SOCIÉTÉ DE DISCUSSION DE QUÉBEC
Séar :e de lundi dernier.
M. Berthe!ot lit la dissertation suivante :
Monsieur le président,
Nous lisons souvent dans nos journaux canadiens des observations et des discours très intéressants sur l’instruction primaire. Mais que reste-t-il de ces lectures ? J’oserai répondre, presque rien, à peine quelques idées claires, quelques pensées usuelles. Cela vient de ce que très peu d’individus ont des notions positives, et des plans pratiques à offrir au public sur cet intéressant sujet. Cependant nos lecteurs peuvent se rappeler, qu’en parlant d’instruction primaire, la plupart de nos bénévoles aviseurs, pour se tirer d’embarras, sans doute, en même temps que pour paraître s’y entendre un peu, ne manquent guère de nous parler de faire venir des inaftrés de l’extérieur, de faire l’achat d'une immense quantité de livres, et surtout de nous épouvanter par de très fortes demandes d'argent. Quant à moi, quime suis occupé depuis plusieurs années à répandre l’instruction primaire, à bon marché, parmi la classe la moins aisée de mes concitoyens, je me hasarderai aussi à dire quelque chose d’un plan d’éducation facile dans la pratique, sans pourtant être exempt de la crainte d’entreprendre au-delà de mes forces. Mais qu’il soit bien compris que je n’entends pas me mêler de ce qui concerne nos grandes institutions canadiennes. Je laisse à la sagesse de ceux qui les conduisent si bien, pour l’avantage et pour l’honneur du pays, le soin d’améliorer leurs cours d’étude, et d’étendre progressivement la sphère des connaissances utiles : la classe aisée de nos concitoyens peut y envoyer en toute confiance ses enfants ; et les riehes peuvent en outre envoyer les leurs aux plus célèbres universités de l’Europe.
Parlons d’abord des institcteurs que l’on veut faire venir de l’extérieur. Au premier aspect n’est-il pas étrange pcur ne pasdire inconcevable, et même ridicule, qu’un pays qui depuis plus d’un siècle possède des séminaires et des colléges, dont naguère milord Durham faisait l’éloge le plus pompeux, ne puisse pas fournir des maîtres d’école pour apprendre à lire, à écrire, et à cempter aux enfants du pays ; car c’est à peu près à quoi se borne ‘instruction primaire : sauf à y ajouter quelques notions de grammaire et une légère teinture d‘histcire et de géographie, quand les circcnstances le permettent. Encore faut il mettre quelque réserve sur ces deux derniers points ; car de bonne foi, convenons que ce n‘est que pour flatter les parents des élèves, et pour jeter de la poudre aux yeux du public que, dans nos écolcs, on fait réciter aux enfants quelques passages sur l‘histoire et sur la géographie ; qu‘cn teur fait faire un peu de musique ; et qu‘on leur fait jouer quelques petites pièces de théâtre ; sans scnger que tout ce que l‘cn gagne en superficie, on le perd en profondeur ; qu‘il ne faut pas trop sacrifier l‘utile pour l‘agréable,
Si l‘on réfléchit un peu à ces instituteurs que l'on veut faire venir de létranger, on n‘est pas longtemps sans s‘apercevoir, que non seulement c‘est un déshonneur, mais aussi un grand désavantage pour la population canadienne. Pour mieux faire apprécier cette pensée, jetons un coup d‘œil sur la science en général, et sur les méthodes, qui nous en ouvrent le plus facilement l‘entrée.
Sur le premier point, je commencerai par exposer lés nctions suivantes extraites des œuvres d’Aristote: ‘Ne connaissant les objets extérieurs que par nos sens, et ne pouvant, en conséquence, les distinguer que par leurs apparences, nous confendons souvent leur nature avec leurs qualités et leurs accidents. Quant aux ob. jets intellectuels, ils ne reveillent, dans le commun des esprits, que des lueurs sombres, que des images vagues et mobiles. La confusion augmente encore par cette quantité de mots équ-oques et mé étaphoriques dont les langues fourmillent, ct surtout par le grand nombre de termes universels, que nous employons souvent sans les entendre.
