LA TI PÈRE
L’aspect dû serpent épôûvante tous les âmmaüx; ceux mêmes ^jûi n’en eonnaissent pas le danger, ou qui n’ont point à redouter ses atteintes, reculent à la TÛe de ce reptile. Ge n’est qu’après plusieurs tentatives, et après ÿ avoir été fortement excités, que les chiens de chasse les plus intrépides saisissent la couleuvre j le plus faible et le plas innocent de cette dasse d’ânimauXi
L’homme, considérant sa puissance et ses armes, maîtrise cette frayeur ; cependant il n’est presque jamais capable de résister à la subite impression que lui cause la vue d’un reptile; U ne peut se défendre d’un sentiment de crainte, ou au moins de surprise, à l’aspect d’un animal qui tout à coup se dresse en siifflant, le regard fixe, Tœil étincelant, dardant sa langue avec la rapidité d’un trait.
Le naturaliste reconnaît aussitôt l’espèce, et distingue d’un coup d’Ceil l’animai innocent du serpent venimeux.
Dans notre climat la vipère est le seul reptile que nous ayons à redouter; aussi a-t-elle, dans tous les temps, fixé l’attention des médecins et des naturalistes.
Les caractères qui distinguent ce reptile de la couleuvre et de
Forvet, inconnus des personnes non instruites, et ayant souvent donné lieu à des méprises fâcheuses, je crois ne pouvoir me dispenser d’entrer dans quelques détails sur ces derniers. Afin d’éviter des répétitions fastidieuses, je commencerai par des généralités, en indiquant les caractères qui leur sont communs; après quoi je parlerai de chacun de ces reptiles en particulier, des effets du venin de la vipère sur l’homme, et du traitement qui convient.
Caractères communs à la vipère y a la couleuvre y et a V orvet.
Les reptiles que l’on rencontre dans notre pays sont la vipère, la couleuvre, et l’orvet. Comme tous les serpens, leur corps, couvert d’écailles, est allongé, presque cylindrique, et très flexible.
On les trouve aux environs de Paris et dans toute la France, principalement dans les pays montagneux, pierreux et couverts de broussailles, au printemps et pendant toute la belle saison. C^est après une petite pluie, lorsque l’atmosphère est chargée d’électricité, qu’on est plus sûr de les rencontrer; ils se tiennent ordinairement auprès des chemins, des petits sentiers; là, roulés en spiral ou entortillés de difierentes manières, ils attendent patiemment leur proie. Au moindre bruit, ils s’étendent, lèvent la tête, dardent leur langue, rampent et s’élancent, soit sur leur victime, soit pour éviter le danger; ils ont ordinairement leur trou dans les buissons, dont ils ne s’éloignent jamais beaucoup. Leur tête est peu distincte du reste du corps; la queue est plus ou moins longue, selon l’espèce de reptile à laquelle ils appartiennent. Leur langue est noire, bifürquée, cachée dans l’état de repos sous une masse charnue, placée entre l’arcade alvéolaire inférieure; elle est molle, très-flexible, susceptible d’une grande dilatation, incapable de faire du mal comme le pense le vulgaire ; l’animal la rentre et la sort avec tant de rapidité, qu’on la croirait à quatre divisions. Les mâchoires sont mobiles et peuvent s’écarter étonnanament; et, lorsqu’elles le sont autant qu’elles peuvent l’être, elles présentent une ouverture considérable.
Le rampement de ces reptiles est plus ou moins rapide; ils l’exécutent en décrivant des sinuosités de droite à gauche, et vice versa, prenant un point d’appui sur la queue , lorsqu’ils veulent porter la tête en avant, et sur les parties voisines de la tête, lorsqu’ils veulent approcher la queue; ils peuvent aussi nager, quoiqu’ils n’aient ni jambes ni nageoires. C’est à tort que l’on a dit qu’ils sautaient ; ce qui sans doute a accrédité cette erreur, c’est la rapidité avec laquelle ils fuient, principalement lorsqu’ils sont sur la pente d’une colline. Il leur est impossible d’abandonner le sol; ce n’est qu’en déployant les sinuosités que décrit le corps, qu’ils paraissent s’élancer. Pour que la queue abandonne le plan sur lequel elle est placée, il faut que le corps prête un point d’appur.
Les yeux sont petits et très-brillans, recouverts par un rebord saillant, très-mobiles dans les orbites; l’iris, d’un jaune doré, est percée pour le passage des rayons lumineux. La pupille est noire; la tête, le corps, la queue, sont recouverts d’écailles lisses, plus ou moins larges, très-brillantes, disposées par lignes , et comme imbriquées.
Leur nourriture est presque toujours animale; les insectes, les vers , les coquillages, les petits volatiles, les grenouilles , les crapauds , les petits quadrupèdes, etc., leur servent de nourriture. Iln’est pas rare de trouver dans l’estomac des reptiles des animaux dont le volume excède de beaucoup la grosseur de leur corps; ils avalent leur proie sans la mâcher, eu commençant assez ordinairemerit par la tête; ils digèrent avec une lenteur incroyable; ce qui sans doute cause cette odeur fétide qu’exhalent plusieurs reptiles, que l’on attribue à tort à une odeur naturelle; si on les laisse long-temps sans manger, ils perdent cette fétidité. On a trouvé chez quelques-uns qui n’avaient pu avaler qu’incoinpîètement leur proie, la partie exposée à l’air ayant déjà éprouvé un commencement de putréfaction, tandis que la partie avalée n’était pas encore entièrement digérée. Ces animaux ont aussi la faculté de suspendre momentanément leur respiration ; ce dont
on ne doit pas être surpris , si on se rappelle rénorme capacité de leurs poumons.
Rédi en a placé sous le récipient de la machine pneumatique ; tandis qu’on faisait le vide, ils enflaient, bâilM ;nt, se désenflaient, se débattaient, rendaient de l’écume par la bouche, et ne mouraient qu’au bout de quatre à cinq heures, la bouche béante.
La mue de ces reptiles se fait deux ou trois fois par an , au prin^ temps et en automne. Lorsqu’elle est pour se faire, les mouvemens deviennent plus lents , la cornée devient blanche, et perd sa transparence ; la peau perd son brillant, et devient plus brune : l’animal paraît engourdi ; il reste quelques jours dans cet état. Pour se débarrasser de son épiderme, il rampe entre les pierres, dans les broussailles, où il le laisse. Alors on trouve sa dépouille percée en plusieurs endroits , conservant la forme de l’animal, ne représentant qu’une enveloppe très-mince, formée d’un grand nombre d’écailles accolées les unes aux autres. Après la mue, les couleurs sont plus vives et plus brillantes qu’au paravant.
Parmi ces reptiles, les. uns sont ovipares , et les autres vivipares. L’accouplement a lieu deux fois par an.
Description de la couleuvre.
La couleuvre est beaucoup plus commune dans notre climat que la vipère ; pour une vipère que l’on rencontre , on trouve sept à huit couleuvres.
