Livius, lib. II, cap. l
2. Trecentos sex periissc salis convenit; unum prope puberem aetate relictum stirpein genti Fabiœ , dubiisque rébus populi romani eœpe domi bellique vel maximum fulurum auxilium. Liv., lib. Il, cap. l.
exempts d'une loi qui obligeait tous les Romains à se marier dès leur jeunesse et à donner des citoyens à l'État.
Mais quand on accorderait que , dans ce grand nombre , il ne s'en soit trouvé qu'un seul qui ait eu un fils, ne s'en devait-il pas trouver quelques-uns qui eussent des frères en bas âge et parla dispensés d'avoir part à cette expédition? N'y en devait-il pas avoir dont les pères, exemptés par leur âge de prendre part au péril, étaient restés à Rome, et pouvaient encore travailler à continuer leur race? Telles sont les objections que fait Denys d'Halicarnasse contre ce que rapportent les autres historiens.
On pourrait ajouter aux raisons de l'auteur grec qu'il n'y a pas plus d'apparence que, dans une si nombreuse famille, il ne s'en soit pas trouvé quelques-uns que quelque défaut de corps ou quelque maladie ait retenu dans la ville. Enfin , de quelque côté qu'on tourne ce conte , il n'est pas naturel que, dans une famille composée de trois cents et six personnes, à la fleur de l'âge et en état de porter les armes, il ne s'y en trouve pas du moins autant que leur âge ou leurs maladies en dispensent : soit des pères trop âgés pour partager les dangers de la guerre , soit des frères ou des enfants en bas âge, enfin des femmes grosses. On compte, en général, que le nombre d'hommes en état de porter les armes ne fait tout au plus que la sixième partie d'un État. Comment pourra-t-on donc croire que dans une famille si nombreuse , composée de plus de trois cents personnes en état de porter les armes, il ne s'en trouve qu'un seul que son âge dispense d'aller à la guerre?
Denys d'Halicarnasse croit donc que ce qui a pu donner lieu à inventer ce conte est que, de trois frères qui formaient la branche la plus illustre de cette famille , et dans laquelle le consulat avait été continué pendant sept années consécutives, il n'y en avait eu qu'un qui eût laissé un fils en
bas âge. Gomme ce fils soutint seul depuis la gloire de sa maison, et que les autres branches demeurèrent dans l'obscurilé sans se distinguer par aucune action d'éclat, on se sera accoutumé peu à peu à regarder celui-ci comme le seul rejeton de sa race, ayant moins d'égard à la naissance des autres qu'à la vertu de celui-ci. C'est ainsi que cet auteur prétend débarrasser la vérité des fables dont on l'avait enveloppée.
Cette solution n'est pas du goût de Perizonius^ Il trouve, à la vérité*, aussi peu de vraisemblance que Denys d'Halicarnasse dans ce que rapportent les historiens que, dans une famille composée de plus de trois cents hommes en âge de porter Içs armes, il ne s'en soit trouvé qu'un seul que son âge ait exempté d'aller à la guerre. Il trouve cependant encore moins de vraisemblance dans la conjecture de l'historien grec qui croit qu'il en réchappa plusieurs; mais que, comme il n'en resta qu'un de la principale branche qui, par les dignités où il se vit élever, soutint seul la splendeur de cette maison, on n'a fait attention qu'à lui. Il est en effet bien difficile de s'imaginer que s'il en fût resté autant qu'on doit le croire, dès qu'on suppose avec Denys d'Halicarnasse que cette famille était si nombreuse, le peuple romain eut borné sa compassion à un seul et n'eut eu aucun égard aux services que les pères ou les ancêtres des autres avaient rendus à TÉtat. D'ailleurs, la tradition constante qu'il n'en était réchappé qu'un seul affaiblit beaucoup la conjecture de l'historien grec. C'est ce qui fait chercher à Perizonius quelque autre solution qui ait plus de vraisemblance.
Il ne trouve pas la moindre apparence que, dans le troisième siècle de Rome, il y ait pu avoir dans cette ville une fait Animadv, Hist,, cap. y, p. 185 et seq.
mille patricienne assez nombreuse pour fournir à la fois trois cents et six combattants, telle qu'on nous représente la famille Fabienne. Il croit même que toutes les familles patriciennes, prises ensemble, auraient eu de la peine à former ce nombre d'hommes en âge de porter les armes. Lors de la défaite des Fabiens, il ne s'était encore écoulé qu'un peu plus de trente ans depuis le règne de Tarquin le Superbe , qui avait si fort diminué le nombre des patriciens par ses cruautés, que Brutus ou Valérius Publicola , pour remplir le nombre de trois cents sénateurs, furent obligés d'y faire entrer un nombre de chevaliers et de plébéiens* qui excédait celui des patriciens. Or si, un peu plus de trente ans auparavant, il ne se trouva pas cent cinquante patriciens à admettre dans le sénat, comment peut-on se figurer qu'ils se fussent multipliés au point qu'au temps dont nous parlons une seule famille fût en état d'en armer plus de trois cents.
Les deux points essentiels que Perizonius , sur la tradition constante des historiens, veut qu'on reçoive pour vrais sont : que la famille Fabienne se chargea seule de la guerre contre les Véiens, et que de toute cette famille il n'en est réchappé qu'un seul, que sa jeunesse avait retenu à Rome. Pour ce qui est du nombre auquel on dit que montait cette famille, il croit qu'on y a compris les clients qu'elle avait armés, et que le nombre de toute cette famille doit être restreint aux trois frères qui avaient été continués pendant sept années consécutives dans le consulat, et peut-être à quelques autres, mais en très-petit nombre. Tout périt dans cette expédition, et il n'y eut que le fils d'un des trois consulaires qui ne fut point enveloppé dans la destruction de sa famille et qui continua la postérité.
Dès qu'on suppose cette famille peu nombreuse, il n'y a