SUR
Parmi les plilegmasies qui peuvent affecter l'organe respiratoire, le catarrhe pulmonaire est sans contredit la plus commune. Ce genre d'affection, observé par tous les médecins, a reçu différens noms, selon les auteurs qui l'ont décrite. Ainsi Cullen, qui pensait que cette maladie était une augmentation de la sécrétion des membranes muqueuses , Vappehit Jlux d'humeur séreuse; Stoll , pleurais humida j Huxham , peripneumom'a catarrhalis , Frédéric HoFFMAJïN,/e3mc«^^/T/mZ/5y BoERHAAVE , Sydenham, eic. , pcripueumonia notha. Régnait-elle épidémiquement , on cherchait à lui donner les noms les plus bizarres, tels que ceux àe grippe , de folette, baraquette, eic. Mais les travaux des anatomistes modernes nous ayant éclairés sur la véritable organisation des différentes membranes, le savant professeur Poel a judicieusement désigné cette phlegmasie sous le nom de catarrhe pulmonaire; dénomination généralement adoptée aujourd'hui parmi les auteurs.
D'après ce court énoncé relativement à la synonymie de la maladie que je me propose de décrire , je définirai le catarrhe pulmonaire une inflammation plus ou moins vive ayant son siège dans la membrane muqueuse qui tapisse les bronches et les vésicules aériennes du poumon , et qui est accompagnée de toux , de fièvre et d'une expectoration muqueuse , qui offre elle-même des
variéiës , suivant les difTerens degrés de rafTeciion catarrhale. Comme toutes les autres phlegmasies , le catarrhe pulmonaire peut eue aigu ou chronique; il j)eut être e'pidémique , endémique, sporadique , mais jamais contagieux, à moins cependant qu'il n'y ait conq^lication d'adynamie ou de fièvre de prisons : il peut exister avec toutes les phlegmasies. Souvent cette maladie n'est que très-légère ; souvent aussi les symptômes qu'elle présente ont un tel degré il'iniensiié , qu'il serait difficile d'établir une ligne de démarcation entre elle et la péripneumonie.
Causes. Elles sont très -nombreuses. Nous les diviserons en prédisposantes et en occasionnelles.
Causes prédisposantes. Le catarrhe pulmonaire se développe presque toujours sous des influences atmosphériques qui mar- <|uent le passage de certaines saisons. Il est facile de se rendre raison des elfets nuisibles qu'une température inconstante^ va-friable, humide et froide , peut produire sur notre organisme, particulièrement sur l'organe pulmonaire , par les rapports syrapaibiques qui existent entre la membrane muqueuse et la peau.
Toutes les fois que la température de Fair ou de l'eau vient à diminuer autour de l'homme, la peau se refroidit, ses évacuations cutanées diminuent ; le sang est en moindre quaniiié dans l'organe cutané, dans le tissu cellaire et dans les membres; il abonde dans la muqueuse pulmonaire , ce qui est démontré par un s -ntiment de plénitude qu'on éprouve dans la poitrine en inspirant; l'exhalation et la sécrétion muqueuse y sont augmentées. Si , après la cessation de la cause , ré([uilibre n'est pas rétabli, 1 homme éprouve une irritation morbifique dans la membrane des bronches.
H ippoc rate na-i-W pasobservé que la phqjartdes maladies n'étaient dues qu'aux vicissitudes de l'ainiosphère? Ce grand homme, à qui la médecine élèvera à jamais des autels, paraît insister sur cette idée dfins beaucoup de ses ouvrages, surtout dans son traité des
(7) Venls , où il s'exprime à cet égard avec vérité : « Si australis hjems et pliwiosa et démens fuerilj ver autem sicciim et aquiloniiun , senibus fiunt catarrhi brevi perniciem allaturi. ( Hipp. , Prœnot sect. 2.) Un tempérament lymphatique, rhabiiude des rhumes, Tenfance , la vieillesse , peuvent prédisposer à cette maladie. Le catarrhe pulmonaire attaque de préférence les personnes dont la peau est plus sensible aux impressions du froid , celles qui l'ont déjà contractée, ou qui ont le thorax mai conformé; celles enfin qui habitent des lieux bas et humides; circonstance qui rend cette maladie endémique dans certains pays.
Causes occasionnelles. Toute excitation un peu vive portée sur la surface de la membrane muqueuse du poumon peut occasionner son inflammation, et déterminer le catarrhe pulmonaire; mais on observe qu'il est presque toujours déterminé par un changement brusque dans la température, ou par un passade du chatid au froid; le dégel, le refroidissement subit de quelques parties du corps , principalement du canal aérien ; l'inspiration de vapeurs irritantes, telles que celles de l'acide sulfureux , du chlore (acide muriatique oxygéné); un air froid et humide; l'abus des boissons glacées, ou seulement froides , lorsqu'on est en sueur; la suppression des évacuations habituelles; la course ou l'équitation dans une direction opposée à celle du vent; la déclamation en plein air par un temps froid et humide; des chaussures et des vêtemens trop minces, et perméables à l'humidité; la suppression d'un exanthème, d'une épistaxis, les métastases sont autant de causes occasionnelles.
