‹ Dissertation sur l'asthme convulsifChapitre 2 sur 2 · OBSERVATION · texte numérisé non relu

OBSERVATION

Vasseur ( Louis-François ) , d’un tempérament sanguin-bilieux , d’une constitution assez délicate, éprouva, dès l’âge de douze

ans , des accès d’as ih me caractérisés par une dypsnee spasmodique, qui le réveillait eu sur saut , et qui le forçait de prendre une position verticale dans son lit , ou de se lever pour respirer un air frais. Pendant le paroxysme, qui , en général , n’était point de longue durée, la respiration était sifflante, la toux fréquente, sèche au commencement , et suivie , vers la fin , de l’expectoration de matières visqueuses peu abondantes. Ces accès revinrent de loin en loin, pendant les premières années; mais peu à peu, ils sc rapprochèrent au point qu’il ne se passait pas de mois sans que le malade en éprouvât plusieurs. Toutes les fois qu’il soupait plus copieusement qu’à son ordinaire , qu’il se livrait avec excès à son goût pour le vin et les liqueurs spiritueuses , ou qu’il éprouvait quelques contrariétés , l’accès ne manquait pas de reparaître. Un médecin le purgea plusieurs fois dans les premiers temps de la maladie, et fit appliquer un vésicatoire au* bras gauche. Mais Vasseur, n’en ayant point obtenu un soulagement assez prompt, le supprima , et se détermina à supporter avec patience l’affection à laquelle il était sujet. Chaque fois que l’accès se manifestait , il ne connaissait pas de meilleur moyen pour en abréger la durée , que de se lever et de fumer une pipe , ce qui lui avait été conseillé, dit-il , par un médecin. Tel fut son état jusqu’à lage de vingt-cinq ans. A celle époque il se maria , et, depuis , l’asthme devint moins fréquent , sans cependant cesser entièrement. Il y a dix-huit mois que cet homme, âgé alors de trente ans, vit se développer a la partie interne de la cuisse gauche une éruption de petits boutons qui causaient une vive démangeaison. Il les gratta ; les boutons s’écorchèrent, une sanie jaunâtre s’en écoula , des croûtes se formèrent et couvrirent bientôt tonte la cuisse , le jarret, et remontèrent sur la fesse gauche. Six mois après , une nouvelle éruption parut sur la cuisse droite , et couvrit , dans l’espace de peu de jours, la plus grande partie du membre abdominal du même coté. Pendant quinze mois , Vasseur se contenta de prendre de temps en temps clés bains tièdes; et, pendant tout ce temps, -il n’éprouva

pas un seul accès d’asthme. Il y a trois mois , un me'decin lui prescrivit des bains hydro-sulfures , des pilules de soufre, et lui fit mettre un vésicatoire au bras droit. Les dartres ne cédèrent point à ce traitement , qui ne fut pas continué avec assez de soin . et le malade vint chercher sa guérison à l’hospice clinique. Il y fut traité par les fumigations sulfureuses, et, dans l’espace de trois semaines, l'éruption disparut entièrement M. le doyen de la Faculté, qui avau dirigé le traitement, fit continuer pendant quelque temps les fumigations , et appliquer un cautère au bras gauche , en recommandant a Vasseur de l’entretenir après sa sortie de l’hospice. J’ai eu occasion de revoir cet individu depuis qu’il a repris ses occupations, et j’ai su que ni l’asthme ni les dartres n’avaient reparu. »

L’asthme peut devenir funeste en déterminant une autre affection , comme la phthisie, l’hÿdrothorax , un anévrisme des cavités droites du cœur, ou en se compliquant avec une maladie aiguë de la poitrine , telle que la péripneumonie, la pleurésie, etc.

Du traitement .

On doit avoir égard , dans le traitement de l’asthme , aux causes qui ont produit cette maladie , au tempérament et à la constitution du malade, et à la durée déjà plus ou moins longue de l’afTection, Lorsqu’on pense que la profession du malade a dû influer sur la pioduction de 1 asthme, il faut lui conseiller d’en changer, ou de rester pendant quelque temps en repos, en se bornant à suivre exactement les préceptes de l’hygiène. Lorsque la maladie ne dure pas depuis très-long-temps , quelle n’a pu encore affecter profondément la constitution , ce changement de profession et de régime peut suffire pour empêcher qu’elle ne se manifeste de nouveau.

Si l’asthme convulsifa suivi la disparition des dartres, on tâchera de rappeler ces exanthèmes par des applications irritantes sur la paitie qui en fut le siège. Dans le cas ou il est dû à la suppression

de la gaie , quelques auteurs conseillent de dëterminei le retour de cette affection en faisant porter au malade la chemise d’un galeux. Baglwi propose , dans cette circonstance , de faire naître sur la peau une irritation nouvelle ail moyen de l’urtication.

Si l’asthme a succédé à une fièvre intermittente trop tôt supprimée par le quinquina, on doit continuer l'usage du même médicament, comme si cette fièvre existait encore. Le quinquina convient surtout quand l’asthme se reproduit à des époques périodiques fixes. Lorsque des sueurs locales ont été supprimées, il faut appliquer des fomentations sur la partie qui les fournissait.

