‹ Dissertation sur l'utilité des fricitions, ou méthode prophylactique por conserver la santéChapitre 1 sur 1 · Dissertation sur l'utilité des fricitions, ou méthode prophylactique por conserver la santé · texte numérisé non relu

Dissertation sur l'utilité des fricitions, ou méthode prophylactique por conserver la santé

jP erfectionner de jour en jour dans les arts , comme dans les sciences médicales, telle est la prérogative inhérente à l’époque actuelle ; telle est aussi la source des découvertes utiles à l’humanité. La soumission du raisonnement à l’observation , fait le caractère de la science moderne. Jusqu’à ce jour , l’emploi des frictions , cette branche importante de l’art de guérir, semble avoir été négligé. Un très-petit nombre de médecins habiles avoit employé ce mode de préservation ou de curation. Les anciens faisaient un usage assez fréquent des frictions. Elles furent recommandées par Asclépiade, qui faisoit dépendre la conservation de la santé de la juste proportion des pores avec les corpuscules auxquels ils doivent livrer passage. Celse dit qu’il fut l’inventeur de celte pratique.

On trouve le passage suivant dans le livre d’Hippocrate : De articulis mulLarum rerum peritum esse mçdicum expedib et non minus frictionis. Ce père de la médecine employa plusieurs fois les frictions médicamenteuses , dans le traitement des maladies des femmes, surtout pour irriter la menstruation trop languissante.

L’utilité des frictions, comme moyen prophylactique, laisse entrevoir tout l’avantage qu’on peut en retirer dans le traitement de quelques maladies. Du tems de Galien , on les employoit contre les fièvres intermittentes. Un de leurs prin-

cipaux effets est de rompre le spasme et la concentration des forces sur l'épigastre.

L’étude approfondie de la structure, des fonctions, des propriétés vitales et des sympathies de la peau , apprend combien elle est favorable à la méthode iatraleptique : le système cutané est un tissu vasculaire et réticulaire dans lequel tous les 'nerfs viennent s’épanouir , il entretient des relations multipliées avec les autres systèmes de l’économie vivante ‘9 cette perméabilité de la peau est extrême ; si l'on étudie ses propriétés vitales, on la voit jouir de la sensibilité la plus exquise.

Chaque point de la surface , dit le docteur Alibert (O, a , pour ainsi dire , son mode de plaisir et de douleur; les maladies les plus varices sont le résultat de l'exaltation excessive ou de la prostration extrême de ses forces vitales. Mais quel est le pathologiste que ses nombreuses connexions sympathiques avec les organes intérieurs n’ont pas frappé ? U est démontré qu’il existe une analogie, une connexion sympathique entre les organes internes et ceux de l’épiderme. Mascagni écrivoit à l’illustre professeur Desgenettes : Les innombrables éminences qui sont à la surface de nos corps , sont couvertes des bouches béantes des vaisseaux absorlans les plus déliés, qui forment d’abord le tissu de l'épiderme , ensuite les réseaux , puis les branches , enfin les troncs majeurs. Les plans intérieurs com muniquent avec les extérieurs , ainsi toutes les parties correspondent avec la peau.... Quand les médicamens seront introduits par cette voie dans le torrent de la circulation , ils produiront certainement de très-grands effets. Nous avons donc lieu d'espérer maintenant qu'on pourra faire les applications les plus heureuses de lu connaissance du système absorbant à la pratique de la médecine dont les progrès doivent être le but de nos travaux comme l'objet de nos désirs.

Nous savons que les médicamens employés en frictions agissent tantôt par absorption , tantôt par sympathie, peutêtre en même teins, par ces deux modes.

Lorsque des scrutateurs infatigables des secrets de la nature enrichirent l’art de guérir, dans le commencement de ce siècle, d'un grand nombre de faits nouveaux, les médecins

(1) Ce savant médecin, dans sa pratique éclairée et dans sou grand ou vra^e sur les maladies de Ja peau, apprécieavec un juste discernement les frictions spiritucuscs à l’extérieur.

fit beaucoup d’expériences sur le suc gastrique, et lui attribua de grandes propriétés médicales. Baüerini , Salrnon , Botta, lourdes, confirmèrent, par leurs expériences, les effets de eette méthode , et MM. Alibert , Pinel et Duméril, chargés de les répéter, reconnurent l’action purgative, diurétique et fébrifuge de plusieurs médicamens appliqués à l'extérieur.