Çe reptile offre pour caractères des plaques transversales sous le ventre , de couleur brune , parsemées de taches d’un blanc jaune ; deux rangs de demi-plaques sous la queue, disposées par paires; une tête couverte d’écailles plus larges que celles du^orps ; le dos d’un gris cendré, brillant, sans ligne en zigzag; des dents presque égales, sans crochets à venin ; une queue conique , terminée en pointe.
La tête est plus ou moins aplatie, représentant ordinairement un ovale étroit dans sa partie antérieure, et comme tronqué à son ex’-
trémité postérieure; elle n’est jamais aussi large que celle de la vipère, et ne peut, dans la colère, acquérir uue aussi grande dilatation. Les écailles qui recouvrent la tête, au nombre de dix, sont disposées par lignes transversales dans l’ordre suivant : une seule écaille recouvre le bout du museau, et forme la première ligne ; on en voit deux sur la deuxième et la troisième ligne, trois sur la quatrième , et deux sur la cinquième ; ces écailles sont d’autant plus larges qu’on les examine plus près du cou.
Le volume du cou est peu différent de celui de la tète et du corps- Les cotés de la mâchoire supérieure, sont parsemés de taches alternativement blanches et noires ; ceux de la mâchoire inférieure sont régulièrement blancs. Le dos et tout le reste du corps sont couverts d’écailles hexagones, avec ou sans ligne en forme de carène, d’autant moins larges qu’on les examine plus près dés extrémités. Sur les côtés , à la réunion des plaques ventrales avec les écailles qui recouvrent le dos, on remarque assez souvent des petits points noirs disposés sùr une ligne qui se porterait depuis la tête jusqii’â la queue. Sur le milieu du dos, et de chaque côté des apophyses épineuses des vertèbres, on voit deux autres séries de petits points noirs à peine apparens, qui sembleraient indiquer les traces de la ligne en zigzag que l’on observe sur la vipère. ■ . : ^ ; % ;
Les mâchoires sont garnies de dents ; toutes de-la nième longueur, petites, très-pointues ét dirigées obliquement en arrière, disposées en forme d’arcade interçéptée à;;sâ partie antérieure; de^manière à laisser passer la langue sans/ouvrir la bouché. Deux rangs garnissent la mâchoirelnférieure ; et quatre la mâchoire supérieure. La direction des dents oblige l’animal à écarter considérablement les mâchoires lorsqu’il veut'enfoncer ses dents dans le corps qu’il saisit;'et lorsqu’elles, ont pénétré, il est très-difficile de s’en débarrasser;; à moins de forcer le reptile à ouvrir la bouche, ou de casser les dents, qui paraissent se reproduire. Quoique implantées solidement dansiles os delà mâchoire et très-pointues , l’animal ne les introduit qu’aveci difficulté dans un corps qui présente quelque résistancei J’ai donné
plusieurs fois mes doigts à mordre à de grosses couleuvres, jam^iîs elles n’ont pu percer la peau ; ce qu’il fout attribuer ou à la disposition des dents , ou au défaut de force dos muscles qui resserrent les mâchoires. C’est à tort que le vulgaire per»se que la couleuvre est à craindre; c’est peut-être l’animal le plus innocent que nous ayons enFrance; avec la meilleure volonté de le faire, il lui est? impossible de causer la moindre blossure î la mouche est plus à redouter que ce reptile.
lorsque la coudeuvre^ aperçoit le danger, elle fuit avec rapidité jus- <|u’à; ce qu’elle n’ait plus à eraindîre, rampant continuellement, sans s’ai’rêter et sans siffler, comme fait la vipère;; ce n’est que lorsqu’on la safeit que la couleuvre à collier: ( co/»3er natrix } siffle quelquefois.
L’^accouplèment sie fait deux fois? par an ; ces animaux se recheiv chentv et^se réunissent au soleil sur un terrain uni ;= s’entortillant de difierenles manières, ils s’accouplent par un vrai coït.
Foutes ne SGDt:pas ovipares , comme l’ont pensé quelques auteurs; selon eux , elfes peuvent produire quelquefois jusqu’u quarante ceufo y quelies, déposent orclmairement dans la pailfe , le fâmier , le sable , dans une meule de foini, etc., laissant à la nature le soin de les* faire éclore. Tous ces œufs sont recouverts d’une membrane blanche, mince,.et!réunie en forme de èhapefet'Une observation qui m’est pacticuiière contredit cetteioppiion. t .
Au moisid’aoùt^ifei, j’attraf a*mne couleuvre lisse, connue dans le pays.sô;qsf le nom Aq cowieu^r'êi gmse. écaillesi paraissaient plbs? brunes; que dans l^tat ; naturel^; la cornée était -'blanche^ ; ce iqui me faisait prcsnmep qu’elle devait changepi <fo peaUi: pour- la consei’veni je la-'nalissdan^u^ bocal rei®pplide?;mousseî oùiellbjresfâ?deu^\•oo^trois^ jours corameengourdie. Tbutià-coup je remarquai quiclle était; pluai vive^ plustammée ;lesœoufeursétaient plusfocillantes;; sesjyeusavaient' recouvré leurs transparence : je trouvai dansi la mousse la peau qu’elle ^ avait abandonnée. Huit ou dix jours après;, toutisurprifr de vofo> dans la mousse.cinq petites couleuvres; dont 1^ unes, plus-dévelopti
pées que les autres, exécutaient quelques- mouvemèns; les autresi moins rigoureuses, n’eurent pas qssez de force pour se,dérouler, et restèrent dans cet état, quoiqu’elles ne fussent pas contenues dans une enveloppe. Elles ne vécurent que quelques instans ; pouij;les cpm server je les mis dans l’esprit devin. Douze,jours,après cette première délivrance , j’en aperçus d’autres, plus volumineuses que les premières ; les unes, très-vigoureuses, fuyaient quand on voulait les prendre, traînaient après elles une espèce de cordon filamenteux qui adhéraitau ventre ; les autres sont restéès fôuleçs, entortillées.de difTérentes manières ,^^veloppées d’une inembrane mince, transparente, moulée surelles, percée en plusieurs endroits. Ces dernières sontlnortes dàns cet état après s’être plus ou moins complètement déroulées, j’en comptai cinq de la première délivrance et huit de là seconde, différentes les unes dès autres, non-seulement par leur volume, mais par leur couleur. Les cinq de la première présentaient sur le dos deux lignes blanches séparées par une ligne noire beaucoup moins Jarge que les deux autres, et qui s’étendaient depuis la tête jüsqu’â la qùeué ; leur longueur était à peu près de trois pouces. Les huit de là seconde avaient à pèu près six pouces de long , et présentaient sur le dos quatre séries dé points noirs très-marqués, qui,s’ils eussent été réunis; eussent présèhté les zigzags qui caractérisent la vipère : lè dessbus du " venire paraissait grisd’acier poli; et lorsqu’on voulait les prendre, elles se. redressaient eiii^ifilant; Elles, ont vécu; à peu près trente ou quarante jours ; pendant ce temps selles avaient acquis Iq douhle de leur volume, quoiqti’elles n’enssent pas pris dc'nourriture.. La^mère vécut peu .de .temps iaprès cette dernière; délivrance ; selle diminua considérablement-de volume; la peau du, ventre ne se resserra point., elle resta molle , comme, chiffonnée. Cette couleuvre , . quL dans les premiers temps se jetait sur mes doigts , essayait à me mordredorsque je la prenais.^^, devint lente, moins vive, et mourut après fix semaines ducaplivité. ... ^ --o:- .