Des saignées ou Inapplication des sangsues , dans l’intention de rappeler ou de remplacer une hémorrhagie habituelle, dont la suppression a été la cause déterminante de l’asthme, ont été, dans quelques cas , suivies d’un plein succès : mais ces moyens ne conviennent que dans le commencement de la maladie; plus tard , les saignées ne doivent être prescrites que chez les individus pléthoriques ; et , loin de convenir dans tous les cas, elles peuvent , par la faiblesse qu’elles produisent, augmenter la disposition au retour

des accès.

Lorsque le malade commence à éprouver les symptômes précurseurs de l’accès , on peut administrer avec beaucoup d’avantage les médicamens béchiques , l’ipécacuanha , les potions dans lesquelles on fait entrer le kermès minéral , les préparations seillitiques. On voit souvent ces remèdes, ou prévenir les accès , ou en adoucir la violence et en abréger la durée. Ployer prenait , au moment où l’accès se déclarait , un lavement de petit-lait, dans lequel on avait fait infuser quelques fleurs de camomille ; puis il faisait usage de la potion suivante, huile d’amandes -douces et sirop diacode , de chaque quatre gros; oxyrnel scillitique , cinq gros; sucre candi, deux gros. Ce mélange se prenait par cuillerées , et procurait presque toujours un soulagement notable. Cullen , et plusieurs autres médecins anglais , le docteur Thomas de Salis— bury en particulier , ont loué les bons effets de l’opium. Ge médi-

eament ne produit pas chez tous les malades un soulagement bien marqué ; plusieurs le supportent avec difficulté , et il a quelquefois déterminé, chez quelques asthmatiques, tous les phénomènes de l’apoplexie. Un autre Anglais, le docteur Bree , qui a écrit un traité sur l’asthme , ayant été lui-même affecté de cette maladie, avala pendant le paroxysme quatre grains d’opium en substance , qui produisirent presque une stupeur apoplectique pendant deux jours. Nul doute que cet effet n’ait été produit par la dose trop forte que ce médecin avait prise , et que ce médicament ne puisse être fort avantageux lorsqu'on l’emploie avec plus de précautions. Les antispasmodiques sous toutes les formes , les infusions de tilleul , de violette , de fleurs d’oranger ; les gommes fétides , telles que l’assa-fœtida , la gomme ammoniaque , etc , le musc , le castoréum , sont journellement employés pendant les accès d’asthme, et ont souvent produit un soulagement assez remarquable. Zalloni a proposé , dans une dissertation inaugurale , le nitrate d'argent et le phosphore, comme deux médicamens qui lui avaient parfaitement réussi. Il administra le phosphore a la dose d’un quart de grain , matin et soir , dissous dans une huile essentielle, et incorporé dans trois gros d’éîectuaire de quinquina. Il donna , dans une autre circonstance , un demi-grain de phosphore , le matin , et autant le soir , et obtint un succès complet. Quant au nitrate d’argent , ce médecin le fit prendre à des doses si faibles , qu’il est douteux que cette substance ait pu conserver de l’action sur l’économie. Zalloni faisait dissoudre un grain de nitrate d’argent dans trente cuillerées d’eau distillée , et le malade prenait deux fois dans la journée une cuillerée de cette solution dans une tasse de petit-lait. Au reste , il ne serait point inutile de répéter ces essais ^ en y apportant toutes les précautions qu’exige l’emploi de deux remèdes aussi actifs.

Depuis les progrès de la chimie pneumatique, plusieurs médecins ont tenté l’inhalation du gaz oxygène dans l’asthme. Thornton , médecin anglais, dit avoir guéri par ce moyen douze asthmati-

ques , et en avoir soulagé neuf autres. M . Chaptal a soumis à Taclion de l’oxygène un. individu affecté de cette maladie , et est parvenu a améliorer sensiblement son état. Mais des expériences successives n’ont pas confirmé les brillans avantages qu’on se promettait de ce moyen, qui exige d’ailleurs un appareil particulier, qu’il n’ est pas toujours facile de se procurer. On a tenté aussi l’inhalation de l’éther enfermé dans un flacon tubulé avec de la. ciguë ou du baume du Pérou, et l’on en a retiré de très -bons effets.

Enfin, on a eu recours, et souvent avec avantage, aux vésicatoires , aux cautères , aux moxas , surtout lorsque l’asthme était produit par une métastase arthritique ou rhumatismale, par la suppression de vieux ulcères , etc. Ces exutoires ne doivent point être négligés dans des circonstances pareilles.

