire, le suicide, d’assassinat, etc., peuvent en être la suite. Le sieur B.... est obligé de sortir, avec tous ses compatriotes, dans les vingt-quatre heures de la ville de N. . . . , où il étoit depuis quelques années et où il avoit formé un établissement de commerce qui lui permettoit d’élçver sa famille et même d'exercer la bienfaisance envers ses compatriotes, alors plus malheureux que lui; ne pouvant revenir dans son pays, sans courir le risque d'être traité connue émigré, il emploie une partie du temps fixé pour son départ à im-

' Mauc. Don-, l. 3, c. 1 3.

plorcr un delai qui lui fut inhumainement refusé : pendant toute la nuit il fut tourmenté par une cruelle insomnie , et le jour commençoit à paraître, lorsqu’un nouvel accès de cette furieuse passion le porte à commettre le crime le plus affreux. Il surprend, dans les bras du repos , sa femme et ses enfans ; il les égorge tous , à l’exception d’un seul qui étoit en nourrice, et lui -même se précipite du balcon

dans la rue Arrêtons-nous, et sans analyser davantage les

tristes effets du désespoir, remarquons avec le docteur Rochlaub , que les hommes doués d’une certaine apathie stoïque, non-seulement sont moins sujets que les autres aux maladies, mais encore qu’ils souffrent moins et guérissent beaucoup plus facilement. Il remarque aussi que les enfans sont à peu près dans le même cas, parce qu’ils n’éprouvent pas encore les passions qui tourmentent l’homme adulte, et n’ont pas, comme eux, l’appréhension de la mort 1 . C’est par cette raison, et probablement par l’uniformité de la nourriture des animaux, qu’ils ne sont pas sujets à autant de maladies que les hommes.

Les passions influent donc éminemment sur le corps. Ces influences morales, qui agissent comme stimulus sur les organes, méritent toute l'attention du médecin , qui trouvera bien souvent dans le moral une source abondante de causes morbifiques, qu'il chercheroit inutilement parmi les autres puissances propres à entretenir un juste équilibre entre les organes , ou parmi les causes qui apportent du dérangement dans l’organisme de la machine animale. Si la vie dépend de la grande influence que l’ame a sur

1 Dans le même ouvrage déjà cité, M. oe Sèzf. dit que, dans la jeunesse, les émotions les plus véhémentes ne font qu'ébranler le corps sans épuiser la source de la vie, tandis que, duns l'Age viril ou dans la vieillesse, on ne doit plus compter sur les mêmes ressources.

le corps, on ne doit pas s’étonner que les passions frpp excitantes, ou celles excessivement dépressives, en altèrent si puissamment l’harmonie et en dépravent les fonctions.

D’après cela, le médecin, jaloux de remonter aux causes qui altèrent la santé', doit rechercher les affections morales qui peuvent atteindre le malade; et, s’il a toujours besoin de remèdes pour rétablir l’ordre dans les fonctions alte'rées, pourquoi négligcroit-il le secours des passions, s’il peut s’en servir à propos comme remèdes curatifs?

L'expérience a dû nous faire suffisamment remarquer que les passions excitantes ont guéri souvent des maladies causées par les passions dépressives , et que souvent les passions du même genre* ont causé chez les uns des maladies qu’elles ont guéries chez les autres. L 'amour a causé la folie 1 ; la folie a été guérie par la terreur 3 * * ; les menstruations, qui bien souvent ont été supprimées par l’amour 3 , par la terreur 4 , ou par d’autres passions, ont aussi été rétablies dans leur période naturelle par la terreur* ; la terreur causa une hémorrhagie qui fut mortelle 6 7 , et une autre fois la frayeur la guérit7; on a vu 1 ’artrilis et la goutte occasionées par la terreur 8 * , et quelquefois guéries par la même passion.9 Fabrice de Hilden 10 raconte qu’un médisant ayant calomnié un individu, celui-ci s’introduisit chez lui pendant la nuit sous un déguisement pour se venger en lui faisant peur. L’ayant trouvé souffrant cruellement de la goutte, il le prit par-dessous les bras , le tira brusquement hors de son lit et fit battre ses pieds

1 Mahcei.lus Donatus, f lisl. med., I. 3 , c. i 3 . Schf.nkiuj, Observ. de man. ,

lit. 1 , pag. ) 55 . — * Banc, Extrait d'un Journal allemand de 178/,. —

1 Eph. nat. cur., dec. 1 , an. 9 et 10, obs. 58 . — ■* Kiveaius, Obs. I. 4, p. 33 . —

** Wai/iba, Thés, observ. 37. — 6 Eph. nat. cur., dec. a, an. 6, app . , p. 35 . . —

7 Panaeoli, Iatrologismorum Penlecoste 5 , obs. 27. — * Eph. nat. cur., dec. 3 ,

an. g et 10, obs. 7. — 9 Saimuth , Cent, 1, obs. 48. — » i* Opéra omnia, 1648,

pag. 993.