La couleuvre çst susceptible d’|^çquéc)ç:UU yolumç, ossejî..cou|;idç-, rable. J’en ai vu qui avaient jusqu’à trois pieds de long. La queue de
ce reptile, par rapport au corps , est plus longue que celle de la vipère j et se terminé beaucoup moins brusquement en pointe.
Il y a un grand nombre dé variétés de couleuvres ; celles que j’ai rencontrées dans notre climat sont, la couleuvre à collier, la couleuvre vipérine, et la couleuvre lisse.
La couleuvre à collier [coluber natrix) présente cent soixantedouze plaques abdominales, et soixante-six paires caudales ; le corps est d’un gris cendré, recouvert de petites écailles carénées, marqué par quatre séries longitudinales de taches noires, dont les latérales sont les plus grandes ; chaque côté du cou est empreint d’une plaque d'un blanc jaunâtre en forme de collier, qui lui a fait donner sou nom, derrière laquelle on en voit une autre noire, disposée de la même manière. Celte espèce atteint ordinairement deux à trois pieds de long : on la connaît sous le nom de serpent a collier^ à'anguille de haies J de serpent (d eaUj de serpent nageur : elle siffle avec force dans les momens de colère, darde sa langue, anime son regard; et répand, quand on la touche, une odeur fétide. '
« M. Lacép 'ede rapporte qu’en Sardaigne on l’élève et on la nourrit dans les maisons, qu’elle n’est pas insensible aux caresses; s’approchant doucement de ses maîtres, elle se cache sous leurs habits, s’entortille autour de leurs bras, de leur cou, suce leur salive, etc. » Je n’ai jamais pu l’accoutumer à cette familiarité.
La couleuvre vipérine a cent cinquante-trois plaques abdominales ^ et quarante-sept paires caudales. Son corps est roussâtre en - dessus , avec des taches en losange sur le dos , noirâtres dans leur contour , jaunâtres dans leur disque ; il offre sur les flancs de petites bandes , noirâtres ,'et plus claires au milieu : le dessous du corps est jaunâtre , avec une bu deux taches d’un noir bleuâtre. Elle atteint environ deux pieds de long.
La couleuvre lisse ressemble à la couleuvre à coliier; mâis 'sés écailles lisses, non carénées , son défaut de taches jaunes, suffisent pour la distinguer au premier examen. Elle peut atteindre jusqu’à
quatre pieds de long : c’est la plus grosse de celles que j’ai rencontrées.
L’orvet, ou orvert, est très-facile à distinguer des autres reptiles; le premier coup-d’œil suffit pour le faire reconnaître. Sa forme est arrondie; sa longueur n’excède jamais dix-huit pouces; sa tête est arrondie et se termine en pointe mousse, ses yeux sont petits, ses mâchoires garnies de dents très - petites ; sa langue est également fourchue : la tète, le corps et la queue sont couverts d’écailles trèspetites , et toutes de la même forme et de la même grandeur; le ventre n’est point garni de plaques, mais d’écailles un peu moins foncées en couleur que celles du dos ; sa queue n’est pas pointue comme celle de la couleuvre et de la vipère, elle est mousse et comme tronquée ; ce caractère seul suffit pour le distinguer. Le dessus du dos est brun, légèrement coloré en rouge , et très-brillant, assez semblable a de l’oxyde rouge de fer. Le milieu du dos est marqué par une petite ligne longitudinale qui s’étend depuis la tête jusqu’à l’extrémité de la queue.
Son rampement est beaucoup plus lent que celui dés autres reptiles t lorsqu’on prend l’orvet, il se roidit, et est très-facile à casser.
Description de la vipère.
Les naturalistes ont souvent compris sous le nom de vipère plusieurs reptiles assez différens par leur couleur et par le nombre de leurs plaques , mais qui paraissent tous mériter le nom de vipère commune [vipefa berus, ou coluher berus).
Ce reptile a'fixé l’attention de tous les savans, et a été l’objet direct de leurs travaux ; sans doute parce qu’il est plus multiplié en Europe, et qu’ils ont eu plus fréquemment occasion d’observer sa dangereusé morsure.
Ses caractères consistent à avoir des plaques transversales sous le ventre . deux rangs de demi-plaques sous la queue, des crochets
à venin à rextféitiité antêrietàltè de la mâchorre supérieure, et une ligne en zigzag sur le dos.
« Elle est aussi petite, aussi faillie et aussi innocente en apparence, dit M. Lacépède J que son venin ëst dangereux. N’ayant ni couleur agréable, ni mouvement agile, elle serait peut-être ignorée, sans le poison funeste que ses crochets coniiennént ^ et qu'ils inoculent avec une promptitude incalculable , lorsqu’elle’ a lilofdu Un animal, »
Sa longueur totale est communément de deux pieds ; celle dë la queue de trois-à quatre pouces, et ordinairement cette partie dU corps est plus longue et plus grosse dans le mâle que dans la femelle; sa couleur est bleuâtre ou cendrée; sa peau, écailleuse,luisante, présente depuis la télé jusqu’à l’extrémité de la queue une sorte de chaîne composée de plaques noirâtres, de fornïe irrégulière , au nombre denviron quatre-vingt-deux, qui, en se réunissant eh plusieurs endroits les unes aux autrès , forment une eépècë de bàhde eh zigzag.
De chaque côté du corps, on voit une rangée de petites taches noirâtres qui correspondent chacune aux angles rentrans de la bande en zigzag, et une ligne noire transversale derrière les yeux ; ses plaques abdominales sont au nombre de cent quarante à cent cinquante-cinq, et ses plaques caudales au nombre de trente-neuf paires, toutes d’un noir bleuâtre, avec le bord plus pâle ; ce qui leur donne le reflet de l’acier poli.
La tête en cœur, sensiblement plus large que le corps, est susceptible de s’élargir d’une manière notable dans la colère ; elle est un peu allongée, déprimée, faiblement amincie vers le museau, qui est obtus, recouvert dé plusieurs écailles. C’est à tort qu’on l’a comparé à un groin de cochon, en disant qu’il est relevé et recouvert^ d’üne seule écaillé ; on remarque sur cette extrémité quatre ou pinq f petites plaques, dans l’une desquelles est percée chaque narine- 4
peu de- distance du inhsèàu est ühé’ petîtè raie "transversale plus foncée, et deux àutrès dei^ièïé le%eùï sé prolongent en dîver-
géant vers la base des côtés de la mâchoire, et rèprésètttèht âsSez biéâ pn F Ces lignes sont séparées par nne tache noirâtre en forme defêcde -lance. Lé bord de la mâchoire supérieure est blanc tacheté dé noir j celui de rinférieure est noir. Lsf moitié postérieure dé la fêté , plus large, est converle de petites écailles héxagoheâ qui se prolongent jusqu’au cou. Le dessous dè la mâchoire inférièurè est garni (îé deux grandes plaques blanchèS ovales, situées VetS l’extrémité antérieure, environnées d’autres écàîlles* béaucoup plus petites : lé Cou eït séhsibiement plus petit que la tête et lé tronc.
