‹ Dissertation sur la pneumonie aiguëChapitre 5 sur 7 · SUR · texte numérisé non relu

SUR

LA PNEUMONIE AIGUÉ.

Considérations générales sur la structure du parenchyme pulmonaire.

Le parenchyme pulmonaire sain se présente sous forme d’une masse spongieuse, compressible, élastique, à surface lobulée et d’une couleur grise, tirant d'autant plus sur le noir que le sujet est plus âgé. Ce parenchyme se compose : 1° des ramifications bronchiques, qui après s'être subdivisées un grand nombre de fois, offrent des canaux d'un diamètre extrêmement petit, qui se terminent en cul de sac à la périphérie du poumon (vésicules pulmonaires). En cet endroit les anneaux fibro-cartilagineux des bronches ne sont point distincts, la membrane muqueuse semble seule constituer les vésicules; cependant, si l’on prend en considération l’élasticité du poumon, si l’on remarque que celui-ci se dilate et se comprime d’une manière active, ainsi que le prouvent des expériences, on sera porté à croire que les anneaux des bronches, allant sans cesse en s’amincissant à mesure que ces dernières se divisent davantage, existent même dans les vésicules

es )

pulmonaires. 2° Des artères et veines pulmonaires, qui, après s'être fréquemment divisées, accompagnent les bronches jusqu’à leur culde-sac, endroit où la finesse des parois des bronches et de ces vaisseaux permet que l’hématose se fasse. 3° Des artères et veines bronchiques qui servent à la nutrition du poumon et accompagnent également les ramifications des bronches. 4° Des vaisseauxlymphatiques. 5° Des filets, des nerfs pneumo-gastrique et grandsympathique. 6° De tissu cellulaire.

Les cellules bronchiques , les vaisseaux et les nerfs sont réunis en certain uombre pour constituer un lobule; de ces lobules, les uns sont situés à la péripherie du poumon, où ils offrent une surface anguleuse, d’autres sont placés plus profondément. Tous les lobules sont liés entr'eux par des lignes blanches de tissu cellulaire, circonscrivant parfaitement chacun d'eux. La réunion de ces lobules constitue les lobes.

Anatomie pathologique du parenchyme pulmonaire.

Ce serait sortir de mon sujet que d’mdiquer toutes les altérations de cet orgaue, n'ayant en vue que la pneumonie aigue, je ne m'occuperai que de celles que l’on observe dans cette affection.

1° Les cavités du poumon peuvent être perméables à l'air;

2° Elles ne le sont plus ou ne le sont que fort peu.

Dans le premier cas, des liquides (sang et mucus) sont versés dans les cavités pulmonaires , et le poumon est dit engoue.

Engoucment. Le poumon engoué est coloré en rouge par la grande quantité de sang qu'il contient; ce liquide sort mêlé d'air, si l’on fait la section ‘lu parenchyme pulmonaire et qu'on la presse entre les mains. Vient-on à dessécher l'organe respiratoire, on ne remarque ordinaire ment rien d'apparent, si ce n'est quelquefois un peu de coloration et de tuméfaction. ;

Dans l'engouement, le poumon conserve presque toujours son élasticité; il ne devient friable que quand la quantité de sang est. très-

considérable par rapport à celle de l'air.

Quand les vésicules pulmonaires, remplies de liquide, ne permettent plus l'introduction de l'air, le poumon peut encore ne contenir que du mucus et du sang ; alors il est dit à l’état d’induration, ou bien il péut renfermer une plus ou moins grande quantité de pus (suppuration), où bien enfin, il peut arriver que le poumon soit frappé de gangrène.

Induration. L'induration est aussi connue sous le nom d'hépatisation. Dans cet état, le parenchyme pulmonaire est altéré dans sa texture, car il se déchire avec facilité; sa couleur est celle du foie, sa pesanteur spécifique est plus grande que celle de l'eau; pressé entre les mains au fond de ce liquide, après avoir été incisé, il ne laisse point dégager de bulles d'air; enfin sa section offre une surface grenue.