Le catarrhe pulmonaire, comme je l'ai dit plus haut, peut régner quelquefois épidémiquement ; l'histoire de l'art nous en offre des exemples, dont les principales époques se trouvent rapportées dans la Nosographie philosophique. En lisant ces différentes observations avec attention, on voit que le vrai germe de ces épidémies catarrhales est dans la nature de l'air atmosphérique.
(8) L^s changemens ci les altérations que peut subir ce fluide ëlaslique donnent naissance à des émanations délétères dont la présence est inappréciable, soit par nos sens ou par nos moyens chimiciiies, mais qui se font bientôt reconnaître par les désordres ([u'ils occasionnent dans les fonctions de l'organe respiratoire.
Dès le qiiaiorzièaie siècle, on a observé des épidémies calarrliales. P^'alcscUs de Taienla parle d'un catarrhe épidémique qui ré£;na à Montpellier en lôS/. Mais la description que nous a laissée Méfierai du catarrhe éj)!démique et malin de i5io parait être la première histoire régulière et complète que nous ayons d'aucune épidémie catarrhale : car, dans les temps antérieurs, la route tracée par Hippocrate ])Our la description des épidémies paraît avoir été abandonnée ou méconnue. Conclurons-nous donc, du silence des anciens sur les épidén\ies calarrhales , qu'elles sont une maladie nouvelle, oti qu'elles sont devenues plus fréquentes dans les derniers siècles, comme quelques écrivains modernes l'ont prétendu, entre autres T/t/^-Vy ( Médecine expérimentale), qui, adoptant aussi l'opinion de quelques-iuis , que l'espèce humaine se détériore physiquement de plus en plus par les progrès mêmes de la civilisation, s'est efforcé d'établir qtie ces afleclions n'étaient devenues communes que depuis le catarrhe épidémique de i5io? Ou bien n'est-il pas plus raisonnable de penser que, depuis Jlippocrat^ jusqu'à la renaissance de la médecine en Europe, ou plutôt jusqu'au moment où l'imprimerie eut établi des communications entre les savans des diflérens pays, les relations de pays à pays étaient peu fi^ciles , et que personne n'était assez au fait de ce qui .se passait dans les etidroiis même les plus voisins du sien, pour en tracer un tableau général et fidèle? "
Dej)uis celle de i557 (Nosographie philosophique) , les épidémies ont toutes été décrites avec plus ou moins de soin. Les plus remarquables sont celles de i558, 7^ , 80, iGoS, 76 ^ 'j(j , 1702, 28, P9 , 3? , 07 , 4i > 43 , 61 , 70 , celle de 17S0 et de i8o3.
jCcs épidémies n'épargnent en général aucun Age, aucun scxç,
(9) aucun tempérament ; le riche n'en est pas plus exempt que le pauvre; elles attaquent e'galement ceux qui mènent une vie sédentaire et ceux qui, par état, sont obligés de s'exposer souvent à l'air ; elles causent aux uns de simples catarrhes , qui se terminent prompienient ; chez d'autres ces mêmes épidémies déterminent des fièvres catarrhales plus ou moins graves, et qui varient d'intensité , selon la continuité de l'irritation, la sensibilité de l'individu, l'âge , le sexe, le climat, la saison, etc.
Symptômes et marche de la maladie. Le catarrhe pulmonaire commence ordinairement par un malaise et une débilité considérable, une lassitude spontanée dans tous les membres, précédée de crispation de la peau, de frissons, d'éternuemens réitérés, avec un sentiment de froid aux extrémités inférieures; parfois on ressent un vif picotement dans les sinus frontaux, les fosses nasales; il se déclare des symptômes de coryza et d'angine. Bientôt le malade éprouve une chaleur générale , sèche et brûlanle , alternant avec des horripijaiions ; la voix change, devient rauque ^ enrouée; la poitrine éprouve des constrictions légères , des élancemens particuliers qui sont passagers et erratiques , ou un sentiment d'embarras et de plénitude , et une oppression gravative ou de la gêne sous le sternum; ou bien une douleur de côté ( pleurodynie) concourt à rendre la diflicullé de respirer plus grande ; une toux sèche , plus ou moins violente , fatigue le malade. Ces difTérens symptômes se manifestent tantôt avec de la fièvre; d'autres fois le mouvement fébrile est à peine sensible , excepté durant le paroxysme du soir ; peu à peu cependant ils prennent de l'accroissement; la face devient plus animée , les yeux sont larmoyons , la céphalalgie augmente parles vives secousses de la toux ; le malade se plaint d'un sentiment d'urdeur et de douleur générale et obtuse dans toute la poitrine ; celle douleur paraît suivre la trachée-artère et les divisions des bronches, elle n'augmente ni par les grandes inspirations , ni par la pression extérieure : « phénomène qui peut
servir à faire distinguer une afTeciion simplement caiarrliale d'avec la pleurésie et la pe'ripneumonie ; on pourrait ajouter à ce signe paiho^nomonique le décubitus possible sur les deux côtés. »
A mesure que la maladie fait des progrès, la toux devient opiniâtre , la respiration fréquente et laborieuse j le malade perd ordinairement l'appétit et le sommeil; il ressent de la soif, du dégoût, des nausées, et de Fameriume dans la bouche; la langue est souvent couverte d'un enduit muqueux et blanchâtre ; la peau est aride^ parfois brûlante ; le pouls est plus ou moins accéléré; les urines sont tantôt pâles, tantôt foncées. Dès le début , l'expectoration est nulle ou écumeuse , mais elle devient abondante , limpide , visqueuse , demi-transparente et inodore , rarement est-elle sanguinolente. Malgré sa fréquence et sa quantité extraordinaire, elle ne produit aucun soulagement , excepté à l'époque de la crise ; quelquefois celte évacuation n'a lieu qu'avec une grande difficulté , parce que le mucus se détache avec beaucoup de peine, et les efforts que fait le malade pour en obtenir l'expulsion sont souvent tels, que le vomissement survient. La matière de l'expectoration est souvent d'une ténuité et d'une causticité telles, dit Cabanis dans son excellent ouvrage sur les affections catarrhales, qu'il n'est pas extrêmement rare de voir la langue, le palais et le fond de la gorge excoriés ou couverts d'aphthes, par l'impression qu'elle .fuit en suintant , ou lors de son passage. En "énéral, l'abondance et la nature du mucus expectoré dépendent de l'intensité de la maladie, et du sujet que cette dernière
affecte.
