‹ Dissertation sur J.-B. Poquelin-Molière, sur ses anetres, l'epoque de sa naissance qui avait eté inconnue jusqu'a présent; sur son buste et un inscriptionChapitre 2 sur 73 · SUR · texte numérisé non relu

SUR

jLiA vie de Molière a e'te' compose'e par Grimarest (imprinie'e en lyoS), et par Voltaire (imprimée en 1709 ).

Des notices de. sa vie ont e'te' donne'es dans les Dictionnaires -iwblographiques et dans les Dictionnaires des théâtres.

Aucun de ces ouvrages n'a donné la ve'ritable époque de sa naissance, les ve'ritables noms de sa mère , et demeures de ses ancêtres , la date de son mariage avec mademoiselle Bejard , et celles des naissances de leurs enfans , etc.

Ils ont seulement annonce' ,

« Qu'il était fils et petit-li!s de tapissiers- valets » de chambre du roi (Louis XIII); qu'ils avaient » leur boutique sous les Piiliers des Halles , dans )» une maison qui leur appartenait en propre j que )' sa mère s'appelait Boudet (Grimarest) ou Anne » Boutet (VoUaire), qu'elle était aussi fille de D tapissier.

V Que les deux familles Poquelin et Boudet » étaient établies sous les Pilliers des Halles (rue M de la Tonnellerie).

« Qu'on prétendait que la maison où naquit » Molière était la troisième en entrant par la rue » Saint-IIonore' (sous les Pilliers).

» Qu'il e'tait ne' en 1620, ou vers 1620; qu'il )) e'tait mort le 17 février ifiyS, à 5i ans et demi, )) à 62 ans , ou à 52 ou 55 ans. »

En travaillant, depuis nombre d'années , à trois ouvrages très-volumineux intitulés , le premier : Dictionnaire de U Académie rojale de musique , contenant principalement toutes les pièces qui j ont été représentées^ les noms de leurs auteurs et des compositeurs de la musique; le deuxième : Dictionnaire des Ballets^ Opéras , qui lif ont pas été donnés ; le troisième : Dj'amaturgie Ijrique étrangère , etc. , dans lesquels ouvrages se trouvent des articles sur Molière, j'ai toujours vu avec peine, qu'on ne nous eût donné sur le véritable nom de sa mère , les époques de sa naissance , de son mariage avec mademoiselle Bejard , des naissances de leurs enfans , etc. , que des renseignemens incertains , insuffisans et contradictoires ; et j'ai entrepris d'en obtenir qui donnassent des connaissances plus étendues et plus sûres sur tous ces points.

J'ai trouvé beaucoup de ces renseignemens aux .archives de l'état civil de Paris , dans une trèsgrande quantité d'actes de naissances , mariages et décès des familles Poquelin , Cressé et autres , portés sur les registres des paroisses de Saint-Eustache , Saint-Germain-l'Auxerrois , Saint- Paul et autres de Paris , pendant une assez longue suite d'années , registres qui m'ont été communiqués très-obligeamment.

J'ai pris des copies de tous ces actes qui m'ont facilité les mojens de dresser des généalogies de

la famflle de Molière et de la famille Cressé dans laquelle sa mère e'tait ne'e.

Il re'sulte de tous ces actes les renseignemens suivans, dont Tauthenticite' doit être reconnue.

Jean Poquelin I^"", fut fiancé et marie' les 19 juin et II juillet 1394, à Agnès Mazuel, dont le frère, Jean Mazuel, e'tait maître joueur d'instru- |

mens , et devint violon ordinaire de la chambre da roi.

Poquelin eut neuf enfans , à compter du i3 mai

1096 jusqu'au 26 mars 1609^ et demeurait rue de la Lingerie, excepté en 1600, naissance de son quatrième enfant , où il est annoncé demeurer rue de la Cordonnerie.

Dans les premier et troisième actes de naissances de logO et 1699, on lui donne la qualité de tapissier ; et dans les deuxième , quatrième , cinquième, sixième, septième, huitième actes de

1097 à 1H09, la qualité de porteur de grains. Deux actes de naissance d'enfans de Mazuel ,

son beau-frère , de 1596 et i6o4, donnent aussi à Poqueh'n la qualité de tapissier.

Il y avait alors , et depuis long-tems , à Paris, des jurés porteurs de grains , mesureurs de grains et de charbons, chargeurs de bois, aulneurs de toiles , etc. Ils avaient des charges ou offices. Ces porteurs de grains faisaient exercer leur état par des ouvriers à leurs gages, qu'on appelait /?/«//ze^i".

Les naissances de huit de ces enfans sont constatées par les registres de Saint Eustache; mais on n'y trouve point celle de Jean Poquelin II , l'un des fîls de Poquelin P*"^ et qui était vraisemblablement FauK;. Il naquit peut-être sur une autre paroisse , entre l'époque du mariage, 1 1 juillet i594, et le r5 mai i59f), date du baptême du premier enfant connu ( Pierre).

/- Ce Jean Poquelin , deuxième du nom , fut fiancé

Il et marie sur la paroisse de Saint-Eustache, les 23, 27

avril 1621 , avec Marie Cressé , fille de Louis Cressé

et de Marie Ancelin ou Asselin , marcliand tapissier

aux halles , baptisée le 2 mai 1601 , à la même pa-

■/û roisse. Il pouvait avoir vingt-cinq à vingt-six ans. Jls eurent six enfans.

L'acte de naissance du premier est conçu ainsi : / « Du samedi 1 5 janvier 1622 , fut baptisé Jean ,

"^/ )> fils de Jean PouguelinCi), tapissier , et de Marie )' Cresé sa femme, demeurant rue Saint-Honoré ; » le parrain, Jean Pouguelin, porteur de grains , la T> marraine , Denise Lescacheux , veuve cle feuSé- )) bastien Asselin . vivant marchand tapissier ».

Cet enfant est bien certainement Molière. Jean Pouguelin, parrain, éioit son aïeul, et avait demeuré rue de la Lingerie.

M Le deuxième, Louis , fils de Jean Pocguelin , marchand tapissier, et de Marie Cresez, sa femme, baptisé le 6 janvier 1625.

^ Le troisième, antre Jean ;, fils de honorable

homme Jean Poguelin , marchand tapissier, et de Marie Cresé , saiémme, la marraine Agnès Mazuel, femme de honorabie-hommeJean Poguelin , marchand tapissier, ( aïeul et aïeule) , baptisé le i^"" octobre 1624.

/ Le quatrième , Marie, fille de Jean Pocquelin ,

l'y marchand tapissier , et de Marie de Cressé sa lémme, baptisée le 10 août 1623.

