PARIS
SE TROUVE CHEZ u’AUTEUR , RUE VIVIENNE , N° 7. ET CHEZ MONGIE, BOULEVART DES ITALIENS , N“ lO.
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Cest à ceux qui ont reçu Vhonorable mission de veiller spécialement à la santé des hommes , quil convient de faire connaître tout ce que Von invente d’utile à la conservation ou à Vagrément de h, vie; cest dans cette persuasion quen 1788, lorsque je fis ma découverte des Dents de pâte minérale, je sollicitai vos suffrages éclairés dont j’obtins des marques flatteuses par l’organe des Sociétés savantes les plus illustres.
J’ai l’espoir que ce souvenir n’est pas effax^é d^la mémoire de plusieurs des Membres de ces Sociétés, dont l’humanité reçoit encore les utiles services.
Convaincu par une longue expérience, que ma découverte oubliée en France, soit par suite de la durée de m^ z séjour en Angleterre , soit par la diff-culté qu’il y avait à réussir dans son application , n’avait aucune méthode qui l’égalât, ou lui fût comparable, j’ai cru devoir publier cet
aperçu pour en soumettre dejiomeau les avantages à votre jugement. Veuillez, Messieurs, l’accepter comme un gage de ma reconnaissance pour l’accueil favorable que vous avez bien voulu faire à mon invention, et auquel ma méthode a dû Topinion avantageuse dont elle a joui dans le public.
J’ai l’honneur d’être, Messieurs, avec la plus haute considération.
Votre très-humble et obéissant serviteur.
AVAÎ^T-PROPOS.
Depuis plus de quarante ans que j’ai fait la découverte des Dents et Râteliers de pâte minérale, j’ai publié,tant à Paris qu’à Londres, plusieurs éditions d’une dissertation ayant poiu* but de démontrer leur supériorité sur toutes celles faites de substances animales employées jusqu’à cette époque.
De retour dans ma patrie, après trente-quatre ans d’absence, mon dessein n’était pas d’écrire de nouveau, lorsque la curiosité m’ayant porté à rechercher ce qui a été écrit sur ce sujet, je fus extrêmement surpris de voir que plusieurs auteurs m’avaient ravi l’honneur de cette invention, et que des médecins et des chirurgiens les avaient copiés dans des ouvrages d’ailleurs fort estimés. Je ne puis attribuer l’erreur de ces derniers qu’à- leur trop facile confiance dans certaines brochures répandues avec
profusion par des personnes intéressées, dès Torigine, à me priver du titre d’inventeur, et à l’oubli dans lequel était tombé le jugement qui a condamné, en 1792, le Dentiste du Roi et ses consorts, en leur demande de nullité du brevet qui m’avait été accordé par S. M. Louis XVI.
Je crois que personne ne blamera le sentiment qui me porte à démontrer de nouveau l’injustice et la fausseté de ces prétentions, et de prouver que nOn-seulement j’ai, le premier, conçu l’idée de faire des Dents tirées du règne minéral, mais encore que j’ai porté leur fabrication au degré de perfection qu’elle a atteint.
Il n’est d’ailleurs pas sans intérêt pour l’histoire et pour moi, que la vérité soit connue de l’application heureuse que j’ai faite d’une matière dure et incorruptible à üii objet aussi utile que celui de remplacer les Dents lorsqu’elles viennent à manquer.
Des Deists et Râteliers ce Pâte miüîéRale,
TELS QUE JE LES EXÉCUTE , SUR TOUS CEUX QUI OIÎT ÉTÉ FAITS AVAXT ET DEPUIS MA Dɬ COUVERTE.
De toutes les parties du visage qui constituent la beauté, les dents et les yeux tiennent, sans contredit, le premier rang ; et si ces derniers sont communément appelés le miroir de l’âme, les dents ne pourraient-elles pas être considérées, à quelque titre, comme le thermomètre de la santé ?