L'expectoration vienl-elle à être suspendue, ou se fait- elle difficilement sans que d'autres évacuations critiques surviennent, les bronches sont bientôt abreuvées par une sérosité abondante , les poumons, ne pouvant plus recevoir que très-peu d'air, se dilatent difficilement ; les accidens de l'oppression prennent une intensité extrême , et le danger de perdre la vie devient imminent, La difficulté de respirer est alors si grande, c^ue l'air ^ en passant
( lO
à travers les mucosités qui occupent l'e'tendue des bronches et celle de, leurs ramifications, fait entendre un bruit , un murmure analogue à celui que produirait de Teau bouillante. La prostration des forces est telle , que le malade peut respirer à peine assez pour soutenir sa frêle existence. Le sang ne pouvant plus circuler convenablement du cœur aux poumons et des poumons au cœur, le pouls devient petit , mou et irrégulier ; les vaisseaux sanguins de la face s'engorgent , le visage devient livide et très-défait ; la conjonctive est jaunâtre , et les ongles bleuâtres. En outre , le sujet éprouve des douleurs de tête très -vives, des vertiges, de l'anxiéié, el des palpitations de cœur ; ses extrémités deviennent très-froides. Le malheureux malade, accablé sous le poids de ses maux, croit voir arriver sa dernière heure ; son pressentiment ne tarde pas à être accompli , car la mort vient bientôt mettre un terme à ses souffrances.
Les derniers phénomènes que nous venons d'énumérer se manifestent seulement lorsque la maladie doit se terminer par suffocation ; car , si le catarrhe pulmonaire doit se terminer heureusement , les principaux symptômes s'évanouissent par degrés ; %. mesure que l'irritation diminue , la coction s'opère , la matière muqueuse piend successivement j)lus de consistance, et se change en crachats plus ou moins jaunâtres, grisâtres, verdâtres, puriformes , rouilles ( quand dans les premiers temps ils ont été rayés de filets de sang); tantôt ils sont inodores, tantôt très-fétides : en sorte qu'on observe ordinairement des changemens remarquables dans la couleur, la consistance, la quantité , et dans la composition intime du mucus pulmonaire. La fièvre , si elle a eu lieu , est fort modérée ou entièrement dissipée. Peu ou point de paioxysme le soir; le sommeil devient paisible, la toux est molle et grasse; l'expectoration se fait sans difiiculté , surtout le matin, au milieu d'une moiteur lialitueuse; les urines deviennent sédimenteuses , et la maladie se termine non-seulement par l'expectoration , mais encore par des sueurs générales, quelquefois par une hémorrhagie
nasale chez Jes jeunes sujets, et par un flux hémorrhoïdal chez les adultes. Des déjections alvines glaireuses ou des urines copieuses coïncident en partie avec l'évacuation des crachats.
Durée. Toutes maladies aiguës qui ne sont pas directement mortelles présentent dans leur cours trois périodes bien distinctes : 1.° la période à^ irritation j 2." celle de coctioUj 0.° celle de crise ou d'évacuation. Le catarrhe simple suit la même marche , et présente trois temps bien caractérisés. Le premier temps se reconnaît à l'âcreté et à la ténuité du mucus pulmonaire ; le second s'annonce par des crachats qui ont atteint un degré de consistance et d'opacité marqué ; le troisième temps se déclare par des évacuations critiques qui ramènent les fonctions à leur état naturel.
La durée respective de chaque temps ou période n'est pas toujours la même , et la durée du catarrhe semble être proportionnée d'une part à l'intervalle de temps qui sépare le développement complet de la maladie, de l'auire, à l'intensité des symptômes, à la disposition du sujet et aux complications. Parfois cette maladie n'est qu'éphémère , et la chaleur du lit peut du soir au matin la faire passer à l'état de coction , en sorte qu'au bout de trois ou quatre jours le malade n'y pense déjà plus ; d'autres fois , au contraire, les temps d'irritation et de coction se prolongent, et la maladie, sans passer même à l'état chronique, n'est pas encore terminée au bout d'un ou plusieurs mois.