Jamais lâ vipère n’attaque l’homme ni les gros ânitnâUi saris être provoquée; ce nest que pour se défendre qu’elle fait usagé de séS” arrnes ; elle fuit ordiiiairemenl à raspect du danger. Lorsqu’on l’ap-^ proche, elle se dresse sur sâqUeue, élargit sa tête ; ses yéux deviennenf brillans ; elle darfle en sifflant sa langue fourchue, sc courbe sur ellêmême , et lorsqu’elle croit pouvoir atteindre son ennemi, elle lancé sur lui avec ia rapidité db’untrait ysans saiïter, comme l’ont écrit quelques auteurs. Son rampement n’est pohit continuel,‘el'le l’iïiterrompT par intervalles,en se dressant comme pour menacer son ennemi.On peut sans danger la prendre a^ec les mains , en la saisissant assez près de lartête on par rextrémitê de la queue. Bans le prëmièr càs, elle nâ' point assez de force: pour se débarrasser ;■ et dans le second, elle 1 !^’ point assez de mobilité dans la colonne vertébrale pour se replier sU¥ elle-même comme font quelques réptlles. Si M; avec la riiâm ,
a pu prendre vivans des sérpens d’Amérique sâUs qu’ils aient entassez de force pour se dégager, comment n’arrêtéràit-oh pâs'üné débile vipère. Le plus léger coup: de baguette appliqué sür la* colonne vertébrale suffit pour îa rompre, on du moins sü^pe¥rdré pour quelques instans le rampementi Les chiehs , lésr vaches^, et prést|Ué tous les autres animaux iu fuient', à- l’ëJîceptiôn du- cochon , dh‘ hé^rotï, et dé quelques autres animaux, qui les r'echérchéht péür en faire leur proie.
Les :dents dé la vipère sont au'nombre de vingt-hUit aux-brànClïë'S palatalesv disposées sur une seule rangée, et dé vingt-quatre à la-iiià-
choire inférieure. Les deux rangées externes de" dents que l’on observe sur la couleuvre à la mâchoire supérieure sont remplacées dans Ja vipère par deux dents mobiles très-dilFérenles des autres. Il est rare que chaque dent ait plus de trois lignes de longueur ; son diamètre à sa base ,n’a guère plus d’une demi ligne ; sa figure est celle d’un cône, dont la base correspond à la mâchoire, et le somUiet est libre, présentant une courbure dont la convexité est en avant, et la concavité en arrière. Cette dent se termine en une pointe fort aiguë, vers laquelle, perdant insensiblement de sa courbure, elle finit par devenir presque droite. Dans la concavité de ce crochet, on peut voir, même à l’œil nu, une cannelure , quelquefois un trou qui, partant de sa base , vient s’ouvrir à son extrémité libre; à l’insertion de chaque dent , on en voit deux ou trois autres plus petites que les premières, couchées sur la vésicule qui sert de réservoir au virus, de même forme que les premières, moins dures, qu’elles paraissent destinées à remplacer lorsqu’elles viennent à se casser; chacun de ces crochets est couché sur la vésicule dans le repos , et se redresse dans la colère.
La liqueur vénéneuse est sécrétée par deux glandes placées der^ rière le globe des yeux, et versée dans la vésicule au moyen d’un con.dîtiit excréteur. Cette vésicule s’éten de la mâchoire inférieure à la supérieure. Recouvrant les racines des grosses dents, sa capacité ne peut jamais contenir plus de quatre à cinq gouttes de virus ( deux grains environ ), qu’elle n’introduit entièrement qu’après plusieurs morsures. Cette vésicule s’attache à l’extrémité postérieure des os de la mâchoire inférieure, et delà , s’implantant à la racine des grosses dents et sur les os de la mâchoire supérieure, se fixe à la base des crochets, autour desquels, elle .formé une espèce de bourrelet comme dentelé ; la.face de cette vésicule qui correspond à la bouche est recouverte d’un petit muscle aplati, qui s’attache d’une part à l’extrémité postérieure des os de la mâchoire inférieure , et de l’autre au crochet correspondant. Les usages de ce muscle, sansdoute, sont de comprimer la véhicule qui sert de réservoir au venin , et de le forcer à sortir|)ar
l’ouverture de la dent. La pression de la mâchoire sûr la vésicule^ pendant la morsure contribue aussi à l’excrétion de ce fluide. / ; ;
Le venin delà vipère est jaunâtre, un peu visqueux, comme une liqueur muqueuse. Fourcroy dit que son Onctuosité sé rapprOéhe en apparence d’un liquide huileux.: il est inodore, s’épaissît promptement à l’air , et devient semblable à de la gomme arabique qui s’est séchée après avoir été dissoute ; inis sur la langue, il laisse üiie sensation semblable à éelle de la graisse fraîche. Il ne rougit point la teinture de tournesol ; il n’est donc point acide : il; ne verdit point le sirop de.violette , ne fait poirit efiervescence avec les acides ; il n’est donc point àlkalin. ; v jr
Méad assure qu’il produit de l’inflammation et occâsiôriné une tuméfaction plus ou moins considérable; si on l’appliqué sur la laüguë. Fontana^ qui en a goûté plusieurs fois , atteste au contraire qù’il n^'à aucune saveur déterminée, et qti’il n’y excite point d’inflammation. Il n’est ni âcre , ni brûlant comme celui de i’abeille Vil lâib^e néanmoins une sensation qui duré lobg-temps. J -
Le venin .de la vipère , selon Mead ^ appliqué dans une pîaie sur un animal vivant, y détermine des douleurs très-vives; j’ai introduit, aü moyen d’une lancette, ce virus dans une petite plaie que j’avais faite sous le ventre d’un chat : l’animal ne témoigna d’autre douleur que celle que lui causa l’introduction de l’instrument dans la peau ; dès que je l’eus lâché, il parut tout aussi gai qu’avant l’opération, et n’éprouva pas le moindre accident par la suite. ,
Lorsqu’on le met dans l’eau, il va au fond du vase à la manière de quelques huiles pesantes; il y conserve quelque temps sa- couleur, sa viscosité, et son existence particulière; mêlé avec l’eau, il la trouble et la blanchit, légèrement ; l’eau cî^aude le dissout après; Ja dessiccation ; l’alcohol ne le dissout pi? ; il ne se coagule,pas par ,l’eau bouillante ; sa dissolution aqueuse se précipite par ralcohoi. Ce venin a tant d’analogie avec la gomme, que Fontanq, le nomjyie, gomme animale. Cette liqueur jaune et jgaeurtrière que fournit la vipère
il’est poiiit inflammable, soit qu’on la jette sur les charbons, soit qu’on l’approche de la flamme d’une chandelle.
