‹ Dissertation sur l'histoire naturelle, et chimique de la coque du Levant (Menispermum cocculus). Examen de son principe vénéneux considéré comme alcali végétal, et d'un nouvel acide particulier à cette semenceChapitre 4 sur 6 · Le muriate d’or en rouge brun · texte numérisé non relu

Le muriate d’or en rouge brun

7 Il n’agit pas sur la dissolution du proto-sulfate de fet* ; mais il détermine surde-champ , dans celle du deuto-sulfate , un précipité vert très-foncé et très-coUsidérable ;

8.® Cet acide forme un précipité très-abondant dans la solution de sulfate de magnésie;

g.® Enfin une portion de cet acide traitée par l’acide nitrique n’a pu être convertie en acide oxalique.

La petite quantité d’acide qu’il m’a été possible de me procurer , même en opérant sur une assez grande masse de ces semences , ne m’a pas permis de pousser plus loin l’examen de ses propriétés. J’aurais désiré , par exemple, le combiner directement avec différentes bases pour en former des sels, les caractériser et déterminer l’ordre d’affinité qu’il exerce sur chacune de ces bases. Ce sera l’objet d’un travail ultérieur.

Cependant, l’ensemble des propriétés que je viens de rapporter n’appartient, ce me semble, à aucun autre acide connu, et l’action de celui-ci sur la dissolution de sulfate de fer et sur celle du sulfate de magnésie , doit suffire pour le faire distinguer. S’il produit à la vérité plusieurs effets analogues à l’acide malique^

on voit qu’il en diffère sous des rapports essentiels. Son afEnité pour plusieurs Ijases telles que la baryte et la magnésie qu’il enlève à des acides forts , annonce une énergie d’action qui me paraît remarquable. Je me crois fondé, en conséquence, à le considérer comme un acide végétal nouveau , que je désignerai provisoirement sous le nom S acide ménispermique, de la substance qui me l’a fourni, et parce qu’il me paraît probalile qu’on le retrouvera dans les autres espèces de ménispermes.

On peut aussi obtenir Vacide ménispermique en traitant une forte infusion ou une décoction de coques du Levant par le nitrate de baryte. 11 se forme un précipité abondant de ménispermate de baryte qu’on réunit sur un filtre. On Je dépouille, en le lavant par de l’alcohol , d’une matière extractive qui le colore. 11 faut éviter de le laver avec de l’eau, parce qu’il pourrait se dissoudre au moins en partie. On traite le dépôt desséché par son poids d’acide sulfurique mêlé de moitié d’eau. Le ménispermate se trouve transformé en sulfate de baryte, auquel on peut enlever l’acide végétal à l’aide de l’eau ou de l’alcohol.

Le ménispermate de baryte se dissout dans quatre cent einquante parties d’eau bouillante. Une partie se sépare par le refroidissement sous forme pulvérulente.

On voit que la magnésie ne peut pas servir à extraire l’acide ménispermique; parce que le ménispermate de magnésie ne serait pas décomposé par l’acide sulfurique, dans lequel il ne se dissout pas^.

Extraction du principe amer.

La liqueur précipitée par Tacétate de plomb, dépouillée de toute trace de ce métal par Facide hydro-sulfurique, évaporée doucement en consistance,

de sirop, s est prise en une masse transparente, dun

jaune rougeâtre, d’une saveur très-amère, répandant l’odeur de l’acide acétique altérée par celle de la mélasse.

^ Cette espece d extrait s’est dissout dans l’alcohol à quarante degrés bouillant, à l’exception d’une portion de matière albumineuse, intimement combinée dans 1 extrait aqueux , qui s’est coagulée. La dissolution alcoholique , d’un beau jaune , a été évaporée à «iccité; redissoute dans de nouvel alcohol, del^arrassée par ce moyen d’une autre quantité de substance coagulable, elle a ete réduite en consistance de sirop. Son amertume était très -augmentée, et elle avait conservé sa belle couleur jaune.

^ A une portion de cet extrait alcoholique , j’ai ajouté du carbonate de potasse qui a fait précipiter sui-le-champ de petits cristaux d’une horrible amertume. Le reste de 1 extrait alcoholique abandonné a lui meme, s est pris au bout de plusieurs jours en une ma^e confuse de cristaux , dont les intervalles étaient remplis par un liquide coloré en jaune rougeâtre, visqueux, dune odeur forte de sucre brut dont je les ai débarrassés en les lavant avec uîi peu d eau tiede. Ç e^t dans cette espèce d’eau mère que

se trouve la partie colorante jaune et dans laquelle j’ai soupçonné l’existence du corps sucré.

Les cristaux formés spontanément avaient moins d’amertume que ceux qui avalent été précipités par le carbonate de potasse. ( Ces derniers étaient de la picrotoxine pure.) Ils se dissolvaient plus facilement dans l’eau. Il me fut [facile de voir qu’ils étaient une combinaison du principe amer avec l’acide acétique, formée par double affinité, au moment où j’avais ajouté de l’acétate de plomb pour précipiterl’acide ménispermique.

La déconjpositlon de cet acétate par la potasse sous-carbonatée, offre un excellent moven d’obtenir le principe amer. 11 suffit ensuite de le laver et de le dissoudre a chaud, dans une eau légèrement alcoliolisée, pour l’obtenir pur et cristallisé.