Terminaison. Lie catarrhe pulmonaire peut se terminer, i.** par la guérison, 2.° par une autre maladie, 3.° par la mort.
Par la guérison. Cette espèce de terminaison, qui est la plus ordinaire, se fait par résolution ; elle a lieu surtout chez les sujets forts et bien constitués , qui ne commettent aucun écart de régime. Elle est ordinairement accompagnée de phénomènes critiques généraux; d'autres fois elle a lieu d'une manière insensible :
( i3) la violence des symptômes diminue irès-lentement, et la nature se débarrasse par la voie de l'expectoraiion.
Par une autre maladie. Cette terminaison a lieu lorsque les symptômes d'un catarrhe aigu ne se sont point terminés dans l'espace de temps accoutumé , soit qu'ils tiennent à la disposition du sujet , soit qu'ils aient été provoqués et exaspérés , à plusieurs reprises, accidentellement par le froid ou par l'intempérance du malade, les causes continuant d'agir, la coction a été interrompue par l'exaspération fébrile avec retour des symptômes d'irritation , en déterminant un nouvel ordre de phénomènes beaucoup plus graves , plus alarmans que les précédens , et dont l'opiniâtreté et la persistance altèrent à la longue le tissu des bronches, donnent des marques, tantôt d'induration, tantôt d'ulcération , qui se bornent quelquefois à cette membrane, et d'autres fois se propagent dans le parenchyme même du poumon , en y produisant dlfférens foyers de suppuration ou de vomique plus ou moins étendus.
Par la mort. Cette dernière terminaison arrive par la violence des symptômes qui suffoquent le malade en peu de jours; elle est occasionnée par l'engouement et la pléthore muquetise des bronches et du poumon. Dans son état aigu, le catarrhe pulmonaire peut acquérir un degré d'intensité tel , qu'après avoir tenu quelque temps le malade dans une angoisse déplorable, il le fasse enfin périr de suffocation. Les vieillards sont assez sujets à cette terminaison fâcheuse; ou bien, s'ils en réchappent, la faiblesse et l'atonie de tout le système, jointes a la sérosité abondante dont les poumons se trouvent surchargés, déterminent une toux incommode et chronique , à la(|uelle ils sont rarement capables de résister.
Complications. Le catarrhe pulmonaire peut se compliquer de différentes affections , qui ont souvent pour cause une disposition
particulière ou accidenielie du malade , la situauon des endroits qu'il habile, et les vicissitudes atmosphériques. C'est pourquoi il n'est point rare de voir celte maladie se compliquer d'embarras gastrique, de fièvre bilieuse, muqueuse, ou d'une fièvre de mauvais caractère , soit adynamîque soit ataxique. Elle coexiste souvetit avec l'ophibalmie , le corjza, l'anginp, la péripneumonie, ia pleurésie , etc.
Prognostic, Le prognostic est relatif a la simplicité ou à la gra- "vilé de la maladie , à sa fréquente récidive, et à la nature de ses différenies complications. Il doit se tirer encore de l'influence du climat, des saisons, de l'âge, et surtout de la constitution épidémique , dont il faut bien éiudier le caractère, si l'on veut judicieusement prévoir la marche et la direction de la maladie. En général, le catarrhe simple, quoique intense, lorsqu'il affecte des personnes d'une bonne constitution, n'a point de suites fâcheuses; on le voit céder ordinairement aux moyens hygiéniques et à l'ad-r minisiration d'un petit nombre de médicamens qui favorise sa prompte et heureuse terminaison. Mais si celle affection avait de fréquens retours , comme cela arrive assez communément pendant l'hiver chez les personnes délicates et d'un tempérament lymphatique ou très-avancées en âge, il faudrait apporter la plus scrupuleuse aiienlion ; car , en imprimant des habitudes vicieuses à la consiitution , le catarrhe pulmonaire pourrait devenir à la longue une affection permanente, chronique, constitutionnelle, qui fatigue les poumons, altère de plus en plus les propriétés de la membrane muqueuse des bronches, dont il modifie le mode de sécrétion, et y laisser le germe de graves maladies : cette funeste conversion entraîne nécessairement un prognostic analogue. S'il se complique d'une fièvre de mauvais caractère , il partage la gravité de celte dernière maladie , et fait courir au malade des chances d'autant plus fâcheuses , que cette fièvre est adynanuque ou ataxique. Dans celle redoutablç complication, tous lei
symptômes propres au caiarrbe disparaissent en quelque sorte pour faire place aux seuls accidens adynamiques, dont la prédominance change alors lout-à-faii le caractère morbide antérieur, et la maladie a presque toujours une issue funeste.
Je ne puis passer soiis silence la remarque faite de tout temps, que le plus grand nombre de maladies chroniques de la poitrine sont généralement la suite de ce que le vulgaire appelle rhume négligé. Malgré cela , il règne encore une foule de préjugés relativement aux rhumes. Le plus pernicieux est de croire qu'ils ne peuvent avoir de suites fâcheuses. Cette opinion coûte journellement la vie à un grand nombre d'individus. On ne meurt pas, à la vérité , d'un rhume tant qu'il est tel , dit Tissot (Avis au peuple sur la santé, lom. 1 , cbap. 7 ) ; mais quand il est négligé , il est suivi de maladies de poitrine très-dangeretises.