Les quatre actes de ces naissances portent que Jean Pouguelin , Pocguehn , Poguelin et Pocquelin II, était marchand tapissier, et demeurait rue Ssint-Honoré.

(i) J'écris le-s noms leh qu'ils sont sur les registres.

On voit que les noms sont e'crits de quatre manières , et que la demeure est toujours rue Saint- Honore'. Mais j'oîiserve que sur la plus grande partie des actes de ce tenis , porte's sur les registres de Saint-Eustache, la lettre Q est faite comme un G ; que le mot Pocguelin ou Pocquelin des trois derjîiers actes , prouve qu'il y a eu erreur en e'crivant Pouguelin , dans le premier, pour le nom de l'enfant et celui du parrain ; le parrain e'tait Poque lin I^*' , marié le ii juillet 1694 , et son nom est Lien e'crit Poquelin dans son acte de mariage.

Mademoiselle Gresse' mourut ,, e-atre-s op t-cmLre ^ ^

Jean Poguelin II fut fiancé et remarié sur la paroisse de Saint-Germain-l'Auxerrois , les 1 1 avril et 3o rno; rP^:; avec Catherine Fleurette , en présence ^

fn^.'âfmif uu/? ^«-^ ^^'- "f"^

7' Ce Jean Poquelin , deuxième du nom , fut fiancé

j II et marie' sur la paroisse de Saint-Eustache, les 25, 27

avril 162 1 , avec Marie Cressé , fille de Louis Cressé

et deJMarie Ancelin ou Assclin , marchand tapissier

aux halles , baptisée le 2 mai 1601 , à la même pa-

W roisse. Il pouvait avoir vingt-cinq à vingt-six ans.

Ils eurent six enfans.

L'acte de naissance du premier est conçu ainsi :

/ « Du samedi 1 5 janvier 1622 , fut baptisé Jean ,

"^/ )> fils de Jean Pouguelin(i), tapissier , el de Marie

)> Cresé sa femme, demeurant rue Saint-Honoré ;

» le parrain, Jean Pouguelin, porteur de grains , la

» marraine , Denise Lescacheux , veuve de feuSe-

)) bastien Asselin . vivant marchand tapissier ».

Cet enfant est bien certainement Molière. Jean

On volt que les noms sont e'ci its de <jiiatre manières , et que la demeure est toujours rue Saint- Honoré. Mais j'observe que sur la plus grande partie des actes de ce tems, porte's sur les registres de Saint-Eustaclie, la lettre Q est faite comme un G ; que le mot Pocguelin ou Pocquelin des trois derniers actes , prouve qu'il y a eu erreur en e'crivant Pouguelin , dans le premier, pour le nom de l'enfant et celui du parrain ; le parrain e'iait Poque lin I^»' , marié le ii juillet 1694 , et son nom est Lien e'crit Poquelin dans son acte de mariage.

Mademoiseiie Gresse' mourut/, e-fttfe-SGptcmLrc ^ ^

Jean Poguelin II fut fiance' et remarie' sur la paroisse de Saint-Germain-l'Auxerrois , les ïi avril et 3o mai i655, avec Catherine Fleurette, en pre'sence ^ d'un Guillaume Poguelin frère. 11 demeurait sur Saint-Eustache.

De ce mariage il eut deux enfans en i634 et i636.

Molière fut marié sur la paroisse de Saint-Gcrniain-PAuxerrois , le lundi 20 février 1662 ; son extrait de mariage porte : .

<( Jean-Baptiste Poquelin , fils de sieur Jean Pc- -^/x y> quelin et de feue iVIarie Cresé , d'une part, et » Armande-Gresinde-Bejard , fille de feu Joseph 3» Fejard et de Marie Hervé, d'autre part , tous deux i) de cette paroisse vis-à-vis le palais royal, fiancés et » mariés , tout ensemble , par permission de mon- )) sieur de Comtes doyen de notre Dame, et Grand- » V icaire de Monseigneur le Cardinal de Retz , )? Archevêque de Paris , en présence dudit Jean ïi Poquelin, père du marié et de André Boudet , )) beau frère du marié , de ladite jNIarie Hervé, mère » de la mariée , Louis Bejard et Madelaine Bejajd j> frère et sœur de ladite mariée ».

Cet acte est signe J.-B. Poquelin (c'est Molière) ; J. Pocquelin ( c'est son père ) ; Bouclet ( son beaufi ère ) ; Marie Hervé , Armande-Gresinde-Bejard i Louis Bejard et Bejart (sœur, Madelaine ).

Ce Louis était le deuxième Bejard; l'aîné était mort en mai 1659.

Ce André Boudet , l)eau-frère , marchand tapissier, fut fiancé et marié les i4 et ï5 janvier i65i ;, à Saint-Eustache, avec Marie-Madelaine Poclin, fille de Jean Poclin et de défunte Marie Cressé. Les té- ' ^ moins furent Poclin H , son père , Jean Poclin son fils ( Molière qui était alors à Paris), Louis Cressé oncle.

C'est elle qui avait été baptisée le 10 août iGaS, comme fille de Jean Pocquelin et de Marie de Cressé, f sous le nom de Marie , seulement.

Ainsi, il est bien établi par ces actes:

T^. Que Jean Poquelin-Molière a été baptisé à Saint-Eustache , le i5 janvier 1622; que la mère se nommait Marie Cressé et non Boudet, ni Boulet j qu'une de ses sœurs avait épousé André Boudet;

2°. Qu'il fut marié sous le nom de Jean - Baptiste Poquelin ; que Poquelin son père , demeurait rue Saint-Honoré, depuis au moins 1 6-22, jusqu'au mois de mars i634: en novembre iB36 il demeurait dans la même rue, près la Croix-du-ïiroir ( ou plutôt du Trahoir ) , toujours paroisse Saint-Eustache.

Poquelin Xï n'a pu épouser une Boudet, m une Boutet dont la famille fût établie sous les pilliers des halles ; car on ne Irouve aucun de ces noms dans les registres de mariages et de naissances de Saint- Eustache de i5oo à plus de 1622. C'est apparemment ce nom^, Boudet , qui a fait croire que c'était celui de la mère de Molière.

On a prétendu que la maison où était né Molière,

était sous les pilliers des halles ( rue de la Tonnellerie) , la troisième à gauche en entrant par la rue Saint-Honore' , aujourd'hui nume'rote'e 5.