goutteux par terre. Ne se croyant pas assez venge, il le traîna par les escaliers, laissant «ans ménagement tomber scs pieds d’une inarche à l’autre. L’homme masque e'tant enfin arrive à la porte , il abandonna le goutteux, qui eut la force de retourner tout seul clans son lit, et qui fut entièrement délivré de ses douleurs. Les exemples de maladies nerveuses produites ou dissipe'es par les passions, sont de même très- nombreux. Divers auteurs rapportent des cas d 'épilepsie, causée chez les uns par la colère ' , par le chagrin , par la douleur , par V affliction , comme aussi par la terreur 2 , qui fut guérie chez les autres par les mêmes passions . 5 La catalepsie , produite par la terreur fut dissipée aussi par la terreur 5 . Cette passion fut un remède efficace contre le hoquet obstiné 6 . Souvent les passions dépressives développèrent des con vulsionsi, ou les firent disparoître 8 . Le même phénomène a été observé dans les fièvres intermittentes : on a vu ces maladies , produites par la terreur ou par le chagrin 0, guéries radicalement par un accès de colère suscité au moment du paroxisme. 10

Les exemples et les autorités que j’ai rapportés, suffisent pour en conclure que le médecin ne doit pas négliger l’examen attentif des effets des affections de l'ame sur le corps humain, ou comme cause de maladies, ou comme moyens curatifs des plus efficaces. "

* Mouacm , De sedib. et caus. mori. , episl. 9, art. 5 . — * Fiscuea, Distert. de consuls, epilepticis ex terrore , Erfurt, 1727. — 3 Caméra mus, Mémo-

rab., cent. G, n. 3 ). — < Eph. nal. cur., de e. 1, an. 9 et 10, obs. s 86. — — i Eph.

nat. cur., dee. a, an. 2, obs. 42. — 6 Maicell. Dosât., I. 6 , cap. 4, pag. 6)9. — I Valia Beili.incuiem , tell, phisico-mediche , j, pag. »S. — 8 Eph. nat. cur. r dec. a, an. 5 , obs. 34. — ® Eph. nat. eur., dec. 3 , an. », obs. 198. — *• Stoli, Ratio med., sect. 1 1 3 , p. 434.

” On peut consulter tous les Recueils des observations médicales, la gazette de santé de Gardane ; les Observations de M. A. Petit, sur l’influence des passions ; le Recueil périodique de la Société de médecine; le Mémoire de Sa» chez sur lestassions, traduit par A»nar ét inséré dans l'Encyclopédie , etc.

Puisqu’il y a des passions qui excitent le solide vivant , et qu’il y en a d’autres qui l’engourdissent , pourquoi le médecin négligeroiuil d'employer, s’il le peut, les unes dans les cas d’engourdissement, et les autres dans les cas contraires ? On peut donc se servir avec avantage des passions comme moyens curatifs dans certains cas ; tandis que dans d’autres il convient d’en modérer les effets ou même de les détruire entièrement.

Si les limites que je me suis proposées dans ce travail me le permeltoicnt, il faudroit que j'examinasse avec soin les affections qui nous paroissent purement morales , et qui ne doivent pourtant leur origine et leur existence qu’à la conformation physique, à quelque vice organique, à quelque force mécanique, à l’état actuel ou critique, aux efforts de la nature et de l’âge, etc., et non aux objets qui sont hors de nous et qui nous affectent par leur influence. 11 existe des maladies hors du cerveau , et qui affectent cet organe même, produisant toutes sortes d’aceidens, depuis le vertige jusqu’à l’apoplexie , depuis la tristesse jusqu’à la terreur , depuis la colère jusqu a la fureur, depuis l’hypocondrie jusqu’à la folie ; et si on parvient à éloigner cette cause physique , les effets funestes cessent à l’instant, et il arrive à ces malades ce qui arrive aux femmes lorsque la nature fait des efforts pour expulser par l’utérus une portion de sang superflue, ce qui arrive aux hypocondriaques et aux hystériques, lorsque le sang et les humeurs affluent et gorgent les appareils de reproduction dans les deux sexes, etc. 11 faudroit aussi examiner jusqu’à quel point la morale publique, la politique et l’éducation physique et instructive peuvent influer sur le bonheur de la société et l’utilité individuelle; mais je m’e'carterois trop du but que je me suis proposé pour le moment.

Enfin, quant aux observations qui sont le résultat de l’autopsie cadavérique, elles ne sont pas moins intéressantes ; elles jettent certainement de grandes lumières sur une matière aussi difficile et aussi délicate : mais combien de fois elles trompent le juge le plus expert ! et combien de fois on regarde comme ,1a cause , ce qui n’est que l’effet, ^et vice versai Cet examen peut devenir le sujet des méditations et l’occupation d’un, esprit plus exercé et plus profond que le mien.*

ÏIN.

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