Les hivers très-rigoureux , en rendant les affections catarrhales plus fréquentes et plus opiniâtres, produisent aussi le plus souvent cette maladie , qui, traînant en longueur , soit par l'abandon des malades à une vie intempérante , soit par une faiblesse originaire des organes , présente bientôt tous les symptômes d'une phthisie catarrhale.
L'expérience des siècles et de tous les jours nous démontre constamment quels affreux ravages exerce parmi nous la phthisie pulmonaire. Elle détruit plusd'un dixième de noire population : très-souvent cette dangereuse maladie n'est que le résultat d'un catarrhe pulmonaire chronique que contractent des personnes délicates et d'une constitution phlegmaiique. L'afflux d'bu meurs qui se porte alors vers l'organe pulmonaire , tournant de plus en plus en habitude , altère par degrés le tissu de ce viscère , et il se forme enfin un engorgement qui ne peut plus être surmonté par les seules forces de la nature.
Avant de terminer ce qui est relatif au prognostic de la maladie y nous devons dire que le médecin doit observer attentivement la nature des crachats , et avoir égard à leur couleur et à leur odeur.
( i6 ) Cependant, maigre l'examen le plus alieniifetle plus réfléchi , les crachats sont quelquefois tellement semblables h du pus, qu'un pareil carnctèie devient alors insuffisant. Les praticiens ne savent-ils pas combien l'apparence des crachats est souvent trompeuse ?
Le médecin doit tirer des conséquences de l'état de la toux ; il observera jusqu'à quel point la respiration s'éloigne de son mode d'action naturelle ; enfin , Texamen attentif de ces principaux symptômes éclairera singulièrement le jugement à porter sur les événemens. En général, une forte dyspnée , une respiration sifflante, le râle, l'inipossibilité de garder une position horizontale, sont des phénomènes du plus sinistre présage.
Diagnostic. Il est important , dans la description d'une maladie , d'indiquer celles avec lesquelles elle a beaucoup d'analogie; c'est pourquoi je crois devoir présenter, sous forme de tableau , les principaux signes caractéristiques de la péripneumonie , de la pleurésie et de la pleurodynie , afin de faire mieux ressortir les symptômes pathognomoniques du catarrhe pulmonaire.
La maladie a
son siège...
Causes.
C&TABBIIB PCLUONilBE.
PéaiFREUMOIilB.
ri.KUBBriIB.
PLBUBOOYNIE*
Dans la membrane muqueuse des bronches.
Température humide et froide; habitans des Heux bas et humides; tempéramens lymphatiques ; les individus faibles et les vieillards.
Dans le parenchyme pulmonaire.
L'air froid, vif et sec; ceux qui habitent des régions l'roides, élevées, exposées au vent du nord; certaines professions , les chantres , les crieurs publics, les individus robustes et très-sanguins, surtout deliui»; la puberté jusqu'à quarante-cinq ans.
Dans la plèvre.
Celles de la péripneumonie; de plus, des coups, des chutes sur le thorax ; l'ctroitesse de la poitrine et sa déformation chez les personnes sanguines et très-irritables.
Dans les muscles du thorax.
Vêtemens légers pendant un temps froid et humide ; un embarras gastrique.
CATAHBHB PDLMONAIBE.
PEBIPNEUnONIE.
PLgORODVHIE.
Invasion.
Symptômes. , .
Lassitudes spontanées, débilité plus marquée.
Douleur générale et obtuse dans tout le thorax , qui parait suivre la di»ision des bronches , avec chaleur , pesanteur et tiraillement ; n'augmentant point par les grandes inspiratious ni la pressioq extérieure.
Respiration fréquente, et peu gênée.
TouxopiniâtrCj avec sentiment de déchirement de la poitrine ; expectoration abondante , limpide , visqueuse , puis opaque j rarement sanguinolente.
Céphalalgie , face un peu animée.
Frissons plus ou moins intenses suivis de chaleur.
Douleur latérale, profonde , pongitive , n'augmentant point par la pression extérieure , ni par l'inspiration , mais lors de l'expiration.
Respiration courte et difficile; baleine chaude.
ïou? courte, (douloureuse, sèche, puis avec expectoration muqueuse, très-souvent sangui^iolentc.
Céphalalgie, face animée , coloration vive de la pommette du côté alieclé.
Pouls mou , fré- Pouls ordinaircquenl, quelquefois na- ment fréquent, dur turcl ; j<aroxy>ijic.s le et développé; pa soir, souvent avec al- • roxy.smes très marternative de chaud et qués le soir, de froid.
Décuhitus possibles sur tous les côtés.
Son du thorax clair, percussion i^ondoulou- { reuse.
Décuhitus plus facile sur le côté douloureux.
Son mat ouobscur, percussion non douloureuse.
Idem.
