‹ Dissertation sur l'incertitude des cinq premiers siècles de l'histoire romaine, par monsieur L.D.BChapitre 134 sur 227 · LU). I,cap. XTII · texte numérisé non relu

LU). I,cap. XTII

et qu'il ne fasse durer que cinq jours l'autorité de toute la décurie, ce qui reviendrait à un demi-jour ou douze heures pour chacun des dix sénateurs. Les paroles de cet historien paraissent, à la vérité, susceptibles de l'un et de l'autre sens^ Aussi Casaubon et Saumaise les ont-ils expliquées différemment^. Le premier croit que Tite-Live s'accorde parfaitement avec Denys d'Halicarnasse sur la durée de l'autorité de chaque décurie et de chaque sénateur. Mais, selon Saumaise, Tite-Live restreint à cinq jours l'autorité d'une décurie entière, et n'accorde que pour douze heures à chaque sénateur les marques de la dignité royale, de même que Plutarque.

Ces auteurs conviennent du moins sur la durée de l'interrègne, laquelle, selon eux, ne fut que d'un an. Vopisque, dans la Vie de l'empereur Tacite^ y donne une plus longue durée ; car il ne croit pas que chaque sénat'eur ait été revêtu de l'autorité royale pendant un temps égal, mais que les uns l'exercèrent pendant trois jours, d'autres pendant quatre, et d'autres enfin pendant cinq jours, de manière que Tinterrègne ne finit que lorsque chaque sénateur eût goûté de la souveraineté. Il y a donc encore bien des difficultés sur cet interrègne.

Il est vrai qu'on pourrait objecter que, Vopisque étant un auteur beaucoup plus récent que les trois autres, son autorité ne peut contrebalancer celle de Denys d'Halicarnasse, de Tite-Live et de Plutarque. Outre qu'il est à présumer qu'il avait aussi des garants de ce qu'il avançait, il y a toute apparence que, dans le siècle où il vivait, on pouvait

i . Itaque rem înter se centum patres , dccem decuriis factis , sÎDgalisque in singulas decurias creatis, qui summœ rerum prseeâsent, consociant. Decem imperitabant, unus cum insignibus imperii et lictoribas erat, quinque dierum spatio finiebatur imperium, ac per omnevin orbem U)at: an'nuumque intcrvallum regni fuit. Liv., lib. I, cap. x vu.

2, Vide Gagaub. et Salmas., in Vopisci Taciu, cap. i.

avoir autant de lumière sur l'histoire des rois de Rome que dans le septième ou huitième siècle de l'ère romaine. On ne peut , d'ailleurs , faire beaucoup valoir l'autorité de ces trois historiens, puisqu'on voit qu'il est bien rare qu'ils soient d'accord sur quelque fait. Il régnait une prodigieuse différence entre toutes les histoires romaines, et c'est, je crois, la cause des inconséquences qui nous frappent encore dans celles qui nous restent. Leurs auteurs consultant différentes histoires qui se contredisaient sur tous les faits qu'elles rapportaient, et empruntant tantôt quelque chose de Tune et tantôt quelque chose de l'autre , les mêmes faits devenaient méconnaissables , tant ils se trouvaient altérés dans leurs circonstances. Ces faits prenaient en quelque sorte une nouvelle forme et ne convenaient plus avec aucune des relations précédentes. Mais revenons-en à l'interrègne.

Le peuple, las de changer si souvent de maîtres et voyant qu'au lieu d'un roi il y en avait des centaines, résolut de mettre fin à ce gouvernement. Ses murmures obligèrent le sénat de consentir à l'élection d'un roi, et il permit au peuple d'y procéder. C'est ainsi que le raconte Tite-Live ^ Mais, selon Denys d'Halicarnasse^, le sénat donna le choix au peuple d'établir tel gouvernement qu'il jugerait à propos, soit qu'il voulût être gouverné par des magistrats dont l'autorité ne durât pas au delà d'une année, soit qu'il préférât de se remettre sous la domination d'un roi. Le peuple, satisfait de la déférence du sénat et content qu'il eût reconnu son droit dans cette occurrence, s'en remit entièrement à la volonté du sénat pour la forme de gouvernement qu'il jugerait à propos d'établir. Le sénat se détermina pour la royauté, et il ne fut plus question que de savoir sur qui le choix tomberait.

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