‹ Dissertation sur la pustule maligneChapitre 4 sur 9 · DE MA MÈRE · texte numérisé non relu

DE MA MÈRE

Regrets éternels.

A LAUBANIE.

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Synonymie. Feu persique, bouton malin, puce maligne , etc. Cette der- .nière dénomination indique assez bien l'aspect sous lequel le mal se présente tout à fait à son début. En effet, on aperçoit sur la partie où doit se développer la pustule maligne une petite tache qui ressemble à la morsure d’une puce, ou à la piqüre légère d’un insecte.

Définition. La pustule maligne est une maladie de nature gangréneuse, produite par l’inoculation du virus charbonneux , affectant la peau et le tissu cellulaire sous-jacent, caractérisée par une vésicule séreuse à base livide, placée sur une tumeur dure, circonscrite par une aréole violacée. Cette tumeur est bientôt frappée de gangrène à son ceutre , et parsemée à sa circonférence de phlyctènes remplies de sérosité roussâtre. La petitesse, la concentration du pouls et la prostration des forces accompagnent les dernières périodes de cette maladie, qui, abandonnée à elle-même, se termine ordinairement d’une manière aussi prompte que funeste.

La pustule maligne a été confondue avec le charbon par la plupart des auteurs anciens. Ce n’est qu'à une époque assez rapprochée de nous que la distinction de ces deux maladies a été établie d'usé ma

nière rigoureuse par MM. Énaux et Chaussier ( Méthode de traiter les animaux enragés, suivie d’un précis sur la pustule maligne , in- 1 2; Dijon, 1785). L'opinion de ces savans est aujourd’hui généralement adoptée , et sera cerlainement conservée ; car bien que ces deux affections soient de même nature, la manière dont elles se développent diffère essentiellement. Dans l’une ( le charbon) , les symptômes généraux précèdent ordinairement la formation de la tumeur , qui n’est que l'effet d’une dépravation intérieure des humeurs , tandis que dans l'autre (la pustule maligne) la cause est toujours externe et locale, et la tumeur est non-seulement le premier symptôme apparent , mais encore celui d’où dépend le développement de tous les autres.

On a remarqué que la pustule maligne était très-commune dans les pays où l’on élève beaucoup de bestiaux. On ne l’observe que dans les lieux et pendant les saisons où il y a des animaux affectés du charbon. C'ést en Franche-Comté, en Bourgogne, dans la Lorraine , le Luxembourg , le Dauphiné, la Brie , la Champagne, le Gâtinais ; dans les endroits bas et marécageux, le long du Doubs, de là Saône, de l'Ouche, etc. , que cette redoutable maladie exerce le plus ses ravages. C’est pendant des années chaudes et humides, lorsque les pâturages ont été submergés par le débordement des rivières , lorsque les foins sont vasés , rouillés, chargés d'insectes pourris, de renoncules et autres végétaux malfaisans, qu’on voit se développer chez les bœufs, les. moutons, etc., une fièvre gangréneuse très-aigué, qui les fait périr en peu de temps, quelquefois sans qu'il paraisse aucun symptôme extérieur ; mais d’autres fois on voit sur différentes parties de leur corps des charbons plus ou moins volumineux, ou bien on trouve leurs viscères affectés de gangrène. Dans tous ces cas, le contact de ces animaux devient pour l’homme la cause déterminante de la maladie dont nous nous occupons.

La pustule maligne est donc toujours une maladie accidentelle et communiquée. Pour mettre cette vérité hors de doute, il me suffira de remarquer, avec le célèbre Chaussier, 1°. qu'elle n’attaque jamais que les bergers, les laboureurs, les bouchers, les vétérinaires , les

maréchaux, les écarrisseurs , etc. ; en un mot, ceux qui touchent, soignent les bestiaux, manient les peaux, lavent les laines ; 2°. ‘qu’elle se remarque constamment sur les parties qui sont habituellement découvertes, et exposées par cela même à l'impression d’un agent . extérieur : ainsi cette maladie siége au cou, au visage, aux mains ; 3°. elle commence toujours par la superficie des tégumens, s'étend successivement dans toute l'épaisseur de la peau et dans le tissu cellulaire sous-jacent, et se propage ainsi du dehors au-dedans ; 4°. la pustule maligne n’est jamais plus fréquente que dans les années où les bestiaux sont attaqués de quelques maladies aiguës de mauvais caractère ou de quelque éruption charbonneuse : c’est en été et en automne , lors de la tonte des moutons, qu'on la voit le plus ordinairement. Cependant on l’observe indistinctement dans toutes les saisons, lorsqu'il y a quelque cause de contagion. On a vu, dans les froids les plus rigoureux , des personnes attaquées de la pustule maligne après avoir manié des laines, des cuirs d'animaux, quoique morts depuis long-temps.