En 1799 monsieur Alexandre Lenoir, conservateur du muse'e des monuraens français et M. C. propriétaire de cette maison ;, se fondant sur la tradition qui existait, depuis la mort de Molière (1673), ou même avant , ou seulement depuis l'impression de sa vie par Grimarest (1705), ou depuis l'impression d'une autre vie par Voltaire (1759) , lirent placer, le 28 janvier 1799 (ou 9 pluviôse an 7 ), sur la façade de cette maison, le buste de Molière et une inscription portant :

n Jcan-i3ap liste Poquelin-de-Molière est ne dans cette maison en 1620 w. Entre le buste et l'inscription on a peint depuis , la devise :

<i Castigat ridendo mores » .

Mais si d'un cote la tradition de la naissance de Molière est en faveur de cette maison , d'un autre cote' cette tradition se trouve contrariée, et même de'truite^ par les actes de naissances de lui et de ses frères , qui portent que leur père demeurait rue Saint-Honore' depuis 16-22 jusqu'en i6547 et rue Saint-Honore près la Croix-du-Tiroir ( ou plutôt du Tralioir ) , en i656.

11 existe dans celte rue , au n° 50 , une maison à cinq e'tages et à quatre croisées à chacun , ayant en retour, sur la rue de la Tonnellerie, cinq étages et une croisée seulement à chacun.

Après cette maison, sur cette dernière rue, il en existe i^ une autre , numérotée i , ayant six étage* et deux croisées à chacun ;

2". Et celle numérotée 3, sur laquelle sont le buste de Molière et les inscription et devise.

Lia maison de la rue Saint-Honoré , est très-rap-

lO

procÎK'e de cette dernière; elle est e'galement sous les pilliers des Iialies, et fait le coin des deux rues.

La tradition qui avait établi sa naissance dans la rue de la Tonnellerie , n'a-t-clle pas c'té une erreur dans l'origine? n'a ton pas confondu les deux maisons qui etaienl très voisines ? A-t-on eu quelques raisons pour être assuré que c'était plutôt dans la maison de la rue de la Tonnellerie , que dans celle de la rue Saint-îionoré ?

La tradition e'tablissait aussi que Molière e'tait né en i()2o; ou vers i(>20 que sa nière se nommait Boudet ou Anne lioutet, et cependant il est reconnu qu il a e'te' baptise le i 5 janvier 1622 , et que sa mère se nommait Cresé ou plutôt Cresse , d'une famille de tapissier , e'tablie aux halles.

Mais une tradition n'est pas une chose absolument certaine et incontestable dans tous ses points. On peut la de'truire par des faits et sur-tout par des actes authentiques, et qui démontrent qu'elle est devenue une erreur.

On aurait aussi bien dit dans les actes , que Poquelinll, demeurait sous les pilliers des halles , rue de la Tonnellerie , qu'on a dit qu'il demeurait rue Saint-Honoré.

Il y a donc eu erreur relativement à l'époque de sa naissance, et au nom de la mère, et la tradition pour ces deux points devient fausse.

Il restait un troisième point; celui de la demeure.

Les père cl mère de Molière ayant demeuré rue Saint-Honoré, ainsi que le portent tous les actes de naissances de leurs enfans depuis janvier 1622, jusqu'à 1B54 et même jusqu'à 1(06 , on pouvait croire qu'ils habitaient la maison qui fait le coin de la rue <le la Tonnellerie, numérotée 36, parce qu'elle donne également sous les pilliers des halles, et que

cela necontrariailla tradition qu'autant qu'elle parlait de la troisième maison.

J'ai cLerche à rclaircir ce point en m'adressant aux deux propriétaires de ces maisons, et en tes priant de me communiquer leurs titres de propriété', sur lesquels j'espërais trouver quelques renseignemens satisfaisans. Le premier, M. B. de S. a bien voulu examiner ces titres et m'en donner une note. Il en résulte qu'on n'y trouve depuis 1602, jusqu'en I ()83, ni le nom de Poquelin ni ceux de Cressé et de Boulet, et que rien n'établit que la famille Poqucliji en ait ëtë proprie'taire ou locataire. Je n'ai pu avoir aucune communication de la part du deuxième propriétaire, de sorte que j'ignore si les titres de la maison de la rue de la Tonnellerie, donneraient quelque e'claircissement sur le même point.

La question de la demeure doit donc être re'solue par les actes de naissances des enfans de Poquelin. On ne peut pas douter qu'elle e'tait dans une maison rue Saint-Honorc', peut-être près de la Croix-du- Tralioir et la rue de i'Arbre-sec; qu'elle n'e'tait point dans la maison n'' 5(i , même rue; mais on peut douter qu'elle ait e'tê dans celle de la rue de la Tonnellerie, et que par conse'queut ?dolière j soit ne' , à moins qu'on ne veuille supposer que ses père et mère y avaient un appartement, pour coucher seulement , et quiis avaient une boutique pour leur commerce , dans une maison qu'on ne connaît pas , rue Saint Honore ; ce qui ne parait pas vraisemblable.

On peut donc croire que c'est mal à propos qu'on a place sur la façade de cette maison ,1e buste de Molière et les inscription et devise qui l'accompagnent, pour constater qu'il y est ne'; mais en tout cas la date 1622 doit être subslitue'e à celle de i6a.o.

'<- ^ ^^i^ j?60L-l/ôiano ^.^aA ZufU^U^*^

Dans tous les actes de naissance des enfans Poquelin, on nen trouve aucun qui indique que les demeures fussent sous les Pilliers des Halles , rue de la Tonnellerie, excepte' cependant un Jean- Baptiste Poquelin , bours:eois de Paris , marie' à Elisabeth Garoclie , demeurant à l'image Saint- Christophe, sous les pilliers des halles, dont un enfant mourut eu juillet 1687. Ce Poquelin pouvait être un petit fils de PoqueHn II , un neveu de Molière ; mais on ignore Pepoque de sa naissance et celle de son mariage.

Plusieurs enfans Cresse', parens de la mère de Molière, demeuraient aux halles, ou au marche aux Poirees , ou rue de la Fi>omagerie , ou rue wSaint-Honoré, ou sous les pilliers de la Tonnellerie (1666^

André' Boudet, marchand tapissier, beau-frère ae Molière, demeurait sous les pilliers des halles, devant la fontaine; c'est dans la partie, du cote' de la rue de la Reale et des pilliers des Potiers d'ëtain , jusqu'où la rue de la Tonnellerie se continue , et où était jadis le pilori. Ces fontaine et pilori ont ëte' de'truits depuis plusieurs années. Sa femme y mourut en mai i(;65. JJs avaient eu en juin i(){)5 , un enfant, dont madame Molière fut la marraine. On donna à Poquelin le titre d'ècuyer sieur de -Molière , dans l'acte de naissance du -l'i ; son nom y est e'critPoclin.

