V LE PÀSSAGE DU SANG
Si l'on considère le coèiir comme étant compose de muscles creux , remplis d'un fluide , il sera facile de concevoir que ces muscles , en se contractant sur leurs propres cavités , peuvent expulser leur contenu en partie ou en totalité.
Un examen du mécanisme, de la structure et de la position des valvules placées à l'entrée et à la sortie de ces cavités , démontrera que la sortie du liquide doit être par les grandes artères, et l'entrée par les grandes veines.
Mais , après que ces sacs musculeux ont expulsé quelque portion de leur contenu , comment se remplissent-ils ?
Quoique cette question ait été agitée avant l'époque où vivait Harvey, et que ce physiologiste s'en soit long-temps occupé, elle n'est pas encore résolue,
;^<''sfl/^ enseigna que les fibres pyramidales du cœur, en se contractant, raccourcissaient cet organe, et que, changeant alors sa formée
conique en celle d'une sphère, elles agrandissaient ses cavités , et leur donnaient la forme et les fonctions d'une ventouse (i).
On sait que Harvey rejeta cette opinion, ainsi que toutes celles qui sont basées sur la supposition que le cœur puisse contribuer , soit par sa dilatation , soit par ses mouvemeus , à attirer le sang dans ses cavités (aj.
Hurvcy avança que l'impulsion communiquée à la colonne de sang par la contraction des ventricules faisait passer, à travers tous les obstacles , et jusque dans l'oreillette opposée , une quantité de sang à peu près égale à celle ainsi expulsée. Mais les physiologistes qui lui succédèrent n'adoptèrent point cette opinion, et chacun imagina une nouvelle force impulsive.
Aujourd'hui, le cœur paraît être considéré comme une pompe aspirante et foulante; mais le mécanisme par lequel l'aspiration est produite n'a point été démontré d'une manière satisfaisante. Quelques physiologistes avancent que les fibres musculaires du cœur sont douées d'une puissance active pour dilater ses cavités (3) ; d'autres , que ces cavités , après s'être contractées , reviennent par leur propre élasticité à l'état moyeu de dilatation, et forment ainsi un vide relatif (4); d'autres, enfin, croient que la simple cessation de la contraction, sans le concours de l'élaslicité ni d'une force dilatante active, suffit pour produire le vide virtuel (5).
Ces opinions semblent s'appuyer plus sur la nécessité apparente de
(t) a. Et sic dùm apex ad basiin appropinquat , lalera in orbeiii distendi, et € cavitates dilatari, et ventriculos cucurbitula formam acquirere , et sanguiiiem « iiUrosuinere. » ( I^arvey, De motu cordis , cap. a. )
(a) <i Neque veriim est, quod vulgo creditur, cor, ullo motu suo aut disten- * tione, sanguinem in ventriculis attrahere. x ( H., iéid. )
(5) Bichat i Anat. géii., t. 5, p. 496. ■ Magendie, Précis élém. de phys., éd. 1 , t. 2 , p. 245.
(4) Magendie , op. cit., éd. 2, p. 397.
Ç5) Béclard, Anat. gén., p. Sgt).
î'aspiratiou que sur une preuve évidente que cette puissance aspirante existe dans le cœur.
Le fait qu'un vide relatif existe autour du cœur , et que ce vide est augmenté par chaque dilatation du thorax , a placé la question sous un autre point de vue.
Ainsi, quand un tube est introduit dans le péricarde d'un animal vivant, l'extrémité extérieure étant plongée dans un liquide coloré, le liquide est fortement aspiré dans le péricarde , mais avec plus d'énergie pendant les inspirations.
Celte expérience démontre complètement que le cœur vivant n'avait jamais été convenablement examiné dans les animaux à sang chaud.
D'après les procédés d'expérimentation adoptés jusqu'à ce jour, le cœur, considéré comme instrument de mécanique, était rendu incomplet avant que les sens, qui sont les yeux du jugement, aient pu examiner le jeu de cet organe important. Les observateurs ne s'apercevaient pas de l'altération qu'ils lui faisaient subir en détruisant le vide, effet inévitable de son exposition à l'atmosphère.
L'admirable application du sens de l'ouïe à cette étude difficile, par le professeur Laënnec j, forme cependant une brillante exception; ce grand médecin a remarqué avec raison que la connaissance que l'auscultation peut donner dcsmouvemens du cœur doit être plus exacte que celle qu'on obtient par les procédés adoptés jusqu'à présent , parce que l'état relatif de l'animal et de l'organe ne sont plus influencés par l'examen.
