Annal., Thucyd. et Xenoph., p
DE L'HISTOIRE ROMAINE. i69
ères de Gaton ou de Varron, qui ne sont fondées que sur des traditions destituées de toutes preuves et sur des calculs arbitraires. Plutôt que de déranger rien à la chronologie reçue, on a avancé la prise de Rome de deux ou de trois ans, sans se mettre en peine de donner des raisons de cette conduite, ni de réfuter ôeux qui disaient le contraire, parce qu'on ne le pouvait faire avec quelque solidité.
Qu'on juge à présent du fond que Ton peut faire sur la chronologie qui précède la prise de Rome par les Gaulois.
On a vu que Tère de Gaton n'était fondée que sur la supposition qu'on savait exactement la durée des règnes de chaque roi, supposition entièrement destituée de preuves, et d'où on peut conclure qu'on ne peut faire aucun fond sur cette ère. D'un autre côté, on voit que si on veut s'arréter au sentiment des auteurs les plus graves sur Tépoque de la pri^e de Rome, qui se trouve fixée par tous les caractères qui peuvent lui donner une entière certitude, on renverse entièrement la chronologie reçue. Que penser, après cela, de cette chronologie, surtout quand on considère que les auteurs modernes ne se mettent point en peine de nous dire les raisons qui leur font abandonner une date marquée avec tant de clarté par les anciens historiens ? Il est à présumer qu*ils les auraient réfutés s'ils avaient eu de bonnes raisons à leur opposer. Leur silence forme donc un préjugé qui n'est pas avantageux à leur chronologie. Il s'agissait ou d'abandonner l'ère de Varron ou de récuser le témoignage de divers auteurs graves. Ils ont pris ce dernier parti, sans en donner de raisons, n'en ayant point de bonnes à alléguer. Pourvoir si l'ère de Varron méritait, en effet, cette préférence, il faut voir sur quelles preuves elle est fondée.
On a jugé, jusqu'à présent, qu'elle était appuyée de preuves plus sûres que celle de Galon, parce que Varron posait pour fondement de ses calculs des éclipses qui doivent
avoir paru à la conception et à la naissance deRomulus. ]\Iais le malheur veut que ces éclipses ne sont pas attestées par des auteurs contemporains ou par des historiens qui pussent en parler avec quelque certitude. Les calculs astronomiques que Tarrutius Firmanus fit à la prière de Yarron le conduisirent à dire, sept siècles après, qu'il devait y avoir eu une éclipse dans le temps de la naissance de Romulus. On voit assez que ce Tarrutius n*assurait cela qu'en supposant vraie Topinion conunune de sa naissance et du temps au-, quel Rome avait été fondée ; et que , dès qu'on a prouvé rincertitude de cette opinion , les calculs de Tarrutiua quj çout fondés là-dessus ne signifient plus rien.
Pour mettre mes lecteurs en état de juger si Ton pwt» en effet, se fier avec quelque sûreté à Tépoque que Varron a assignée à la fondation de Rome, et pour qu'ils voient sur quoi elle était fondée , je transcris ici un assez long passage de Plutarque, en suivant la version de M. Dacier ' : « Var- « ron, qui était le plus savant des Romains dans Tbistoire, a avait un ami particulier, nommé Tsirrutius, qui, étant a grand philosophe et grand mathématicien, se mêlait par a curiosité de tirer des horoscopes par le moyen des tables « astronpmiques , et passait pour le plus habile de ce <c temps-là. Il lui proposa de trouver le jour et l'heure de ce la naissance de Romulus, en remontant depuis Ips actions a connues, comme on fait par les analyses et par les résoa lutions des problèmes de géométrie; car il soutenait a qu'un art qui, sur une naissance donnée, peut prédire la a vie qui suivra, peut et doit, à plus forte raison, sur une c( vie connue, démêler précisément le point de la naissance fc qui a précédé. Tarrutius fit ce que Yarron souhaitait, a Après avoir considéré les inclinations et les actions de