‘€ La méditation seule peut rapprocher des objets que ccite obscurité semble élcigner de nous. Aussi la seule différence qui se trouve entre un esprit éclairé et celui qui ne l’est pas, c’est que lun voit les choses @ une juste distance, et l'autre ne les voit que de loin.
“ Heureusement les hommes n’ont besoin que d’une certaine analogie dans les idées, d’une certaine approximation dans le langage, pour satisfaire aux devoirs de la société. En changeant leurs idées, les esprits justes trafiquent avec une bonne monnaie, dont souvent ils ne connaissent pas le titre ; les autres avec de fausses espèces, qui n’en sont pas moins bien reçues dans le commerce.”
—{£Exrat du voyage d'Anacharcis, chap. 57].
Suivant Locke, qui est venu vingt siècles après Aristote, et qui souvent me paraît le copier sans le citer, les hommes ne sont guère faits pour connaître les essences des substances; ils n’en connaissent pour ainsidire, que lécorce: d’où nous pouvens conclure qu’une certitude générale ne peut avoir de fondement que dans nos idées : ce qui fait perdre toute espérance d’avoir jamais des idées certaines, des essences reelles des substances ; et force Locke de leur substituer les essences nominales. C’est de ces essences nominales que proviennent les diverses langues, et les difficultés que l’on éprouve enles étudiant. Ces notions puisées dans les œuvres de ces deux hommes célébres, sufflsent pour nous donner une idée des obstacles qui s’offrent, en entrant dans les premières avenues de la science. Les hommes sont encore aujourd’hui ce qu'ils étaient du temps d’Aristote et de celui de Locke ; et les mêmes difficultés subsistent encore. Voyons maintenant les moyens que nous avons pour les surmonter.
Je commencerai par dire que, quelque soit la méthode dont on fasse usage, et quelque soit l’objet sur lequel on veuille s’instruire, le grand point est d’avoir le courage de travailler. Sous ce rapport rien n‘est plus vrai que le proverbe : ce n’est qu'en forgeant que l’on devient forgeron ; pour exprimer que le travail surmonte
tous les obstacles ; qu‘on devient habile a force de s‘exercer a quelque chose. Ce proverbe est d‘une vérité d‘autant plrs sensible,
ue ce sont réellement les enfants de nos cultivateurs et de nos artisans qui réussissent le mieux en ce pays. La raison en est évidente, ici peut-être plus qu'ailleurs ; les enfants de parents qui ont quelque aisance sont sans cesse obsédés des mots: {on perce est riche, toi,tu n‘us pas besoin de travailler. Ces jeunes gens trop souvent sont victimes de ces propos insensés. Leur répugnance pour le travail, qu‘ils ne peuvent surmonter, faute d‘y être habitués dès leur enfance, leur vanité et leur amour du luxe, qui leur persuadent qu'ils sont des êtres supérieurs ; ct enfin tous les pernicieux plaisirs qui ordinairement perdent la jeunesse, ne leur laissent que es tristes regrets de se voir ruinés sans ressource : au lieu que ceux qui ne comptent pas sur la fortune de leurs parents, sont généralement plus portés au travail, et à tenir une conduite plus raisonnable, sources natureiles de succès.