L'analyse remarquable qu'il a donnée des sons produits par l'action des différentes cavités du cœur prouve complètement cette assertion.
Ilarvey , après avoir fuit des expériences positives sur les mouvemens et les contractions du cœur , dit :
1°. Que, lorsque les ventricules se contractent, le cœur se meut,
s'élève , et semble s'allonger en un cône dont l'extrémité frappe au même instant contre les côtes (i) ;
2°, Qu'au moment où les ventricules se remplissent, le cœur retombe vers sa base , et cesse de se contracter (2).
11 n'explique point la manière dont ces mouvemens sont produits ; - au contraire, il avoue qu'il y a dans les mouvemens du cœur quelque chose dont il ne peut se rendre compte (3).
Ceux qui ont commenté les observations de îîarvey , disent que le cœur se raccourcit dans la systole en se contractant de son sommet vers sa base; et , pour expliquer comment il frappe en même temps un point des côtes éloigné de lui, ils disent que l'aorte, jusqu'alors presque vide , se remplissant par la décharge des ventricules , et , de courbe qu'elle était (4), devenant plus droite, porte le cœur contre les côtes , aidée en cela par la distension simultanée des oreillettes.
Le fait que le cœur exécute ses fonctions dans un vide relatif étant à présent hors de doute, et ce fait ayant été inconnu à Harvey et à ses commentateurs , il devenait important d'étudier les opérations de cet organe sans détruire le vide dans lequel il est placé.
Pour arriver à ce but , je fis les expériences suivantes :
Première expérience. Le 29 juillet 1825, ayant fait une large ouvert tiire dans la traphée-artère d'un cheval placé sur le dos , je pratiquai luie incision dans les tégumens et les muscles du ventre , derrière le cartilage xiphoïde, et à gauche de la ligne blanche ; puis j'introdui-. sis la main droite dans l'abdomen , la dirigeant vers le diaphragme.
« (1) Quôd erigitur cor, et in mucronem se sursùm élevât, sic ut illo tempore « ferire pectus , et forls sentiri pulsatio possit. » (Op. cit., cap. 3.) « Ita ut} « niinoris magnitudinis qt Ipngiusculum appareat. » {I{?id. )
(u) « Dùm laxatur et concidit, recipit sanguinem. 1 (Lococit. )
(j) « lUud forsan in cordis motu e\eniat nunc, ut alii hinc saltem, bâcdatâ a viâ, felicioiibus freti ingeniis, rei rectiùs gereudae, et meliùs inquirendi oçca- « sioneni capienl. » (Op. cit., cap 1.)
(4) Senac, }V Hu7itcr, Richcmnd.
Lorsque mon avant-bras eut pénétré presqu'en entier dans celte ouverture, il la remplit assez pourque l'air extérieur n'y put pénétrer,
A l'aide de l'ongle de l'index, je séparai les fibres musculaires du diaphragme, et j'avançai la main dans la cavité gauche du thorax. Le dos de la main se trouvait vers le poumon , la paume vers le cœur; la plaie extérieure correspondait au tiers supérieur de l'humérus.
L'ouverture piatiquée dans le diaphragme serrait l'avant -bras vers sa partie supérieure.
Pendant que ma main était dans la poitrine de l'animal, j'observai les faits suivans :
1°. L'aorte attira d'abord mon attention ; je la tenais dans la main près de sa crosse; elle était pleine, tendue presqu'au point de se rompre; elle me représentait un tuyau de pompe àfeii en pleine activité, et l'égalait presqu'en volume; il n'y avait point de puisa ti(m perceptible, si ce n'est lorsque je la comprimais fortement, et même alors il était difficile de distinguer cette pulsation de l'ébranlement que les mouvemens du cœur communiquaient à tous les viscères thoraciques.
Pendant cinq minutes que je tins l'aorte dans la main , ce vaisseau ne subit pas la plus légère diminution de volume, et conserva ceîte plénitude dont j'ai parlé ci-dessus.
Je revins plus tard l'examiner, et je la trouvai dans le même état;
a". Tant que je tins l'aorte, le cœur conserva constamment un mouvement violent , mais régulier, entre la colonne vertébrale et la base du cartilage xiphoïde, effet que l'on peut comparer à celui du piston d une machine à vapeur : je sentais le frottement des vaisseaux coronaires contre mon bras , qui se trouvait en contact avec la plèvre, recouvrant le péricarde. La portion de la surface du bras sur laquelle le cœur glissait dans son mouvement d'ascension et d'abaissement entre la base des poumons et le cartilage xiphoïde , était à peu prè.^ d'un pouce et demi.
