YIEDSSEUX PÈRE ET FILS , IMPR .-LIBRAIRES
LA SAINTE I^IBLE ,
EN BifiBEU 9 £ir GREC ET EN LATIN ,
Contenant f Ancien et le Nouveau Testament.
PoBLiéE PAA M. Fi.. DËCLUBE ,
PbOFESSE1T& de LITTB]yLT«BS 'GBSeQOE ET DE ïiA^TGUE HiBRAÏQlTE L l^kÇkSihsiS, DE TOULOUSE , MEMBRE DE L'ACADiMIE DES SCIENCES 9 INSCRIPTIONS ET BELLES-LETTRES DE ^Lk MÊmE VlLLS , ETC.
Quatre vol. in-8° , prix , i2o fr.
Cet ouvrage pourra se vendre séparémetUi
Eu hébreu seul (sans le nouveau testament) o. vol.m-8<» , 5o fr . — avec le nouveau testament grec-^Iatîn , 3 vol in-S® , 5o En grec et en latin , 2 vol. in-S*». . . . . . .4^
En grec seul , i vol. in-8®. . . v, ao
En latin seul , I vol. m-8*. ........ 20
On souscrit à Blois , chez Aucher-EW , imprimeur-libraireëditeur ; à Toulouse , chez Vieusseux , rère et Fils , et chez les principaux libraires du royaume.
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ESSIEURS y
Javais pendant 3o ans dirigé mes principales, études d'après cet adage :
Qui non Grœca simul junxit documenta Latinis , Non poterit docti nomen habere viri.
Mais depuis environ 6 mois la langue Latine me paraît bien jeune, la langue Grecque bien pauvre ; la langue Hébraïque elle-même voit son flambeau pâlir. J'entends crier de toute part :
Ceditc Romani scriptores , cedite Graii ; Nescio quid ma jus nascitur Iliade.
Quelle est donc cette merveille qui est venue ]>riller à mes yeux d'im éclat si subit? — Cesî;:
(6) Jk langue des Basques ; peuple singuLiei* , qui ^ faisant partie de la France , semble pourtant être en quelque manière séparé du reste de ce beau royaume , par ses mœurs et par son idiome. Placé dans une encoignure de l'Aquitaine, au pied des Pyrénées, il a conservé en grande partie les moeurs qui lui étaient propres , et le langage qu'il parlait dans des temps dont la date remonte à la plus haute antiquité.
Dans la dissertation que j'eus l'honneur de vous lire en février 1823 (*), sur les langues considérées principalement sous le rapport de leur filiation et de leur connexion; après les avoir rapportées toutes à trois branches principales qui devaient se rattacher au même tronc primitif, je vous disais , Messieurs , qu'un avocat de Tréguier , nommé Lebrigant , n'avait pas craint , dans ses élémens de la langue des bas-Bretons , qu'il désignait sous le nom de Celtes Gomérites , d'énoncer qu'avant le mélange des nations survenues , la langue des Celtes Gomérites ou Bretons, était celle de toute l'Europe , depuis le cap Finis terre jusqu'à l'Hellçspont. Quoique confinée maintenant aux extrémités de la basse-Bretagne , et dans la partie des îles Britanniques qui lui est opposée , on ne pou-
' (*) Cette dissertation sera imprimée en tête de la seconde édition du Panhellénisme,
(7) vail s'empêcher , a joutais- je , de la regarder comme un vestige précieux d'une langue fort ancienne ; et l'on devait en dire autant du Basque , qui , relégué à une autre extrémité de notre France ,. n'avait conservé d'affinité qu'avec le langage des Biscayens.
J'avais plusieurs fois clierché, mais vainement, l'occasion d'acquérir quelque connaissance de cet idiome original, lorsqu'eiifin je vis paraître un livre intitulé : Histoire des Cantabres ou des premiers colons de toute l'Euix^pe , avec celle des Basques , leurs descendans directs , et leur langue Asiatique-Basque ; par l'abbé d'Iharce de Bidassouet.
Je jiense, dit cet auteur, et mes recherches m'en ont convaincu, que le mot Escuara ^ qui signifie la langue Basque , existait 3ooo ans avant qu'on dût connaître l'existence, même future, du Latium. Puis il nous donne fétymologie du mot Escualdnnac y par lequel on désigne les habitaiis du pays Basque. Escu main , aide favorable , diinac ceux qui ont. En effet, ajoute-t-il, les Bas([ues excellent encore dans les exercices de la. guerre et de la paume.
Apres avoir passé en revue les Grecs-, peuple vain et grand fabricateur de fables , les Phéniciens , nation avare , les perfides Carthaginois , les Romains , les Goths , les hordes« Africaines y les
(8) francs^ et tous les peuples qui envahirent sucées
sîvement l'Espagne^ il s'écrie : « Qu'est devenu cet empire colossal des Assyriens ? qu'est devenue la superbe république de Lycurgue ? que sont devenues ces républiques célèbres de Carthage et de Rome ? Tous ces peuples ont disparu de la scène du monde ; et les Basques sont restés debout. )>
H rapporte ensuite à la langue Basque l'origine de toutes les langues ; c'était^ selon lui^ la langue que parlait Adam. Le Jéhova des Hébreux est Basque ; l'île de Paphos tire son nom d'un mot Basque qui signifie crapaud ; et Versailles , d'un autre mot Basque qui signifie cbaudron ; il en conclut gravement que Versailles est une ville qui a dû primitivement être formée par 'des chaudronniers. -— Risum teneatis /. . .
