‹ Dissertation sur l'existence et les attributs de DieuChapitre 24 sur 39 · DISSERTATIONS · texte numérisé non relu

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dre (1). Mais les vues de la sagesse divine sont si élevées au-dessus de nos faibles conceptions , les moyens de la toute-puissance sont tellement hors de proportion avec ceux dont nous avons l'usage , que nous ne pouvons avoir de cette sagesse , qui accomplit les unes par les autres, qu'une idée extrêmement imparfaite (2).

L^idée de la sagesse divine a beaucoup de rapport avec celle de l'intelligence infinie. ]Nous mettrons, entre ces deux perfections , la différence que nous trouvons entre la spéculation et la pratique ; par son intelligence, Dieu connaît les rapports de tous les êtres, qu'il dirige par sa sagesse (3).

II. La sagesse est incontestablement une perfection. Si quelqu'un s'avisait d'en douter, qu'il considère combien sont imparfaits ceux qui en manquent. L'être infiniment parfait est donc infiniment sage.

Nous pouvons nous convaincre de la sagesse du créateur par celle que nous voyons éclater dans ses oeuvres. Il est vrai qu'entre l'ouvrage, quelque admirable qu'il soit , et la sagesse qui l'a disposé , il y a une distance infinie. Mais enfin, l'ordre de l'univers, la correspondance de toutes ses parties, cette variété de rapports si immense que nous ne pouvons les embras-

(r) Sapientia attingit a fine ad fînem fortiter , et disponit omnia snaviter. {Sajj. 8, i.)

(2) Sapientiam Dei praecedentem omnia quis investigavit ? (£ccli. i; 3.)

(3) Apad ipsnm est fortitudo et sapientia. Çjob. 12 ; 16.) Dominus possedit me (sapientiam) ab initio viarnm suarnm , ante-

quarn quidquam faceret a principio. Ab aeterno ordinata sam et ex antiquis antequam terra fieret. Nondum erant abyssi , et ego jam concepta eram ; necduru fontes aquarum eruperant, necdura taontes gravi mole constiterant. Ante colles ego partariebar. Adhac terram non fecerat, et fluinioa, et cardines orbis terrae. Qaando prseparabat cœlos, aderam ; quando certa lege et gyro vallabat abyssos , quaî.do aetbera firmabat sursum , et libi abat fontes aqnaram , quando circumdabat mari terrainum suura, et legem ponebat aqais ne transirent fines snos, quando appendebat fundamenta terrae > cum eo eram cancta componçns, {Frov. 8; 22-3o.)

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ser clans notre esprit, doivent nous élèvera la pensée de l'incompréhensible sagesse de l'ordonnateur (1).

Si Dieu ne suivait pas constamment des fins, et n'employait pas des moyens sages, ce serait ou parce qu'il ne les connaîtrait pas, ce qui répugne à sa toutescience ; ou parce qu'il ne le pourrait pas , ce qui est contraire à sa toute-puissance ; ou enfin parce qu'il ne le voudrait pas ; et quel serait l'intérêt , le motif qui le détermineraient à des actes insensés ?

III. Contre cet attribut de Dieu , on propose l'objection suivante : « La sagesse et la folie sont des qualités « fondées sur nos propres jugements. Or , dans ce o monde , que Dieu est supposé avoir créé , conserver, « mouvoir et pénétrer, il se passe mille choses qui « nous paraissent des folies. Et même les créatures « pour qui nous imaginons que l'univers a été fait, « sont bien plus souvent insensées et déraisonnables ,

(i) Dominus sapientia fundavit terrain; stabilivit coelos pradentia ; sapientia illius eraperunt abyssi, [Prov. 3; 20.)

Magnalia sapientiae suae decoravit qui est ante saecalam. ÇEccli. 4a; 21.)

Erga Deum autera virtus simnl , et sapientia, et bonitas ostenditnr : virtus quidem et bonitas, in eo qaod ea quse nondam erant voluntarie cor.stitaerit et fecerit; sapientia vero, in eo qood apta et cunst.-nantia qnae sont fecerit. {S. Irenceus, contra Hœres.^ lib. 4» cap. 28, n° 3.)

Nam si mandam cam omnibas qnae siint in eo contemplari veb's, intelliges profecto quantum Dei opus haraanis operibus antestet. Ita quantum inter opcra divina et huinana interest, tantuin distare inter Dei bojuinisrjMe sapientiam necesse est. {^Laccantius, Div. inst.^ lib. 7; cap. 2.)