,;Ce poison conserve ses propriétés malfaisantes, pendant des années entières , dans la cavité de la dent, sans perdre ni de sa transparence ni de sa eouleur : on cite des exemples de personnes qui ont éprouvé des acçidens fâcheux pour avoir touché des têtes de vipères même long-temps après leur mort; ce qu’il faut attribuer à ce que le venin qui était logé dans la cavité de la dent, ou desséché à sa surface extérieure i dissous par lé sang j est porté da^is la plaie.
-Rôtirfaire croire qu’ils avaient un antidote contre ce poison, on a vu des charlatans s’exposer impunément à la mofsure des vipères : il est probable qu’auparavant ils avaient le soin de boucher les trous des dents, en faisant mordre à l’animal une pâte préparée pour cet usage.
« J’ài essayé moi-même, dit , à faire mordre impunément
« des animaux ; pour cela je préparai une pâte avec la poix , la téré- « benthine et la cire jaune : je fis inordre plusieurs fois deux vipères, « qui furent énsuite quelques jours sans pouvoir faire mourir aucun « âhîmâl. Je trouvai eneflfet que leurs dents, vers la pointe, étaient « plëîhès de cette pâte gluante, qui bouchait l’brificé par où le venin « devait sortir. »
Lorsque la vipèfe veut mordre, elle ouvre considërabiement la bouché , et la laisse béante quelques instans avant de rapprocher les ÈQâèhôirés; elle relève ses deux crochets, qui étaient couchés sur la vésicule, darde sa langue eh sifflant, se presse sur la queue, et se précipité sur son ennehïi, lérsqucHe est sûre de l’atteindre.
Le venin dé la vipère nest point un poison pour toutes espèces d’aninîàux : il est sàùs effet sur les sangsties, l’aspic, l’orvet et là couleuvre; le béton, le cochon souflfrentcelte morsure sans éprouver le tnoindre acéidenL ^ ‘ .
La vipère èkt d’àütant plus â craindre qücîlé est plus vigoureuse, qù’il y a loùg teihps qu’elle à vidé ses vésicules : en hiver on peut prendre cetaüiriial sans danger ; engourdi par lé froid, il ue réèouvre
sfs mouveméns qu’aprës avoir étéi'éehatiffé ; soa poison est beaucoup moins actif dans cette saison qu’en été. Le danger est encore relatif au nombre et au siège des morsures : si elles affectent un organe essentiel à la vie, le blessé peut mourir en quelques instans.
De nombreuses expériences faites sur les animaux vivans tendent é prouver que le venin de la vipère n est constamiiaent mortel que pour de très-petits animaux. Ün moineau meurt en cinq ou huit minutes, un pigeon en huit ou douze; un ©bat rnsiste quelquefois, un mouton très-souvent ; à plus forte raison, l’homme doué d’une Constitution robuste ne devrait pas craindre. D’après ses calculs, établit qu’il faudrait trois grains de venin pour faire mouiir un bomme ; une vipère n’en contient dans ses vésicules qu’environ deux grains, qu^elle ne peut épniser qu’aprés filusieursmorsuressuècessives. L’honirae devrait donc être tou|ours à l’abri des suites fâcheuses de ©e virus. Il n’en est pas malheurëusement toujours oinsi ; on â vu des hommes mourir à la suite d’une morsure de f une des extrémités.; La morsure de la vipère, dit ce célèbre physicien, porte l’horreur de la mort chez ïeS personnes blasées ♦ et jette les familles dans lepouvante. tia persuasion que la maladie est mortelle et qu’il n’y a pas un moment a perdre , fait que l’on applique des remèdes ou violens ou nuisibles; la crainte même peut augmenter la maladie. Il y a eü des personnes qui s’apercevaient à peine d’être mordues aux maiusoh-aux pieds , mais qni, ayant vu unmomentaprès une vipère 4 côté d’elles, sont tombées en défaillance. En général , les animaux qui paraisserd: le plus craindre la morsure de la Vîpèïe , et qui tremblent â sa seule vue, meurent f^us facilement. Les chiens,^ qui s irritent quand ils sont blessés, et qui s’élancent avec fureur contre les vipères, résistent aussi davantage â ce venin. On ne peut pas dOuter qûê les affections Violentes de l’âme et la crainte d’une mort prochaine ne fassent empirer extrêmement l’état de la naaladîe ; tel homme peut très-bien mourir dans ce eas, qui ne serait pas mort des seuls effets du venin. C’est donc une véritable consolation et une déccniveFte vraiment utile d’avoir examiné mieux qu’on n avait fait jusqu alors les effets
du venin de la vipère sur les animaux de dilFérentes grosseurs et sur rhomme.
Accidens occasionnés par la morsure de la vipère.
‘ Lès açoidens. que produit le. venin de la vipère se manifestent suirlë-champ ,.et âvec,des symptômes alarmans, quoiqu’ils soient trèsparement: funestes. ;Les uns sont locaux;, les autres, généraux. G’est toujours par Ies,prem.iers que. le désordre commence.
Dès/qu!une personne est mordue par une vipère, elle éprouve aussitôt dans; l’endroit de la morsure une douleur vi.ve , qui , comme un trait de feu , se répand dans tout le membre; et même jusqu’aux organes internes ; peu après ; l’endroit blessé se tuméfie, devient rouge ; quelquefois la tuméfaction se borne aux environs de la plaie; mais le plus ordinairement elle s’étend au loin, et gagne promptement tout le' membre qui a été mordu, et même:lè trône. Bientôt les accidens sont portés an plus haut degrn; il;S'élève auxnnyirons de la plaie des ph.lyclènes semblables a îcelles de la brulüre:;,'et souventiil endécoule unediqueur aâiîieuse.;:Peu après,, la douleur diminue, l’engorgement inflammatoire dégénère en un empâtement mou et .œd.émateux, la partie* devient frioidev lè peaurse couvre de grandes; taches livides et Gom.me gangréneuses;; ce;.désordre local devient bientôt général, et *1 surviënbpresqu’en;mêmej temps: une.maladie interne plus ou moins grave. P’abord-le jpouls ^.se çôneentre , devient petit ; inégal ; le blessé éprouve des-angoisseSv:|des faiblesses;- une difficulté de respirer, des sueurs froide^tiabondantes ; l’eeil se trouble, la raison s’égare ; souvent il survient; de§ vomisseipenS, quelquefois des déjections bilieuses abondantes ,;présque, toujours une: ja-uRÎ^^e universelle, et des douleurs vives autour-de l’o'mbiüc;; Jpuf annonce, le;désordre et rirritation la plUs-grande. Enfin i; après; umpertajln temps , la mort peut survçnir, si la maladie se propage, jusqu’à un; organe essentiel à la vie;, *
Ces accidens. se présententr presque de la même manière ohez les sujets, àquelquès différences près, qui dépendent de la tempérar-
tiirp plus, ou moins élevée de ratniosphère, du nombre et du siège des blessures, de la profondeur de la plaie et de la sensibilité du sujet, En général, les personnes faibles, timides, cacochymes, qui ont l’estomac plein . éprouvent des accidens plus prompts et plus graves que lés hommes forts, qui voient le danger sans s’effrayer.