3°. Je m'efforçai de m'assurer si les ventricules se contractaient quand le cœur s'élevait ou s'abaissait; mais je ne pus y réussir alors
Il me fut également impossible de reconnaître avec précision l'action alternative de l'oreilletle et du ventricule gauches.
4°. Après cet examen , je portai la main en arrière en courbant le poignet ; je rompis la membrane du médiastin qui s'étend du péricarde au diaphragme , et j'introduisis la main dans la cavité droite du thorax.
Je trouvai la veine-cave postérieure à l'endroit du thorax , où elle passe du diaphragme au cœur isolée dans un espace de cinq à six pouces, entre le poumon moyen et le poumon droit.
Je pris la veine entre les doigts ; quand le cheval inspirait , elle s'agrandissait de manière à remplir ma main; pendant l'expiration , au contraire , elle s'aftiiissait si complètement , qu'il ne me restait entre les doigts qu'une membrane flasque et peu épaisse; je ne pressais la veine qu'autant qu'il le fallait pour m'assurer de ces changemens , que j'observai avec le plus grand soin.
Je m'assurai que la veine se remplissait toujours quand le thorax de l'animal s'élargissait , et qu'elle s'affaissait pendant l'expiration. Je pus même sentir le cours du sang , lorsqu'il se portait vers le cœur à chaque inspiration.
Je tins ainsi la main et l avant-bras pendant vingt minutes dans l'intérieur du thorax , et , durant ce temps , le cheval respira avec force et régularité par l'ouverture faite à la trachée - artère ; ma main n'étant pas dans une position favorable pour l'examen du cœur dans la cavité droite du thorax , je la retirai; l'animal respirait avec presque autant de force qu'au commencement de l'expérience , mais on le tua aussitôt après.
Deuxième expérience. N'ayant pas encore déterminé avec assez de précision la manière dont le cœur se contracte , ni l'influence que ses mouvemens exercent sur le sang veineux; j'introduisis la main gauche dans la cavité droite du thorax d'un cheval assez vigoureux , en prenant les mêmes précautions que dans l'expérience précédente.
Je constatai les faits suivans :
1°. Je pris le cœur dans la main, à quelques pouces au-dessous de son sommet, et de manière que mes doigts étaient placés sur le ventricule droit et le pouce sur le ventricule gauche.
Quand le cœur se portait vers le cartilage xiphoïde , il diminuait de volume , devenait plus dur, et présentait des incîgalités, comme on aurait pu en observer sur les muscles fortement contractés d'un membre.
Quand , au contraire , il descendait vers le dos , il devenait plus mou , les inégalités disparaissaient , il se gonflait et remplissait la main.
Je me suis assuré de ces changemens avec assez de précision pour ne pas craindre d'être contredit.
2°. Je trouvai la veine azygos, à l'endroit où elle monte sur la bronche droite ; elle ne s'aiFaissait pas pendant l'expiration , comme on l'observe dans la veine-cave postérieure, mais restait distendue pendant les deux périodes de la respiration. J'en acquis la certitude, ]et je crus distinguer dans ce vaisseau une espèce de pulsation correspondant à la contraction des ventricules.
Mon ami le docteur Jones de Paris, qui m'aida de ses talens dans une répétition de cette expérience, ayant introduit, à ma prière, sa main dans le thorax , appela mon attention sur l'état de distension dans lequel la veine azygos resta pendant l'expiration.
5°. Je trouvai l'oreillette droite , et pour mieux juger de ses mouvemens , je déchirai le péricarde, et je mis ma main en contact avec cette oreillette et en même temps avec la base du ventricule. Gomme ce moment était le plus important de l'expérience , je prolongeai cet examen, et je m'assurai complètement que, lorsque le ventricule montait et se retirait de ma main , l'appendice se gonflait et la pressait; et que, lorsque le ventricule reprenait sa place, l'appendice se retirait et ne se faisait plus sentir.
La contraction alternative de l'appendice et du ventricule droit fut
très-régulièr«i pendant six minutes que je tins la main appliquée sur ces cavités.
L'expérience entière dura onze minutes ; mon savant ami, M. Tindalj avait la montre à la main, et notait les observations.