Poquelin II mourut sous les pilliers des halles , devant la ibntaine , en février 16G9, 11 était apparemment retire' chez Boudet son gendre.

Les actes de baptême ne donnent point à Poquelin P' le titre de valet de chambre tapissier du roi. On a vu qu'il demeurait rue de la Lingerie.

D'autres actes donnent à Poquelin II , 1" , à Te'-

poque de mars 1634, le titre de tapissier ordinaire du roi ; 2° , à l'e'poque de novembre i636, Je titre de tapissier-valet-de-cliambre du roi , rue Saint-Honore' , près la Groix-du-Tiroir ( Tralioir ) ; o'^ , le titre de tapissier-valet-de-chambre du roi , bourgeois de Paris, dans son extrait de mort en février 1669. ^

Aucun autre acte ne porte ces titres , excepte' à un article de Nicolas Poquelin , baptisé le 4 /

mars i 600, frère de Poquelin 11. A l'e'poque de septembre i()5(') et de novembre suivant, il était tapissier-valet-de-chambre du roi, et concierge-tapissier de Monseigneur de Liancour.

On pourrait donc croire que le titre de valel-decliambre tapissier du roi ne fut donné à Poquelin II et à Nicolas Poquelin, son frère, qu'en i65(i , quoique le premier lût déjà tapissier ordinaire du roi en 1654 , douze ans après la naissance de Molière.

Molière avait le titre de valet-de-chambre du roi à la naissance de son premier enfant, 1664. ( Louis) .

On ignore à quelle époque Molière obtint ce titre; ce pourrait être peu de tems après i(>36 , puisque Grimarest dit, qu'il fit le voyage de Narbonne, à la suite de Louis XIII ( i64i) , en cette qualité.

<( On trouve dans les registres de naissances de h^'

» la même paroisse de Saint Eustache, sous la date » du dimanche 11 juillet iGoH, un acte de baptême » de Françoise, née du samedi, 3 dudit mois, Ç\\\e » demessire Esprit de Rajmond^ chevalier seigneur » de Modène et autres lieux , chambellan des af- M faires de Monseigneur , frère unique du roi et de » damoi selle Madelaine Bejard, sa mère , demeu- » rant rue Saint-] ïonoréj le parrain, Jean -Baptiste » de l'Hermitte, écuyer, sieur de V auseile , tenant M lieu de messire Gaston- Jean -Baptiste de Ray- » mond aussi chevalier , seigaeur de Modène; la

» marraine, damoiselle Marie Hervé, femme de Jo- » scph /?e/V//Y7 cciijcr ».

En marge de cet acte est e'crit, Françoise, ille'gitime.

J'ai donne' déjà la copie de Tacte de mariage de Molière avec mademoiselle Bejard , du 20 février i(i(>2. celte demoiselle Bejard, se nommait Armande-Gresinde Claire-Elisabeth, quoiqu'on ne lui ait donne' que les prénoms de Armande-Gresinde dans cet acte. C'est sons ces quatre prénoms et nom , qu'elle est comprise dans la liste des actem'S et ac- )• triées dont le roi veut et ordonne que la troupe » des comédiens français soit composée , datée de Versailles du 21 octobre 1680.

Les registres des naissances de la paroisse de Saint-Eustache , depuis 1095 jusqu'à 1646 , et ceux de Saint-Germain-l'Auxerrois , depuis mai i(i4i jusqu'à la même année 1646 , ne donnent d'autre nom de Bejard que dans l'acte de Françoise , du 11 juillet ■ i658. Armande n'est pas née sur l'une de ces paroisse , peut-être est-eJle née en province ; mais je présume que l'époque de sa naissance peut être fixée vers iG4o ou 1042 et qu'elle avait vingt à vingtdeux ans lorsqu'elle épousa Molière.

De leur mariage naquirent trois enfans dont je vais rapporter les actes de baptême ;

Le premier à Saint Germain-l'Auxerrois:

« Du jeudi, 28 février i()64, fut baptisé Louis , ^ ï) fils de monsieur Jean-Baptiste Molière, valet-de- » chambre du roi, et de damoiselle Armande-Gre- » sinde-Bejart sa femme , vis-à-vis le palais royal. » Le parrain , haut et puissant seigneur , messire Jil 1) Charles duc de Crequy , premier gentil-homme \ » de la chambre du roi , ambassadeur à Rome , .' » tenant pour Louis quatorzième roi de France et S

ID

' de Navarre. La marraine, dame Colombe le Cliarron , e'pouse de Messire César de Choisenil , ma* )) re'ciial du Plessy , tenante pom' madame Henriette »» d'Angleterre , duchesse d'Orléans ; l'enfant est as » le 19 janvier audit an ».

Signé Colomb ET.

IP nP r>rmc t\-,c

ivaiiL, 113 cLUient

donc parrain et marraine de la tille de Molière, leur nièce; les noms Bezart etBesart , ont ete' mal e'crits et doivent être Bejard.

Esprit-Madclaine Molière fut marie'e à M. Ra- ^ cîiel-de-Montalant; ils passèrent leur vie à A^uil, Af^iM^'Ciu et n'eurent point d'enfans. -^

» marraine, damoiselle Marie Hervé, femme de Jo- » seph /idyV^/Y/ ecLijcr ».

En marge de cet acte est e'crit, Françoise, ille'gitime.

J'ai donne déjà la copie de l'acte de mariage de Molière avec mademoiselle Bejard, du 20 fe'vrier -ojto /Ipmoiselle Bejard, se nommait Arman-

^/ïHfi Â^ '/^^ }rt^^^ /

» chambre du roi, et de damoiselle Armande-bre- » sinde-Bejart sa femme , vis-à-vis le palais rojal. » Le parrain , haut et puissant seigneur , messire » Charles duc de Crequy, premier gentil-homme \ )) de la chambre du roi , ambassadeur à Rome , , » tenant pour Louis quatorzième roi de France et

>' de Navarre. La marraine, dame Colombe le Cliar- ' ron , épouse de Messire César de Clioiseuil , ma- !> re'cliaJ du Plessj , tenante pour madame Henriette i* d'Angleterre , duchesse d'Orle'ans ; l'enfant est aâ » le 19 janvier audit an )>.

Signé COLOMBET.

Je ne crois pas qu'aucun des auteurs qui ont e'crit sur la vie de Aloliére , ait annonce' que Louis XIV et la duchesse d'Orléans, lui aient fait l'honneur d'être parrain et marraine du premier de ses enfans; tous l'avaient sans doute ignore'.