Curieux de juger par moi-même de ces assertions si extraordinaires, je résolus de me transporter dans le pays Basque, et de recueillir, soit de vive voix, soit à l'aide des livres, le plus de documeiis qu'il me serait possible. I^a Cantabrie actuelle renferme environ 800 mille âmes , et se divise en plusieurs états. En Espagne sont ; la province de Guipuzcoa , la seigneurie de Biscaye , l'Alaba , et la haute-Navarre; en France, la Soûle, la basse-
Navarre , et le Labourt (*). Une journée de marche
{*) Ces trois petits pays forment la partie occidentale du département des basses-Pyrénées*
(9) en France , et une autre en Espagne , voilà tout
le domaine actuel de la langue Basque ; ces limites
étroites une fois dépassées , un Basque ne saurait
faire usage de sa langue , qui ne présente plus
qu'im jargon inintelligible ; et cependant cette
langue se subdivise en une multitude infinie de
différens dialectes. Je pourrais vous citer une
phrase assez simple (*) , exprimée en 1 5 manières
différentes. Aussi, en passant d'une province à
l'autre , les indigènes eux-mêmes ont-ils peine à
se comprendre. Cependant on peut réduire ces
(*) La même phrase , exprimée en Basque de i5 inanières difTérenles :
Me demandez- vous de l'argent ? je vous en donnerai.
Guip.
Escatzen
Bise, Escatzen
Lab.
Escatzen
Escatzen
Escatzen
didac masc,
didan ^m. >cillara? Emango
didazu resp,
deustac masc,
deustan Jem. J>cillara? Emango
deustazu resp,
darotac masc, \ (
darotan fêm, Vcillara? £manen< darotazu resp. ) {
dautac masc.
diet.
dinat.
dizut.
deubat.
deunat.
deutsut.
daroat.
daronat. Jem, darotzut. resp, diaut. masc.
masc.
fém, resp^
masc.
Jem.
resp^ masc.
dautan ^>w. >cJllara? Emanen< diaunat.
dautazu resp, ) { dautzut.
didac masc. \ / diat.
didan Jem. V cillaia? Emain < dinat.
didazu resp. } ( dizut.
Jem.
resp,
masc .
Jem.
resp ,
(lo)-
difïerena dialectes à 3 principaux : celui du Guipuzcoa y qui se parle à Saint-Sébastien et à Tolosa ; celui de la Biscaye, dont la capitale est Bilbao^ et celui du Labourt , dont la ville principale est Bayonne , mais qui se parle , dit-on , avec le plus de pureté, à Haspairen , à Ustaritz, à Saint>Jeanr dC'Luz, et surtout à Sare.
Je me rendis d'abord à Pau , Orthez , Nayajrreins , Oleron , et me trouvai sur les limites du pays Basque. Je visitai Mauléon , Saint-Palais , et SainfcJean-Pied-de-Port. Partout je m'aperçus des variations du langage ; mais , dans aucune de ces villes , je ùe pus rencontrer un livre Basque. Il fallut aller jusqu'à Bayonne, où l'on me renvoyait de toute part pour trouver des libraires. Efifectivement, dans cette viUe, on me montra des Noëls et des Cantiques , des Catécliîsmes et des journées Chrétiennes , une traduction de l'Imitation de J. C, et une traduction de l'Evangile selon Saint-Mattbieu. Voilà en quoi consiste toute la littérature Basque; et encore le dernier article passe-t-il pour un ouvrage de contrebande ; car cette traduction , récemment publiée par un protestant, n'a pas été favorablement accueillie.
Je voulais absolument me procurer une grammaire et un dictionnaire ; je m'adressai à tous les libraires de Bayonne. Un seul me montra la grammaire et le dictioimaire du jésuite I^arramendi ,
imprimés Tune à Salamanque en 1729, et l'autre à Saint-Sébastien en 1745. Mais il me dit qu'ils faisaient partie de sa bibliothèque , que c'étaient des livres introuvables , et qu'il ne pouvait se charger, ni pour argent ni poiu» or , de me les procurer. Privé de ce secours, indispensable pour étudier une langue, j'eus cependant la consolation de rencontrer à Bayonne plusieurs savans aussi instruits qu'obligeans , parmi lesquels je me fais un devoir de citer M. le Supérieur du grand séminaire.