L’homme assez heureux pour trouver un moyen infaillible de les conserver toujours saines et belles, sera sans doute mieux inspiré que moi : alors le nombre désolant des maladies qui précèdent, accompagnent et suivent la perte des dents, serait soustrait de la masse des maux qui affli gent l’humanité. Malheureusement les efforts de la médecine sont restés infructueux, et il n’est que trop probable qu’on en attendra toujours en vain cette perfection. Les dents sont, comme tout organe vivant, sujettes à des mala-
dies; elles tiennent en outre de leur position une double susceptibilité qu elles ne partagent qu’avec les organes cutanés et muqueux, et qui résultent de leur exposition à des influences extérieures, et de leur dépendance de Terisemble de la vje. Elles s’altèrent donc par suite des causes internes, soit générales, soit locales, tenant à quelque vice originel et de diverses impressions directes, mécaniques ou chimiques. La négligence seule, en laissant en contact avec les dents le tartre qui s’y attache, ou les particules alimentaires engagées dans les intertices, suffit, parmi ces dernières causes, pour amener le plus souvent la carie de ces organes, dont la conservation est un objet si important d’utilité et d’agrément.
Tant de causes de destruction ne restent pas sans effet, et dans l’impuissance où l’on a été de les prévenir, il faut avoir recours au moyens d’y suppléer.
Cette nécessité, qui date sans doute des temps les plus reculés, fit faire successivement des essais qui avaient pour but de remplacer par un secours artificiel, ce que la nature ou les accidens avaient détruit.
Jusqu’à Faucbard, ces essais n’avaient eu pour résultat que de faire une ou plusieurs dents, attachées ou fixées avec des pivots. Ce fut vers la fin du dernier sciècle que cet auteur et Bourdet ont donné
l’idée de faire des dentiers partiéls, ou râteliers complets ; mais par suite de la corruptibilité de ces pièces, ou de l’insuffisance des procédés mécaniques employés pour les fixer; ces moyens ont eu peu d’efficacité. A. peine Paris comptait-il alors huit ou dix chirurgiens-dentistes, et Londres, quoique plus grande, n’en possédait pas sept ou huit qui eussent quelque instruction dans cette profession; encore faisaient-ils usage de substances osseuses, telles que l’ivoire, le cheval marin,etc., dont la couleur ne représentait nullement celle des dents naturelles et qui prenaient en se putréfiant, par l’action des agens extérieurs et intérieurs, des teintes jaunes ou noires et exhalaient une odeur fétide.
Tel était l’art du dentiste lorque le premier j’imaginai de faire des dents de pâte minérale. La combinaison de plusieurs oxides métalliques me donna, après de nombreux essais, une espèce de porcelaine, joignant à la densité spécifique la moins considérable, la propriété d’acquérir au feu une dureté et une solidité extrêmes, et celle d’être adaptée exactement à toutes les formes, en sorte que les pièces que j’exécute ne blessent en rien les parties si délicates de la bouche et rendent à la prononciation sa liberté, à la voix sa justesse et son timbre.
La bouche ainsi reconstituée, opère une mastication parfaite; fonction à l’intégrité de laquelle
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tient de si près la digestion et par suite la santé. Mon imitation est si parfaite que ces ouvrages en imposent, non seulement à la vue mais encore à l’usage. Il n’est aucune perte de substance des gencives ou des bords alvéolaires dont la réparation ne soit devenue facile, et ma méthode qui consiste à faire d’une seule pièce les dents avec leurs gencives procure à ces ouvrages une grande solidité.
1. ° Donner à cette composition toutes les nuances que présente la couleur des dents naturelles,
2. ® Calculer rigoureusement le retrait, pour que la pâte minérale puisse conserver la forme et les dimensions convenables.
3 . ® Trouver des ressorts qui permissent’ aux râteliers et aux dentiers la mobilité et la fixité nécessaires. Telles étaient les principales difficultés qu’il a fallu surmonter. Et c’est à quoi je me flatte d’être parvenu, mais non sans de nombreux essais et beaucoup de tems. Quant à la troisième, je l’ai résolue d’une manière aussi complette. Mes ressorts obéissent à tous les mouvemens de la mâchoire inférieure, soit en avant, soit en arrière, soit de côté, même de rotation, ils ont encore l’avantage que les personnes les peuvent fixer elles-mêmes, aussi sont-ils l’objet d’une attention particulière dans le rapport qui en a été fait à l’académie des sciences, et ils ont été depuis adoptés par la plupart des dentistes.