11 est aussi vrai qu'extraordinaire que le cheval ne parut pas éprouver de douleurs très-aiguës pendant cette expérience , qui ne l'affaiblit pas d'une manière sensible. De ces deux expériences que j'ai répétées avec soin, et qui sont faciles à vérifier, nous pouvons conclure :
1 °. Que ce que Harvey dit des contractions et des mouvemens du cœur est essentiellement exact.
2°. Que l'appendice seul^ auquel Haller (i) et Boerhaave (2) appliquent exclusivement le mot auricula (et il y a lieu de croire que c'est le sentiment de Harvey ) , se contracte et se remplit alternativement avec les ventricules.
D'ailleurs il est certain que si on introduit un tube plongé dans un liquide coloré , dans le cœur même d'un animal vivant , c'est-à-dire dans le sinus veineux du côté droit, soit par la veine -cave antérieure ou postérieure, le liquide est aspiré dans le cœur, mais seulement pendant les inspirations.
3°. Que le battement du cœur contre les côtes , au moment de sa contraction, ne peut être causé par la dilatation de l'aorte, puisque ce vaisseau reste toujours plein, presqu'au point de se rompre , sans jamais diminuer.
Nous considérerons maintenant les cellules aériennes des poumons , ainsi que le cœur, comme des sacs susceptibles d'être distendus, placés dans des cavités qui s'élargissent; nous savons que ces deux sacs ne communiquent pas entre eux, ni avec les cavités dans lesquelles ils se trouvent placés , mais que tous les deux communiquent avec l'atmosphère ; les poumons immédiatement par la trachéeartère , le cœur médiatement par les veines.
(1) « In appendice quae peculiariter awricu/a vocatur. » (T. 1, lib. 4^ sect. 2.)
(2) Vide Inst. rei medicae, n. i35.
Supposons que toutes les parois du thorax puissent , comme les côtes et le sternum , résister à la pression atmosphérique , et qu'elles s'éloignent de leur centre commun avec une force et une régularité égales, le cœur serait alors forcé de remplir la cavité du médiastin aussi exactement que les poumons remplissent de chaque côté les cavités thoraciques.
Mais pendant l'expansion d'un thorax, tel que celui dont je viens de parler, le cœur ne pourrait chasser une goutte de sang par l'aorte , ni les poumons une bulle d'air par la trachée - artère , parce qu'il n'y aurait rien qui pût céder pour remplacer le sang ou l'air expulsés.
Quand la grande cavité, qui s'étend également, aurait cessé de forcer ou le cœur ou les poumons à se dilater davantage, le cœur, étant composé de muscles puissans, se contracterait naturellement , et , en expulsant une partie de son contenu , diminuerait de volume ; les parois de la grande cavité se rapprocheraient du centre commun, et une certaine quantité d'air serait chassée des poumons.
Ainsi le cœur et les cellules aériennes se rempliraient et se videraient en même temps, ou, en d'autres termes , la vitesse du pouls et de la respiration seraient égales.
Mais , chez les mammifères , les parois qui séparent le thorax de l'abdomen sont entièrement composées de membranes et de muscles, et ce diaphragme est adhérent , presque dans toute sa circonférence, aux cartilages des côtes et au xiphoïde ; tandis que le cœur, muscle puissant et isolé, se trouve en connexion avec cette membrane ou diaphragme; il en résulte donc que le cœur, composé de plusieurs cavités placées obliquement, présentant difFérens degrés de résistance, et séparées par des valvules , résiste à sa distension beaucoup plus que les poumons. Les ventricules, comme étant la partie la plus musculaire , font des efforts continuels pour se contracter, et y parviennent à un degré d'étendue et de fréquence proportonné au pouvoir qu'ils ont de vaincre la résistance du diaphragme et des parlies élastiques auxquels il adhère.
D'un autre côté, le diaphragme et les ressorts auxquels il est attaché réagissent et forcent le cœur d'occuper l'espace qu'ils tendent à laisser vide.
Les ventricules étant pleins , et occupant exactement les cavités dans lesquelles ils se trouvent placés , forment, en se contractant , un vide autour d'eux; pour remplir ce vide, il est évident que quelque chose doit céder à la pression atmosphérique. Le diaphragme, le cartilage xiphoïde , et les côtes s'éloignent du centre dans l'inspiration ; mais la force musculaire des ventricules leur devient supérieure pour un instant, et les force à se replier.