De Bayonne, je me rendis à Haspan^en , espérant toujours rencontrer quelques livres Basques. Je visitai TeiTaitage de l'abbé dlliarce , situé au pied de la colline appelée Arroltzè-Mendi ^ c'est-àdire montagne de Tœuf. Ce nom dérive de sa forme, qui paraît être celle d'un œuf debout. C'est à l'occasion de cette colline que notre ermite s'écrie : « (^v<q la vanité Egyptienne élève ses monceaux de pierre, pour satisfaire l'orgueil d'un roi
impuissant ; quelle place au nombre des
sejit merveilles du monde ses pyramides énonnes ; jamais elle n'égalera la structure merveilleuse de cette colline. O colline miraculeuse , ô pyramide admirable, chef-d'œuvre de l'architecte suprême! quand arriveras-tu à la célébrité qui t'est due depuis si long-temps ? tu renfermes dans ton sein des trésors immenses j mais nid mortel n'a encore
effleuré ton sol. Nous trayersons des mers lointaines et orageuses , pour aller chercher ce que nous tenons peufrêtre au milieu de notre chère patrie. » Je ne ferai sur cette brillante apostrophe que deux observations fort simples. La première, c'est que notre ermite s'est éloigné de son admirable pyramide pendant 4 suis , pour aller cher* cher fortune à Paris ; la seconde , c'est qu'elle ne m'a paru qu'une colline fort ordinaire.
J'eus la satisfaction d'entendre prêcher en Basque, de Ure l'inscription, tracée sur le cadr^ de Hasparren, noia itçakij hala bicia(^) , dont je don-^ nai à mon hôte la traduction fidèle : oia 19 ctJLdiy To&ç ô (3c'oç ( hia hi skia, tios ho vios ); et de voir incrustée, dans une des parois de l'Eglise, une pierre sur laquelle est gravée une inscription Latine , qui remonte , dit-on , à l'an 1 1 7 de J.-C. L'abbé d'Iharce l'avait fait imprimer d'une manière peu correcte; et sa double traduction Basque et Française n'était pas non plus exempte de fautes. Je les lui fis apercevoir, et il me promit de les corriger dans une seconde édition.
Voici cette inscription Latine, fidèlement copiée sur les lieux mêmes :
Flamen, item dûmvir , qusestor, pagîqpiie magister Verus ad Augustum legato munere functus^ Pro novem opdnuit populis sejungere Gallos ; Urbe redux, Genio pagi hanc dedicat Aram.
> m. i I I I , I II II II ■■ II.
(*) Ki-tzel yamé-uQU ( sicutumbra aies nostri ). Job , viii. 9^
Je fis remarquer à l'abbé dlharce qu'un vers hexamètre Latin n'avait jamais pu se terminer par hanc dedicas^it Aram , comme on le lisait dans sa copie imprimée; et que Genio pagi ne pouvait pas signifier d'après le vœu du pays, mais bien au Génie tutélaire de la bourgade.
J'improvisai même la traduction suivante ^ que je lui laissai par écrit :
Pontife, duumvir, questeur, £t commandant de la bourgade, Vérus alla vers l'Empereur Pour s'acquitter d'une ambassade.
Il en obtint l'isolement formel De la Novempopulanie ; A son retour, du lieu vénérant le Génie , Il lui consacre cet Autel.
J'allai ensuite à Ustaritz, et à S*^.-Jean-de-Luz ; partout je trouvai un excellent accueil, mais point de livres Basques; je commençai à m'apercevoir qu'il me faudrait pénétrer en Espagne pour cet effet, et je m'y décidai. — La province deGuipuzcoa est la plus favorablement située pour la conservation de la langue, parce qu'elle est au centre de la Cantabrie, et entourée de toute' part de pays Basques ; tandis que les autres provinces sont contigviës à des cantons où l'on parle Espagnol ou Français. En conséquence , j'obtins de M. le vicomte de Panât, sous-préfet de Bayonne, et de M. le consul Espagnol , une permission de passer
la Bidàssoa ^ et de me rendre à Saint-Sebastien et à Tolosa. Dans ces deux capitales^ je visitai avec empressement les libraires , sans obtenir beaucoup plus de succès qu'à Bayonne. Mais je trouvai cbez MM. les curés et autres savans^ tant laïques qu'ecclésiastiques^ les livres que je cherchais avec tant d'inipatience. Aucun d'eux ne voulut me les vendre, mais tous s'offrirent à me les prêter* Quoique j'eusse peine à accepter une si grande marque de confiance , cependant ne pouvant trouver à acheter ces livres, je m'estimai fort heureux de me les procurer à quelque titre que ce fût.
Le premier que je vis entre mes mains , fut précisément celui que je désirais le plus vivement. Il était intitulé : el imposible ^encido. Ah I m'écriaîje, j'ai aussi vaincu l'impossible. C'était : el Arte de la lengua Bascongada; su autor el padre Manuel de Larramendiy de la compafUa de Jésus. Tenait ensuite le Dictionnaire du même Larramendi, puis : Jpohgia de la lengua Bascongada, à ensayo critico Jïlosôjico de su perfeccion y and-gûedad sobre todas las que se conocen^ por J9. Pabh Pedro de Astarloa^ presbitero^ puis enfin: Alfabeto de la lengua primitiva de Espafia > jr expUcacion de sus mas antiguos monumentos de inscripciones y medallasj por Don JuanBautista de Erro y Aspiroz. Muni de ces précieuses offrandes, je me hâtai de parcourir la distance de Tolosa
d'Espagne à Tolosa de France ; et, pendant les trois mois qui se sont écoulés depuis mon retour, j'ai consacré à l'étude du Basque toutes les heures que ne réclamaient pas mes occupations habituelles.