Télles ont été mes tentatives et les résultats que j’en ai obtenus. Longtemps après moi, un dentiste italien , M. Fonzi, fabriqua des dents avec une substance minérale. Cette substance n’est pas autre que le kaolin ou la porcelaine dure que j’avais moi-même primitivement employée dans la composition du râtelier que je fis à M. Ducbâteau.
Je fus obligé d’y renoncer à cause du tems nécessaire pour la cuire, et de la dépendance où l’on est des propriétaires des fours à porcelaine, qui ne cuisaient alors que tous les deux mois. La matière que j’êmploie n’exige au contraire qu’une heure de cuisson, et un feu beaucoup moins considérable, qu’on peut produire chez soi. C’est sans doute au retrait géométrique, et à la difficulté de le calculer, qu’il faut attribuer l’impossibilité où se sont trouvés la plupart des dentistes de faire des râteliers et dentiers d’une seule pièce.
Eh général ils sont obligés de confectionner les râteliers, en plaçant les dents une par une, en les fixant avec des pivots sur une base de platine, ou en.les enfilant dans une base du même métal, procédé par lequel il est impossible, ainsi qu’on le peut faire avec ma composition minérale , de remplir exactement toutes les cavités, et d’embrasser avec précision toutes les éminences des gencives.
Pour réparer la perte des bords alvéolaires.
M. Fonzi et ses imitateurs sont forcés de placer de grandes dents longues et minces, et d’appliquer sur la base de chaque dent une pièce séparée imitant les gencives. S’il leur arrive d’être obligé de faire quelque changement, telle est la ténuité de la lame de platine qu’il faut chaque fois reconstruire le tout sur de nouveaux frais et avec autant d’incertitude que la première fois. Qu’on juge de l’ennui et des fatigues que doivent éprouver les malades et l’artiste !
D’autres, pour remplir les vides occasionnés par les pertes plus considérables des substances qu’éprouvent les gencives, se servent d’une base faite de cheval marin, sur laquelle ils appbquent, comme dans le procédé ci-dessus, une matière colorante végétale dont la durée est aussi éphémère que l’imitation est inexacte, et c’est à cette base qu’ils fixent encore les dents minérales une par une.
La corruptibilité est une des premières raisons qui s’élèvent contre un tel procédé ; est-ce par l’impossibilité où était M. Fonzi, d’ôter sur la porcelaine en quelques minutes les parties qui eussent blessé les gencives , qu’il préfère cette base corruptible? Mais au moyen de roues de calibre de graveur sur verre, on use la porcelaine ou tout autre corps dur; et si M. Fonzi avait employé ce procédé, il n’aurait pas affirmé qu’il était impossible de faire des dentiers d’une seule
pièce. On doit sans doute le peu de solidité qu’opposent ces dents à un effort dirigé d’avant en arrière, à ce qu’étant fixées au moyen de pivots, elles n’offi'ent pas de talons à leur partie interne, le pivot étant lui-même fixé à un anneau de platine implanté en cet endroit, ce qui fait qu’elles s’inclinent dans la bouche par son peu de résistance. Souvent aussi, en les ramenant à leur position, ce support se brise. Des râteliers d’une seule pièce, des dents moulées sur les racines et sur les bords alvéolaires, avec un talon qui remplit tout l’espace des dents qui manquent, l’emportent sans doute sur de pareils moyens.