Quoique la morsure de la vipère soit beaucoup moins dangereuse qu’on ne le croit ordinairement, il ne faut pas négliger d’employer de bonne heure le traitement convenable, surtout si la personne est faible , timide , et qu elle ait été mordue en plusieurs endroits; Plus on attend, plus les accidens sont à cmindre et se dissipent difficilement . ,
~ jï J’ai vu, dit jPoTzte/za, que le mal produit parla vipère augmente O jusqu’à un certain point, et qu’il diminue ensuite très-rapidemèht; « de sorte qu’abandonné aux seuls soins de la nature, le mal est ra- « rement mortel. Les faiblesses cessent peu à peu, le pouls se ranime « par degrés, et il ne reste plus que la douleur et l’engorgement « local, qui exigent des soins et des attentions particuliers. »
: Traitement.
On a préconisé un grand nombre de remèdes contre la morsure de la vipère; chacun avait, selon son auteur, produit des cures nierveilleuses, et cependant il était abandohné pour un autre dont la hoüveauté faisait tout le mérite. Quoique doués de propriétés bien différentes, tous ces remèdes guérissaient, ou du moins paraissaient guérir; ce qu’on doit attribuer à ce que la morsure, abandonnée aux seuls soins de la nature, est rarement mortelle pour l’homme, et à ce que des personnes sur lesquelles on avait fait usage de ces prétendus spécifiques s’étaient crues mordues, et ne l’étaient pas réel- Içuîent. . ..
On:a vu des individus pusillanimes crier et tomber en défajlîahcè à l’aspect d’un reptile , au moment où ils s’étaient lait ùhë legèré égratignure. Le premier soin des assistans est d’appliquer une îîga-
turé au-dessus dè la plaie, de rappeler le malade à la vie, de le porter chez lui; là, on l’examine plus attentivement; on trouve le membre un peu gonflé, violacé ( effet d’une ligature trop fortement serrée) ; on fait usage des prétendus spécifiques qu’on a à sa disposition, on défait la ligature, et quelques instans après le malade est parfaitement guéri, au grand étonnement des assistans , qui vantent encore, p.usieurs années après , reffîcacilé du moyen qu’on a empoyé.
Sans parler de tous ces moyens, j’indiquerai le traitement que là raison et rêxpérience ont proclamé comme le plus efficace. D’abord je parlerai des précautions à prendre dans les premiers instans de ïa inorsure d’une vipère, du traitement local, et du traitement général.
Précautions a prendre dans les premiers instans de la morsure d'une vipère.
Les accidens que détermine le venin de la vipère se développent avec tant de rapidité, qu’il est dilScile de borner son action à la partie mordue, et de prévenir le désordre intérieur. Cependant la chose serait possible, si, au moment même de la morsure, on pouvait exprimer de la plaie le poison qui s’y est insinué, ou détruire sur-lechamp les parties lésées, comme le pratiquent les peuplés qui habitent les pays où les scrpens Sont communs et leurs morsùrfes trèsdangereuses. Les nègres préviennent tous les accidens en brûlant de la poudre à canon sur la plaie ; d’autres obtiennent le Tuême succès en approchant de l’endroit de la morsurè un fer ardent , de maMère à y exciter un suintement séreux, une brûlure superficteîle. Dans quelques provinces de la France , ôh arrête sür-lé-champ l’effet du poison en brûlant sur la partie un petit cylindre de coton imbibé d’esprit de vin. En général, tous les caüsti<jues liquidés rempliraient le même bût , .si on les avait à sa disposition aü moment même de là morsure.
Le plus souvent c’est au fond d’une forêt > au milieu d’une campagne , éloigné de toute habitation, qu’on se trouve mordu par une vipère : avant qu’on ait pu pratiquer les moyens indiqués, le mal a déjà fait des progrès, le gonflement est considérable. Si les assistans, ou le malade lui-même, conservent leur raison, ils peuvent avoir recours à d’autres moyens qu’on rencontre partout, et qut, employés dans les premiers temps , retardent ou limitent les progrès du mal, et même diminuent l’efîèt du poison sur les organes intérieurs ; je veux parler des ligaturas et des lotions.
« C’est une vérité dWxpérience, dit Fontaiia, que la ligature faite à la partie mordue par la vipère empêche que le mal ne se communique à l’individu, et prévient entièrement la maladie interne pendant tout le temps que la partie reste liée : c’est encore une vérité d’expérience, également importante, qu’au bout d’un temps déterminé, le venin né produit plus de maladie interne. »
Une observation qui m’a été communiquée vient à l’appui de cette assertion, ün perruquier d’une constitution assez délicate, fut mordu au doigt par une Vipère, au moment où il se baissait pour couper une baguette. D’abord effrayé par la douleur qu’il ressentit ,et par le danger auquel il secrut exposé , il refusa les conseils qui lui furent donnés ; les instances de son ami qui l’accompagnait le déterminèrent cependant à appliquer uneligatureau-dessus de la blessure.Quelques instans après, la partie du doigt comprise au-dessous de la ligature se gonfla , devînt livide et très-douloureuse. Le malade regagna sa maison, dont il était éloigné à peu près d’une demi-lieue. Pendant le trajet , la douleur diminua peu à peu, et finit par disparaître. La tuméfaction du doigt était considérable et comme gangréneuse : n’éprouvant plus de douleur, il négligea d’user du traitement ordinaire, et resta dans cet état pendant dix-huit heures. On lui conseilla alors de retirer la ligature, ce qu’il fit : aussitôt le gonflement se propagea à la main, à tout le bras, et au côté de la poitrine correspondant. On fit appeler un médecin, qui nsa des moyens appropriés, et le mâlade fut parfaitement guéri quelques jours après.
Les pieds, les mains, les bras, les jambes , étant le plus ordinairement le siège de la blessure , il est toujours facile d’y appliquer une ligature. ,
Il faut qu elle soit faite dans les premiers instans qui suivent la morsure, et au-dessus. Elle ne doit pas être trop serrée, et dès que le blessé aura gagné une habitation où l’on puisse commencer le traitement local, on l’ôlera. Pour la faire, on peut se servir de tous les liens qu’on a à sa disposition. Autant que possible il faut éviter de se servir d’un lien étroit et coupant ; son impression sur la peau est trop douloureuse: il vaut mieux avoir recours à un ruban de fil ou à une jarretière large ; à leur défaut, on prend son mouchoir, dont on serre et enveloppe le membre. En Normandie, les habitans paraissent accorder la préférence au genêt pour faire cette ligature.