Le premier livre que je me mis à étudier fut l'Alphabet de la langue primitive d'Espagne par M. J.-B. Erro, imprimé à Madrid en 1806. En me le remettant , le curé d'Ibarra avait commencé* à m'initier aux principes de cet Alphabet mystérieux , plus ancien ( selon lui ) même que l'Hébraïque, et qui remontait jusqu'à l'époque de la création du premier homme, (c Lorsqu'Adam , me dit-il, contempla pour la première fois sa compagne chérie, à peine sortie des mains de son divin Créateur; à la vvie d'un si brillant chefd'œuvre , quelle dut être sa première expression? — Il s'écria sans doute, lui répondis- je : Que tu es belle! — Point du tout, reprit notre pasteur; il éleva ses mains vers le ciel, et s'écria : A. Ce fut la première lettre prononcée. Pour ne pas perdre le souvenir de cette première impression, il traça de suite sur le sable deux lignes obliques, qui, en se réunissant par en haut, formaient un angle aigu; et afin de compléter rembléme d'une indissoluble union ^ il fortifia le point central de ces deux lignes par une petite barre horizontale ; et voilà la première lettre écrite.
Lorscp^Adam eut perdu ^ par sa désobéissance > le glorieux privilège dont il avait été doué lors de la création^ il était inconsolable ; mais Dieu^ voulant ranimer son espoir^ lui fit connaître^ à l'aide dWe ligne perpendiculaire recourbée par le bas en demi-cercle^ que son créateur s'abaisserait du baut des cieux^ et 'viendrait s'enfermer dans le sein d'une créature issue de sa propre race. Pour perpétuer ce gage précieux de bienveillance^ Adam traça sur lé sable la lettre b. »
Don Ziriza allait continuer l'explication de ses sigles mystiques^ lorsque^ craignant de ne pas me trouver dans la disposition nécessaire pour l'écou* ter avec calme ^ je le priai de m'excuser^ et lui fis mes adieux.
J'ai lu avec beaucoup d'attention l'ouvrage de Don Erro^ qui n'a pas moins de 3oo pages in-4^* La première partie est consacrée à prouver que l'Alpbabet Grec ne vient pas du Phénicien^ xx)mme le croient la plupart des érudits , mais bien du Basque^ langue primitive de l'Espagne. Dans la seconde partie^ il explique, à l'aide de son Alphabet^ les monnaies , médailles et inscriptions antiques de Numance, Sagonte, Âm.purias, et autres villes Celtibériennes. Pour donner une idée du travail de notre savant Espagnol^ je me bornerai à traduire le passage, dans lequel il parle de l'on-* gine et de l'étymologie de la ville de Sagonte.
Tite-Live ( Livre XXI, chap. 7. ) parlant de Sagonte, nous dit : Cwitas ea^ longé opulentissi" nuij ultra Iherumfuit^ sita passas rrUUe fermé à mari. Oriundi à Xacyntho insulâ dicuntur^ mix^ tique etiam ab Ardeâ Rutulorum quidam generis^ Voici comme s'exprime Don Erro à ce sujet :
« L'immortelle cité de Sagonte fut une des plus célèbres du monde ancien. Son nom et sa mémoire seront respectés , tant que , parmi la société des hommes, on conservera de l'estime et de la vénération pour les lois de l'amitié , de l'alliance et de la bonne foi. Cette ville, insigne victime de l'amitié des Romains et de la cruauté d'Annibal, fut, comme tout le monde le sait , l'occasion de la seconde guerre Punique. Plusieurs siècles avant sa ruine , c'était un célèbre emporium des côtes de la Méditerranée, fréquenté par plusieurs nations, et décoré de somptueux édifices , qui en faisaient une place commode et fortifiée. La gloire et la réputation de cette cité de la primitive Espagne excitèrent cbez les Grecs l'ambition de la supposer une de leurs colonies ; et c'est précisément un des mensonges les plus accrédités de notre histoire, que je ne puis m'empêcher de réfuter, par amour pour la vérité , malgré l'imposante autorite de tant d'auteurs anciens qui l'appuient , et l'opinion des modernes, qui, fondés sur le témoignage des premiers , le donnent pour certain. »
(ï8) Après avoir Apporté les cîtatîoiis de Titè-IiTe^ de Strabon y de Pline y d'Appien, qui tous s'accor-^ dent à regarder Sagonte comme une colonie des Zacynthiens ; sans s'embarrasser d'autorités si re^ pectables^ il trouve dans le seul nom de Sagonte^ qu'elle a dû être fondée par les Espagnols primitifs. « Ds s'imaginaient peut-être , ces graves auteurs , s'écrie- t-il, que le nom de Sagonte était un nom arbitraire ; ils ignoraient qu'A renfermât en lui-même quelque signe mystérieux , qui pût un jour découvrir leur imposture. Voici le texte même de Don Erro : persuadidos quizd de que el nombre de Zaguntoera un nombre arbitrariOj jr que non encerraha en si misterio alguno j que pudiese descubrir su falsedad algun dia. Puis il explique ainsi le nom mystérieux de 2jagunzo. Zagu en Basque ^ signifie un rat ^ la syllabe um^ marque l'abondance^ et la lettre o l'élévation; ainsi le mot entier signifie : Ciudad situada en un alto y en que hajr mucha abundancia de ratones ^ c'està-dire : une ville située sur une hauteur y où se trouve une grande abondance de rats. Cette étymologie , ajoute-t-il , pourra paraître extravagante , mais en réalité elle ne l'est pas. Il cite ensuite Strabon lui-même y qui y au livre III de sa Géographie^ parle de l'opinion généi^e qui régnait de son temps ( sans toutefois la partager) que l'E^- ' pagne était infestée d'une multitude de rats.