Douleur aiguë , pongitive, occupant l'un ou l'autre côté, et répondant communément entre la sixième et la septième côte , augmentant vivement aux moindres commotions de toux , d'éternuement ; inspiration plus courte et plus douloureuse que l'expiration.
Respiration difficile, entrecoupée; souvent les parois thoraciques sont immobiles, et la respira lion se fait par l'abaissement du diaphragme.
Toux constamment sèche, ou avec ire.s-peu 4'<-'''pPcloration.
Céphalalgie, face animée, pommettes moins colorées que dans la péripneumonie.
Pouls tantôt dur, fort , fréquent ; lantôl petit et concentré ; quelquefois différent aux deux bras.
Décuhitus trèsdiflicile sur le côté douloureux.
Son clair, percussion très - douloureuse.
Douleurs rhumatismales dans les membres.
Douleur de côté extérieure trèïaiguë , très - mobile , occupant quelquefois tout le thorax , augmentant par la pression lu plus légère , souvent même par les mouvemens de< bras.
Souvent immobilité des parois de la poitrine , alors grande anxiété.
Point de toux ni d'expectoration.
Point de céphalalgie , ni de coloration des joues.
Pouls souvent dans l'état naturel.
Décubitus possible sur le côté affecté.
Son clair , percussion trés-aoulourcuse.
CATABRBB FULUONAIBE.
FBBIPNEDMOHIB.
PLECBODYI^IB.
Plus haut dégré de développement...
Durée.
Terminaison,
Du neuvième au onzième jour.
De quatre à vingt-uQ jours, quelquefois audelà.
Par la résolution , par le passage a l'état chro nique et de phlhisie muqueuse; par la suf- Ibcalion.
Vers le septième.
Un, deux et trois septénaires.
Par la résolution , par la su[>puraliGU , par une sorte de Ci.rnification, par la gangrène.
Vers le quatrième.
De quatre à quatorze jours.
Par la résolution, par la formation d'adbércnce, par le passage à l'étal chronique , l'cxhalaticn alljumineuse, parla gangrène.
Marche vague.
Variable.
Par la résolution.
Traitement. La difficulté de guérir les maladies du poumon ne vient pas seulement de ce que cet organe est destiné à n'être jamais en repos, mais bien de ce qu^il est inaccessible à toute autre chose qu'à l'air, au sang ^ à la lymphe et aux autres fluides destinés à la ifie. Dèslors rien n'est moins prouvé ni plus fréquemment illusoire que l'action de certains médicaraens auxquels on attribue une manière spéciale d'agir sur l'appareil pulmonaire. En effet, on voit tous les jours les médicamens, que l'on cite comme des expectorans puissans , étendre leur influence à toutes les parties du corps ; mais ils ne font point sur les poumons une impression plus forte ou plus marquée que sur les autres organes ; en outre , l'observation journalière prouve bien qu'ils ne déterminent pas dans tous les temps les effets qu'on attribue à leur action ; ils ne deviennent expectorans que quand le système respiratoire se trouve dans une condition propre à amener ce résultat.
Concluons donc avec vérité qu'il n'est ni juleps, ni looks, ni sirops qui puissent répondre à aucune indication relative au catarrhe pulmonaire, ainsi qu'à toute autre maladie du poumon; qu'ils ne peuvent eue élaborés dans l'estomac, ni être changés à l'avantage de cet organe.
(19) Comme il est cependant des moyens généraux, non équivoques , dont les effets puissans corabaitent souvent avec succès cette affec* lion , nous allons les exposer dans l'ordre que nous avons adopté pour sa description.
Dans l'invasion de la maladie , si elle est légère et sans fièvre, la cure est proprement l'ouvrage de la nature. On doit néanmoins la seconder au moyen d'une diète légère , de bouillons, de panades, - de soupes, de crèmes du riz, etc. On interdira l'usage de la viande et des liqueurs spiritueuses. Dans cette première périodeon doit sevêtir et se tenir plus chaudement ; et par une petite quantité de boissons émollienlcs, tièdes , on tâchera d'assouplir la peau et d'y ramener les mouvemens intervertis. Il ne faut pas insister sur les moyens qui provoquent la sueur , ni surtout garder long-temps le lit , ou la chambre , loin d'un air libre et dans une atmosphère échauffée artificiellement. Cette pratique est assez généralement suivie par les gens du monde ; ils croient que les sueurs sont un moyen de guérir toutes les maladies j aussi cherchent-ils à les provoquer en abondance : c'est dans cette intention qu'ils prennent de l'eau-devie brûlée ou d'autres liqueurs fortes ; mais par cette manoeuvre mal entendue ils changent leur maladie , légère par sa nature , en péripneumonie ou pleurésie , souvent très-difficiles à combattre. Ceux qui assiègent de couvertures leurs malades ne réussissent pas mieux , quoiqu'ils paraissent agir d'une manière plus rationnelle. Certes , lorsque les sueurs viennent d'elles-mêmes , on peut les regarder comme le meilleur remède contre celte malaJie ; mais quand on les excite , elles peuvent devenir dangereuses , causer même la mort, ou changer en maladies graves des affections qui peut-être n'auraient été que très-légères.