Si l’on avait de l’eau à sa disposition, on y plongerait la partie; on ferait saigner la plaie autant que possible, en la pressant doucement, en la lavant; ensuite on l’envelopperait d'un linge mouillé. Tous les liquides peuvent servir à faire des lotions; et c’est probablement à ce mode d’action que l’huile d’olives , dont on a préconisé les propriétés contre la morsure de la vipère , a dû sa vogue.
Tous ces dilFérens moyens ne peuvent être considérés que comme précautions convenables dans les premiera momens, et ne peuvent dispenser d’avoir recours au traitement efficace.
Traitement local. ;
Le traitement local consiste à détruire , à désorganiser les parties sur lesquelles le venin a été porté, à faire cesser ainsi l’irritation qu’il produit sur le système nerveux, et à empêcher que celui qui serait resté dans la plaie ne soit absorbé. • ‘
Si l’engorgement est peu considérable, s’il est borné à la partie, que les accidehs ne soient pas bien urgens, il faut, sans perdre de temps, instiller dans la plaie, si la chose est possible , une goutte d’alcali volatil, la recouvrir d’une compresse trempée dans le meme
liquide, et la fixer dans cet état ; faire sur tout le membre , pendant un quart d’heure, des frictions avec l’huile d’olives tiède ; ensuite on enveloppe le membre avec des linges doux, trempés dans le même liniment, et l’on fait prendre les remèdes internés appropriés. Quelquefois ces moyens suflSsent pour arrêter les progrès du mal, pour faire diminuer la douleur et soulager le malade ; alors on insiste sur les mêmes moyens;, et toutes les demi-heures on répète les frictions avec l’huile d’olives. M. Chdussier assure que ce traitement simple, secondé par l’usage intérieur de l’alcali volatil, a souvent suffi pour arrêter tous les accidens et rétablir promptement le blessé. .
Si les accidens sont urgens, que le gonflement soit très-considérable ; si le trouble.s’est porté dans tout le corps ; si le malade éprouve des angoisses, des faiblesses, il faut user de moyens plus énergiques. On cautérisera le fond de la morsure, soit avec Je cautère actuel, ou avec les caustiques liquides ; mais on préfère ordinairement les derniers, parce qu’ils effraient moins le malade , et que leur action est tout aussi sûre. Fontana regarde la pierre à cautère ( potasse caustique ) comme un vrai spécifique contre la morsure de la vipère ; mais tout autre caustique produit le même effet, puisqu’il s’agit de détruire le point d’irritation , le foyer du poison : on préfère même aujourd’hui les caustiques liquides, tels que le beurre d’antimoine ( muriate d’antimoine liquide ), l’acide sulf'urique ( huile de vitriol l’acide nitrique ( eau forte) , parce qu’ils agissent plus sûrement, et parcourent plus facilement le trajet de la plaie.
Pour faire cette cautérisation , si les accidens, quoique graves, ne sont pas très-urgens, oh prend un morceau de bois pointu à son extrémité , qu’on trempe dans un caustique liquide ; on l’appuie sur la morsure, et on tâche de lui faire suivre lé trajet de la plaie; on y fait tomber une goutte du même caustique, et l’on applique dessus un petit bourdonnet imbibé du même liquide, qu’on environne de charpie sèche, et qu’on maintient au moyen d’un bandage convenable. Ce moyen suffit, dans le plus grand nombre
des cas, pour faire cesser ^irritation locale, et tous les accidcns qui en dépendent.
Il peut arriver que, le fond de la blessure n’ayant pas été attemt par le caustique , les accidens persistent apres cette première application. Alors , à l’aide d’un bistouri , on agrandît la plaie, et, après avoir essuyé le sang qui s’en écoule , on fait une nouvelle application , qu’on porte plus profondément que la première fois , la plaie étant plus large : on l’étend au moyen d’un petit pinceau. Dans ce cas, on préfère le beurre d’antimoine. On place au fond de lu plaie un petit bourdonnet de charpie trempé du même liquide ; on le recouvre d’une compresse, qu’on maintient au moyen de quelques tours de bande : deux ou trois heures après, on lève l’appareil; on panse la plaie avec du cérat ou l’huile d’olives. Bientôt les accidens diminuent; quelquefois même, pendant l’application, il ne resté que l’engorgement, qu’on dissipe en le couvrant dvec un cataplasme, QU en le frottant de temps en temps avec un liniment volatil camphré: lorsqu’il est entièrement dissipé, on traite la plaie comme une plaie simple-, et l’on continue l’usage des remèdes internes.
Traitement interne.
Pendant l’emploi du traitement local , il ne faut pas négliger lètraitement général ou interne. On fera coucher le maladfe, on le tiendra bien chaudement; on favorisera là transpiration par le repos , une infusion légère de thé, dè fleurs de sureau , etc. Les remèdes internes dont l’expériënce a constaté refficacité , sont les cordiaux et les sels alcalins volatils. L’ammoniaque liquidé ( alkalivolàtil fluor )i, ou l’eau de Luce, qui n’en diffère que par l’addition de (juelques gouttes d'huile de succin, sont les plus employés.
La manière de s’en servir consiste a en faire prendre queiques gouttes au blessé de deux heures en deux heures. Si on donnait ce remède pur, il agirait comme.caustique sur la langue etd’estomac, et' produirait sur ces organes une impression fâcheuse. Il faut toujours
Tëtendre daiis un liquide quelconque, soit dans une infusion de thé, de fleurs de tilleul, de sureau, de feuilles d’oranger, etc. La dose doit être proportionnée à l’âge, â la force du sujet et à la gravité des accidens. Pour un sujet faible, dèlifcat, sensible, on donnera quati-e ou cinq gouttes d’aikali par verre de liquide. Si le sujet est fort, robuste, on jDcut en dionner jusqu’à douze ou quinze gouttes ; mais il ne faut jamais excéder cette dose. A mesure que les -accidens se dissipent, on diminue ',a dose; au lieu de la donner de deux en deux heures, on la donne de quatre heures en quatre heures.
Si l’on manquait d’aikali volatil, on se servirait de la préparation indiquée par Gujton de Morveau, « Faites fondre dans une cuillerée « d’eau fraîche un gros de sel ammoniaque en poudre ; d’un autre « côté, faites dissoudre dans une pareille quantité d’eau demi-gros « de sel de tartre. Quand la dissolution est faite, on verse ces deux « liqueurs dans une même fiole, on la bouche promptement, et on « s’en sert comme de l’alkali volatil. » Il faut observer que ce mélange étant déjà affaibli, on l’emploie à plus forte dose; on en met une cuillerée à café dans une tasse de quelque boisson que l’on donne au malade.