J’ai désigné, sous le nom de matière agglomérée , le dépôt qui s’est formé pendant le refroidissement des décoctions. Cette matière s’est dissoute dans l’alcohol, à l’exception de beaucoup d’albumine dont elle était composée. Elle a fourni une assez grande quantité de principe amer , mais associé à de la matière huileuse qui rendait sa purification difficile. On a vu que l’une de ces deux substances favorise beaucoup la solubilité de l’autre.

Le principe amer que j’ai obtenu par cette méthode rn’a paru moins solulde dans difierens agens ; il est probable qu’il était uni avec l’acide ménispe?^à l’état salin. ■ .

Après des essais multipliés pour trouver un pro-

cédé avantageux pour l’extraction de la picrotoxine^ celui auquel je me suis arrêté, et que je crois devoir proposer toutes les fois qu’on ne voudra pas en même temps recueillir l’acide ménispermique , consiste à faire ijouillir fortement dans l’eau les semences mondées, avant ou après en avoir retiré l’huile, et à en faire l’extrait , amené lentement à la consistance d’un sirop épais. On triturera ensuite la masse extractive avec un vingtième de son poids de baryte ou de magnésie pure , et après vingt-quatre heures de contact avec l’une de ces bases , on épuisera lé mélange à chaud pardel’alcohol absolu. La liqueur alcoholiquesera évaporée à siccité, et le produit redissous dans de nouvel alcohol. S’il en est besoin , on fera bouillir cette liqueur avec du charbon animal pour la décolorer , et en la réduisant de nouveau à un très-petit volume , on ol)tiendra , par le refroidissement , la plus grande partie du principe amer cristallisé , quelquefois trèspur, quelquefois encore un peu coloré. Dans ce dernier cas , il faudra le redissoudre dans de l’alcohol très-faible , ainsi que je l’ai déjà fait pour celui que j’avais extrait par d’autres moyens.

Le principe amer du menispermum cocculus j lorsqu’il est pur , est d’une blancheur parfaite , brillant , demi - transparent , cristallisé en aiguilles , qu’on reconnaît très-bien à la loupe pour de vél itables prismes quadrangulaires.

11 est sans odeur * son amertume est insupportable.

Cent parties d’eau bouillante dissolvent quatre par-

lies de cette substance ; les trois quarts à peu prés se séparent sous forme de cristaux réguliers , lorsque la liqueur a été refroidie très-lentement.

La solution aqueuse du principe amer cristallisé restitue la couleur bleue au papier de tournesol, surtout lorsqu’il a été rougi par l’acide acétique.

L’alcohol , à 0,8 1 o de pesanteur spécifique , en dissout le tiers de son poids à chaud. Un peu d’eau précipite la dissolution alcobolique ; une plus grande quantité fait disparaître le précipité; l’alcoliol qui a été saturé à chaud se prend par le refroidissement en une masse com|)Osée de filets soveux, opaques, susceptibles de se conserver dans cet état ,et que , par analogie avec les hydrates, on pourrait peut-être qualifier du nom d’alcoholates.

L’éther sulfurique d’une pesanteur spécifique de 0,700 ne dissout que o,o4 de cette matière; lorsqu’il est moins rectifié, il s’en charge en plus grande quantité.

L’huile d’olives et l’huile d’amandes douces ne dissolvent pas, même à chaud, la matière cristalline. Cette propriété me surprend d’autant plus que le principe amer favorise la solubilité de l’huile concrète à la manière des alcalis , ainsi que j’ai eu occasion de le dire. L’essence de lérébenthine s’en charge en très-petite quantité , à l’aide d’une forte ébullition.

La potasse et la soude pures, en dissolution dans dix parties d’eau, dissol\ent très-bien le principe amer ; l’ammoniaque produit le même effet. C’est pour cette raison que les alcalis caustiques ne le

précipitent pas de sa dissolution dans un acide , quand on les ajoute en excès.

La jucrotoxine délayée dans l’eau et exposée à l’action d’un courant de chlore, n’a pas été dissoute : sa blancheur a été augmentée. Laissée en contact avec le chlore liquide , cet agent n’a pas perdu de son odeur , et la matière amère n’a pas éprouvé d’altération.

Le principe amer alcalin a été trituré avec son poids d’iode. La matière est devenue d’abord jaune et ensuite brune. C’est l’effet que cet agent produit sur la plupart des corps organisés.

La picrotoxine mise sur les charbons ardens brûle en se boursoufîlant sans se fondre ni s’enflammer , et en répandant une fumée blanche d’une odeur de résine.

Quand on distille les cristaux amers, on obtient de l’eau acidulée , de l’huile pyrogénée d’un beau jaune, très-piquante et très-acide , de l’acide carbonique et du gaz hydrogène per carburé. 11 reste im charbon volumineux et très-léger. Uq papier rougi, placé dans le récipient, n’avait pas changé de couleur, et de la potasse caustique ajoutée aux produits n’a pas dégagé d’ammoniaque. Ceci me porte à croire que le principe vénéneux ne contient pas d’azote. Je crois meme en avoir acquis la certitude par une autre périence. ^

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