Le traitement consiste donc à diminuer l'irritation , à favoriser les sécrétions etexcréiions, à s'opposer aux complications qui pourraient
survenir. On remplira la première indication par des décoctions d'orge , de guimauve , des infusions de violettes , de coquelicots , des boissons gommées , édulcorées avec le sirop de guimauve , de
capillaire ou autres ; on fera respirer en même temps avec beaucoup d'avantage la vapeur des décoctions émollienies ; les fomentations ou cataplasmes de même nature seront aussi utilement appliqués sur le thorax ; l'ardeur de la fièvre sera tempérée par l'oxymel simple et le j^ûirale de potasse. On ne doit avoir recours a. la saignée qu'autant que la toux est acre , sèche, les douleurs trèsvives, le pouls plein, dur et fréquent; que le malade est dans la force de l'âge , et que la maladie est placée sur les confins du catarrhe et de la péripneumonie : encore exige-t-elle beaucoup de prudence.
Tous ces moyens, secondés par un régime conforme aux lois de riivgiène , régime sans lequel la durée du catarrhe le plus simple pourrait se prolonger indéfiniment, procureront une détente salutaire dans l'organe respiratoire , et par leur influence relâchante , i^mèneront la membrane muqueuse à un degré d'activité plus modéré. Alors la sécrétion muqueuse commencera à s'établir. Dans cette seconde période on maintiendra le ton de ces organes à l'aide de substances qui recèlent des principes résineux et balsamiques , et surtout une grande quantité d'huile volatile. Telles sont certaines préparations d'hysope , de sauge , de fleurs de sureau , d'arnica , de lière terrestre, de marjolaine , de camphre de Montpellier ; les racines d'angélique , d'aunée , de polygala de Virginie , d'iris de Florence , etc., auxquelles on ajoutera l'oxymel simple , l'oxymel scillitique , ou le sirop d'érysimum , la gomme ammoniaque , le baume de Tolu et du Pérou , etc. , suivant l'indication,
L'ipécacuanha donné à petites doses , déterminant une action excitante et tonique tout à la fois , produira de merveilleux effets vers la fin de la maladie. La facilité avec laquelle se forment les mucosités étant une des causes principales qui entretiennent et prolongent l'affeciion pulmonaire , on mettra en usage les moyens les plus convenables pour augmenter les autres sécrétions ; on prescrira donc en pareil cas les laxatifs ou les diurétiques doux , la manne , etc. ; mais l'abondance avec laquelle le mucus pulmo-
naire a quelquefois lieu , et la difficulté de i'expecioier étant souvent une des causes qui agravent le catarrhe, on aura recours a des médicamens excitans, qui , en développant la faculté contractile des bronches , facilitent l'expulsion des mucosités dont ces conduits aériens paraissent remplis. On prescrira alors avec avantage quelques tasses d'une boisson légèrement éraéiisée , ou une potion huileuse , dans laquelle on aura délayé un , deux ou trois grains de kermès ( oxyde d'antimoine hydro-sulfuré rouge ) , associés avec d'autres siimulans, dont l'action se porte particulièrement sur les bronches. Enfin, dans la dernière période, comme le relâchement des vaisseaux et l'atonie qui succèdent à leur irritation entretiennent toujours tine toux pénible, et empêchent l'expectoration de s'effectuer, on unit les toniques aux excitans. On donnera alors le quinquina , le lichen d'Islande , le vin d'Espagne , la thériaque ; enfin , le soufre , et ses diverses préparations, sont des moyens que l'on peut employer avec avantage dans les affections catarrhales entretenues par l'état de faiblesse des poumons»
L'inspiration de l'éther pur ou mêlé avec quelques baumes , le gaz sulfureux et les fumigations aromatiques dirigées sur les membranes muqueuses des voies aériennes, s'opposent aussi à l'alïaiblissement de ces organes , et empêcbent l'afFeciion primitive de passer de l'état aigu à l'état chronique.
Il faut travailler aussi à soutenir les forces des malades par une nourriture convenable , observant qu'ils mangent peu le soir , en même temps qu'on s'étudiera à écarter toutes les impressions qui peuvent amener le refroidissement des parties extérieures , leur resserrement , le spasme de la peau et celui des muscles ; car souvent le catarrhe pulmonaire , qui touche à sa fin , est renouvelé par la continuation de l'action de la cause qui la produit.