Ca?ternm qui eam intelligentinm tiibnit ut es miniinis rebns creatîs, magnain opilicis sapientiaui condiscereinns, tiibuat etiara ut es mag« nis majora de Creatore sentiamus, concipiamusque : quaraquam conditoris coinpaiatione sol et luna culicis et formicae rationem obtinent. Notio siquidem quae Dei univeisorura magnitudine digna sit, ex eisdem desumi non potest ; sed ex parvis quibusdam et tenuibus indiciis per ipsa , quemadinodnm et per singula niinutissima aniinalia, aot etiain per miiiutissimas herbas incitamur. {S. Basilius , in Hezamtron, homil. 6; n° a.)

a que prudentes et sensées. L'auteur de tout ce qui « existe doit être également l'auteur de tout ce que « nous appelons déraisonnable, et de ce que nous c jugeons très-sage. D'un autre côté, pour juger de tt l'intelligence et de la sagesse d'un être , il faudrait « au moins entrevoir le but qu'il se propose. Quel est « le but de Dieu ? C'est , nous dit-on , sa propre gloire. « Mais ce Dieu parvient-il à ce but ? et les pécheurs a ne refusent-ils pas de le glorifier ? D'ailleurs , suppo- « ser que Dieu est sensible à la gloire, n'est-ce pas M lui supposer nos folies et nos faiblesses?... Si on me a dit que les vues de Dieu sont impénétrables pour « nous, je répondrai qu'ignorant son vrai but, il nous a est impossible de juger de sa sagesse , et qu'il y a fl de la démence à vouloir en raisonner (1). »

Tout, dans cette objection, est ou sophisme illusoire , ou fausseté évidente.

IV. Qu'entend-on quand on dit que la sagesse et la folie sont fondées sur Jios propres jugements? Veut-on qu'elles ne soient pas des choses réelles ; que ce soient de pures abstractions de notre esprit ; qu'il n'y ait ni êtres sages, ni êtres insensés ? Les idées claires et distinctes que nous avons de la sagesse et de la folie sont fondées sur la nature des choses ; et si cette distinction n'était qu'idéale, que serait-ce que la morale? que deviendrait la société ?

On ajoute qu'il y a dans le monde beaucoup de choses qui nous paraissent des folies. Quelles sont ces choses? A qui les phénomènes du monde paraissent-ils tels? Les incrédules sont (cette comparaison trop juste me sera pardonnée) comme ces habitants des petites-maisons qui déclarent fous tous ceux qui ne leur ressemblent pas. Il y a beaucoup de choses dans l'univers dont nous ignorons le but. Réduite à ce point, la proposition est vraie ; mais j'ai montré ailleurs qu'elle ne forme

(i) Système de la nat., tom 2 ; chap. 4.

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point une objection contre la sagesse ordonnatrice (1).

Nous avons aussi fait voir que, pour juger qu'une chose est l'rcuvre de la sagesse, il n'est pas nécessaire de connaître toutes les finsque s'est proposées son auteur (2). ISous jugeons que c'est pour lui-nièine qu'il a créé l'univers , parce que nous n'imaginons de fin digne de lui que lui-niéine. Quelques docteurs, pour exprimer cette idée, ont dit qu'il avait créé le monde pour sa gloire; leur expression sera impropre, si on veut; leur pensée n'est pas inexacte. Par le mot gloire ^ ils n'ont pas entendu cette petite et dangereuse passion qui tourmente les honnnes, ce vain désir d'honneurs dont ils savaient que Dieu n'a nul besoin ; ils entendaient une gloire intérieure, cjui n'est autre chose que le sentiment de Dieu envers lui-même.

De ce que les vues générales de Dieu sont impénétrables pour nous , il résulte que nous ne pouvons pas dire quelles elles sont ; mais c'est à tort qu'on en infère que nous ne pouvons pas reconnaître leur sagesse. Nous en jugeons d'abord a priori, parce que ce sont les vues de l'être infiniment parfait (3) ; et ensuite a posteriori, par la multitude de traits de sagesse que nous voyons éclater de toutes parts et dans tous ses ouvrages.

V. Il y a des hommes insensés et déraisonnables. Qu'estce que cela prouve contre la sagesse de Dieu ? Il résulte seulement de là qu'il ne les a pas créés parfaits. Que l'on nous prouve donc qu'il était tenu de les faire tels. Des créatures parfaites I ce serait une contradiction dans les termes.

(i) Voyez ci-dessus, V part., chap. a ^art. 3, n" 25.

(a) Voyez ci-dessus, I'* partie^ chap. I**", art. 8, n° 49; chap. a; art. a, n° i5; art. 3, n° 25.

(3) Quidquid ergo hic accidil contra voluntatem nostram , noveritis non accidere nisi de voluntate Dei , de providentia ipsios , de online ipsiiis, de natara ipsiiis, de legibus ipsius. Et si nos non intelligamus quid quare fiât , deinns lioo providintiae ipsius , qaia non fît sine causa, et non blaspheinemus. (5, August.^ Enarr. inpsalm. 148; n° 12.)

Il y a des hommes qui abusent de leur liberté ; cela est vrai. Mais est-ce une objection solide contre la sagesse divine? J'aurai occasion de la discuter, et de montrer combien elle est frivole (1).

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