Personne n’a fait autant d’expériences sur les propriétés des frictions médicamenteuses que le docteur Chrestien de Montpellier. Il les a opposées à un grand nombre de maladies, et presque toujours , dit -il, avec le plus grand succès. Barthez lui écrivoit : je me trouve de plus en plus confirmé dans mon opinion , sur l’utilité singulière que votre méthode doit avoir dans plusieurs cas difficiles, où les remèdes internes n’ont pas de succès, ou ne réussissent qu’iruparfaitement.

Ce célèbre médecin de Montpellier a obtenu , dit-il, des effets admirables d’une Essence antispasmodique, chez une jeune fille atteinte d’une fièvre pernicieuse, liée à une suppression des menstrues. Les émétiques, les purgatifs, les toniques, donnés avec libéralité exaspérèrent à un tel point les symptômes ataxiques, unis à ceux d’une prostration extrême, que M Chrestien désespéroit presque de la malade; mais des frictions avec cette Essence , sur la partie interne des cuisses, sur l’abdomen , rappellèrent le llux périodique, et guérirent la fièvre très rapidement.

Les frictions ont été souvent utiles pour les rhumatismes, elles calment les douleurs, rétablissent la transpiration , modèrent la violence des attaques, écartent l’insomnie, régularisent la circulation, dégagent les articulations, et augmentent la chaleur générale.

Les hypocondriaques, les mé'ancoliques se portent mieux, en usant de frictions qui leur rendent l’hilarité si utile à la santé, en fortifiant le tissu des organes.

Le docteur Cotterel, membre de notre bureau de Consultations médicales , a observé que M . âgé de cinquante

quatre ans, d’un tempérament bilieux, qui éprouvoit depuis long terris de fréquentes attaques de lumbago, compliqué de rétention d’urine, et qui développoit les symptômes les plus graves, le malade étoit atteint depuis long-tems d’une douleur sciatique qui avoit causé la claudication. Lorsque ce médecin fut appelé auprès de lui , celui-ci ressentoit le long du rachis une douleur vive qui se propageoit dans la cavité abdominale

et se faisoit senlir surfout dans la région de la vessie. L’abdornen éfoit douloureux, les urines ne couloient que goutte à goutte, un vomissement violent avoit lieu, le pouls étoit foible, le visage décomposé, les yeux avoient perdu leur éclat, la douleur avoit disparu des extrémités, divers antispasmodiques à l’intérieur, les émolliens sur le ventre n'eurent «aucun effet. Le vomissement cessa, mais fut remplacé par un hoquet insupportable Le gonflement de l’abdomen étoit joint à une sensibilité extrême. Ce médecin fit frictionner pendant la nuit, avec une dose suffisante de l’Essence dont nous allons parler , mêlée avec une eau savonneuse chaude, l’abdomen et la partie interne des cuisses, en employant à chaque heure une once de la liqueur. Peu de tems après la première friction, les urines coulèrent avec plus de facilité et la douleur fut moins vive. Deux nouvelles frictions augmentèrent beaucoup cette amélioration , et le malade dormit après la quatrième; les frictions discontinuées pendant quelque tems, furent reprises, et faites de trois heures en trois heures. Bientôt le malade fut délivré de tous ses maux.

Plusieurs observations prouvent que dçs céphalalgies violentes, des sciatiques rébelles, des douleurs rhumatismales opiniâtres , situées en differentes parties du corps, ont été guéries par les frictions sur la peau avec cette même Essence. Ses effets ont été manifestes et ne peuvent être révoqués en doute dans une affection cardialgique qu’éprouvoit un jeune homme île trente ans d’un tempérament bilieux, qui éprouvoit depuis vingt jours une cardialgie qui lui laissoit peu de rnornens exempts de souffrances j la même Essence n’a pas eu moins de succès dans une maladie nerveuse convulsive avec perle de connoissance. Une demoiselle de vingt-deux ans, d’un tempérament pléthorique, d’une constitution forte, est atteinte d’une maladie nerveuse qui présente quelque analogie avec l’épilepsie, et liée avec une irrégularité très-ancienne des menstrues , causée par une vive frayeur# Des frictions avec cette Essence rétablissent le calme dans le système nerveux. De nouvelles affections morales rappellent la maladie, et le même traitement réussit encore en stimulant les appareils organiques.

Nous avons fait cesser, par ces frictions antispasmodiques , une ischurie sympathique. Une dame d’environ cinquante ans, arrivée à l’époque critique, d'un tempérament lymphatique bilieux, ayant le système nerveux d’une sensibilité extraordinaire éprouva uue strangurie dans le cours d’une maladie

gastrique; des frictions furent faites à la partie interne de chaque cuisse, deux suffirent pour enlever toute sensation douloureuse. Les mêmes frictions sur le bas-ventre ont fait cesser plusieurs fois des coliques qui avoient résisté aux re* mèdes internes appropriés en pareil cas. L’hypocondrie et la mélancolie ont disparu.