C‘est beaucoup d‘avcir l‘amour ct l‘habitude du travail, mais si les bonnes méthodes les secondent, les probabilités de succès scnt plus grandes. Depuis assez lcngtemps les savants sont d‘acccrd que les méthodes analytiques sont les plus avantageuses, et pour découvrir la vérité, et pour la démontrer aux autres. L'analyse consiste à décomposer un tout, cu à en séparer les parties principales pour mieux les apprécier en les chservant ‘soigneusement les uns après les autres. A quoi, j‘aj.utcrai, en faisant usage de la lumineuse expression d‘Aristote, que ncus vencns Ge rapporter, que c‘est placer les choses à une juste distance pour mieux les voir. Notre organisation nous force d‘employer ce moyen. En effet, voulez-vous connaître la largeur d‘une terre, cu la longueur d‘un chemin, vous faites usage de la perche, cu vous comptez vcs pas. Une jeune couturière, pour apprendre comment faire une rcle d‘une nouvelle mcde, en examine successivement toutes les parties, d‘après lesquelles souvent elle découpe des patrons ; et acccmplit scn dessein: c‘est ainsi que l‘on fait souvent de l‘analyse sans y penser. Voulez-vous juger de la bonté d‘une planche, dfune pierre, n‘en parcourez-vous pas de l‘œil chaque partie l‘une après l'autre ? Voulez-vous apprécier un aligrement, pointer un cancn, une longue vue, juger si l‘cn a chservé la perspective dans un tableau, par une espèce d‘instinct, vous ne faites usage que d‘un seul œil : c‘est que ncus scmmes crganisés de manière à ne pouvoir rien cbserver qu‘un point à la fois: c‘est que la centemplation d‘un tout, sans l‘examen successif de de toutes ses parties ne laisse dans l‘esprit qu‘une impression vagve et ccnfuse. Enfin, on peut se figures les pensées et les disccurs qui les expriment ccmme un courant continu d‘idées et de sentiments représentés par des mcts, qui se succédent les uns aux autres. Eh! lire n'est-ce pas parccurir successivement tous les pcints que l‘esprit peut apprécier, savcir les lettres, les syllabes, les mots et les phrases, qui fcrmenit l'écrit dent on fait la lecture. L’esprit n'opère denc qu’en passant successivement sur divers points. D’cù naissent les règles de l’unité, dont les belles lettres et les beaux arts fcnt tant de cas ? n’est-ce pas de
cette disposition de l'esprit à placer les eh:sces de la maniëre : plus favorable au désir qu'il a de les contempler et de les juger ? parce que dans la contemplation du beau idéal, Pesprit veut se débarasser de tous les obstacles inutiles qui lempêchent de jouir distincteinent et entièrement de la chose qui provoque son attention. Enfin,chaque science a s9n espèce d’analyse selon la nature de ses bespins : la grammaire, la logique, la chimie, le s mathématiques, ont chacune la leur ; et sous ce rapport il faut dire que c'est la grammaire qui a fait le moins de progrès 3 mais en même temps nous devons ajouter que l’histoire nous apprend que caez les peuples civilisés, cette branche des connaissances humaines, a toujours été la dernière à se perfectionner.
Les savants remarquent que depuis Galilée et Bacon, à quelques exceptions près, les sciences naturelles, de systématiques et synthétiques qu ‘elles étaient, sont devenues théoriques et analytiques ; et que cfest à cet heureux changement dans leur marche, que nous devons tous les progrès aussi utiles qu‘admirables qu‘elles ent faits depuis ces grands h5mmes. Dumarsais, dont l‘opinion doit être de quelque poids sur cette matière, disait que % la méthcde analytique est la vraie méth5de d‘éuscigner, et que celle qu'en apypeile synthétique, ou de dôctrine, qui commence par les principes, n'est benne que pour ricttre de Fordre dans ce qu‘on sait déjà...” Mais, par inalheur pour la science, ce savant était sur la fin ss sa Carriére lorsqu'il s‘est exprimé ainsi.
Li y a longtemps que l’on a observé qu‘un excellent moyen de se D rfectionner dans les science, est celui de les cnscigner soi-même aux autres. Cest qu’en ce cas on est forcé de revenir sur les principes fondamentaux, et de les examiner dans tous leurs dét lails, t sous touts les différents points des vue possibles ; ce qui revient à lfanalyse. L‘excellence de Fenseignement mutuel vient de ce que les élèves ont tous les avantage qui résultent d‘enseigner aux autres. Par ce moyen l'on excite l’amour propre, ou plutôt Pémulation des enfants par le désir de surpasser leurs condisciples, ct, peut-être cncorc plus par la one d'une mi ortifiante infériorité, et Pon décuple leur attention: eh! qui n’a pas remarqué que le point le plus important et aussi le plus difllcile, en fait d’instructicu, est de rendre les élèves attentifs.