Soyons étonnés que M. Fonzi ait pu persuader à l’Athénée des arts , que le moyen consistant à fixer les dents une par une, était préférable à celui, qui présente les dents et les gencives ne formant qu’un tout continu. Il est vrai qu’il a eu grand soin d’éviter la comparaison et ne pas soumettre au jugement de cette société éclairée les ouvrages sortis de mes mains. Quant aux moyens mécaniques dont il se dit inventeur, je l’engage à jeter im coup d’œil sur la 3 .® édition de ma dissertation , imprimée il y a vingt-quatre ans à Londres, il y verra gravé le rebord de platine ou d’or qu’il étend sur les parties internes des dents et qu’il y a trente ans j’employais déjà. Je lui laisserai les crochets élastiques avec lesquels il embrasse le contour intérieur des dents, que l’ef-
fort nécessité pour les faire passer dans les inters^ tices de ces parties, plus larges à leur couronne ^u’à leur collet, les rend difficiles et douloureux, Ce moyen est si défectueux que souvent les personnes sur lesquelles on en fait us^e éprouvent un agacement extrême des dents ébranlées et déchaussées, et ressentent long-temps une douleur très-vive. >— Si M. Fonzi, au lieu de placer ces crochets élastiques, eut employé une bande attachée avec un fil incorruptible et un ou deux crochets non élastiques fixés à cette même bande et courbés pour l’adapter à l’un des sillons de la couronne des dents molaires , cela aurait empêché non seulement la bande de monter vers la gencive, mais encore les douleurs que ces crochets occasionnent,
M. Dubois-Foucou eût en présentant les pièces que j’ai faites et non les siennes, évité, à l’athenée des arts , le désagrément de donner à M. Fonzi une injuste approbation.
J’espère, dans les pages précédentes , avoiF prouvé que ma méthode est à la fois la plus sure et la plus prompte. Venons à des discussions d’un moindre intérêt, celle où je démontrerai, d’une manière évidente, mes droits à m’en déclarer l’inventeur.
Réfutation des assertions avancées par M. Dubois- Foucou, dentiste du Roi.
Plus une pensée nouvelle est d’une utilité générale, plus elle excite l’envie ; la vaccine cette découverte si précieuse pour l’humanité, ce titre si honorable du docteur Jenner à l’immortalité, n’est-elle pas un exemple frappant de cette vérité ? Quelle proposition éprouva plus de résistance et de contestations ? Loin de moi l’idée de vouloir établir im parallèle entre l’importance de cette heureuse révélation faite au génie observateur du savant anglais et les effets qu’on doit attendre de l’adoption générale de l’idée dont je réclame ici la primauté ; mais au rapprochement déjà naturel établi entre le but de l’une et de l’autre de ces pratiques, celui de contribuer à la conservation de la santé et de la beauté., il semble que le hazard ait voulu joindre un nouveau rapport de comparaison, celui des obstacles et des oppositions.
Livré à la pratique de la médecine et de la chirurgie, lorque je fis mes premiers essais, l’idée me vint d’en communiquer les résultats à M. Dubois-Foucou, dentiste du Roi.
Celui-ci prend une idée tellement favorable de cette innovation, qu’il veut porter aussitôt deux dents de ma composition, et qu’il me prie de
les lui faire (i). Il en fait l’expérience quelque temps, et l’approbation qu’il y donne est tellement complète que je n’hésite pas à lui confier mon dessein de communiquer ma découverte à l’Académie, en m’appuyant de son ténSoignage.
Il me donne l’espoir que je réusirai à obtenir les suffrages de cette illustre assemblée. Je m’adresse alors au célèbre Louis, secrétaire de cette société, et à Brasdor, un autre de ses membres ; leurs encouragemens me décident à solliciter l’approbation académique : je présente, donc à cette réunion savante, un mémoire où je discute tous les avantages de ma méthode , en faisant ressortir les incônvéniens des dents faites de substance animale, et même les dangers de l’emploi des dents tirées des cadavres. M. Sue, professeur du collège royal de Chirurgie, etM. Dubois Faucou, sont nommés commissaires pour en rendre compte.
L’usage ayant établi, que le plus jeune des commissaires ferait le rapport, désigne M. Dubois Foucou. Le jour où il devait être lu, approchait; M. Dubois Foucou me fait alors l’étrange proposition de lui vendre le secret de
(i) Le secret dont notre art nous impose le devoir , m’aurait fait une loi de taire ce fait si M. Dubois Foucou lui-même n’en était convenu en présence de l’Académie.
mes procédés et de ma composition minérale <, mais l’intention à laquelle je venais de me fixer, d’exercer plus particulièrement cette branche de la chirurgie, me décide à refuser.