Passons maintenant à l'ouvrage de Don Pablô Pedro de Astarloa, intitule : ^pologia de la lengiut Bascongada^yohime in-4°, d'environ 5oo pages (*)* Ce savant Biscayen , natif de Durango , petite ville Voisine de Bilbaô , nous raconte lui-même les motifs qui l'ont déterminé à entreprendre l'Apologiô de sa langue maternelle. Don Jôaquin de Tragia , taembre de l'Académie royale d'Espagne , avait été nommé l'un des commissaires de cette compagnie pour la formation du Dictionnaire géographique et historique d^Espagne. Dans le tome second de cet excellent ouvrage , au mot Navarre , paragraphe treizième , le docte Arragonais propose plusieurs difficidtés contre là prétendue antiquité de la langue Basque, et ne cix>it pas cette question aussi bien démontrée qu'on voudrait le faire croire. Don Astarloa relève le gant , et s'engage à prouver l'antiquité et la perfection de son idiome.
Il commence son examen par la langue Latine, qu'il trouve privée des qualités requises par la saine philosophie. Son alphabet , son syllabaire , sa déclinaison, sa conjugaison, et surtout sa syntaxe, sont fort imparfaits dans leur mécanisme.
Séduit par les éloges que les granunairîens prodiguaient à la langue Grecque, il voulut en acquérir
(*) Je dois ce volume , imprime à Madrid , en i8o3 , à la complaisance de M. Ansoborlo, instituteur à Saint-Jean-de*Lu».
quelque connaissance ; et tout ce qu'il put remarquer , fut qu'elle ëtaijt im peu moins imparfaite que la Latine. Son verbe moyen y ses aoristes y son optatif ( dont il n'avait peut-être pas bien saisi toute l'énergie ) y lui semblèrent autant de tacbes qui déparaient cette langue si vantée*
Du Grec, il passa à l'Hébreu. Ses différentes conjugaisons Kal et Nipbal y Hipbil et Hophal y lui plurent beaiicoup : son Hithpbaël surtout l'encbanta. Si l'Hébreu avait eu un alpbabet plus complet , si sa syntaxe n'eût pas été si opposée au dictamen de la raison^ il allait lui accorder la palme.
Enfin il effleura le Chinois même, et plusieurs langues d'Amérique, entr'autres la Péruvienne et la Mexicaine ; mais aucune ne lui parut digne de soutenir la comparaison avec la Biscayenne.
Dans cette dernière, tout est parfait : alphabet complet et sans redondance; syllabaire doué d'un merveilleux artifice , etc. , etc. Je n'en finirais pas, si je voulais développer toutes les perfections du Basque : je me contenterai de citer la conclusion de l'auteur ; et, désespérant de trouver des paroles assez fortes pour reproduire l'emphase de ses éloges , j'emploierai ses propres expressions : i Que admiracion placentera no causa en mi el examen que Mae de las caracteristicas que empleaba nuestra naUva lengua , en la formxicion de los
derwados de sus primitii^s nombres ? / Qiiepropiedad en los abundanciales ! i Que exaetitud en los nacionales ! / Quéjilosojiaen los paironimicos ! / Que distincion en hs de cficio l / Que riqueza en los locales ! / Que ingeniosidad en los de contienda ! pero i Que elevacion , quémagnijicenciay quécosa casi dmna no Italie en los abstractos !
Quelle est donc celte chx)se presque dîvine qu'il a remarquée dans les noms abstraits? La voici : dans les autres langues , on rencontre sous une même terminaison des qualités bonnes ou mauvaises: en Français, par exemple, bon^^, cruaufe'; adoratio/i , fornicafto/i ; mais , dans la langue Basque, les bonnes qualités sont toutes terminées en asunay et les mauvaises en queria. Aussi Don Astarloa regarde-t-il sa langue comme une table sociale de la loî, un livre ouvert de la morale^ un code qui établit la distinction la plus marquée entre le vice et la vertu , entre le crime et l'innocence.