Suppuration. Dans la suppuration, le parenchyme du poumon est aussi facile à déchirer, sa couleur est d’un gris cendré; dans cet état, on n’aperçoit presque jamais de foyer de pus, ce liquide est comme disséminé dans les vésicules pulmonaires et cellulaires; la pression le fait suinter de toute part.

Gangrène. La gangrène du parenchyme pulmonaire se reconnaît à la facilité avec laquelle se déchire son tissu, à un aspect livide, gris noirâtre, et à une odeur qui lui est propre, facile à distinguer de toute autre.

De la pneumonie aiguë.

La pneumonie aiguë est définie, l'inflammation du parenchyme pulmonaire. Elle est décrite dans les auteurs sous différens noms : elle a été désignée sous celui de péripneumonie, de fluxion de poitrine, de fièvre péripneumonique ; d'autres, pensant que la plèvre participait toujours à la phlegmasie du poumon, l'ont nommée pleuro-pneumonie.

Causes. Enumérer longuement les causes de la pneumonie, qui sont les mêmes que celles de la plupart des phlegmasies aiguës des viscères, à

( ro }) F N serail, Je Crois, un travail peu utile; toutefois, pour me conformer à l'ordre établi par l'usage, je les diviserai en prédisposantes et ,en oc-

casionnelles.

Causes prédisposantes. Une constitution athlétique, sanguine et bilioso-sanguine. Certaines professions y prédisposent également ; telles sont celles de maçon, de plâtrier, de cordonnier, de boulanger, etc. L’adulte est-il plus sujet à être atteint de cette affection que le vieillard ? Cette une question; car, malgré que les auteurs nous disent

qu'il se trouve beaucoup plus de pueumoniques parmi les hommes

faits que parmi les vieillards, je ferai remarquer aussi que le nombre des premiers est infiniment plus grand que celui des derniers. Les femmes, soit par leur constitution, soit plutôt par leurs occupations, y sont moins sujettes que les hommes, que leurs travaux plus pénibles mettent dans toutes les circonstances nécessaires pour contracter cette maladie.

Causes occasionnelles. Elles sont externes ou internes.

Causes occasionnelles externes. Un changement brusque de température est souvent cause du développement de cette maladie; c’est sans doute pour celte raison qu'elle est plus commune en hiver et au printemps qu'en toute autre saison. La lutte, le chant, tous les exercices immodérés peuvent concourir à son développement. Les violences extérieures déterminent fréquemment aussi des paeumo-

nies.

Causes intérnes. La suppression de la menstruation chez les fémmes, d'une hémorrhagie périodique chez l'un et l'autre sexe; la répercustion d’une affection rhumatismale, d’un éxanthème cutané, aigu , d'un‘émouctéire, ‘etc. , elc. , sont aussi des causes fréquentes de pneumonie,

Jnvasion.. La pneumonie est quelquefois précédée de malaise, de faiblesse, d'anorexie, elc., etc. ; cet état, peut durer plusieurs jours, !

avant que lés symptômes qui appartiennent à cette maladie soient distincts et en puissent révéler l'existence ; d’autres fois , ‘éllé apparaît subitement au milieu d’une parfaite santé. Presque toujours, dan ce dernier cas, on remarque une chaleur brülante , non suivie de frisson, accompagnée de toux, de douleur dans un des côtés dé la poitrine et d'une gêne plus ou moins grande dans la respiration. Il ést des sujets chez lesquels la pneumonie ne se montre qu'après plusieurs jours d'un appareil fébrile, simulant beaucoup celui des fièvres intermittentes. D’autres fois, et ce début est assez commun che? les enfans, on observe dés symptômes de bronchite aiguë, qui bientôt se change en pneumonie.

Symptômes. Quelle que soit Ia manière dont elle débute, la pneumonie se montre ordinairement avec des symptômes qui sont presque toujours les mêmes : ceux-ci sont Jocatix et généraux.