Je ne tardai pas à connaître les effets de ce refus. Le jour du rapport arrivé, quelle fut l’indignation de M. Sue, quelle fut la mienne lorque nous entendîmes M. Dubois FoucoU, dont le rapport n’était là veille, qu’une apologie éclatante, s’appliquer à trouver aux àexiX% de Pâte minérale, des inconvéniens et meme des dangers ! M. Sue réclame, aussitôt contre , Louis s’élève contre la mauvaise foi du rapporteur ; il termine son discours par ces mots remarquables : « Non est invidia super invidiam dentium curatoris. »
L’Académie scandalisée, nomme d’autres commissaires : MM. Descbamps, Chopart, et le baron Percy ; deux de ces hommes recommandables sont encore vivans. L’examen quïls font de ma composition et des résultats de son application sur des personnes qui en faisaient usage , ne tarde pas à convaincre l’Académie, et leur rapport conclut à ce qu’elle donne son approbation à ma découverte. Furieux de cette décision et des succès que j’ai obtenus dans le public, M. Dubois Foucou écrit contre le suffrage de la société dont il a voulu surprendre la rehgion; mais de nouvelles approbations, telles que celles de la So-
ciété Royale et de la Faculté de Médecine et de l’Académie des Sciences de Paris., me vengèrent de ses attaques.
En citant les noms des Geoffroy, des Vicqd’Asyr, des Descemet, des Bajet, des Petit Radel, des Darcet et des Sabatier, nommés commissaires de ces assemblées, c’est assez répondre aux déclamations de M. Dubois Foucou- Des témoignages aussi honorables lui font bientôt changer son système d’attaque ; car sa conviction n’a jamais varié, il tourne contre la personne de l’auteur l’opposition qu’il a dirigée contre l’invention. S. M. Louis Xyi venait de m’accorder un brevet, c’est à le faire déclarer nul qu’il met tous ses efforts,.et il a la témérité, conjointement avec la majeure partie des dentistes de Paris , de me traduire en justice. Un nommé Duchâtean, porteur d’un râtelier que j’avais moi-mêine fabriqué, m’est opposé comme inventeur. Nouveau désapointement. Le Tribunal fût convaincn par les dépositions de M. Régnier directem de la manufacture de Sèvres , de M. Darcet et beaucoup d’autres per^nnes employées dans cet étabhssement, etpar le. désistement; de M. Duchâteau lui-même, qui avoua que le râtelier qu’ü portait depuis long-temps, était sorti de mes mains, et il se plaignit même du rôle déloyal qu’on lui faisait jouer.
« Jugement rendu le 26 janvier i '^92, par les
» juges-de-paix et les assesseurs de la section des » Quatre-Nations,
» Entre les sieurs Dubois Foucou et consorts, y) demandeurs;
» Le sieur Ducbâteau, apothicaire à St.-Ger- » main en yintervenant et demandeur;
r> Et le sieur Dubois de Chemant, médecin ét » chirurgien dentiste , brêveté du Roi, demeu- » rant à Paris , cul-de^sac deConti, défendeur.
» Parties ouieset lecture faite de la demande en » nullité du brevet d’invention accordé au sieur » Dubois de Chemant, déboutons les sieurs « Dubois FOucou , Ducbâteau et consorts de » leur demande ; maintenons le sieur Dubois 5) de Chemant dans la possession et jouissance de » son brevet d’invention, faisons défence de l’y » troubler , et condamnons les sieurs Dubois « Foucou, Ducbâteau et consorts aux dépens. »
Signé; Antoine-Auguste Duportaiu , Juge de Paix et assesseurs.
Toutefois, les conséquences immédiates de ce jugement furent la jouissance paisible des fruits de ma découverte; j’obtenais des succès qui semblaient en promettre d’autres, lorsque la révolution m’obhgea a me rendre en An gleterre; j’y portai mon industrie, et 2 5 ans d’application heureuse, valurent à ma pâte minérale eX à mes
procédés , une réputation qui rendit le nom de l’auteur connu dans les trois royaumes.