Louis XIV et la Reine firent le même honneur à Jean-Baptiste Lulij, sur-intendant de la Musique, le 9 septembre 1677, en tenant sur les fonds de baptême, à Fontainebleau , son fils aine'^ âge' d'environ treize ans.

Le deuxième enfant, à Saint-Eustache : fl^ b

« Du mardi, 4 août i665, fut baptise'e Esprit- 12 ^

H Magdelejue, fille de Jean - Baptiste Pauquelin- V » Maulier ^ bourgeois , et Armande-Gresinde , sa » femme; , on a obmisBejard), demeurant rue Saint- » Honoré. Le parrain , messire Esprit de Remon , » marquis de ^lodène ; la marraine, Magdel. Bezart, r> fdle de Joseph Besart, vivant procureur ».

Ce mot vivant^ indique qu'il était déjà mort ; il l'était même dès 1662.

Le marquis de Modène et Madelaîne Bejard , étaient les père et mère de Françoise, baptisée le 1 1 juillet i(l58, vingt- sept ans auparavant; ils étaient donc parrain et marraine de la fille de Molière, leur nièce; les noms Bezart et Besart , ont été mal écrits et doivent être Bejard.

Esprit-JMadelaine Molière fut mariée à M. Ra- -^ chel-de-Montalant; ils passèrent leur vie à A^rfSuil, AftiiA\ic4u et n'eurent poiat d'enfans. -^

Bans l'intervalle de la naissance de ces doux enfans, 28 lëviier iO()4, au 4 août 1665, Molière quitta son appartement de la rue Saint-Honore', visà-vis le Palais-Royal , j^aroisse de Saint-Germainl'Auxerrois , pour aller en occuper un autre même rue encore, paroisse wSaint-Eustache.

Le troisième enfant, à Saint-Euslacbe:

t( Du samedi , premier octobre 1672 , fut baptisé » Pierre- Jean-Baptiste Armand, ne' du jeudi, i5du j) mois passe' , fils de Jean-Baptiste Pocquelin-Mo- > lière, valet-de-cbambre ettapissier du roi, et de )) Armande-Claire-Elizabeth Bejart, sa femme, de- » meurant rue de Ricbelieu. Le parrain , messire » Pierre Boileau, conseiller du roi en ses conseils , )) intendant et contrôleur- ge'nèral de l'argenterie et » des menus-piaisirs et affaires de la Cbambre de S. » M. La marraine , Catherine-iNIarguerite Mignard , )) fille de Pierre Mignard, peintre du roi ». L'acte est signé J. -B. Poquelin-Molière , Boileau et Catlierine Mignard.

Le parrain de ce troisième enfant doit être Boileau Puimoiin, l'un des frères du célèbre Nicolas Boileau Despréaux.

Cet enfant mourut le 1 1 octobre 1672, et fut inhumé le 12, dans l'église de Saint-Eustache , en présence de Boudet et Aubrj , ses oncles.

Molière avait quitté alors son appartement pour aller demeurer rue de Richelieu , même paroisse Saint-Eustache , dans la maison où il mourut.

Sur les registres des décès de la même paroisse de Saint-Eustache, pour l'année 1676, on trouve celui de Molière.

<( Le mardi 2 i«févrieri675, défunt Jean-Baptiste » Poquelin de Molière , tapissier-valet-de-cb ambre n ordinaire du roi, demeurant rue de Richelieu,

» proche l'Académie des Fintres (sic) déce'de' le 1 7 » du présent mois , a e'te' inhumé dans le cimetière j) de Saint- Joseph. »

La phis grande partie des actes de ce registre portent des signatures de tr'aioins ; mais il n^^y en a point à la suite de celui de Molière , où sont deux à trois lignes de blanc. Molière avait alors cinquante-un ans un mois deux ou trois jours.

L'auteur de la Bibliothèque des Tliéatres , imprime'e en ij35 , était le seul qui se fût le plus rapproche' de cet âge, en disant que Molière est mort à cinquante-un ans six mois, ou selon d'autres à cinquante-trois ans; mais M. Bret, dans son édition des OEuvres de cet auteur , dit qu'il ne vc'cut que cinquante-un ans.

La maison où il demeurait, rue de Richelieu , proche l'Académie des Peintres , vis-iVvis la fontaine, donnait, par derrière, sur le jardin du Palais- Rojal; cette fontaine est celle qui est au coin des rues Traversière et de Richelieu; et la maison doit être celle ^ aujourd'hui numérotée 54, en face de ce coin, où l'on a ouvert un passage sur la rue Montpensier , et appartenant à M. Hullot.

Après la mort de Molière , sa veuve épousa Gué ri n d'Es triché.

Voici un extrait de leur acte de mariage porté sur le registre de la paroisse de la Sainte Chapelle basse de Paris.

« Le lundi Si** jour de mai 1677, après les » fiançailles et la publication de trois bans, je sous- » signé, curé de la paroisse de la Sainle-Ghapeile » de Paris, ay , en l'église de la basse Sainte-Cha- » pelle, interrogé M. Lsaac-François Guerin , oili- » cier du roi , tils de feu Charles Guerin et de » Françoise de Bradane, ses père et mère, d'une

.<> part , et Gi eî>incle Bejard , fille de feu Joseph » Bejard et de Marie Hervé , ses père et mère dé- )» funts , et veuve de Jean Pocquelin , officier du )) roi , tous deux de celte paroisse ; et leur consen- V leinent mutuel par moi pris , les ai solennellé- M ment, par paroles , de pre'sent conjoints en ). mariage , puis dit la messe des e'pousailles , en » laquelle je leur ai donné la bénédiction nuptiale » ( ces neuj derniers mots sont, rayés ) , selon la » forme de notre mère Sainte Eglise , le tout en » présence des parens et amis, soussignés, assavoir j) de M. Jean-Baptiste Aubrj, l'un des entrepre- » neurs du pavé de Paris, beau-frère de l'épousée... )> de plus, en présence de mademoiselle Annej) Marie Martin , femme dudit sieur Aubrj. L'acte u est signé Izaac-François Guerin. Gresinde )> Bejard , Aubry , Anne Martin , etc. »

Ce Jean-Baptiste Aubrj est celui qui a signé l'acte de décès du petit Molière, du 12 octobre 1672. Il était beau-frère de mademoiselle Gresinde Bejard, à cause de sa femme dont on parlera ci-après.