n porte les syllabes de sa langue au nombre de 6,146; et, sans parler des mots qui auraient plus de trois syllabes , il élève les mots d'une , de deux, ou de trois syllabes au plus , à la somme de 45126,554,929. De plus, chaque verbe, suivant lui , peut se conjuguer de 206 manières différentes , et renferme 206 modes indicatifs , 206 modes subjonctifs, etc. ; ce qui donne pour chaque verbe
3o^9^^ inflexions personnelles. Cest ici le cas dVppliquer au Biscayen le proverbe Basque : gure haritçac betheac ! ( que nos chênes sont chargés I ) c'estâ-dire : quelle exagération J
L'abbé d'Iharce de Bidassouet^ dont j'ai déjà parlé au commencement de cette dissertation, et dont j'aurai encore occasion de parler dans la suite j^ enchérit encore sur Don Astarloa, dont il a copié les exagérations; mais son style est loin d'avoiir l'élégance de l'écrivain Espagnol , et, en plusieurs occasions , il traduit à contresens. Voyons ce qu'il nous dit à ce sujet : « Supposons à chaque langue vivante de l'Europe , un nombre de syllabes plus grand même que celui qu'elles ont véritablement; donnons à la langue Française 2, 1 19^000 syllabes j à rijspagnole 2,636,qoo , à l'Italienne 2,644?ooo , à l'Anglaise 2,204,000, à l'Allemande 3,445,ooo, à la Polonaise 2,484,000 , à la Russe 3,343^ooo, etc^ nous aurons un total de 35,937,000 syllabes. D'où il résulte , continue-t-il , si l'on peut compter sur l'exactitude d'un calcul mathématique , que toutes les langues vivantes de l'Europe, collective-i ment prises , et calculées sur un nombre de syllabes plus fort même que celui qu'elles ont, ne renferment que 35,937,000 syllabes ^ ou parties élémentaires et intégrantes ^ tandis que la langue Basque en possède à elle seule 91,018,000, c'est-» |i-dirç beaucoup plus du doi4>le,
Ivre d'enthousiasme , il va jusqua dire que la langue Basque poun^ait fournir des ëlémens à toutes les langues de l'univers , et termine ainsi : « Que l'on convienne donc enfin qu'il n'y a aucune langue dans tout l'univers , qui approche plus de la langue que le Père Etemel a inspirée à Adam , soit par SRprimordialitéy soit par son antiquiorité , soit par sa perfectibiUorité j soit par son unisfersa-
bilioritéy soit enfin par son inepuisabilité. —
que l'idiome Basque. »
Tels sont les trois écrivains , dans les ouvrages desquels j'ai pris , pour ainsi dire , l'avant-goût djesi>eautés,de la langue Basque. J'en citerai un quatrième , mais qui, n'appartenant ni à la Biscaye , ni au Guipuzcoa , ni au Labourt , n'a pas paru partager l'engouement des trois premiers. Je veux parler de M. de Labastide, membre de l'académie royale des belles-lettres de Montauhan , qui , en tête de sa traduction des Commentaires de César, a mis une dissertation sur les Basques, imprimée à Paris en 1786. Elle est écrite avec beaucoup d'érudition et de sagesse. Les étymologies non forcées de plusieurs villes Phéniciennes ( par exemple Gaza , qui en Basque signifie du sel) , lui ont fait soupçonner que la langue Basqne était un dialecte du Phénicien ; il fortifie cette opinion par une explication ingénieuse des armoiries particulières aux anciens rois de Navarre , telles q[ue nous
les a décrites Oihénart , écrivain originaire du pays de Soûle, Rex Nas^arrœ gestat pro insignibus , in œquore pJiœniceo y carbunculum globuUs discretum , aureum y corde prasino. Ces armoiries^ selon M. de Labastide y sont une espèce de carte y ou plutôt de jeu géograpliique de rinyention des habitans de Tyr. Le jeu des marelles^ conservé dans nos provinces depuis un temps immémorial^ est un reste de ce jeu géographique apporté de Tyr dans les Gaules ; -le nom même de marelles y mar^llas y signifie mer des iles. Dans ces armoiries y la métropole est figurée au milieu du plan par un brillant escarboude^ dont les faisceaux lumineux s'étendent du centre vers les différens points de la circonférence; et les colonies principales sont représentées par des globules ou médaillons y disposés symmétriquement autour du point central.
L'abbé d'Iharce a copié une grande partie des étymologies données par M. de Labastide y mais s'est bien gardé de parler du j eu Phénicien. H n'avait cependant rien à redouter, puisqu'il nous dit à la page 4i de son histoire des Cantabres : <( Je serais tenté de croire que les Phéniciens seraient une colonie Basque ! L'identité de la langue y du génie et des mœurs me force à épouser cette opinion. »
Mais y pour pénétrer dans le sanctuaire de la langue Basque ;i il faut absolument étudier Larra-
mendi ; c'est le second créateur de cette langue : il n'existait avant lui ni grammaire , ni dictionnaire. La langue ne s'était conservée que par la tradition ; il était donc impossible à un étranger de l'apprendre.
La grammaire de ce savant et laborieux jésuite Cantabre fut imprimée à Salamanque en 1729 , et dédiée à la très-noble et très-loyale province de Guipuzcoa. C'est un petit volume in-8.* de 4oo pages, dont le prix fut taxé par Don Miguel Fernandez Munilla , secrétaire du roi , à 3 1 2 maravédis y jrno mas ( i fr. Sa c. 1/2 ) , mais dont on ne peut maintenant ( vu sa rareté ) , se procurer d'exemplaires , soit en France , soit en Espagne , à quelque prix que ce soit.