Symptômes locaux. Douleur dans un des côtés de la poitrine, rarément dans les deux à la fois; dyspnée, crachats visquéux, sanguinolens, modification plus ou moins grande du bréit respiratoire et de là résonnance des parois thoraciques, décubitus déterminé, toux.

Je crois, pour plus de méthode , devoir examiner séparëmeit chacun de ces symptômés ct indiquer leur valeur dans le diagnostic.

Douleur. La douleur est toujours profonde dans la pneumonie sim-

ple > elle est'sourde', peu pénible, ct n'est pomt éxaspérée par les

mouvemens respiratoires. Ce n'est que dans les cas de complication d’inflammation dela plèvre, qu’elle est aiguë et paraît superficielle. Son siège, qui est variable, indique assez bien la partie aflectée du poumon.

Dyspnée, Faible au premier degré de la maladie , elle devient profonde à mésure que celle-ci s'étend davantage sur la surface interne du poumon! Ilest peu d'exception à cet égard.

. Crachats. L'expectoration offre un signe fort important; presque nulle dans le début , elle consiste, du deuxième au troisième jour ; en des crachats composés de sang et de mucus, intimement mêlés. Suivant les proportions de sang, l’expectoration offre les colorations suivantes : rouge rouillé, jaune, verdâtre , etc., etc. Quant à la consistance de cette matière, elle est gélatiniforme et adhère plus ou moins fortement au vase.

Lorsque la résolution s'opère , les crachats se décolorent et prennent l'aspect des crachats critiques des anciens.

Quand, au contraire, l’état du malade va en s’aggravant , les crachats deviennent plus liquides que précédemment, et prennent quelquefois l'aspect de jus de pruneaux. D’autres fois ils sont opaques, en masses grisÂtres ou rougeâtres sales. Enfin, il arrive quelquefois que l’expectoration cesse, soit que la sécrétion ne s'opère plus, soit que l'expuition devienne impossible au malade.

Dans le cas de gangrène , les crachats sont gris, verdâtres et d’une odeur fétide ; toutefois l'odeur de ces crachats n’est point un, signe certain de l'existence de la gangrène des poumons. Ils peuvent devoir leur fétidité à une exhalation bronchique.

Modification du bruit respiratoire. Quand le poumon commence à s'engouer, quand la maladie est au premier degré , le bruit respiratoire présente une modification désignée sous le nom de râle crépi-

tant.

Ce râle paraît exister dans les vésicules pulmonaires ; il résulte d’un mélange d’air avec les liquides épanchés dans ces vésicules. L'esprit conçoit d’abord qu'il pourrait résulter de l'épaississement des parois de ces dernières ; mais il se refuse à cette explication , alors qu'il observe que le râle crépitant passe souvent en peu de temps à d’autres espèces de râles (râles muqueux à petites bulles, à bulles moyennes , etc. , etc. )

La production de ce râle offre plusieurs variétés : 1° le bruit respiratoire est naturel dans les inspirations ordinaires, et la crépitation

n'est sensible que dans les grandes inspirations ; 2° le râle est mêlé au bruit respiratoire, même dans les inspirations ordinaires; 3° le râle est seul sensible , il y a absence complète du bruit respiratoire. Telles sont les variétés que peut offrir le râle crépitant dans le premier degré de la pneumonie ; il se dissipe en sens inverse de l’ordre suivant lequel il vient d’être exposé, toutes les fois que l'affection se termine par résolution. I] faut cependant remarquer qu’il persiste nel L dans les grandes inspirations.

Quand le poumon est induré, c’est-à-dire quand la maladie a passé au second degré, l'air n’arrivant plus dans les vésicules pulmonaires remplies de sang, et ne pénétrant plas qu’à travers des conduits beaucoup plus larges (bronches et assez grosses divisions), fait entendre un bruit que l’on a comparé à celui du soufflet ; la respiration est alors dite bronchique. L'oreille distingue de plus une résonnance spéciale de la voix, nommée bronchophonie. La présence de mucus et de sang, dans ce degré de maladie, donne lieu, indépendamment des changemens que nous venons dle noter, au râle muqueux à petites ou à grosses bulles. :

L'existence du râle crépitant sec, comme annonçant d’une part le premier degré de la pneumonie, et celle du râle muqueux à grosses ou petites bulles, comme annonçant d’autre part le second degré, ne sont point des signes certains; en effet, dans le premier degré, dans l'engouement , les vésicules pulmonaires ne sont point toujours seules le siége de l’inflammation. Les petites bronches participent à cet état ; d’où il suit que le râle crépitant sec est quelquefois accompagné de

râle muqueux ; et même celui-ci peut tellement prédominer que la

crépitation ne soit point distincte.