La méthode iatraleptique offre des ressources très-variées aux praticiens ; c'est une terre encore peu défrichée et qui promet les plus beaux fruits. Ce sont les faits qui enrichissent la science, et ceux que nous avons recueillis sur les frictions , présentent un grand intérêt. Nous promettons de les consigner dans un ouvrage ex professo sur cette matière.

Cette méthode , branche essentielle de la thérapeutique, réussit souvent entre des mains habiles. L'estomac de beaucoup de malades se familiarise tellement avec les inédicamens , que les plus énergiques d’entre eux perdent toute leur action ; alors les frictions les remplacent avec beaucoup d'avantage. Certaines idiosyncrasies défendent l’usage intérieur de quelques inédicamens ; ainsi on a vu des individus ne pouvoir supporter l’opium, à la plus foible dose, et cependant ce narcotique, employé à l’extérieur , produisoit chez eux les meilleurs effets. Les frictions médicamenteuses, méritent la préférence sur les méthodes ordinaires dans la plupart des maladies des systèmes lymphatique et cellulaire. Cette méthode a ajouté au domaine de la thérapeutique ; elle a obtenu, dans plusieurs cas, des succès non contestés , elle en promet beaucoup, et les médecins qui ont soutenu sa cause, la plupart avec autant de talent que de zèle, sont dignes des plus grands éloges. Le célèbre Corvisart a employé souvent avec le plus grand succès la percussion frictionnante pour soulager les maladies organiques du cœur et de la poitrine ; ce praticien recommandable en a fait usage dans les engorgemens du foie et des viscères du bas-ventre. Il les a employées pendant les convalescences pour tonifier les orcartes et relever les forces abattues. Cetle action tonique extérieure est souvent préférable y di- Soit-il , au vin de Bordeaux ou de Malaga, qui n’agissent dans ïeslomac que d'une manière sympathique sur l'organisme.

L’utilité des frictions, les indications importantes qu’elles remplissent, les fout considérer par les modernes comme une des ress^irces les plus précieuses de l’art de guérir. Tous les auteurs s’accordent à dire que l’emploi des frictions détermine dans l’écoiiomie animale un changement, accompagné

des plus agréables sensations, et dont difficilement on se feroit une idée. La peau devient plus douce et plus flexible, et ressent un bien-être qui donne à l’existence un charme tout nouveau. A la fatigue que l’on éprouvoit, succède un sentiment de légèreté qui rend propre à tous les exercices du corps ; les muscles rendus à leur contractibilité naturelle, agissent avec plus d’énergie et plus de facilité , on croiroit que le sang coule plus largement dans les vaisseaux qui le contiennent , les forces physiques éprouvent des changemens salutaires ; les fonctions du cerveau , qui sont si souvent modifiées par celles-ci, présentent bientôt un surcroît d’activité remarquable ; l'imagination se développe, le tableau riant des plaisirs se retrace sous un jour plus voluptueux et sous des couleurs plus vives. Il y a augmentation de l’exhalation habituelle a la surface de la membrane éminemment vasculaire ou nerveuse, dont toutes nos parties sont revêtues. Ses effets ne sont pas moins remarquables sur les organes de la locomotion ; nous ne saurions douter que les maladies ne soient singulièrement modifiées par l'usage de cette Essence en frictions, puisque les fonctions de la vie peuvent l’être en état de santé.

Les Egyptiens, dit M. Larrey, emploient les frictions à lasuite des bains, contre quelques maladies externes; il ajoute qu’ils les opposent assez à propos aux phlegmasies ; les indigènes leur attribuent une foule de propriétés, comme de remédier aux maladies dans lesquelles les Jluides sont disposés à stagner. M. Petil-Iiadel lui donne le même usage, il les juge convenables dans lu leucophlegmalie et le rhumatisme.

Les auteurs de l’article Bain du Dictionnaire des sciences médicales, pensent même que l’usage de cette pratique est une des causes de l’absence de la goutte chez les Orientaux. La théorie nous conduiroit sans doute à penser qu’il pourroit parfaitement convenir dans les maladies qui ont leur siège dans des organes sur lesquels son influence est directe : ainsi les dartres, l’éléphantiasis des Grecs et des Arabes, les différons engorgemens chroniques de la peau et des tissus cellulaires subjacens, le rhumatrsme chronique, les contractions spasmodiques des muscles, et peut-être le tétanos, la paralysie qui n’a pas sa source dans une lésion cérébrale, la goutte, la faiblesse ou la roideur des articulations, la fausse ankilose, le rachitisme pourroient non-seulement être modifiés par les frictions , mais encore être guéris lorsque l’on choisiroit pour son emploi des circonstances opportunes.