Je crois qu’il n’en faut pas plus pour prouver la nécessité qu’il y a pour les Canadiens-français de se livrer à l’enseignement, que c’est le seul moyen de les rendre capables dan s toutes les branches des connaissances utiles. Je dirai en outre que les Canadiens-
f'ançais ont autant d‘aptitude peur les sciences que les individus de toute autre nation : ils en ont donné déjà assez de preuves. Ilest vrai qu'ils n‘cnt pas eu lfoccasion de donner un très grand développement à leurs talents cn tous les genres: mais cela est dû en partie aux circonstances défav crables dans lesquelles ils se trouvent et surtout à des vues tr2p étroites et égcistes de ceux qui jadis réglaient leurs destinées dans un temps où les Canadiens n‘exerçaient aucun contrôle sur lurs intérêts politiques. En un motsous un certain rapport, ils s:nt à peu près au même pcint où en étaient les
Français Isrsque, scus leurs anciens rois, cn disait que la France ne produisait point de généraux. Nous savons bien pourtant cenibien la révolution française a fait mentirle proverbe, Ceux qui re sentent pas limportance de ses chservations, cu quis‘en (flenscraient, ne peuvent être que des ennemis Ces progres de n°s ccmpatriotes. Pour moi qui suis ecnvaincu que ce seut les cirecnstances, qui font les hommes, je ercis que mes cémpatrictes peuvent réussir eu tous les geures tout aussi bien que les individus des autres naticns.
Après avoir mentré la nécessité et Putilité des méthcdes aralytiques, je vais dire ecrmament je m°y prends pour donner à bon marché une instruction primaire aux enfants de mes cempatrictes qui appartiennent à la classe la moins «isée,
Je prends nos petites écoles canadienres, telles qu'elles sert. En général on y enscigne à lire, à écrire, et à ecmpter. Quard les enfants savent lire couramment, et écrire, cu plutôt ecpier lisiblement, alcrs suivant ma méth£de, cn peut leur denner les greiières notions de lagremmuire qui est réputée la base la plus sclide de toute instructicn. Ces ncticns sont ccntenues en trente six réponses à autant de questions. Ces trente-six questicns cnt pour cbjets deux choses différentes : Pure est Panalyse éncnciative, communément connue scus le nom d'analyse grammalicale 3 ct l'autre est l’analyse constructive, généralement appelée «analyse logique Dès queles élèves savent bien par cœur les répenses aux 11 premières auestoins, ainsi que les conjugaisens des verbes avoir ctetre, d'abcrd, auxquels en ajoute celles des verbes donner et moquer, on les exerce à reconnaitre, dans les livres qu’ils lisent, Ics différentes parties du discours ; c'est ce que, d’après les principes de Pabbé Girard, j'appile fañc Punalyse encnciative ; et que d’autres appelent fuire les parties du discours, et d'autres l'analyse granmaticale. En peu de mceis, et même de semaince, les cnfants sont au fait de cette premiere espèce d’analyte.
Quand les élèves savent bien distinguer les partics d'creisce, et les quatre ccnjugaiscns dont nous vencns de parler, cn peut alcrs les faire passer à l’étude de L‘analyse ccnstructive. Les élèves font en peu de temps des pregrès étennants, peur ccux quine ecr.naissent que les anciennes méthcdes. La raiscn en est, que lesprit cn fait d’expression de la pensée, precède par les parties r nstructives de la phrase, vulguirement appelees logiques ; ce qui s’appergait par le plaisir que lesenfants cnt à faire Panalyse ccnstructisc; ce qui vient, suivant mci, de ce que lPanalyse énonciative, dit pou ee chose à l’esprit.
Les meilleures méthcdes doivent être courtes et faciles, pour ioitcr la nature qui fait tcut par les moyens les plus simples; et aussi parce que, généralement parlant, l’homme est plutôt fait pour l’action que pour la méditation : ce qui ne contredit point le prceverbe, en forgeant on devient forgeron ; c’est pourquoi je m'’attache beaucoup à la pratique.