Alors ces organes réagissent sur le cœur, entraînent violemment avec eux le sac qui le contient; et le cœur lui-même se trouve forcé, et par la pression atmosphérique, et par la pression musculaire, agissant sur le sang veineux, de suivre ce mouvement, et à prévenir ainsi la séparation momentanée qui aurait lieu entre sa surface extérieure et l'intérieur de la cavité environnante; c'est ce qui explique comment le cœur frappe contre les côtes quand il se contracte.
Le cœur, ainsi forcé de s'éloigner du dos , fait dilater les sinus veineux , et en même temps laisse à sa base un espace vide, que les appendices , en se remplissant , occupent tout de suite.
La réaction des ressorts contre les ventricules, en les forçant de se distendre , permet aux appendices de se contracter et d'expulser le sang qu'ils contiennent dans les ventricules; le cœur ventriculaire se trouve alors dans sa position et sa plénitude naturelles , et les ventricules , au moyen de l'expansion de leur base , occupent peu à peu l'espace que la contraction des appendices laissait vide. Le sang as- ' piré vers le cœur par la dilatation du thorax et des réservoirs veineux suffît à tous ces mouvemens pendant l'inspiration.
Pendant l'expiration , au contraire , toute espèce de vide cesse d exister dans le thorax . excepté celui qui , comme nous l'avons déjà prouvé , est occasionné par les contractions du cœur. Ainsi, toutes les grandes veines thoraciques se trouvent comprimées , et leur sang est renvoyé vers ce vide.
Quand les parois de la poitrine sont dans un état dé repos , la veine azygos maintient la communication entre le cœur et le sang attiré par l'inspiration au-dessus des valvules iliaques, et fourni, pendant quelques secondes, le sang nécessaire pour remplir les vides causés dans les sinus veineux par la locomotion du cœur , déjà indiquée.
La lutte entre l'élasticité du diaphragme et ses ressorts d'un coté , et la contraction et la gravitation du cœur de l'autre , peut s'observer quand le cheval est placé sur le dos ; on la reconnaît aussi dans les oscillations pénibles de l'épigastre, qui accompagnent l'action violente des ventricules hypertrophiés.
L'effet de la locomotion du cœur sur le sang des sinus veineux est prouvé par l'expérience suivante :
Troisième expérience. Je mis sur une table les viscères thoraciques d'une brebis récenmieut tuée dans la position qu'ils devaient occuper dans le corps de l'animal , le supposant placé sur le dos.
Je fixai, dans une des veines pulmonaires, de chaque côté, dans la veine-cave postérieure, et suivant la direction du cœur, trois tubes de \erre courbés de manière à pouvoir être introduits dans des tasses remplies d'un liquide coloré. Je fermai , au moyen d'une ligature , l'aorte , l'azygos et la veine-cave antérieure ; le sac fibreux du péricarde avait déjà été enlevé.
Ayant plongé les tubes dans l'eau colorée , je soulevai le cœur et le lirai de droite à gauche à l'aide d'un crochet inséré dans la partie supérieure de cet organe ; l'eau colorée monta dans le tube à une hauteur proportionnée à la tension exercée sur les sinus veineux ; le moindre mouvement du cœur sur sa base faisait aussi monter le liquide dans les tubes : l'insufflation artificielle produisait le même effet.
Pour prouver que les forces contractiles du cœur , et les forces expansives des parties attachées à la cavité qui le contient tendent à produire un vide autour de cet organe, plusieurs heures même après
que la mort de l'animal a dû produire un équilibre général , je rapporterai deux ou trois expériences que je fis dans ce but.
Quatrième expérience. Le 6 janvier 182 5, en examinant le thorax d'un cheval tué le 4 par la division des grands vaisseaux àvi cou, j'observai , après avoir enlevé trois côtes du côté droit , le cheval étant placé sur le dos , que , bien qu'on pût faire mouvoir parfaitement le cœur dans le péricarde , son sommet se trouvait en contact avec le sternum, et que, quelque direction qu'on imprimât à cet organe , le péricarde s'adaptait toujours exactement à sa forme conique.
Les surfaces internes du péricarde se trouvèrent partout en contact entre elles , si ce n'est dans l'endroit où le cœur les séparait ; la partie du sac qui n'était pas remplie par le cœur était marquée par une ligne blanche, opaque, très-visible à travers la plèvre.
J'introduisis un tube pointu entre la quatrième et la cinquième côte , du côté gauche du sternum , dans la partie supérieure du pé-» ricarde.