Après le titre pompeux de elimposïblevencidoy justifié par un prologue emphatique , vient une dédicace à la muy noble jr muf leal provincia de Guipuzcoa. On n'est pas d'accord sur l'étymologie du mot Guipuzcoa ; Larramendi lui-même avoue qu'il l'ignore. J'ai lu dans luie dissertation sur la semaine Basque (dont je parlerai dans la suite) par Don Thomas de Sorreguieta, imprimée à St. -Sébastien en 1 802 , que le mot de Guipuzcoa signignifiait nos de la habla dimdiday c'est-à-dire : nous sommes de l'époque où les langues furent divisées ; notre origine remonte jusques à la tour de BabeL
Parmi les"proyinces Basques ^ celle du Guipuzcoa brille comme le soleil parmi les autres astres; les privilèges dont elle jouit, l'emportent de beaucoup sur ceux des autres provinces. Après avoir énumëré ses titres de gloii^e , le R. P. Larramendi s'écrie : (c Ce n'est pas seulement sur la terre , ce n'est pas seulement sur la mer , c'est encore dang le ciel que cette province l'emporte sur les autres. EUe compte parmi ses enfans le grand St. -Ignace de Loyola son pati^on. C'est au Guipuzcoa que le monde est redevable de cet Atlas de l'Eglise , qui soutint et soutient encore sur ses épaules un si grand ciel émaillé d'étoiles. C'est au Guipuzcoa y que le monde est redevable de cet Hercule de la Grâce, qui coupa la tête de l'Hydre de l'Aveme, et convertit le monde même en un agréable paradis de vertus. C'est au Guipuzcoa que le monde est redevable de la conversion de nouveaux mondes en Orient et en Occident. Mais je m'arrête, dit-il; car , pour célébrer dignement le grand Ignace , il faudrait une plume de Chérubin ». Puis il ajoute : (( Être natif du Guipuzcoa , ou être gentilhomme et noble, c'e§t une seule et même chose, non-seulement dans l'intérieur de notre province , mais encore au dehoi^. Les naturels de cette province sont reconnus pour nobles , dans les audiences ^ dans les chancelleries , dans les conseils de nos monarques ; que dis- je ? chez toutes les nations de l'univers ».
n n'est donc pas étonnant qne^ dans tout le cours de sa grammaire , le père Larramendi prenne pour base de ses paradigmes la langue commune du Guipuzcoa; mais il donne ensuite les variantes des deux autres dialectes principaux , c'està-dire , en premier lieu, du Biscayen, qui est celui de DonAstarloa; en second lieu, du Labourtain, qui est celui de l'abbé d'Iharce.
Ce dernier écrivain étend à tous les Basques, ce que Larramendi affirme des seuls babitans du Guipuzcoa. Il y a , dit-il , dans 1 ame de tous les Basques, luie impression naturelle, un sentiment profond de leur illustre origine, et de leur suprématie comme peuple. Le plus simple paysan porte toujours la tête haute. Un prince de Tingri , ayant dit un jour à un Basque qui lui parlait avec un ton de fierté, de se rappeler on'il parlait à un Montmorency, dont la race datait de plusieurs siècles ; nous autres , lui répondit le Basque, sans s'émouvoir , nous ne datons plus.
Ce ne fut qu'en 1745, que le père Larramendi fît pai^tre son Diccionario trilingue del Castellano^BascuensejLatiny 2 vol. in-f.®, qu'il dédia de nouveau d la muy noble y mujr leal provincia de Guipuzcoa. Il y avait déjà plus de i5 ans que sa grammaire avait paru. Elle était , nous dit-il , l'âme de la langue Basque ; le dictiomiaire en devait être considéré comme le corps.
Dans son épître dédîcatoîre, après les complimens d'usage y il retrace toutes les difficultés que lui avait fait éprouver la composition d'un ouvrage de cette nature. C'était lui cpii avait frayé la route, et il n'avait pas trouvé de modèle. J'étais à même de juger par moi-même de la difficulté de son entreprise , moi qui m'étais trouvé à peu près dans le même cas , lorsque je composai le premier Lexique Français-Grec qui eût encore paru ; mais sî je pouvais dire , avec la Didon de Virgile :
Haud ignara mali , mîseris succurrere disco ,
j'avais aussi la pluuse de Tacite, en parlant du Centuricm Rufus : veius operis ac laboris , et ea immitiory quia tolerw^rat.
Après l'épître dédicatoire , viennent de longs et savans prolégomènes, qui ne contiennent pas moins de ^So pages in-f.^*, H sont divisés en trois parties. Dans la première y l'auteur porte jusqu'aux nues les perfections de la langue Basque , et traite fort au long de ses dialectes , de sa grammaire et
de son dictionnaire. Dans la seconde , il s'effi>rce de prouver qu'elle a été la langue primitive et universelle de l'Espagne. Dans la troisième , il répond aux objections de Don Gregorio Mayans, savant Es> pagnol , qui s'était permis d'élever des doutes sur la prétendue antiquité de la langue Basque, et de persiffler le titre pompeux de él imposible vencido y que Larramendi avait donné à sa grammaire. C'est;
(^9) dans ces prolégomènes que Don Àstarloa , Don Erro , et l'abbé d'Iharee ont puisé les éloges immodérés , qu'ils prodiguent à la langue des Caiitabres , à la perfection de son alphabet , de sa conjugaison, de sa syntaxe, à son antiquité , qu'ils font remonter jusques à la tour de Babel. Les Basques d'Espagne ont-ils peuplé la France , ou ceux de France , l'Espagne ? Les Basques sont-ils plus anciens que les Celtes ? Ces derniers ont-ils même jamais existé? Telles sont les questions ardues que notre savant jésuite approfondit.
