‹ Dissertation sur l'incertitude des cinq premiers siécles de l'historie romaineChapitre 145 sur 222 · Vellelua Paterc., lib. U, cap. xx · texte numérisé non relu

Vellelua Paterc., lib. U, cap. xx

DE L’HISTOIRE ROMAINE

jugement. On a démontré 1 qu’il était impossible que Tarquin le Superbe fût fils de Tarquin l’Ancien, comme le disaient tous les historiens romains. L’âge deTanaquil, femme de Tarquin l’Ancien, laquelle môme, en la supposant aussi jeune qu’il est possible, devait avoir au moius soixantequinze ans à la mort de son mari, ne permet pas de croire qu’il ait laissé des enfants en bas âge. En effet, Tarquin l’Ancien vint s’établir à Rome, pour le plus tard, la huitième année du règne d’Ancus Marcius, son prédécesseur. On ne peut pas placer plus tard son arrivée à Rome, puisque ce fut dès l’année suivante, selon Denys d’IIalicarnasse, que ce roi lui confia le commandement de l’armée contre les Latins : ce qui ferait même croire , yliuq vint beaucoup plus tôt et même dès la première année de ce règne, comme quelques historiens le prétendent; car il n’y a guère d’apparence qu’Ancus Marcius ait confié le commandement de ses armées à un étranger, si peu de temps après son arrivée* et sans avoir eu le temps de s’étre bien assuré de sa fidélité et de sa capacité.

Quoi qu’il en soit, pour suivre le calcul le plus favorable, je ne mets le temps de sa venue à Rome que la huitième année du règne d’Ancus Marcius. Il y avait alors déjà du temps qu’il avait épousé Tanaquil à Tarquinies; et, vraisemblablement, il y avait attendu quelques années pour voir si, à la faveur de ce mariage, il pourrait entrer dans le gouvernement de cette ville, avant que de se rebuter et de se déterminer à aller chercher fortune ailleurs. On suppose donc que Tanaquil ne pouvait avoir moins de vingt ans lorsqu’elle arriva à Rome avec son mari. Le règne d’Ancus Marcius dura environ dix-sept ans, puisqu’il en régna en tout vingt-quatre. Tarquin, qui lui succéda, en régna trenle-

I. Dion. Halicarn., lib. IV, p. 234. — Laurent Valla et Dajlo, Dirt.,

art. Timaiinil, rem. (F).

huit; et ces dix-scpt ajoutés aux vingt qu’on suppose que Tanaquil avait, quand elle vint à Rome, la feraient Agée au moins de soixante-quinze ans, à la mort de son mari.

Par conséquent, il est impossible que Tarquin l’Ancien ait laissé des fils en bas âge; puisqu’eu supposant que Tanaquil soit accouchée de son dernier fils à l’âge de cinquante ans, il en aurait eu vingt-cinq à la mort de son père, et son frère aîné vingt-six ou.vingt-sept. De sorte qu’à la mort de Servius, il aurait dû avoir plus de soixante-dix ans, au lieu que les historiens nous le représentent comme un homme à la fleur de l'âge. Ajoutez à ces soixante-dix an§ vingt-cinq ans de règne, et le temps qu’il fut occupé à faire des efforts inutiles pour se rétablir, cl il aura vécu jusqu’à un âge qu’il y a bien peu d’apparence qu’il ail atteint.

Voilà les difficultés dans lesquelles la plupart des historiens se sont embarrassés en faisant Tarquin le Superbe fils de Tarquin l’Ancien. Il y en a eu même qui ont été jusqu’à le faire combattre à la bataille de. llégille *, quoiqu’alors il dut être âgé de plus de cent ans. Tite-Live les a suivis en ceci et en tout le reste, et a copié fidèlement toutes leurs fautes.

Il est surprenant que, parmi ce grand nombre d’historiens que Rome a produits pendant le sixième et le septième siècle, aucun d’eux ne se soit aperçu de la contradiction qu'il y avait de faire laisser des fils en bas âge à un vieillard plus qu’octogénaire, dont la femme en avait passé soixante et quinze; et qu’il n’y ait eu que Lucius Pison Frugi qui ait dit que les deux enfants mineurs que Tarquin laissa sous la tutelle de Servius étaient ses petits-fils. Il y en a cependant eu qui, s’étant aperçus delà difficulté qu'il y avait à les faire fils de Tarquin et de Tanaquil, ont tâché de ja

1. I.ivius, lib. Il, cap. xix. — Vid. Dion. Halicarn., lib. VI, p. 349. •

DE L'HISTOIRF. ROMAINE.

lever, en supposant que Tarquin avait épousé une seconde femme, nommée Géganie, de laquelle il avait eu les deux Tarquins qu'il laissa en bas âge. Denys dllalicarnasse réfute cela par une raison qui n’est pas tout à fait convaincante : c’est qu’en supposant cela, il faudrait aussi supposer que Tarquin l’Ancien a eu des enfants à l'âge de quatre-vingts ans : chose qui, cependant, n’est pas sans exemple. Ce qui réfute beaucoup mieux ce conte, c’est que les historiens conviennent généralement qucTanaquil vivait encore à sa mort , et que ce fut principalement ù son adresse que Servius fut redevable de la couronne.

C’est de Denys d'Halicarnasse que j’ai emprunté les principales raisons par lesquelles on réfute l'opinion que la plupart des historiens romains ont suivie dans la généalogie des Tarquins. Il me semble qu’on pourrait y en ajouter encore une, tirée des lois romaines, qui défendaient le mariage d’un oncle avec sa nièce. Car Servius ayant épousé, selon ces historiens, la sœur des Tarquins, leur fit épouser dans la suite les deux filles qu’il avait eues de ce mariage, qui, par- conséquent, étaient leurs nièces. Cependant tous les historiens conviennent qu'avant le règne de l’empereur Claude on n’avait point vu à Rome de pareils mariages, et que ces noces avaient toujours été regardées comme incestueuses.

Denys d’Halicarnasse, en relevant ces bévues des historiens romains, a montré qu’il avait du jugement; mais il n’a pas laissé de s'engager lui -même dans d’autres difficultés', en faisant ürutus fils de la tante de Tarquin le Superbe. Il n’est pas possible de le justifier là-dessus, puisqu'il tombe dans une contradiction pareille à celle qu’il vient de blâmer dans les autres historiens. Je renvoie au

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