Cette maladie peut se contracter de différentes manières. La plus commune est le contact soit des poils, du sang, de la salive, des chairs, des dépouilles d’un animal attaqué ou mort d’une affection charbonneuse. Les paysans de certains pays, qui ont l’habitude de fouiller leurs bestiaux affectés du feu pour extraire du rectum les excrémens durcis, ou pour y faire avec leurs ongles une espèce de saignée locale, s’inoculent souvent cette maladie.

M. Thomassin (Dissertation sur la pust. mal. ) rapporte qu’une femme, pansant son mari, et s'étant essuyé la joue avec les doigts imprégnés de la sérosité âcre qui suintait des vésicules , s’aperçut deux heures après d’une tumeur à la joue qui fit des progrès alarmans.

Un vétérinaire, faisant l'ouverture d’un bœuf mort du charbon, porta imprudemment sa main teinte de sang à son visage, naturellement couvert de boutons. Il survint un érysipèle charbonneux , ac-

compagné de frisson , de nausées, de syncopes, auquel il succomba.

La pustule maligne survient très-souvent à la suite de piqûres d’insectes qui se sont reposés sur les cadavres d'animaux en putréfaction, sur des charbons ou autres affections gangréneuses.

Les bœufs qui ont fait de grandes routes, qui ont été surmenés , mal nourris, sont atteints d’une maladie qui leur enlève leur force , qui fait perdre le poli de leur poil; ils ont les yeux injectés, la respiration brûlante, etc. ; et dans cet état ils peuvent communiquer la pustule maligne aux personnes qui les touchent. On a remarqué que la chair de ces animaux, après la coction, donne rarement lieu à cette maladie. La science possède un assez bon nombre d'observations à l'appui de ce fait. :

On trouve dans les opuscules de Morand l'histoire de deux bouchers de l'Hôtel des Invalides qui furent affectés de pustule maligne à la face pour avoir tué et dépécé deux bœufs qui avaient paru parfaitement sains. La viande fut consommée à l’Hospice des Invalides , et personne n’en fut incommodé.

Duhamel rapporte une observation de ce genre. Parmi un certain nombre de bœufs qu'on conduisait du Limousin à Paris, un des plus beaux fut tellement fatigué qu'il ne put continuer la route, ce qui obligea le conducteur de le vendre, attendu qu’il ne paraissait pas malade d’ailleurs. Le boucher qui l’acheta le fit tuer et dépécer dans l'auberge même par son garçon. Celui-ci, ayant mis son couteau dans la bouche, fut atteint quelques heures après d’une tuméfaction trèsconsidérable de la langue , et son corps se couvrit de pustules noirätres : il mourut le quatrième jour. L'aubergiste, ayant été piqué à la main par un os du même bœuf, eut au bout de quelques heures une tumeur livide à l'endroit piqué, et il mourut sept jours après. Sa femme et sa servante furent également affectées de pustule maligne, l'une à la main, et l’autre à la joue, pour avoir reçu du sang sur ces parties. Toute la viande du bœuf fut néanmoins vendue ; plus de cent personnes en mangèrent sans en être incommodées.

M. le professeur Boyer, dans son excellent Traité sur les maladies chirurgicales (1. 2, p. 82), rapporte que trois bouchers et la femme de l'un d’eux achetèrent à Mont-Rouge , près Paris, un bœuf mort du charbon , l’habillèrent , et le divisèrent par morceaux j qu ils introduisirent furtivement dans la.capitale. Cette viande fut vendue à l’'Apport-Paris, et les personnes qui en mangèrent n'en furent point incommodées ; mais au bout de deux ou trois jours, deux des trois bouchers furent attaqués de la pustule maligne. Cette maladie se manifesta entre le menton et l'angle de la mâchoire par un petit bouton surmonté d’une phlyctène. Un médecin et un chirurgien qui furent appelés prirent la maladie pour un érysipèle, et saignèrent du bras et du pied les deux malades, qui périrent en trois jours.