On a vu, dans l'extrait de naissance de Françoise, du II juillet i658 , que Bejard père était qualifié d'écuyer, et que dan* l'acte de naissance d'Esprit Madeleine Poquelin , du l\ août i665, il était qualifié de procureur. Il était mort lors du mariage de Molière, le 20 février 1662.

Il résulte des actes dont on a déjà donné copie, que ce Joseph Bejard , soi-disant écujer , mais plus vraisemblablement procureur , et Marie Hervé , sa femme , étaient père et mère :

1° De Madeleine , qu'on a prétendu être mariée secrètement avec M. de Rajmond, seigneur de Modène , père et mère de Françoise , baptisée le II juillet i658.

a° De Armands Gresindo - Claire -Elisabeth Eejard, qui fut mariée à Moîière le 20 fe'vrier 1662 , eu présence de IMarie Herv'e', sa mère déjà veuve, de cette Madeleine Bejard, et de Louis Bejard, ses frère et sœur.

Mais ces enfaas n'e'taient pas les seuls qui fussent issus du mariage de Bejard et de Marie Hervé' , puisqu'ils en eurent au moins cinq.

Les Tablettes dramatiques du ch.e\ct\ier de Monhj^ imprime'es en 1702; V Abrège' de l'histoire du Théâtre Français ^ par le même , 3* volume, 1780 ; le Dictionnaire des Théâtres de Parfait, 1750; celui de Leris ^ I7^3; les Anecdotes dramatiques ^ 1773; la Galerie historique des acteurs du Théâtre Français^ par M. Leniazurier , 18 [o; le tome 3 des OEui'res de Molière , avec un commentaire , par M, Auger, de l'Acade'mie française 1819, et un registre intitule' : Fxtrait des recettes et des affaires de la Comédie depuis Péiques de Vannée 1609, jiLSquau 5r août tf)8:") , appartenant au sieur Delagian^e , l'un des comédiens du roi , volume in-4° manuscrit que M. Lemazurier , a bien voulu me communiquer , donnent des de'tails, plus on moins e'tendus , sur tous les enfans de Josepli Bejard et de Marie Hervé' , lesquels ont tous été comédiens et comédiennes , et vinrent à Paris , en iHt8 , avec Molière et les autres acteurs de sa troupe.

Je vais donner, sur chacun de ces Bejard, des notices qui comprendront celles que Ton trouve dans les ouvrages cités ci-dessus , et dans les actes que j'ai recueillis. Elles réformeront des erreurs que contiennent les ancie«nes , et donneront des venseignemens qu'on n'avait pas encore.

i^ Bejard l'aïué.

Il fat camarade de Molière, dans la province, à Lyon , iMro. Bezieis, 1 656 ou 1657. Grenoble et Rouen, i()58. 11 vint avec lui, en i658, à Paris, tomba malade , le samedi 1 1 mai i65() , et mourut le 21 du même mois. La troupe interrompit son spectacle du 1 1 mai au i*"" juin , à cause de la mort de cet acteur.

11 n'est question de ce Bejard que' dans le registre de Lagrange; les autres ouvrages n'en parlent pas.

^ 2« Bejard cadet, Louis.

Il joua la comédie de très - bonne heure, fut aussi camarade de Molière dans la province , parut dans presque toutes les pièces de ce grand homme , et s'acquit beaucoup de réputation, jusqu'au 16 avril 1670, qu'il quitta le théâtre avec une pension de mille livres. Il mourut le 29 septembre 1678.

Louis Bejard (oilicier de Monsieur) et Gresinde Bejard sa sœur, femme de Jean-Baptiste Poclia (Poquehn) , valet-dechambre du roi , furent parrain et marraine , de Gresinde Louise , fille de , // Marin Prévost , bourgeois de Paris , et de Anne f'^y Erignart sa femme, demeurant rue Saint- Honore, baptise'e à Saint Eustachc , le 16 février \iMU\.

11 paraît qu'il portait le surnom l'Eguisë. Voir l'extrait de mort de ^Madeleine, sa sœur.

5° Mademoiselle Bejard , Madeleine, ou Marie Madeleine.

Etant à Paris, en iGA^, t?lle prit parti dans la troupe de Molière ; elle l'accompagna dans la province , et resta avec lui jusqu'à ce qu'il vint à Paris. Elle jouait parfaitement les reines et les soubrettes , et momut à Paris le 17 février 1672, un an jour pour jour avant Molière.

Oi\ a dit q.i'clie lit, en Provence, la eonnais-

sijice d'un gentiDiomme nomme Modène; qu'elle était mariée clandestinement avec lui; qu'elle en eut une fille qui épousa Molière; mais on a vu plus haut que des liaisons de ce Modène avec la demoiselle Bejard , était ne'e à Paris , une fille ( Françoise ) , baptisée le ii juillet i658 , sept ans avant qu'elle s'engageât dans la troupe de Molière , et à une e'poque où il n'avait que seize ans; et on verra plus loin que Madeleine Bejard était la sœur , et non pas la mère de la femme de Molière.

Il j avait-eu vraisemblablement entre elle et Molière une association pour l'administration du spectacle , car on trouve sur le registre de la Grange, sous les dates des 20 juillet .'3 et 17 août 1659, des som'nes payées pour vieilles de'corations et Irais, à mademoiselle Bejard et à jMolière. On voit sur le même registre, à la date du 3o janvier 1660, la note de lapremicre représentation de Don QtdcJiotte ou les Enchn.ntemeiis de Merlin^ pièce raccommode'e par mademoiselle Bejard.

Les registres des paroisses de Saint- Germainl'Auxerrois et de Saint-Paul-de-Pari^s , contiennent ses deux extraits de mort.

1*=''. « Le vendredi 19 fe'vrier ifîya, le corps de » ft^ue damoiselle Marie-Mndelaine Bejart, come )> dieime de la troupe du roi^ prise hier ( on aurait M dû dire avant hier , dans la place du Palais-Royal, » et porte'e, en convoi) en cette église (Saint G3r- M mam ): par permission de monseigneur l'arche- )) veque , a e'té porte'e en carrosse , en l'église de B Saiut-Paul.

Signé CaRdé , exécuteur testamentaire ,

et DE VOULGES.

a''. « Le 17 lévrier iC'^j'i', demoiselle Magde- » laine Bejart est décédée paroisse de Saiut-G':r-

» main-rAuxerrois , de laquelle le corps a e'te' ap- » porte' à l'c^'glise Saint-Paul , et ensuite inhumé » sous les charniers de ladite e'glise, le 19 dudit )» mois. Signe' Bejard-lEguise'. J.-B.-P. Molière.

4*. Geneviève Bejard connue sous le nom de mademoiselle Hervé j elle avait vraisemblablement pris celui de sa mère.