Quant au râle muqueux , il n’est point non plus un signe certain du second degré; car ce râle s’observera toutes les fois que l'affection sera compliquée d’inflammation des grosses bronches , la maladie ne füut-elle même qu’au premier degré.

Percussion. Au début de la pneumonie, la poitrine résonne comme

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‘dans l’état normal. À partir du deuxième ou troisième jour, la sonoréité va toujours. en décroissant;les parois thoraciques seulement, un peu moins sonores que dans l'état normal s'il n'y a qu'engouement, donnent un son tout à fait:mat, quand il y a hépatisation, c'est-àidire:quand la maladie est au second degré.

: La diminution de sonoréité s'apprécie en percutant tour à tour les deux côtés de la poitrine, et comparant la résonnance de l'un et de l’autre. Par conséquent, elle sera difficile à apprécier toutes les fois

‘que les deux:poumons seront atteints dans le même temps.

.… Décubitus. Dans un grand nombre de:cas, le malade se couche sur

Jescôté affecté ; souvent aussi il se couche sur Je dos , soit que les deux poumous soient: atteints de pneumonie, soit qu'il n'y en ait qu'un seul. Le décubitus , par conséquent, ne peut point être déterminé par Je siége de la maladie.

Toux. Très-variable dans sa fréquence et son inteusité, la toux est quelquefois presque nulle. Elle cesse ordinairement avec la pneumonie et ne persiste que quand cette dernière est compliquée. et suivie de bronchite,

Symptômes: géneraux, - Circulation artérielle. Le pouls est ordinairement plein et fréquent ; il est quelquefois pelit , ce qui peut tenir: à un état d'oppression.

Respiration. La respiration est beaucoup plus fréquente que dais l’état ordinaire; on se rend facilement compte de ce changement si l’on observe que le poumon, ne présentant plus à l'air une surface aussi étendue , doit se mouvoir un plus grand nombre de fois que dans l’état normal pour que l'hématose s'effectue d’une manière convenable.

Circulation capillaire. La face est ordinairement colorée ; cette

abondance de sang dans le système capillaire ‘a été attribuée à la

stase du sang veineux; stase consécutive à la gêné dela: respira-tion. Cette explication est-elle satisfaisante? La coloration de la face: LR du malade ne serait-elle point due à ce que, dans un temps donné, $

il circule beaucoup plus de sang dans le système artériel qu’habi-: tuellement ? |

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Si lon examine le sang tiré par dla. phlébotomie ; on le trouve couenneux; il faut, toutefois, en excepter celui de lapromière saignée , dans le cas où celle-ci aurait été pratiquée au début * de la maladie, |

Digestion. La langue est ordinairement rouge; elle est même quelz. quefois fuligineuse, sans pour cela qu'il:y ait complication de gastro- + entérite; mais il est hors de doute que cette coloration se manifeste souvent sous l'influence de cette dernière phlegmasie, 6

Sécrétions. La peau est quelquefois sèche; d’autres fois, au contraire, elle est le siége de sucurs abondantes dès le début dela maladie ; celle-ci, dans ce cas, se termine presque toujours d’une manière favorable. La membrane muqueuse peut aussi exhaler plus ou, moins de sang; ainsi, l’épistaxis s'observe assez souvent dans le cours de cette maladie; l’hématurie se remarque même quelquefois. «ji

Durée. La pneumonie duré ordinairément trois ;douzé; quinze , , dix-huit et même vingt jours; quelquefois, mais rarement , ellé' sé prolonge jusqu’au quarantième. Il est bon de remarquer que de

plus souvent elle tend à s’aggraver ou à devenir chronique quand elle,

passe le vingtième jour.