La femme fut affectée presqu'en même temps de la même maladie. Chez elle, la pustule se manifesta à la partie antérieure et supérieure du cou, sous la base de la mâchoire inférieure, et fit des progrès rapides. MM. Boyer et Larrey, ayant été appelés, firent des scarifications sur la partie gangrénée, touchäkent le fond des scarifications avec le muriate d’antimoine liquide, et administrèrent à l'intérieur des fortifians et des cordiaux. La malade éprouva du soulagement dès le lendemain ; les escharres se détachèrent, et la guérison ne tarda pas a être complète,

Chez le troisième boucher, la pustule maligne se déclara à la partie moyenne de la joue droite : on appliqua la pierre à cautère, et le malade fut promptement rendu à la santé.

Si, dans les cas que je viens de rapporter, la viande de ces animaux. introduite dans l'estomac, n’a produit aucun accident fâcheux, il en est d’autres au contraire où elle a donné lieu à des gan:rènes internes, d'autant plus dangereuses qu'elles sont hors de la portée de nos moyens thérapeutiques.

Il paraîtrait, d’après les observations de MM, Énaux et Chaussier , que le vice charbonneux est moins actif porté dans-les poumons par l'acte de la respiration, que lorsqu'il est introduit dans les voies alimentaires. Dans ces cas il a donné naissance, tantôt à une fièvre

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maligne, qui s’ést terminée par des évacuations très-fétides et des taches gangréneuses à la peau; tantôt la nature, après des efforts réitérés, a rassemblé , en quelque sorte, le virus dispersé dans l'économie animale, pour le déposer sur quelque partie extérieure, où il a produit des charbons ou des dépôts gangréneux. Cela tient sans doute à ce que la cause délétère qui s’exhale du corps des animaux malades est absorbée en quantité moins grande que dans les circonstances où elle est immédiatement appliquée sur un organe.*

Quelques auteurs admettent, avec le docteur Davy-la-Chevrie { Dissert. sur la pust. mal. de Bourgogne, 7 janvier 1807 ), deux variétés de pustule maligne; 1°. variété déprimée, 2°. variété proëminante. Dans la première, il ne se forme aucune élévation à la peau, etil ne se manifeste aucune tumeur dans les premiers jours ; le point affecté s'endurcit , et semble même être au-dessous du niveau de la peau. Dans la seconde, au contraire, il existe une tumeur sous la forme d’un tubercule placé sur un gonflement qué l'on pourrait regarder comme œdémateux et mou. M. Davy-la-Chevrie pense que la variété déprimée est le résultat du contact d’un corps sain avec un malade ou sa dépouille. T1 attribue la variété proéminante à la piqüre d’une mouche ou d’autres insectes.

Cette distinction nous paraît tout à fait mal fondée; car ces deux prétendues variétés de la mêine maladie ne présentent absolument aucuné différence dans leur nature; elles offrent les mêmes symptômes, la même marche, la même terminaison. Il devient done, suivant nous, très-inutile de les décrire isolément. Dans la variété déprimée, le centre paraît enfoncé en raison de l'élévation de l’aréole et du boursoufllement du tissu cellulaire environnant ; dans la proéminante, le centre paraît plus élevé, en raison de l’applatissement de l'aréole vésiculaire. |

Bayle, dans sa dissertation sur la pustule gangréneuse, présente uh grand nombre d'observations, qui tendent à prouver que la pustüle imaligne peut se développer spontanément et sans contagion. L'opinion de ce médecin a été combattue par MM. Boyer, Reydelet, etc.

(un) M. le professeur Marjolin pense que cette affection n’est qu’une va-

riété du charbon, avec lequel elle a beaucoup plus de ressemblance qu'avec la pustule maligne. ( Dict. 18 vol.)

Causes.

Il résulte de ce qui précède que la pustule maligne est toujours l'effet d’un virus particulier introduit dans l’économie animale , soit par simple contact , soit par inoculation , etc. On ne peut donc assigner à cette maladie qu'une seule cause, identique dans tous les cas.

Symptômes , marche.

La plupart des auteurs divisent la marche de la pustule maligne en quatre périodes , division qui sans doute n'est pas toujours bien rigoureusement tracée par la nature , mais qui est d’une utilité incontestable pour en donner une description claire, et en même temps pour bien faire apprécier les symptômes et les progrès du mal.

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