Je ne parle point des moyens qui ont été vantés comme efficaces contre la morsure de la vipère, tels que la thériaque, le mithrîdate , le sel de vipère, ou, à son défaut, là corhe dé cerf, etc., tous dés moyens étant entièrement abandonnés, et avantageusement remplacés par l’alkali volatil fluor. Rien ne prouve mieux l’effioacité de ce remède que l’observation de Bernard de Jussieu, dans presque lods
les ouvrages qu’on a publiés sur ce sujet depuis lui. i
'« Le 23 juillet 1747* Bernard de Jussieu, étant à herboriser sur les buttes de Monfimartre avec ses élèves, un d’eux saisit avec la main un serpent qu’il prenait pour une couleuvre ^ et qui réellement était une vipère. L’animal irrité le mordit en trois endroits, au pouce, au doigt index de la main droite , et au pOucè dé la màih gauche ; il sentit presque aussitôt un engourdissement dans les doigts, et ils s’enflèrent. L’enflure gagna les mains, et devint si considérable, qu’il
ne pouvait plus fléchir les doigts. Ce fut dans cet état qu’on le mena èi Jussieu, qui était éloigné de quelques centaines de pas. L’inspection de l’animal le fit aussitôt reconnaître pour une vipère très-forte et très-vigoureuse, et le malade, qui avait été effrayé , fut rassuré par l’espérance d’une sûre et prompte guérison. En effet, Jussieu s’était assuré, tant par le raisonnement que par un grand nombre d’expériences faites sur des animaux, que l’alkali volatil était, dans ces sortes d’occasions, un remède sûr, pourvu qu’il fût administré promptement. Il avait heureusement sur lui un flacon rempli d’eau de Luce. Il en fit prendre au malade six gouttes dans un.verre d’eau, et en versa sur chaque blessure assez pour servir à les bassiner et à les frotter. Il était alors une heure après midi, et il faisait fort chaud. Sur les deux heures , le malade éprouva des maux de cœur, et tomba en défaillance. On voulut faire une ligature au bras droit, qui était très-enflé; mais Jussieu la fit défaire, et une seconde dose du même remède, prise dans du vin, fit disparaître la défaillance. Alors le malade demanda à être mené au lieu où il devait passer la nuit; il y fut conduit par deux éludians en médecine , qui se chargèrent d’en avoir soin, et de lui faire prendre le même remède, s’il lui survenait quelques faiblesses ; il en eut effectivement deux dans la route.. Étant au lit, il se trouva très-mal, donna même quelques marques de délire, et vomit son dîner; mais tous ces accidens cédèrent à quelques nouvelles doses d’alkali volatil. Après son vomissement, il resta tranquille, et dormit assez paisiblement. Jussieu, qui arriva sur les huit heures, le trouva beaucoup mieux, et seulement incommodé de l’abondante transpiration que le médicament avait excitée. La nuit . fut très-bonne. Lè lendèmain , les mains n’étant pa§ désenflées, on fit une embrocation avec l’huile d’olives, dans laquelle on mêla un peu d’aîkali volatil. L’effet de ce remède fut prompt. Une demi-heure .après,1e maUde pouvait fléchir;librement les doigts; il s’habilla, et revint à. Paris, après avoir déjeunéde Jrès-bon appétit. Depuis il alla de mieux en mieux ,,et se trouva entièrement guéri au bout de huit jours. L’enflure, l’engourdissement des doigts, et une jaunisse qui
s était montrée dès le troisième jour sur les deux avant-bras, furent dissipés par le même remède, dont il prenait deux fois par jour deux gouttes dans un verre de boisson. »
Quoique tous les accidens fâcheux soient dissipés, que tout fasse espérer une prochaine guérison, qu’il reste à peine quelques signes propres à cette maladie, il ne faut pas abandonner de suite le traitement interne ; il ne faut permettre de le cesser que plusieurs jours après la parfaite guérison du malade. Il vaut mieux continuer ce traitement quelques jours de plus que de le cesser trop tôt. Ce n’est qu’avec beaucoup de précaution aussi qu’on doit permettre de la nourriture au malade. Lorsqu’on rompra la diète, pn prescrira quelques bouillons légers; ensuite des alimens solides en petite quantité, qu’on augmentera par degrés jusqu’à l’entier rétablissement. L’omission de ces préceptes a été suivie des accidens les plus fâcheux , comme on pourra s’en convaincre par l’observation suivante.
Un jeune homme âgé de quatorze ans, robuste et bien constitué fut mordu au-dessous du talon gauche par une vipère, vers la fin de l’automne. La saison était froide, et la journée pluvieuse. Huit heures après l’accident, le membre était déjà très-engorgé , avec d.es taches violettes, et des phlyctènes de distance en distance ; le ventre tendu, la respiration courte et précipitée, le corps froid et recouvert d’une sueur visqueuse , le pouls petit, serré , irrégulier. A ces symptômes se joignirent le hoquet, des nausées et des vomissemens bilieux. Malgré les recherches les plus attentives, il fut impossible de découvrir le lieu de la morsure. Une infusion de feuilles d ôranger et de fleurs de tilleul, dans laquelle on ajoutait de trois heures eu trois heures huit gouthis d’ammoniaque ; une tisane de valériane et de fleurs d’arnica, un Uniment d’huile d’olives et d’ammoniaque , dont on frictionnait le talon, la jambe et la cuisse, furent les seuls moyens employés pendant cinq jours, secondés par la diète, diminuant intérieurement la dose de l’alkali à mesure que les symptômes perdaient de leur intensité. Le sixième jour, le jeune malade, débarrassé de son enflure et de tous les accidens, cessa tout à coup le traitement,.
et satisfit avee complaissance à son appétit, malgré la défense qu lui avait été faite, le septième jour, même conduite; il sortit, se proriiena sans éprouver de malaise. Le huitième jour, cinq heures après son déjeuner, le hoquet, les nausées, les vomissemêns bilieux, l’enflure générale, les sueurs froides, les taches livides du membre, reparurent. En vain les moyens employés d’abord avec succès furent de nouveau mis en usage; tout ce qu’on put faire fut inutile. Le malade mourut le lendemain. Son cadavre exhalait une odeur trèsfétide.
Autrefois la vipère était très-employée en médecine ; on en faisait des bquillons, un sel volatil ; sa graisse était employée dans les afiectioBS nerveuses, et a été regardée comme un bon cosmétique. Qn l’employait pour ranimer la circulation, pour augmenter la transpiration, fortifier les organes, fondre les concrétions lymphatiques, faire disparaître les éruptions cutanées, etc. On en envoyait à Paris par tonneaux pour servir aux préparations pharmaceutiques, et principalement à la confection de la thériaque. Comme tous les fameux remèdes sans propriété, toutes les préparations avec la vipère sont presque abandonnées, malgré l’infaillibilité que vantaient leurs auteurs.
HIPPOCRATIS APHORISMI.
Ad extreinos morbos extrema remédia exquisite optima. Sect, i ^ aph. 6.
Quæ médicamenta non sanant, ferrum sanat ; quæ ferrum non sanat, ignis sanat î quæ ignis non sanat, insanabilia sunt. Sect. 8, aph. 6.
Quicumque telano corripiuntur , in quatuor diebus pereunt ; si yerb bas efFugerint, sani fiunt. Sect. 5 ^ aph. 6.
In febribus acutis conYulsiones ,et circaviscera dolores vehementes, malum. Sect. 4 » o.ph, 66.
A sanguinis fluxu delirium, aut etiarii convulsio , malum. Sect. 7, aph. 9.