Elle avait e'te' tellement inconnue aux h'ères Parfait , que dans leur histoire du the'àtre français, ils avaient paru croire que c'était une débutante , qui ne fut pas reçue. Elle le fut si bien , qu'arrive'e à Paris, en i658 , avec la troupe de Molière (qui devint son beau-frère en iGGa) , mademoiselle Hervé' y resta pendant toute la vie de ce grand homme: ensuite elle passa au the'àtre de Gue'ne'gaud , où elle resta jusqu'à sa mort, arrivée le 3 juillet lOyS, n'ajant jamais eu de talent et ayant toujours eu part entière, excepté dans les deux années qui suivirent la réunion des troupes du Palais Ptoyal et du Marais.

Geneviève Bejard fut mariée deux fois ; la première à monsieur de la Ville-Aubrun ; la deuxième , 1 à Jean-Baptiste Aubry-des- Carrières , l'un des en- ^ trepreneurs du pavé de Paris et Poète-Tragique. Aubry n'en eut point d'enfant , et se remaria ensuite avec Anne-Marie Martin. Tous deux signèrent l'acte de mariage de la veuve de Molière avec Guerin , le 5i mai 1(^77 , lui comme beau-frère.

Aubry fit représenter au Ïhéàtre-Français deux, tragédies. Demeti^ius ^ 10 juin i()89 , première pièce A^**^' jouée sur le nouveau théâtre de Guénégaud ou plutôt de la rue des Fossés-Saint-Germain-des-Prés. Et Jgatocle^ 10 mai 1690. Il mourut le 20 mai 1692.

Geneviève Bejard est nommée , dans le registre de Lagrange , Hervé-Aubry , à la date de 167^ , et Aubry en annonçant sa mort le 3 juillet 1675.

5«. Armande Gresiiide , Ciaire-Elisabeth'Bejard -, mariée à Molière , le lundi 20 fe'vrier 1662, sur la <t ^J paroisse de Saint-Gerraain-l'Auxerrois ; remariée sur la paroisse de la Sainle-Cîiapelle-Basse de Pans, le lundi 3i mai 1677 , avec Isaac-François Guerm > sieur d'Estriché (ofîicier du roi), excellent acteur de la troupe du marais reunie à celle du Palais Royal. Ce mariage n'eut pas l'approbation ge'nérale. Jean- Baptiste Aubrj , beau-frère de la demoiselle Bejard, fut un des te'moins de ce mariage. Elle fut conservée à la deuxième re'union de iGSo , se relira du théâtre dans uu âge (i) assez avance, le i4 octobre 1694, avec la pension de mille livres^ et mourut lç3-<Krtpbrfe 1700. 'bo f0)/t^t*- f^eO-

Guerin e'tait ne' à Paris en i656, avait débute' au théâtre du marais en iCt'ji ou au commencement de 1673. Il fut aussi conservé à la réunion de 1680 et mourut le 28 janvier 1728 à quatre-vingt-douze ans. Un ï\h issu de leur mariage, Nicolas- Armand Martial , né en 1G78, mourut à la fin de 1707 ou au commencement de 1708 , âgé d'environ trente ans , et ne fut point comédien.

Il paraît que cette demoiselle Bejard n'avait pas joué la comédie avant son mariage , ou que si elle l'a jouait déjà, c'était depuis peudetems; car le registre deLagrange, donnant les noms des acteurs et actrices 'de la troupe , à Pâques 1660 et après la date du 9 juin 160)2, y comprend (pour la première fois) mademoiselle Molière, pour une part entière à cette dernière époque. Il la comprend encore avec les autres dans les années 1670, 1672, 1673^ 1676

Bejard père , et mademoiselle Hervé , sa femme , n'étaient vraisemblablement pas comédiens, puis-

(i) .7e l'ai supposée liéc vers \(y^o ou i64i.

t T/ 7^ - yW^ ^A^ /«««- i^i^-^'^'^ ^''^'■^

que , dans un acte de naissance du 4 août i665, on donne à Bejard la qualité de procureur.

On trouve dans les Tablettes dramatiques et dans l'Histoire du Théâtre Français , par le clievalierde Moulij, une demoiselle Hervé', connue seulement par un petit role de soubrette qu'elle joua dans Tïmpromptu de Versailles, comédie de' Molière, donne'e à la Cour, le 14 octobre i6G3, et à Paris le 4 novembre; c'e'tait une débutante qui ne fut pas agrëëe dans la troupe. Elle avait déjà paru en i643.

Mademoiselle Hervé, lemme de Josej)h Bejard, e'tant déjà grand'mère en i6j8, lors de la naissant e de Françoise, on peut la supposer nëe vers 1600 ; elle avait pu débuter eu 1 (>4o; mais elle aurait e'te' trop âge'e en i663. On pourrait donc supposer aussi, qu'il y a eu deux actrices de ce nom à ces deux époques. On ne croit pas que celle de i643, fût la iiemnie de Joseph Bejard ; mais celle de iBGd était bien sa fille , Geneviève Bejard , mariée d'abord à la Ville- Anbrun.

Dans l'impromptu de Versailles, Molière a donné aux personnages, non pas des noms de comédies , mais ceux de douze acteurs et actrices de la troupe dont entre autres Bejart, et M. Iles Molière et Hervé. Lorsque Molière alla jouer la comédie eu province , sa troupe était composée , ainsi qu'il est dit dans sa vie par Grimarest, de la Bejard Madelaine). De ses deux frères. — De Gros-René. • — De Duparc (\\ et de sa femme. — De Debrie et de sa femme , d'un

pâtissier de la rue Saint-Honoré, père de Mademoiselle de la G.... , femme de chambre de mademoiselle Debrie et de quelques autres.

Dans la vie de Molière, par Voltaire , les acteurs sont nommés ainsi :

Drux hères nommés Gros-Réné ( Il y a ici une

<iJ^u^, ^ftjuoa^l^ rtu^f- ^^^^l^^^^i^ y-^ )^u^('l^

erreur , Voltaire aurait dû dire deux frères Bei art , et Gros-R.enë. )

Daparc , un pâtissier de la rue Saint Honoré , la Diiparc , la Bejart , la Debrie. Voltaire ne parle pas de Debrie. Lorsque Molière viijt à Paris , en U^58, sa troupe e'tait composée de lui, des deux Irères Bejart, Duj)arc, Dufresne, Debrie, Groisac , (gagiste à deux livres par jour), mesdemoiselles Bejart, Duparc, Debrie , Hervé.