L'air se précipita immédiatement et avec bruit dans l'intérieur du péricarde , qui se sépara du cœur vers son sommèt , où il devint presque aussi large qu'à sa base; le cœur retomba de quelques pouces vers le dos, et des bulles d'air mêlées de sang s'échappèrent par la plaie qu'on avait faite au cou de l'animal.
Cinquième expérience. M'étant procuré un cheval tué en même temps et de la même manière que celui dont je viens de parler, mais intact sous tout autre rapport, j'établis, au moyen de tubes propres à cet effet , une communication entre le péricarde et une tasse pleine d'eau colorée; aussitôt que la coinmunication fut ouverte, le liquide s'éleva rapidement et coula en abondance dans la poitrine de l'animal , franchissant vme hauteur d'environ huit pouces.
Lorsque le liquide cessa de monter, je retirai de la tasse l'extrémité libre de l'appareil ; quelques gouttes d'eau tombèrent par terre ; mais la dernière goutte qui resta dans le tube oscilla rapidement pendant
quelques secondes et sur un espace d'un demi-pouce environ. C'était la dernière lutte entre les forces qui contractent le cœur et celles qui causent l'expansion des cavités qui l'entourent*
C'est cette même lutte qui, pendant la vie, fait que la pression atmosphérique sert constamment à remplir l'espace que la séparation qui aurait eu lieu entre la surface extérieure du cœur et l'intérieur de de la cavité dans lequel cet organe se trouve placé, aurait autrement laissé vide.
Sixième expérience. J'introduisis le tube de communication dans le péricarde d'un cheval mort la veille , sans avoir été saigné ; quoique la communication entre le liquide coloré et le péricarde fût complète, le liquide ne s'éleva pas.
Laissant l'appareil en place , j'enlevai trois côtes du côté droit , et je m'aperçus que le cœur remplissait parfaitement le sac du péricarde. L'animal fut placé sur le dos; les veines-caves étaient distendues et pleines de sang. Je fis couper les grands vaisseaux du cou : il en sortit un sang noir et coagulé. Aussitôt le péricarde commença à se séparer du cœur, et le liquide coloré s'éleva immédiatement.
L'abattoir deMontfaucon m'offrait tant d'occasions de multiplier ces expériences , que je les répétai plus de vingt fois.
L'expérience suivante , quoique je l'aie faite dans un but différent , résoudra, je l'espère, cette question:
«Les cavités du cœur, chez les mammifères, jouissent-elles de la «faculté d'aspirer le sang par une dilatation active?»
Septième expérience. Ayant mis à nu environ deux pouces de l'artère brachiale d'un cheval , de manière à pouvoir placer mon doigt sur elle sans difficulté, j'introduisis dans le thorax, sous l'appendice xi phoïd^î, un long trocar armé d'une canuie , que je fis pénétrer dans le ventricule gauche du cœur.
En retirant le trocar, je vis un sang vermeil s'écouler par la canule; son cours n'était pas interrompu , mais marqué par des jets ^ précisément comme s'il coulait d'une artère.
Je plaçai le doigt sur l'artère brachiale pour m'assurer si les jets du sang provenant du cœur étaient synchroniques avec le pouls; mais l'artère ne battait plus.
Quand je bouchais avec mon doigt l'ouverture de la canule, de manière à arrêter le jet , le pouls devenait distinct immédiatement ; mais aussitôt que j'ôtais de nouveau mon doigt de l'ouverture de la canule , l'artère cessait de battre ; je fis cette observation à plusieurs reprises.
ha dissection fit voir qu'un pouce et demi de la canule se trouvait dans l'intérieur du ventricule gauche pendant tout le temps de l'expérience. Il n'est donc point douteux que si le ventricule se dilatait activement , le sang qui en sortait eût été au moins arrêté , sinon aspiré vers le cœur pendant cette dilatation ; mais cela n'eut pas lieu , quoique j'eusse laissé le sang du ventricule couler longtemps.
Je répétai cette expérience bien plus souvent que je ne l'eusse voulu, parce que, dans plusieurs épreuves que je fis pour établir une communication exclusive avec le péricarde, mon tube, pointu, perçait l'un ou l'autre des ventricules. Dans ce cas , le sang coulait toujours par jets , comme je l'ai déjà dit , mais jamais il n'y eut la moindre apparence d'aspiration.
D'après les résultats des expériences précédentes et les preuves que nous avons eues de l'influence de la pression atmosphérique sur les fluides centripètes , nous pouvons conclure , je crois , que le passage du sang à travers le cœur se fait de la manière suivante :
r. L'expansion du thorax et des réservoirs situés derrière le cœur attire le sang qui remplit les grandes veines , dans l'intérieur des sacs musculeux , afin de remplir l'espace que les contractions ou les locomotions du cœur laisseraient vide.