Pendant mon absence , M. Dubois Foucou cessa d’entretenir le public de débats, devenus^ désormais inutiles. Il essaya seulement de pratiquer ce qu’il avait combattu avec tant d’animosité, fort insouciant de ce que l’on pourrait dire, en le voyant lui-même adopter des procédés dont il s’était montré si violent antagoniste. L’inutibté de ses efforts pour se procurer les matériaux, comme il le dit lui-même, l’obligea à renoncer à ce dessein. On ne sera pas étonné , qu’on ait refusé à la manufacture de Sèvres de livrer les matériaux àM. Dubois Foucou, quand on se rappelait que ce dentiste avait surpris l’ordre de faire abattre le four construit pour naon usage, et rétabb ensuite par les ordres du Roi qui, mieux informé , y joignit la défense expresse, de délivrer des substances à d’autres personnes qu’à moi, reconnu seul inventeur et porteur du brevet; mais on sera surpris de voir M. Dubois Foucou en oser faire la demande.
Mon invention avait donc suivi le sort de son auteur, et comme lui elle avait passé la mer.
Seize ans après, en 1808, un dentiste, M. Fonzi songe à la faire revivre. Au défaut de matières que j’employais, il fait usage de la porcelaine dure. A l’aspect d’un nouveau rival qui se présente avec ràpprobation de l’Athénée des Arts,
M. Dubois Foucou fait l’apologie d’une invention dont il avait autrefois écrit si souvent la satyre. Il lance contre M. Fonzi l’anatbême de plagiaire : sa lettre aux dentistes proclame qu’on n’avait pas besoin d’un étranger pour importer en France un procédé qui y avait pris naissance et qui avait été pratiqué par lui et par moi. Après de telles tergiversations, qui ne serait tenté d’appliquer à M. Dubois Foucou ce qu’il dit lui-même de M. Fonzi : « Le voile va tomber : le petit bout de l’oreille va paraître. » Qui oserait lui refuser une place dans un dictionnaire fort connu ( celui des Girouettes ) ?
Cette nouvelle attaque fut encore sans aucun succès.
L’Athénée des Arts fit un rapport dont voici l’extrait :
Extrait du rapport de VAthénée des. Arts en date du \[\ mars 1^0%.
« M. Dubois Foucou nous présenta différen- » tes pièces de sa composition; l’examen que » nous avons fait nous a convaincu de la sincé- » rite de l’aveu qu’il a fait, qu’il ne peut réussir » dans la fabrication des dents de composition. » La superficie de ces dents est matte, le grain » en est gros et marqué, la substance en est » très-attaquable à la lime ; quant à sa couleur, >j nous avons attentivement observé quelle n’i-
» mite nullement la nature, et la manière » dont M. Dubois Foucou prétend monter ces » pièces, nous a paru impraticable.
» Mais afin d’avoir à cet égard toutes les lu- » mières qui pouvaient établir un jugement cer- » tain, nous avons demandé à M. Dubois Foucou » de nous faire voir quelques-unes de ces pièces » adaptées à ime bouche, seul moyen décisif » pour lui comme pour nous, de vérifier l’imi- » talion de la nature et l’art de les bien fixer ; » il s’y est constamment refusé, en prétendant » qu’il ne pouvait se permettre de violer le se- » cret des personnes qui lui donnent leur con- » fiance, sans en excepter une seule (i).
» Ce refus de la part de M. Dubois Foucou, » nous a semblé s’accorder mal avec la supério- » rité à laquelle il prétend et avec la déférence » due à une société dont il réclame les suf- » frages. »
Si M. Fonzi lui-même eût fait ce rapport, il ne lui eût pas été plus défavorable.
Laissons reposer M. Dubois-Foucou, qui dit
(i) Les commissaires nommés par les sociétés savantes quim^ont accordé leurs approbations n’éprouvaient pas de ma parties mêmes refus, au contraire, toutes les personnes cbez lesquelles je conduisis ces messieurs, consentirent sans exception à se faire voir, quoiqu’elles appartinssent à de hautes positions sociales.
dans sa brochiirè faire ses adieux àu public ; faisons lui personneilemênt les nôtres, en répétant ce que nous lui avons déjà adressé dans une autre circonstance, et à propos des deux dents que je lui ai faites, et avecles^elles il à sî souvent essayé de me mordre !
« Un dentiste disait oh ! pour pris de mes soins,
» Orgon, sens-tu combien tôU désaveù me loUche ?