Les^ étymologies sont le principal levier qu'il fait mouvoir. Ainsi Bayonne, selon lui, composé de deux mots Basques {baya y baie, et o/za, bonne), signifie une bonne baie, lui bon port. L'abbé dlharce, observant avec raison que cette étymologie n^est pas plausible, puisque l'entrée du port de Bayonne est gênée par une barre qui varie , et qu'il faut souvent reconnaître la sonde à la main^ préfère regarder Bayonne comme l'ancienne ville ou forteresse des Ibayens, peuple chimérique, dont aucun écrivain, ancien ou moderne, n'a fait mention. Pour moi, sans avoir recours à ces étymologies forcées, j'aime mieux croire que les étrangers, qui, en entrant dans le pays Basque, entendaient sans cesse répéter bai yauna (qui signifie : oui Monsieur) auront simplement donné le nom de Bajfona à la principale ville de cette contrée.
Quant à ce qui concerne la partie matérielle et technique du dictionnaire, je ne l'ai pas crue sus-* ceptlble d'analyse. H me suffira, Messieurs, de vous dire que, d'après un rdevé général, fiiit par l'auteur lui-même, le fond de la langue Castillane se compose de 5,385 mots pris du Latin, i,95t mots pris du Basque, 978 du Grec, 555 de l'Arabe , 90 de l'Hébreu , et 2,786 dont l'origine n'a pas pu être fixée ; ce qui fait un total d'environ douze mille mots , dont la 6.® partie environ est prise de la langue Basque.
Panùi les difficultés que rencontrent les lexicographes , il en est une que j'ai éprouvée moi-même, et dont Laili'amendi ne manque pas de parler; c'est de trouver des mots qui correspondent d'une langue à l'autre^ soit dans les termes de sciences et arts de nouvelle invention, sôit dans les termes familiers, ou propres à un dialecte particulier. Ainsi, conunent exprimer un canon, une bayonnette, du jambon, du chocolat, du café, du ta^ bac? Notre savant jésuite nous assure qu'il n'a employé que 3 mots de sa pure invention : ce sont sutumpa , un canon ; godaria , du chocolat ; sur^ rautsUy du tabac. Quand il n'a pas trouvé dans son dialecte im mot convenable pour exprimer un terme Castillan , il a eu recours à un autre dialecte. Souvent même il les mêle à dessein , en disant : « Quoique je n'i^ore pas qu'un habitant
du Guîpuzcoa, en entendant un Biscayen lui dire guradozuy ez jaramon^ astujataz, ait peine à s'empêcher de rire; et qu'il en est de même du Biscayen , lorsqu'à son tour il entend l'autre lui dire nai dezUy ez malmetitu, astu zcdzqiUt; quoique je sache fort bien que jamais le Biscayen ne voudra se servir du mot gaistoa, ni l'autre du mot donguea , qui tous deux signifient également le mal ; j'ai souvent réuni des termes de différens dialectes, pour déployer toutes les richesses de la langue des Cantabres. » Le mot Cantabre est un terme générique; l'abbé d'Iharce prétend que les Escualdunac furent ainsi appelés par les Romains, du mot Latin cantarey à cause de l'excellence de leurs voix.
Ce dictionnaire , où tous les mots Castillans «ont expliqués en Basque et en Latin, est encore le seul dont on puisse s'aider , pour étudier la langue des Cantabres: mais bien que, lorsqu'il parut en 1745 à Saint-Sébastien, les deux volumes infolio , dont il se compose , aient été taxés par le secrétaire royal Don Miguel Fernandez Munilla , à la somme de 2^270 maravédis yjrno mas ( i4 fr. 12 c. 1/2 ), M. Baroja, imprimeur-libraire à S.*- Sébastien , qui n'en possède qu'un seul exemplaire à son usage, m'a certifié que^ vu sa rareté actuelle, il lui serait difficile de s'en procurer un second , même au prix de 3 ou 400 réaux.
Après aTOÎr entendu Topimon de di^Brs ëcri»
vains sur la langue Basque^ l'Académie serait peutêtre en droit d'exiger que je lui donnasse un aperçu de mes opinions personnelles^ et \m rësul^ tat de mes propres labeurs. Mais je crains d'avoir déjà dépassé les bornes d'une lecture Académique; je crains surtout d'avoir fatigué l'attention de ceux qui m'écoutent. Loin d'épuiser tme matière^ a dit La Fontaine , on n'en doit prendre que la fleur. D'aiQeurs^ en ce moment^ ]e m'occupe à rédiger en Français un abrégé de Grammaire Basque^ auquel sera joint un Vocabulaire (*) propre aux deux langues. Dégagé de tous les accessoires emphatiques ^ ce petit volume présentera l'ensemble de la langue Basque ^ tel que je le conçois^ et préparera la voie à ceux qui voudront méditer avec fruit les élucubrations Cantabriques des savans Espagnols et Français^ dont j'ai eu Tbonneur d'entretenir la Compare.
{*) L'abbë dlHAACB , il est vrai , notts promet un dictioatudre bilingue ; mais , selon le proverbe Basque :
Bali2caco Ihàrac es du irinic eguiten.
Le MouUn supposé ne Jait pas defarine%