J’ai dit que depuis plusieurs années je m'eccupe à répandre Pinstruction primaire à ben marché. Peur micux me faire cemprendre, je dois cemmencer par dire, qu'en 1840, j'avais ccmpcsé
un essai de grammaire française suivant les principes de l'abbé Girard. Mais cet ouvrage n’était pas nssez étendu et explicite sur les analyses grammaticales, par lesquelles je voulais commencer l‘instruction primaire. En 1843, je fis donc un extrait de cet essai de grammaire sous se tittre d’essai d‘analyses grammaticales. Dans cet extrait, je d:nne des exemples des deux espèces d‘analyses grammaticales. Pour familiariser les élèves avec (‘analyse énonciative, je fis usage d‘un petit ouvrage que Αon trouve partout à bon marché, et entre autre chez M. Neilson, sous le titre de nouvelle methode pour apprendre a bien lire. Dans cet ouvrage on trouve des leçons sur la fable et sur les sujets religieux, proportionnées aux facultés intellectuelles de l‘enfance. Afin de faciliter quelques instituteurs, je leur donnai des exemplaires de ce petit ouvrage, dans lesquels javais mis mes signes de l‘analyse énonciative sur chacun des mots ccntenus en ces leçons. L‘été dernier, en voyageant, je m‘assurai par moimême que l‘écule de Kamouraska avait parfaitement bien réussi à mettre ma méthcue en pratique. J‘appris en même temps que le collége de Ste. Anne avait adcpté ma méthode d‘analyses grammaticales, et qu'elle y avait eu un plein succès ; ce qui n‘est pas difficile à croire quand on connaît la capacité des Messieurs qui dirigent cette institution. Quant à i‘école de Kamouraska, j‘observerai que j‘y avais envoyé un exemplaire de cette Nouvelle Methode, dans lequel les mots des lecons sont accompagnés de mes signes d’analyse énonciatifs: et c‘est en partie à cette précaution que j‘attribue le succès brillant de ma nouvelle méthode, en cet endroit.
C‘est d‘après toutes ces considérations que je me détermine à publier une nouvelle édition de mes analyses grammaticales, auxquelles j‘ajouterai, pour exemples, les legcns de la Nouvelle Methode, accompagnées de mes signes de l‘analsye éncnciative. Par ce moyen, les instituteurs les moins versés dans l‘étude de la grammaire, pourront en peu de temps se familiariser avec les parties d’oraison, tout simplement en enseignant l‘analyse éncnciative à leurs élèves, qui n‘aurent, eux, que des exemplaires de cette Nouvelle Methode sans signes analytiques. J‘ajcuterai aussi à mes analyses grammaticales les dix règles de la constructicn. Ces dix règles contiennent réeliement les principes fondamentaux de la syntaxe. ÏIl cst aussi bien entendu que les instituteurs après avoir familiarisé leurs élèves avec tcus les exemples ccntenus en mes analyses, doivent en fournir d‘autres, scit de leurs propres fcnds, soit de leurs lectures: sur ce dernier point ils ne sauraient mieux faire que de s‘adresser à leurs excellents curés.
Suivant ma méthcde, les élèves dcivent empcrter chez eux les exemples que les instituteurs leur donnent en fait de grammaire, de règles d’arithmétique et en tout autre genre, et les copier au net dans des cahiers séparés suivant la nature des matières. (C’est une de mes manières de dc ner l’éducaticn à bcn marché. J’ajoute à cela un choix de petits ouvrages propres à denner du gcût à la jeunesse pour la lecture, tels sont entre autres ceux de l’abbé Shmiaä, et de l’abbé Hagelsperger, dont linstituteur pourrait se former une petite biblicthèque dans laquelle il chcisirait les vclumes
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qu'il préterait a ceux de ses éleves qui ont du goût pour la lecture, et oussi dont il ferait faire usage en classe pour quelques lccturcs en ccmmun.
Parce moyen cn évitcrait le repreche plus cu moins bien fondé qu certaines personnes ne se plaisent qu'à trouver un prétexte de faire fairç des dépenses scuvent très inutiles, et cela par des vues sordides. Qu'y a-t-il de plus beau de plus noble pour Finstituteur que de n'être guidé que par lamour de son état, que par Île désir d'être utile à ses semblables en répendant les bienfaits de l'instruction par les moyens les plus prempts et les moins dispendieux.
