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opinion dans sa vie d'Annibal,qui fut trouvée tellement bien écrite , qu'on la regarda comme une traduction de Plularque, en sorte qu'elle eut toute l'authenticité due aux écrits de cer historien. L'auteur semble dire qu'Annlbal remonta le Rhône jusqu'à Lion , avant de passer ce fleuve, pour le descendre ensuite, traverser le pays des Allobroges et passer la Durance ( i ). Quelque peu vraisemblable que fût une pareille marche, personne, pendant fort long - tems , n'éleva de doute sur cette assertion.
M. de Manda jors, né à Arles, et membre de l'Académie des Inscriptions et Belles- Lettres de Paris , se trouva investi des connaissances géographiques et littéraires qu'il était indispensable de réunir pour détruire une erreur aussi accréditée. Il publia, dans les Mémoires de l'Académie, deux dissertations (2) sur ce point de critique, digne de fixer l'attention de la société savante où il avait été admis, et il
(i) Vie d'Annibal, traduite par Lécluse , dans le Plutarque d'Amyot. Paris, 1802, t. 9, p. 37461875.
(2) Je les ai réimprimées avec des observations daus les Antiquités du département de Yaucluse, page 190.
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en composa même une troisième, qui n a été impriiuée que dans sou Histoire critique de la Gaule INarbonnaise ( i ), ouvrage savant, mais peu connu.
Cette opinion ayant été adoptée par Rollin, dans son Histoire Romaine, et par le célèbre géoij'raphe d'Anville, qui a dressé les cartes de Cet estimable ouvrage (9) , est devenue en quelque sorte classique, et le nom de ces deux savans très - distingués méritait de la rendre telle. Ils placent le passage du Rhône entre Roquemaure et le Saint - Esprit ( 5 ). J'ai cru devoir adopter cette opinion dans un ouvrage publié il y a quelques années (4)- J^ 1*^^ ^^^~ lifîée de nouvelles preuves, et j'y ai donné, d'après Poiibe et Tite - Live, les détails du passage du Rhône. On pourra consulter, sur le
.(i) Paris, 1733, in-i2, p. 520.
^•.(a) Voyez l'Histoire Romaine, par Rollin. Paris, 1771, t. 4î P* 3o5. d'Anville y date sa carte de 1789. Elle a été comprise dans l'atlas gravé par M. Ambroise Tarilieu, pour la nouvelle édition de Rollin, en 1818, au n°. 19.
(3) Hist. Rom., t. 4, p. 36i.
(4) Antiquités de Vaaçluse. Paris, j8o8, pag. 100 à 229.
IL Passage du Rhône. 9
texte de cet historien , le Philologue n° 2 ( i ), où M, Gail explique très -bien Polibe. Ce savant prouve clairement qu'Annibal ne s'arrêta point à Roquemaure, et qu'il passa tout de suite le Rhône, sans doute afin de mettre promtemeni ce fleuve entre lui et les Romains.
Les disputes occasionnées par la recherche de l'endroit où Annibal a passé le Rhône, paraissent donc à présent terminées. On convient assez généralenient que ce fut à Roquemaure, en face d'une petite ville appelée dans ce tems-là Aëriay devenue depuis le château de Lers , et à présent une simple grange de ce nom (2).
(i) On a vu cependant ci-dessus (note de la p. 4), qu'Annibal fut obligé de s'arrêter un jour à Roquemaure pour combattre les Romains; mais ce de'Iai fat force'.
(2) D'Anville, dans sa Notice de l'ancienne Gaule , place Aëria sur le Mout-Veritoax. J'ai combattu cette opinion dans mon Tal>leau historique et géographique du Moude. Paris, 18x0, t. 4, p. 104.
■ J'ajouterai ici une nouvelle preuve. Pline (ITI, 5), place Aëria dans le pays des Volques. Tite - Live
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M. de Luc le fils, dans un ouvrage qu'il vient de publier sur le passage des Alpes par Annibal, un correspondant anonime des -^/znales militaires des Français., ouvrage périodique qui paraît en ce moment, sont tous deux d'accord avec moi sur ce point. Tous deux donnent encore de nouveaux motifs, et prouvent ainsi qu'ils n'ont pas adopté aveu-
(XXI, 26), dît qne dans l'endroit où Annibal passa le Rhône, les Volques habilaient les deux rives de ce fleuve. On voit qne dans les tems anciens comme' dans les modernes , les Lan£;nedociens ont disputé la» rive gauche du Rhône aux Provençaux. Le lit de ce fleuve n'a point d'assiette déterminée en ce lieu, et quand il grossit, il fait quelquefois le tour du château de Lers et de la montagne où il est placé. C'est ce qne l'on verra sur la carte du comté Venaissiu , dressée par d'Anville en 1745. Alors les Languedociens , qui se sont toujours crus maîtres du lit du Rhône, ont pu s'en emparer, et encore aujourd'hui le département du Gard retire les impositions de la montagne de Lers. Le territoire de ce département s'étend jusque sons les murs de la ville d'Avignon. Sans doute cette irrégularité sera réformée comme elle le fut sous l'empire d'Auguste, puisque Strabou donne Aëria aux Cavares, ayant mieux connu que Pline la géographie de sou tems.