» Contre ta langue, ingrat , j’ai pourtant deus témoins,
» Qui sont-ils? les deus dents qu’à mon art, doit ta » bouche. »
Ce n’est pas moi qu’il faut accuser d’avoir re-^ nouvelé ces débats. Pourquoi M. Dubois Foücou a^-tdl été infidèle à la promesse solennelle qu’il avait faite, après avoir échoué dans ses tentatives, de n’y plus, revenir ?
La nécessité de répondre à ce dentiste, était augmentée par l’espèce d’autorité dont il a joui sur quelques disciples exacts à copier les erreurs de leur maître. Si, attentifs seulement à propager l’usage des dents de pâte minérale, ces auteurs se fiissent dispensés de ressusciter des calomnies dont tant de témoignages éclatans avaient fait justice; ils auraient fait une chose utile, et le public reconnaissant de leur sollicitude désintéressée en ignorerait-il plus ou' moins leurs ouvrages et leurs noms ?
S’ils avaient copié textuellement les procédés
de la fabrication des dents dont je suis Tinventeür, dans ma patente publiée il y adix-sept ans, dans les journaux, tant anglais que français, dans^ plusieurs ouvrages de médecine et de chirurgie, dans le Répertoire des arts et sciences , n’auraient-ils pas mérité plus d’éloges qu’en détaillant des procédés par lesquels il est impossible de réussir à faire des dents de pâte minérale? Ne valait-il pas mieux garder le silence, que d’appeler empiriques ceux qui prennent des brevets d’invention, quand, soi-même, on prend la qualité de Dentiste breveté du Roi, et cela , pour quelques poudres dentifrices du genre de celles dont les distributeurs encombrent les places et les carrefours ? Cela est d’âutant plus étonnant, qu’en 1808, la personne dont il s’agit a fait une brochure intitulée: Réfutation des dents métalliques, où elle donnait la préférence à mes dents sur celles de Fonzi,. ne faisant lui-même que les dents en cheval marin. Mais en 1821, dans son Traité historique et pratique , sur les dents artificielles incorruptibles , elle proclame les avantages des dents de pâte minérale et proscrit les dents faites de substance animales. Dans ce galimathias on voit le véritable empirique, et on ne lui refusera pas ime place auprès de son m^tre dans le même Dictionnaire des Girouettes.
Cet auteur n’a pas manqué de faire apprpuver
son ouvrage par la Société de Médecine au département de Paris, mais c’était M. Dubois Foucou qui faisait le rapport; il s’est bien gardé d’aller contre les assertions de son élève, qui n’a écrit que sur sa dictée, et de communiquer à son respectable collègue, M. Duval, le jugement qui l’avait condamné en sa demande en nullité de mon brevet d’invention.
Pourquoi écrire des impostures? Qu’auraient appris au public ces auteurs philanthropes ? Quel bien lui auraient-ils apporté, si je n’avais pas semé pour eux ?
Est-ce de Faucbard ou de Duchâteau qu’ils auraient reçu l’art qui les fait vivre? Pourquoi mériter gratuitement le titre d’ingrat ? Mon nom devrait-il être dans leurs bouches ou sous leurs plumes autrement que comme celui d’un bienfaiteur? Exceptons cependant M. Fonzi, qui convient de mes titres à l’honneur de la, découverte; mais représentons-lui qu’il a fait’ deux erreurs; la première, lorsqu’il a dit que mes essais étaient insuffisans ; la deuxième, que l’oubli dans lequel cette insuffisance l’avait fait tomber, avait plongé dans le besoin l’auteur qui alors résidait à Londres. Quinze mille personnes qui font usage dès dents de mon invention, suffisent pour démentir im tel fait; et quélques-tms de mes compatriotes malheureux et réfugiés auxquels le produit de trente-quatre ans de travail
m’a permis d’apporter quelques soulagemens ^ s’ajouteront généreusement à ces voix pour confirmer qu’on est à l’abri cbez moi des atteintes du besoin.
