‹ Dissertation sur J.-B. Poquelin-Molière, sur ses anetres, l'epoque de sa naissance qui avait eté inconnue jusqu'a présent; sur son buste et un inscriptionChapitre 44 sur 73 · AVERTISSEMENT · texte numérisé non relu

AVERTISSEMENT

J. otJTEs les personnes un peu versées dansla littérature du théâtre savent que Molière, dans sa jeunesse, et lorsqu'il parcouroit la province en jouant la comédie, a composé plusieurs farces dont les titres seuls étoient connus jusqu'ici. Ces farces, au nombre de cinq, sont : Le Docteur amoureux ^ les trois Docteurs rivaux y le Maitie cT école ^ le Médecin volant, et la Jalousie du Barbouillé. On croit que Molière lui-même a supprimé les trois premières; mais on assuroit que les deux autres existoient manuscrites dans le cabinet de quelque curieux , et l'on n'avoit pas encore tout-à-fait désespéré de les voir paroître au jour. Ces deux farces sont tombées entre nos mains, et nous nous empressons d'en faire jouir le public. Afin de prévenir les doutes qui pourroient s'élever sur leur authenticité,nous renvoyons le lecteur au recueil des Lettres de (J.-B.) Rousseau, 5 vol. in- 12.

Ils y verront que Rousseau, possesseur des deux manuscrits , les avoit envoye's à M. ' Chauvelin , pour l'édition des OEuvres de Molière, qui a paru en 1704, 6 vol. in-4. ; et, dans une lettre à Brossette, sous la date du 12 décembre lySi , ils liront une analyse du Barbouillé , tout -à -fait conforme à la pièce qu'ils ont maintenant sous les yeux. Cette farce est le canevas du troisième acte de George Dandin , de même que le Médecin volant est l'ébauche du Médecin malgré lui. Cette circonstance suffiroit seule pour donner du prix aux deux ouvrages. On aura du plaisir à examiner ces premiers essais du génie de Molière, et à les comparer, dans les mêmes sujets, avec les productions de sa maturité. Nous ne voulons pas dissimuler que Rousseau , tout en consentant à reconnoître que le fond des deux farces appartient à Molière , en trouve le style trop ignoble pour le lui attribuer. Il pense que ces farces se jouoient à riniprovisade, comme celles des italiens , et que quelque comédien de campagne en a rempli les canevas à sa manière. Cette opinion lious paroit manquer tout-àfait de probaJ)ilité. Le style est bas, sans

doute; mais il convient au genre des pièces et à la condition des personnages. La farce amusoit alors les gens de la meilleure compagnie; alors, sur la même scène où l'on représentoit les premiers chefs-d'œuvre de Corneille , des acteurs enfarinés faisoient rire les spectateurs de leurs quolibets et de leurs équivoques souvent licencieuses. Ces farces, qui se jouoient à la suite des grandes pièces, avoient principalement pour but d'allonger convenablement la durée du spectacle, et elles ont donné naissance à nos petites comédies en un , deux ou trois actes. Molière ne fît donc que se conformer au goût du public et à l'usage établi, en composant ces espèces d'atellanes où, sans s'écarler de la trivialité obligée du geîirè, irmli dii moiij^v ^ |>v^ une bouffonnerie plus ingénieuse que ^elle *. des farces tant vantées alors ^de GuiWot-i <'- Gorju ef de Gaflà^irier-GarQ;uille. Ce n'éloit sûrement pas des farces insipides et^bjècte^ *i que celles qui contenoient le germe, des plus^ plaisantes scènes du Médecin maigre lui , et "^^^ de George Danclin , et dont plusieurs traits ont été transportés par Molière lui-même dans ses meilleures comédies. JNi sous le

rapport de l'action , ni sous ce^ui du dialogue, les deux farces du Barbouillé et du Médecin volant ne seront jugées indignes de Molière par aucun de ceux qui voudront bien considérer à quelle époque, à quel âge et pour quelle destination il les a composées. D'ailleurs , l'homme de génie , à son entrée dans la carrière , ne donne pas toujours une idée des pas qu'il doit y faire par la suite , et il y a certainement plus loin des strophes sur Port-Royal à Phèdre ou à Athalie , que de la Jalousie du Barbouillé au Tartujjfe , ou aux Femmes savantes.

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