Entre toutes les choses que j'avais à dire, ct sur lesquelles les bornes qne je me suis prescrites ne me permettent pas dem'éterdre, je me contenterai de vous présenter quelques unes de celles qui sont si évidentes par elles-mèmes, qu'elles n’ont bescin pour ainsi dire que d’être offertes, pour être démontrées. Par exemple je voulais signaler à messicnrs les cemmissaires qui doivent avoir la surveillance de nos écoles en vertu de la nouvelle loi passée pendant la dernière session de notre Parlement Provincial, les avantages qni résulteraient pour les branches de l’instrueticn primaire, si les histituteurs de ces écoles enseignaient l'englais, et habituaient leurs élèves à se servir de dictionnaires pour les deux langues, Jar rais voulu entrer dans quelques détails sur Ja différence qui existe entre Panglais et le français qnant aux difficultés grammaticales ; j'aurais voulu démentrer que dans Pétude du français, la ecnraissance approfondie du genre et An nombre de Particle, du substantif, de Padjectif et du participe en certains cas, est presqne aussi diflicile, pour chacunes de ces parties du discours en particulicr, que la ccnnaissance de toutes les règles de la syntaxe anglaise. J’aurais voulu démoutrer que sous le point de vue des intérêts pécuniuires, lcs anglaîs cnt sur nous un avantage qui résulte de ce que leur langue est beauccup plus facile que la nôtre, et arsei de ce que leur éducation tend plus vers le pcsitifet vers l'utilité pratique que la nôtre. Je ne puis m'empêcher d’avouer que nctre habitude de nous livrer, à Pétude des langues et de histcire des Grecs et des Romains, ne nous donne une trop fcrte dispesiticn pour Ja vie contemplative, et ne nous rende beaucoup moins propres à la vie active : quoique cette dernière soit ponrtant nécessaire afin de nous maintenir en une pesiticn hencrable dans l'échelle de la civilisation. Jfaurais aussi voulu prouver que de toutes les sciences créés pour les besoins de Mhcmme, la granmaire de sa laugue maternelle est celle par laquelle en deit ecmmencer ; parce que c‘est celle dent la nature faitles principaux frais, et que c‘cst la clé de toutes les connaissences dent cn à bescin.
Ainsi après avoir prouvé ccmbien le travail est nécessaire dans tcutes nos entreprises : après avoir démentré que c‘est cnccre plus par la grande pratique que par de nembreux principes que l‘en réussit en tout : après avoir également fait voir, d‘aprés notre crganisatiou, combien les méthcdes unalytiques sont avantageuses dans instruction primaire ; et que c’est naturellement par letude de sa langue maternelle que Ion doit ecminencer à instruire la jeu-
nesse, et combien ma méthode est peu dispendieuse ; je terminerai cette dissertation par attirer plus particulièrement votre attention, sur quelques unes des observations que j‘ai faites, et sur quelques remarques particulières qui s‘v rattachent essentiellement. J‘observerai d‘abord que les notions gaammaticales que j‘enseigne, sont comprises, à peu de choses près, en 36 réponses à autant de questions, qui offrent dans la pratique les résultats les plus prodigieux, puisqu'elles suffisent à l‘infini pour expliquer toutes les
phrasesgue l‘on rencontre ; et de plus qu‘elles sont également applicablés aux capacités de l‘enfance, et aux degrés les plus élevés de la rarure : ce que l‘on ne peut certainement pas dire de ces
anciennes méthodes grammaticales que Ifcn donne successivement à la jeunesse, sans oser répondre ni de la bonté, ni de la suffisance d‘aucunes d'elles. Cf‘est qu‘en effet, nulle de ces grammaires usuelles ne donne, ni une définition exacte de la proposition et de son attribut, ni du verbe qui joue toujours le rôle le plus distingné dans le discours: ce qui fait que toutes ces anciennes méthodes ne yeuvent donner que des notions très imparfaites des analyses grammaticales : dans le fait elles n‘en donnent que de vaines tentatives. Les trois volumes in-quarto de l‘encyclopidie méthcdique cù Beauzée, d'après l‘espoir décfu de Fromant, devait éclipser la gloire de Girard, ne peuvent soutenir les anciennes méthcdes ; on trouve dans cet cbscur fatras encyclopédique le pour et le centre ; et en dépit du hargneux et jaloux Fromant,un des Zcîles de l‘immortel Girard, on pille toujcurs la grammaire de ce dernier, et ces trois in quarto, sont à peine consultés. Qu‘il me suffise de dire qu‘avec ma méthode, au lieu de faire apprendre par cœur tant de choses inutiles aux élèves, on peut les instruire, sans pour ainsi dire qu‘ls s‘en doutent, en leur faisant analyser les passages les plus utiles et les plus agréables de la poésie, de la morale, et de l‘histoire. Bien entendu qu‘il ne s‘agit ici que d‘éccles modèles, et d‘institutions qui prétendent à nne certaine supéricrité. On a beau méditer, travailler ; on ne peut se faire illusion ; les imperfecticns des anciennes méthodes grammaticales scnt les plus grands obstacles qui s’opposent aux progrès de l‘instruction primaire. Tout le monde convient de cela ; mais on suit toujours l‘ancienne routine. Ces vieilles routines forment à peine un élève sur dix, au lieu que des méthodes rationnelles, établiraient, à jeu près, légalité "dans les chances de succès, mais l‘homme est tellement l‘enfant de l‘habitude et de la routine, qu'il jette la pierre à tous ceux qui sortent du sentier battu pour en prendre un meiieur.