La toux est aussi un phénomène qui appartient à l'expectoration ; c'est un moyen auxiliaire de la plus haute importance, que la nature ou l'art emploie avec succès. Dire que la toux est aux
poumons ce qu'esl l'éternuement aux fosses nasales, et le vomisscmeni à l'estomac, c'est, en un mot, définir sa fonction. Mais i'insomnie et la fatigue qu'elle produit la plupart du temps dans les alfections catarrhales , surtout chez les sujets irritables , la rendent alors si incommode , qu'il faut nécessairement en réprimer la violence et l'opiniâirelé à l'aide des anodins administrés ^ soit à doses complètes le soir, ou à petites doses fréquemment répétées dans la journée. On ordonne avec succès le sirop de dia-^code, les pilules de cynoglosse , le laudanum liquide de à^ï/enAam^ i'exU'ait aqueux d'opitim à la dose d'un demi-grain à un grain : mais il faut être très -circonspect dans l'emploi de ces médica» mens ; donnés inconsidérément , ils pourraient suspendre l'expectoration et produire des suites fâcheuses. Les embrocations faites sur la poitrine avec des linimens volatils , la rubéfaction et la vésicaiion de la peau sur le thorax , entre les épaules , aux bras, aux jambes, aux cuisses, sont souvent employées avec le pluf grand avantage pour exciter d'une manière secondaire le ion de l'organe pulmonaire ; enfin , le traitement et le régime doivent être modifiés suivant lage, le tempérament de Pindividu , Tinlensiié delà maladie, la saison, la consiitulion atmosphérique, les diverses complications, etc. Toutes ces circonstances sont autant de considérations puissantes auxquelles il faut avoir égard ; car elles ne laissent pas de diriger le praticien dans le choix des méthodes curatives. Elles exigent, en outre, une circonspection, une prudence , des lumières toutes particulières. . 7-
Lorsque la maladie revêt un caractère adynamique, commp on le remarque assez fréquemment chez les vieillards , ie mode curalif doit subir des modifications particulières et devenir très-actif; on abandonnera les boissons adoucissantes pour leur substituer le» infusions aromatiques , les amers , le polygî»la et la serpentaire de Virginie, l'infusion et la décociion de quinquina, auxquelles on associe souvent avec avaniage l'acétate d'ammoniaque , les préparations scillitiques, l'emploi des vcsicatoires , etc. En un mot , les
médicameiîs les plus énergiques seront mis en usage pour prévenir
une suffocation.
Dans la convalescence , lorsque les malades se plaignent d'im état de langueur^ de défaut d'appétit; quand le sommeil est interrompu et n'est point réparateur , le changement d'air et l'exercice du cheval sont alors les moyens les plus efficaces pour opérer un prompt réiablissement.
Lorsque le catarrhe pulmonaire est devenu chronique et que le malade est disposé à la phthisie, les moyens de guérison qu'il faut mettre en usage doivent être en rapport à la maladie prédisposante : si elle résiste aux traitemens les mieux appropriés , et que la phthisie ait déjà manifesté sa présence et étendu ses ravages, il est un terme où le médecin observateur, le vrai praticien reconnaîtra que la maladie doit triompher des efforts de l'art ; s'il n'a recours aussitôt à l'application d'un ou plusieurs moxa , dont les merveilleux effets sont constatés chaque jour entre les mains de nos célèbres maîtres : déjà Celse en avait reconnu l'efficacité; il voulait, dans le traitement de la phthisie pulmonaire, que le médecin cautérisât la peau simultanément en sept ou huit endroits.
Traitement préservatif. Certains individus, par une prédisposition naturelle, ou par la longue durée d'un catarrhe, sont devenus susceptibles de contracter de nouveau la maladie : la moindre cause peut occasionner une rechute : ils devront donc éviter soigneusement les variations brusques de l'atmosphère, le passage subit du chaud au froid, et de la sécheresse à l'humidité; ils vivront avec sobriété , prendront de bonne heure et quitteront tard les habits d'hiver ; ils porteront constamment sur la peau un «ilet de flanelle ou de coton ; feront des frictions sèches souvent répétées , prendront des bains à la température du corps , ou mieux encore 4es bains de sable , de cendres échauffées au four ^ ceux du marc de raisin. La propriété dont jouissent ces bains secs
d'échauffer la peau sans introduire des mole'cules aqueuses dans son tissu , leur mérite le premier rang parmi les me'dicamens qui peuvent redonner de l'énergie aux capillaires de la circonférence , et combattre avec le plus grand avantage la diaihèse séreuse ou lymphatique.
On pourra leur conseiller un exercice modéré fait tous les jours en plein air , eu se garantissant bien du froid et de l'humidité par de bons vêtemens et une chaussure fréquemment renouvelée ; enfin , un cautère ou un vésicaioire au bras peut devenir souvent d^une utilité indispensable pour se mettre à l'abri d'une rechute.
Mais, pour combattre utilement les dispositions catarrhales, il ne sufiit pas de suivre les règles que nous venons de tracer , il faut encore, et avant tout, maintenir les fonctions de l'estomac dans leur état naturel par une nourriture tonique et fortifiante : c'est en rétablissant l'énergie de cet organe que l'on fait souvent cesser la toux , et que l'on parvient à tarir la source de l'expectoration.
Telles sont les considérations principales auxquelles peut donner lieu l'étude du catarrhe pulmonaire. Le temps ne m'a pas permis de donner à ce sujet tout le développement et tout l'intérêt dont il est susceptible ; aussi je réclame l'indulgence de mes juges ; et tous mes vœux seront remplis , si je ne leur parais pas indigne de leur suffrage , et s'ils daignent reconnaître dans cette dissertation quelques rayons de lumière émanés de leurs savantes leçons et de leurs excellens ouvrages,
HIPPOCRATIS APHORISMl.
Muiaiiones anni temporum maxime pariant morbos, et in ipsis temponbusmutationes magnae tùm frigoris , tùm calons , et ca-tera pro rauone eodem modo. Sect. 3^ aph. i,