Le même Grimarest a ditd.uis la vie de Molière,

i". « Que quand il eut acbevé ses études, il fut )) obligé , à cause du grand itge de son père , d'exer- V cer sa charge de valet-de-chambre-tapissier du roi , )) pendant quelque tems, et que même il fit le voyage » de Narbonue à la suite de louis Xïll ( i64i ) »•

Il y a ici une erreur. Poquelin père n'était pas très âgé alors; il pouvait avoir quarante-six ans. r\Iolière avait dix-neufans.

2° Il Que Molière, en formant sa troupe, lia une )» forte amitié avec la Bejart ( c'estmadelaine et non j> marie Hervé, femme de Bejard, père et mère ) , )> qui, avant qu'elle le connût avait eu nne petite )j fille de monsieur de modène, gentil-homme d'A- » vignon ( Françoise , baptisée le i [ juillet i638 ) , ï> avec qui j'ai su par des témoignages très assurés » que là mère avait contracté un mariage caché. » Cette petite fille accoutumée avec Molière, qu'elle » voyait continuellement, l'appela son mari dès » qu'elle sut parler; et à mesure qu'elle croissait ,

» ce nom déplaisait moins à Molière la lujre

» ne pensait à rien moins qu'à ce qui arriva dans la )> suite ; Cl occupée seulement de l'amitié qu'elle » avait pour son prétendu gendre , elle ne voyait w rien qui dût lui faire faire des réflexions.

Ge devait être alors avant le départ de MoU jrc avec id tro'jpe pourLvon en i'jSJ. ' y

5**. « Cette jeune fille avait tous les agreraens qui » peuvent engager un homme , et tout Fesprit ne'- » cessaire pour le fixer. ÎMolière avait passé , des » amusenieus que Ton se fait avec un enfant, à l'a- » mour le plus violent qu'une maîtresse puisse ins- » pirer. Mais il savait que la mère avait d'autres M vues qu'il aurait eu de la peine à de'ranger. C'était » une femme altière et peu raisonnable lors qu'on )> n'adhérait pas à ses sentimens; elle aimait mieux » être l'amie de Molière que sa belle mère , ainsi il )» aurait tout gâté de lui déclarer le dessein qu'il » avait d'épouser sa fille. 11 prit le parti de le ïaive » sans en rien dire à cette femme; mais comme elle w l'observait de fort près, il ne put consommer son

» mariage pendant plus de neuf mois Molière,

» à la suite d'une scène violente , fut contraint de » reconnaître mademoiselle Bejart pour sa femme; » mais cet éclaircissement causa un vacarme terri- B ble : la mère donna des marques de fureur , et )> de désespoir , néanmoins il fallut bien s'appaiser )) etc , etc.

Il y a dans tout ce récit beaucoup d'erreurs ; ce n'était pas de Françoise que mademoiselle Bejard pouvait être jalouse , puisque ce n'est pas elle qui a épousé Molière, c'aurait donc été de sa sœur Armande, qui peut-être demeurait avec elle dans la même maison que Molière: mais il est bien certain quil épousa, non pas la fille de mademoiselle Bejard et de monsieur Rajmond-de-Modène (baptisée le 1 1 juillet i638 ) ; mais Armande-Gresinde-Glaire- Elisabeth, sa sœur; que Marie Hervé, veuve Bejard sa mère, Louis et sur-tout Madelaine , ses frère et sœur , assistèrent au mariage , et qu'ils en signèrent l'acte du 20 février 1662.

Molière ne se maria donc point sans en rien dire

à la demoiselle Bejard; il put consommer son mariage aussitôt après la ce'le'bration , et il n'y eut point besoin d'une scène violente pour qu'il reconnût sa femme.

On avait dit dans letems que Molière était le père de la jeune fille de la demoiselle Bejard ( et de M. de Modène ) , et qu'il l'avait e'pousëe : plusieurs personnes réfutèrent cette calomnie, qui ne pouvait avoir e'te' invente'e et propage'e que par ses ennemis et pour nuire à sa réputation ; et elles prouvèrent que Molière n'avait connu la mère qu'après la naissance de cette fille. On disait aussi , mal à propos , qu'elle e'tait née en Languedoc. Je ne crois pas que pour sa justification on ait fait usage de l'extrait de baptême de Françoise ( juillet i638) ; (Molière n'avait alors que seize ans et demi ) , ni de son acte de mariage ; mais , je le répète, il est bien certain qu'il épousa la sœur cadette de la Bejard et non sa fille.

Françoise aurait eu vingt-quatre ans lors de ce mariage, on pourrait croire qu'elle était morte ou absente de Paris , car autrement elle aurait pu y être présente et en signer l'acte, comme nièce de madame Molière.

J'ai déjà dit que la vie de Molière avait été écrite par plusieurs auteurs; qu'aucun n'avait donné la véritable époque de sa naissance , les véritables noms de sa mère , ni les demeures de ses ancêtres , la date de son mariage , celles des naissances de ses enfans ; et que mes recherches avaient eu pour objet d'obtenir des renseignemens sur tous ces points. Je crois être parvenu à les éclaircir , et que les connaissances très-étendues , que je donne à cet égard , ne seront pas sans intérêt pour les amateurs du théâtre , des belles lettres et des comédies de Molière en particulier.

M. Bret en donnant une édition des œuvres de

Molière 3vec la vie de cet homme ce'le'brc par ^ oltaire , des remarques graramaticales, des avcrlisseniens et des observations sur chaque pièce , a dit , f( qu'il avait sous les jeux un ;u'brc ge'nc'alogique de » la famille des Poquelin , établie à Paris. Oui le » croirait, Jean-Baptiste Poquelin , dit Molière , ne n s'y trouve pas : sa profession de comédien l'en a » exclu. Il n'y avait pourtant que l'orgueil , bien j> pardonnable, de vouloir tenir à lui qui pût jus- » tifier la peine qu'on a prise de faire une ge'ne- » alogie. Qu'est- ce que leuom de Poquelin séparé » de celui de Molière? On doit à ses autres parens » la justice d'assurer qu ils de'savoueraient cette )) omission si elle de venait publique. »

Si cela e'tait, si ces parens avaient l'intention de faire re'tablir Molière dans cette gene'alogie, ils a^ trouveraient dans les actes que j'ai recueillis ce qui leur serait ne'cessaire , et je les communiquerais avec plaisir.

J'aurais pu faire cette Dissertation beaucoup plus longue , mais je me suis borne' à ce qui était utile seulement pour l'objet que je m'étais proposé.

Paris, janvier 1821, 199 ans après la naissance de Mo.ieie.

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