T'erminaison. Elle se termine par résolution , induration, suppuration" et gangrène. J’indiquerai aù prognoslic les différens Symptômes qui: peuvent faire croire que la maladie finira par l’un ou l’autre de ces. modes.

Variétés. La pnéumonie peut! offrir des variétés relativement à sa nature et à son siége. Relativement à sa nature, elle peut être ‘bi

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lieuse, latente, inflammatoire, c’est-à-dire avec pouls plein, fort, etc.;

enfin, elle peut être aussi adynamique ou ataxique. Relativement à son siége, elle peut être lobaire, simple ou double, supérieure ou inférieure ; il peut arriver encore qu’elle soit seulement lobulaire. Cette dernière variété peut échapper à l’auscultation et à la percussion, surtout si elle est circonscrite et profonde. Les crachats sont, dans ce cas , le signe qui décèle le mieux l’existence de la maladie.

Diagnostic. 11 est très-souvent facile de reconnaître la pneumonie ; quelquefois, cependant, le diagnostic de cette affection est trèsobscur. |

Les maladies que l’on pourrait confondre ayec la pneumonie sont : le catarrhe pulmonaire aigu, la pleurésie et l'œdème du poumon. La sonoréité des parois thoraciques , la nature du bruit respiratoire, celle des crachats, etc., etc., feront toujours distinguer le catarrhe pulmonaire aigu. T'égophonie, l'absence de la respiration, quelquefois l'augmentation de volume du thorax, etc., décéleront l'existence de la pleurésie. Enfin lœdème se reconnaîtra à l'absence des phénomènes fébriles, à une expectoration non-sanguinolente, à un râle moins se;, :tc., etc.

Le diagnostic de la peneumonie n’est point toujours aussi facile; il est impossible de reconnaître la nature de l'affection quand elle est lobulaire , profonde, et que l'expectoration sanguinolente manque,

Prognostic. La pneumonie est une affection fort grave; toutefois, le prognostic est subordonné à plusieurs circonstances, telles qu'à l'étendue du mal, à l’âge du malade, à la saison et au degré de la maladie.

La maladie est-elle au premier degré, on peut augurer favorablement de ses suites; mais il n'en est point de même, si, occupant une grande étendue du poumon, le son est mat et la respiration cesse de se faire entendre depuis plusieurs jours. L'on craindra, dans ce cas , que J’élat d'induration persistant, le malade ne succombe as-

phyxié.

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Le prognostic sera encore très-grave si la maladie, restant depuis long-temps au second degré, le malade perd tout à coup ses forces et est atteint de fièvre hectique. Alors l’on aura tout lieu de croire qu'il succombera à l'affection parvenue au troisième degré., c'est-à-dire à la période de suppuration. Une odeur fétide, une expectoration de matières gangrénées , de couleur gris verdâtre , l’abattement du sujet, annoncent que l'affection doit se terminer par gangrène.

Traitement. Le lraitement de la pneumonie diffère suivant plusieurs circonstances : les principales causes qui le font varier, sont : 1°. le degré de l'affection, 2°. son intensité, 3°. la forme sous laquelle elle se présente, 4°. enfin l'âge du sujet.

Ne traitant que de la pneumonie aiguë simple, je n’exposerai que le traitement de celle-ci.

Deux principales méthodes sont suivies par les praticiens ; l’une consiste dans l'emploi des anti-phlogistiques; l’autre dans celui de l'émétique administré d’une manière convenable.

Méthode anti-phlogistique. Ce mode de traitement ne consiste point dans l’usage exclusif des anti-phlogistiques; on lui associe fréquemment aussi les révulsifs.