2°. Lorsque les ventricules qui sont en contact immédiat avec l'intérieur de la cavité où ils sont placés se contractent , ils se meuvent nécessairement de leur base vers leur sommet commun ; ils chassent alors une portion de leur sang dans les grandes artères , et l'es-
pace , ainsi laissé vide , est immédiatement occupé par le gonflement des appendices.
3°. Les ressorts que îa contraction des ventricules avaient forcés à céder réagissent , et aidés de la contraction des appendices et des réservoirs placés en arrière , obligent les ventricules à céder à leur tour, à recevoir du sang, et à reprendre leur première place. Ainsi les ven* triculcs pleins et les appendices contractés occupcjjt le même espace que les ventricules contractés et les appendices pleins avaient occupé un moment auparavant.
4°. Les grandes artères , à leur naissance , sont placées dans le même vide relatif que le cœur, et , par conséquent , se trouvant dans un étal de dilatation forcée, doivent être toujours pleines. Or, comme elles résistent continuellement à la force qui tend à les dilater, elles renvoient , sans interruption , un courant de sang vers leurs extrémités.
5°. Les ventricules étant toujours forcés de remplir les cavités où ils se trouvent , et réagissant toujours contre îa force qui les dilate , envoient aussi un courant continuel dans les artères ; mais aussitôt que les contractions des appendices ont cessé de les forcer à se dilater, ils ^e contractent avec plus de rapidité , et augmentent ce courant au point de produire un jet.
Telle est la cause du pouls artériel,
6°. Les réservoirs veineux voisins du cœur se contractant toujours sur leur contenu , envoient du sang vers le vide dans le médiastin , et par conséquent dans l'aorte , à travers les ventricules. Quand les valvules auriculo-ventriculaires se lèvent , ce sang est dirigé vers les appendices , qui , par leur distension rapide , compensent la diminution de volume des ventricules , en sorte que l'espace occupé par le cœur est toujours le même,
Quand les valvules s'abaissent , le courant du sang est entretenu et par les appendices et par les réservoirs , qui le poussent à travers les ventricules.
7% . Il a été déjà prouvé que les sinus veineux sont en distension
progressive depuis le commencement jusqu'à la fin de l'inspiration. Pendant l'expiration , les parois du thorax , en se contractant , portent les poumons contre le médiastin , détruisent la tendance au vide qui existait entre les deux plèvres pendant l'inspiration, et compriment les réservoirs veineux. Les appendices se trouvent à l'abri de cette compression par le seul fait de leur position.
8°. Le cœur ventriculaire , soit pendant l'inspiration , soit pendant l'expiration , n'est jamais assez volumineux pour remplir la cavité où il est placé , à moins d'être dans un état de dilatation forcée. Ainsi , à la fin de l'expiration , après que les côtes et le sternum ont cédé , et que le diaphragme est monté aussi haut que possible dans la poitrine , le cœur , en se contractant d'une manière continue , oblige les poumons à se dilater un peu pour remplir le vide qui , sans cela , se serait formé entre eux et le médiastin ; l'air se précipite dans les poumons et ies distend ; les muscles intercostaux se contractent , et l'inspiration commence.
9°. Le cœur sain est toujours capable d'empêcher sa propre dilatation d'être portée au-delà d'une certaine limite, et cela par l'expulsion d'une partie de son contenu ; mais il ne peut opposer cette résistandb que pendant un certain espace de temps.
10". Pour pouvoir résister, il est entièrement composé de fibres musculaires très-fortes , et il est garni de valvules disposées de telle sorte , qu'elles favorisent la réception et l'expulsion du sang par différentes ouvertures.
1 1°. Pour que le cœur soit forcé à se dilater , il est placé dans une cavité où il y a tendance au vide , et dont les parois ne le suivent qu'à xme certaine distance.
1 2". Dans tous les animaux vertébrés , ces mêmes parois sont attachées à des ressorts placés de manière à agir comme antagonistes de la force contractante des ventricules.