En Angleterre et en Allemagne, les frictions sont plus usitées qu'en France ; on en fait usage avec succès pour réparer les fatigues d’un voyage sur terre et sur mer.

L’emploi de l’or en frictions, long-tems vanté par les alchimistes , sembloil oublié dans les derniers teins, lorsque le célèbre médecin de Montpellier, dont nous avons parlé, le docteur Chrestien, annonça qu’il avoit reconnu à ce métal, même dans son état de pureté, des propriétés médicamenteuses très- efficaces , et qu’il en avoit tiré grand parti contre des affections scrophuleuses et syphilitiques. Il a adressé à l’Institut , (Académie des Sciences) un travail volumineux, qui contient Thistoire des principales maladies qu’il a traitées. Les commissaires de cette compagnie ont fait , à leur tour, et d’après les méthodes indiquées, des expériences nombreuses, pour être en état d’en apprécier les vertus. Au moyen de frictions d'or ou de muriate triple d’or et de soude, faites sur la langue, ils sont parvenus à cicatriser des ulcères scrophuleux, à résoudre des engorgemens syphilitiques, à détruire en partie des exostoses, à arrêter des caries , à mettre fin à des douleurs ostéocopes insupportables , à dissiper d’anciennes ophtalmies, des maux de gorge opiniâtres , des dartres et d’autres éruptions qui avaient résisté à tous les autres remèdes.

Nous employons la teinture antispasmodique du docteur Chrestien de Montpellier que nous avons perfectionnée avec un déliquescent formé avec l’acide hydrochlorique , qui sert de base à l'Essence nervino tonique de Bestuchef , dont la recette fut un secret jusqu'à l’époque où l’impératrice de Russie, Catherine II, l’eut achetée cinq mille roubles. Klaproth, à qui l’ori doit la découverte de cette composition, ajoutoit à la solution de fer une certaine quantité d’acide nitrique. Le nouveau Codex de Paris édit, de 1818 en fait mention. On y a conservé le muriate de fer sublimé. On distille, en mêlant avec le double de son poids , d’éther acétique. On agite et on. laisse en digestion jusqu’à ce que l’éther ait acquis une belle couleur jaune d’or, on décante et l’on mêle avec le double du poids d’alcohol rectifié, de sorte qu’on peut l’appeler dissolution de chlorure de fer dans l’alcohol éthéré. Cette mixtion convient éminemment en frictions dafjs les maladies spasmodiques et asthéniques. *

Le résultat de nos observations est que dans les douleurs de dents et les fluxions, une fumigation avec une pinte d’eau

bouillante à laquelle on ajoutera un quart de flacon de cette Essence, produit un soulagement aussi prompt qu’inattendu , après avoir respiré la vapeur pendant quelques minutes, à i'aide d’un entonnoir , surtout en ajoutant un demi-gros de graines de jusquiahie à Peau bouillante.

Les personnes sédentaires ont suppléé au défaut d’exercice, en faisant frictionner la surface du corps le matin en se levant et le soir en se couchant, avec des mains humectées de cette Essence. Dans les congestions cérébrales, un bain de pieds très-chaud, dans une quantité d’eau salée, aiguisée avec un demi-flacon de cette Essence, a détourné l’irritation.

Dans les rhumes et même les catharres, il est utile d’en faire chauffer une quantité pure , et d’en frotter la plante des pieds, en les enveloppant avec des chaussons de laine ou de flanelle avant de se mettre au lit.

Nous avons remarqué que des compresses de coton, de flanelle eu de laine , arrosées decette Essence chaude , appliquées sur les douleurs rhumatismales, les soulageoit, en prévenant les accidens qui en sont la suite.

En versant un flacon de cetteEssence dans un bain même d’eaux minérales, et en se faisant frotter après , plusieurs individus ont été soulagés dans des maladies chroniques et nerveuses.

Plusieurs médecins et chirurgiens l’ont employée avec succès intérieurement, à la dose d’une cuillerée dans un verre d’eau sucrée; ils ont remarqué qu’elle s’opposoit aux glaires pituiteuses, qu’elle étoit stomachique, et débarrassoit des flatuosités, La dose de cette mixtion est de quatre cuillerées à café, plus ou moins , suivant l’âge.

Page 1