Mais, il en faut convenir , tous ces moyens sont le plus souven1 sans succès. Que peuvent-ils en effet lorque la maladie est déjà invétérée? Comment changeront-ils cette constitution nouvelle des organes respiratoires? comment ramèneront-ils les nerfs du poumon à leur manière d'être primitive ? Pourront- ils effacer ces impressions héréditaires auxquelles l’asthme est dû dans un si grand grand nombre de cas ? Si ces remèdes sont employés , ce ne doit être que dans l’espoir de calmer momentanément l’accès ,* mais le traitement curatif (s’il en existe) , celui qui consiste à prévenir le retour de la maladie , est tout entier dans l’observance exacte des lois de l’hygiène. C’est par leur exposition succincte que je terminerai cette dissertation.

Circumfusa. Les asthmatiques doivent se mettre en garde contre les brusques variations de l’atmosphère ; le passage subit d’un air chaud à un air froid , ou d’un air sec à un air humide , leur est souvent préjudiciable. Iis doivent éviter toutes les famées, les odeurs fortes , les poussières, dont l’action suffit, dans nnsi grand nombre de cas, pour rappeler les accès. L’air des salles où se trou-

vent assemblés un grand nombre d’individus, celui des appartenons peu spacieux où sont allumés de grands feux , leur sont très-nuisibles.

Au reste, parmi les individus affectés d’asthme, les uns se trouvent mieux d’un air humide , les autres d’un air sec. Ces considérations empêchent qu’on ne puisse tracer des règles générales.

Applicata. Les vêtemens doivent être larges et incapables de gêner la dilatation de la poitrine. Les habits trop chauds et trop pesans ne conviennent point a ces malades; ceux-ci doivent éviter de rester trop long- temps dans leur lit , qui doit présenter un plan élevé vers le chevet, de manière à ce qu’ils y soient comme assis. Des matelas de laine sont préférables à la plume et au duvet. Toutes les règles de propreté doivent être scrupuleusement observées. Les bains tièdes , qui assouplissent la peau et facilitent la transpiration , conviennent aux asthmatiques pendant l’hiver. Dans l’été , ils prendront avec avantage des bains froids , et surtout des bains de mer , dont l’action tonique est si propre à affermir la constitution, et à combattre la disposition aux maladies nerveuses.

Ingesta . Les asthmatiques feront usage d’alimens nourrissans et légers. Les viandes de mouton , de bœuf, de veau , rôties ou bouillies, leur sont très-convenables. Les légumes farineux, qui dégagent une grande quantité de gaz dans le canal digestif , peu- . veut leur nuire , et déterminer le retour des accès Ces personnes doivent être sobres, surtout au repas du soir; il serait même mieux qu’elles ne soupassent point, ou qu’elles ne prissent alors que quelques substances d’une facile digestion. Elles doivent s’abstenir des boissons spiritueuses. Floyer éprouvait sur-le-champ une grande difficulté de respirer lorsqu’il prenait de l’eau-de-vie ou du punch ; aussi ce médecin ne faisait -il usage que d’eau panée , de petite-bière et d’hydromel. Les viandes fumées et salées

la chair du porc , les mets épicés , les pâtisseries , etc. , doivent être bannis de la table des asthmatiques.

Excréta . La suppression de la transpiration, ou de toute autre excrétion habituelle , pouvant être la cause de l’asthme , on conçoit combien il est utile, lorsque cette maladie est. déclarée, d’éviter tout ce qui peut déterminer cette suppression. Les malades doivent, entretenir la liberté du ventre au moyen des purgatifs doux et des clystères émoîlieris. Ils doivent aussi favoriser l’excrétion des urines par l’usage des boissons nitrées ; et ne point négliger d’entretenir la supputation des exutoires auxquels ils peuvent s’être soumis»;

Gesta. On doit recommander aux asthmatiques de prendre de l’exercice dans l’intervalle des accès. Rien* n’est plus propre à combattre cette névrose que des travaux habituels et modérés. Que lè malade ne soit point oisif ; que des occupations agréables ne permettent point à son imagination d’être continuellement en proie à la crainte du retour de l’accès. Les distractions, les promenades à cheval , en voiture , en bateau , sont très-convenables et très-propres a retarder ou à prévenir les accès.

Percepta. Ce que nous avons dit de l’influence des passions de l’âme sur le développement de cette maladie suffît pour faire sentir combien il serait désirable que les asthmatiques pussent conserver une tranquillité continuelle de l’esprit , et qu’ils fussent en garde contre tout ce qui peut les exciter et troubler cet état de calme qui leur est si favorable.

HIPPOCRATIS APHORISMl

( Edente PARIS et).

Cùm morbus in vigore fuerit, tune yel tenuissimo victu uti necesse est. Sect. 1 , aph. 8.

In exacerbationibus cibum subtrahere oportet : exhibere enim , noxium est. Et quæcunque per circuitus exacerbantur , in exacerbationibus subtrahere oportet/ Ibid. , aph. 11.

Attenuata Ion go tempore corpora lentè reficere oportet ; quæ vero breyi, celeriter. Sect. 2 , aph. 7.

Qui benè valent corpore, purgatu sunt difficiles. Ibid. , aph . 5y.

Mulieri sanguinem evomenti , menstruis erumpentibus , solutio fit. Sect . 5 , aph. 3a.

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