Un examen attentif du ressort xiphoïde dans le cheval , le lapin, les batraciens , et de la manière curieuse dont ces ressorts sont atta-
chés au diaphragme et au péricarde dans tous ces animaux, justifiera ce raisonnement.
i5°. Il est plus que probable que l'azygos contribue à fournir du sang au cœur dans les intervalles des grandes aspirations de ce liquide produit par l'expansion du thorax et des réservoirs veineux; caria situation decetteveine fait qu'elle se remplit dans toute son étendue pendant l'inspiration. La position de ses valvules , quand elles existent , fait qu'elle ne s'affaisse pas comme la veine -cave postérieure. Elle n'est jamais pourvue de valvules qui puissent empêcher le sang d'y arriver de l'abdomen (i) , et elle est comprimée entre les deux plèvres pendant l'expiration.
i4°- La situation des appendices , l'un desquels est placé à la base de chaque ventricule ; leur forme , quand ils sont dilatés et quand ils se trouvent vides , rendent ces organes particulièrement propres à rcHiplir le vide que les ventricules, en se contractant, laissent vers leur base.
i5°. 11 est aisé maintenant de concevoir comment certains animaux, qui ne respirent que l'air, peuvent cependant exister long-temps sous l'eau; ces animaux sont pourvus d'énormes réservoirs veineux, ainsi que cela a été constaté dans les phoques , les plongeons et les cétacés (2). Ces réservoirs sont placés le plus près possible , mais en dehors de leur thorax , de manière à être exposés à une pression constante du fluide qui les entoure , et qui pousse vers le cœur le sang qu'ils contiennent.
16°. Nous voyons aussi pourquoi ces animaux sont obligés de venir de temps en temps à la surface de l'eau pour remplir leurs réservoirs par une nouvelle expansion du thorax.
Ainsi , on voit maintenant que les vrais antagonistes des muscles du cœur sont les muscles inspirateurs et les parois élastiques dutho-
(1) Bichat, Anal. gén.
(2) Cuvier, Leç, d'anaf. comp., t. 4 , p. 265 et 274. ~ H aller, Phys., lib. 4, sect. 2 , t. 1. ,
rax , et que la contractilité seule mise en jeu produit tous les mouvemens nécessaires tant à la circulation qu'à la respiration.
Les cavités du cœur sont des pompes foulantes , tandis que l'organe lui-même en totalité produit , par ses mouvemens , l'effet du piston d'une pompe aspirante placée au milieu du thorax ; mais ce piston est creux , et, par l'efFet de sa position , étant forcé de se dilater, il maintient une lutte continuelle contre les puissances qui l'y obligent.
Du reste , l'art ne pourra jamais imiter cette espèce de pompe , parce qu'il ne saurait donner la contractilité active^
Comme la physiologie n'est utile qu'autant qu'elle contribue à l'avancement de la science , j'oserai déduire , des considérations et des expériences déjà citées , les propositions pathologiques suivantes :
1°. Quand la force contractile du cœur n'offre pas assez de résistance à la puissance qui le dilate , il y a tendance à une dilatation morbide des cavités de cet organe; et si , au contraire , cette puissance est trop faible , le cœur tend à se contracter et à produire la diminution d ses cavités,
2°. Les deux sons que le cœur présente à l'auscultation sont produits par la dilatation des ses cavités , et non par leur contraction.
3°. Le premier son , qui ne correspond pas toujours à la pulsation artérielle , est le résultat de l'expansion des appendices , et le second de celle des ventricules.
4°- Dans le cas d'hypertrophie du cœur , quand ses contractions sont plus énergiques , les sons , au lieu d'être plus éclatans , sont beaucoup plus sourds ; tandis que l'impulsion est plus forte par les laisons déjà avancées.
5°. Si, au contraire, les parois du cœur se trouvent amincies et les cavités dilatées , les sons sont plus clairs , maïs la contraction et l'impulsion plus faibles.
6*. Ainsi , suivant que l'un ou l'autre des deux sons est plus ou moins clair, on peut juger de l'état d'hypertrophie et d'amincissement , avec ou sans dilatation des deux classes des cavités.
HIPPOCRATIS APHORISMI.
Cùm morbus in vigore fuerit, tune vel tenuissimo victu utinecessc est. Sec t. 1 . aph, S.
Famem vîni potio solvit. Sect. 2, aph. ao.
Si à dysenteria detento velut carunculae secesserint, lethale est. Sect, 4 ^ i^pfi- 2 6.
In febribus circà ventrem aestus vehemens , et oris vcntriculi dolor, malum. Ibib.^aph. 65.
Mulieri menstrua si velis cohibere , eucurbitam quàm maximam od mammas appone. Sect. 5 , aph. 5o.
Icterici non admodum flatulenti sunt. Ibid. , aph. 7a.