Les émissions sanguines sont, dans la pneumonie, pratiquées par presque tous les médecins ; les uns ont conseillé les sangsues ; d’au . tres, agissant plus promptement et plus directement, ont eu recours à la phlébotomie. Il est maintenant bien reconnu que les sangsues, dans le traitement de la pneumonie, ne doivent être employées que comme auxiliaires, c’est-à-dire dans les cas où la maladie se complique de la phlegmasie de quelque autre viscère que le poumon.

La saignée n’est point pratiquée dans toutes les circonstances de cette maladie. Le début de la pneumonie est le moment le plus opportun. La quantité de sang à retirer est variable suivant l'intensité de l’affec-

tion et la force du.sujet. En général, il convient de répéter-assez fré- ; 3

à ET

aussi convenables.

- quemiment les émissions sanguines dès le début de la maladie. On

obtiendra ainsi plus facilement la résolution que par l'emploi d’un plus grand:nombre de saignées pratiquées chacune à une assez grande distance. à

Si , malgré l'usage de ces moyens, la maladie ne se termine point par résolution; si les forces du sujet s’affaiblissent de plus en plus , on à souvent recours avec succès à l'application d’un large vésicatoire. Les uns l’appliquent aux jambes ; le plus grand nombre le pose sur les parois externes de la poitrine, à l'endroit même qui correspond à l'inflammation du poumon.

Les boissons doivent être adoucissantes pendant les sept à huit premiers jours. Si, au bout de ce temps, l’on ne eoncçoit point quel-

- qu'espoir de résolution , il est bon, en même temps que l'on a recours

aux vésicatoires , de prescrire les boissons dites expectorantes, telles que l’infusion de lierre terrestre, la décoction d’aunée, de polygala, etc., etc: Les potions scillitiques kermétisées , etc. , seront

11 est des pneumoniques chez lesquels le pouls est petit, en sorte que la saignée semble contr'indiquée : c’est ici que le médecin ne doit point s'en laisser imposer par les symptômes apparens. Si le sujet, avant d’être atteint de pneumonie, jouissait d’une bonne santé, il est presque certain que l'extrême faiblesse du pouls est due à l'intensité de linflammation, et alors les émissions sanguines sont convenables ; mais si un état de débilité extrême a précédé la maladie , la saignée doit être proscrite. C’est avec beaucoup de circonspection qu’on la prescrira chez les pneumoniques d’un âge avancé , l'expérience a prouvé qu'elle leur était fréquemment funeste.

Le repos ,! une position un peu élevée du thorax, le silence nid diète, et: , sont nécessaires dans le cours de cette maladie. A l'égard de la diète, ilest bon de remarquer qu’elle ne doit point toujours être suivie dans toute l’acception du mot : une petite quantité de vin, par exemple ; sera donnée avec avantage :ux malades, qui, en pleine santé, boivent des liqueurs spiritueus *'en abondance.

* Méthode par l'émétique. Le tartre stibié a été administré depuis longtemps à dose vomitive. [l'est encore difficile d'apprécier l'efficacité de cette méthode : les expériences comparatives manquent ; en sorte que l’on suit tout naturellement la voie la plus connue et la plus ancienne (méthode anti-phlogistique. } Toutefois , les résultats annoncés par M. Laënnec inspirent le désir de mettre en usage un genre de médication qui, d’après lui, a été suivi de nombreux succès.

Voici le mode suivant lequel M. Laënnec administrait le tartre stibié : il pratiquait d'abord une saignée , ét faisait donner immédiatement après un grain de tartre slibié dans deux onces d’infusion de feuilles d'oranger ; il prescrivait cinq autres doses d'émétique dans la même infusion ; chacune était donnée de deux heures en deux heures.

Telle était la quantité d’émétique qui devait être prise dans un jour , quand la maladie cédait; mais si elle persistait, le remède était continué sans interruption. La dose était portée à deux grains dans les conditions les plus graves.

Dans le cas où l’émétique déterminait des vomissemens, on lui associait deux gros de sirop de diacode par dose. M. Laënnec prolongeait ainsi l'usage de l’émétique jusqu'à ce que l’auscultation lui apprit que la respiration était naturelle. tp cé

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