Je crois avoir suffisamment prouvé de quelle importance il est pour le pays d‘encourager nos compatriotes à se livrer à l‘enseignement. Sans rien dire contre les étrangers auxquels nous pouvons avoir quelque obligation sous ce rapport, j‘observerai que si l‘on eut songé plutôt à faire ce que je propose”aujourdfhui, et que beaucoup d'autres ont écrit et publié avant moi, le pays aurait déjà fait de grands progrès ; au lieu que nous inanquons pour ainsi dire de bonnes écoles primaires, en même temps que nous avons des c'iléges renommés, Ncus devrions donc dès à présent encourager ls jeunes
Cana seign sons, vant traitu eux, !
contr gner | vienr vent:
teurs circo vaille ment autre les el com natu ne 80 cour!
sufñr prop mais nos
uen
esa tion leurs élém
inérai ntion, siques
> j‘enà aus plus es les nt apélevés de ces ement sance maires et de stingné Daes ne sgramatives.
Beaugloire à trouve et en mortel trois in vec ma es inu— > qu'ils itiles et . Bien itutions néditer, des ancles qui monde e. Ces que des dans les » lhabitent du
e il est nseignens avoir ut songé d‘autres
grands
bonnes éges res jeunes
Canadiens qui ont des dispositions pour l‘étude, à se livrer à l‘enseignement, où à prendre l‘état de maître d‘école. Une des raisons, qui, sans doute, les en a empêchés jusqu‘à ce jour, est, suivant moi la mesquinerie avec laquelle on les a remunérés. Nous traitons mieux les étrangers, nous sommes parfois prodigues ponr eux, nous leur bâtirons bientôt des palais ; pour nos compatriotes au contraire nous sommes avares, mesquins, nous ne leur faisons gagner leur pain qu‘à la sueur de leurs fronts. Les étrangers qui viennent en ce pays pour conduire nos éco'es primaires, et qui souvent auraient besoin eux-mêmes d‘étudier sous nos propres instituteurs, peuvent facilement réussir ; parce qu’ilssont placés dans la circonstance la plus favorable pour apprendre, savoir celle de travailler à instruire les autres. Par ce moyen ils profitent doublement : d’abordils sont bien payés pour s’instruire en instruisant les autres, et en outreils éloignent de la profession de maître d’école les enfants du sol, lesquels certaines ee se plaisent à représenter comme étant essentiellement incapablesde toute occupatiou de cette nature. Pauvres colons ! tel sera toujours notre sort tant que nous ne sortirons pas de notre indifférence, tant que nousneïerons pas de courageux efforts pour nous instruire par nous-mêmes, pour nous suffire à nous-même autant que possible, pour diriger nous mêmes nos propres affaires. Allons s’il le faut nous instruire chez l'étranger, mais que ce soit pour revenir apporter de nouvelles lumières parmi nos compatriotes. Nous ne saurions donc trop encourager le zèle que montrent plusieursde nos instituteurs canadiens pour former
les associations canadiennes afin de créer une plus grande émulation entre eux, et aussi afin de se commuuiquer réciproquement leurs observaticns etleurs expériences dans l’art de l’enseignement élémentaire.