Mais M. Fonzi lui-même est sans doute revenu de cette erreur, lorsqu’il a fait un voyage à Londres, il y a sept ans, où il n’a pas trouvé un râtelier à faire, tant le public d’Angleterre avait exclusivement pris confiance dans mes procédés. Vainement on veut en imposér aux gens éclairés ; la vérité trouve toujours accès auprès d’eux, c’est à eux seuls que je m’adresse, accompagné des approbations dont je cite les extraits.
Pour ne pas dépasser les bornes d’une brochure, je ne donnerai ici que les rapports suivans, et quelques certificats des personnes les plus recoanmandables.
Rapport de VAcadémie des Sciences sur les râteliers et dents de la nouvelle composition de M. Dubois de Chemant.
Extrait des registres de l’Académie Royale des Sciences, du lo juin 1789.
Nous avons été chargés, M. Darcet et moi, d’examiner les râteliers et dents de nouvelle composition, que M. Dubois de Chemant a présentés à l’Académie, et de lui en rendre compte. La Compagnie a pu juger, comme nous, que ces râteliers et dents imitent de très-près la nature , tant par la forme et la couleur que par les portions de gencives artificielles qui les soutiennent, et auxquelles M. de Chemant sait aussi donner beaucoup de ressemblance avec les gencives naturelles. Mais ce qui leur mérite une préféi’ence marquée sur ceux qu’on a fabriqué jusqu’ici , c’est qu’ils sont d’une substance dure, sur laquelle la salive et les restes d’alimens, qui peuvent séjourner dans la bouche , n’ont aucune action ; au lieu que les autres, faites avec des substances animales et peu semblables d’ailleurs à des dents naturelles, s’altèrent aisément , prennent une couleur sale ; et contractent une odeur plus ou moins désagréable, et qui peut être nuisible à la santé. La matière dont M. de Chemant se sert, est une pâte minérale à laquelle il est parvenu, après di-vers essais, à donner une couleur semblable à celle des dents qu’ils se propose de remplacer. Il sait lui faire pren-dre toutes les formes, pour en ferre des râteliers complets , des demi-rateliers , pour la mâchoire supérieure ou inférieure ; des portions de râteliers, lorsqu’il reste en haut ou en bas des dents qui peuvent être conservées, et des dents uniques, doubles, triples ou quadruples, suivant
le besoin. Les râteliers complets se meuvent au moyen des ressorts de l’invention de M. de Cbemant, lesquels sont très-différens de ceux qu’on avait coutume d’employer , et qui non-seulement en écartent les parties lors de l’écartement des mâchoires, mais encore permettent ^ les mouvemens dè côté. Ces ressorts s’appliquent aux deux râteliers, même à ceux d'’en haut, ^’une manière aussi simple qu’elle est ingénieuse. Une mécanique également simple joint les râteliers partiels aux dents naturelles qui restent, et les dents uniques, doubles, ou autres, s’ajustent avec la plus grande facilité , parce que M. de Chemant a trouvé le moyen de percer sa pâte pour y placer des goupilles, et d’y pratiquer les rainures qu’il juge con^ venables.
La manière dont il prend ses mesures pour les dents qu’il veut remplacer ajoute beaucoup au mérite de son invention. Son procédé est tel que chaque pièce est comme moulée pour la place qu’elle doit occuper, et que s’il s’agit de râteliers complets, de demi-rateliers, et des râteliers partiels , leur base emboîte le bord alvéolaire, ou la portion de ce bord sur lequel on les applique, ce qui assure la solidité de leur position, et prévient les pressions douloureuses qu’ils pourraient faire. Ce procédé lui donne la facilité de conserver , aussi long - temps qu’il le veut, des moules de toutes ces pièces, de même qu’il lui est aisé de faire prendre des mesures justes et précises pour des personnes éloignées qu’il n’a jamais vues ; et pourvu qu’on lui indique exactement la couleur des dents, s’il en reste, il est sûr d’envoyer des pièces qui s’ajusteront avec la plus grande exactitude, et qui iront aussi bien que s’il avait pris les mesures et qu’il les eût appliquées lui-même.
La pâte de M. de Cbemant et très-solide ; on ne peut la
casser entre les mains, qu’en y mettant une grande force. Leur matière fait feu avec le briquet; elle est inaltérable par les acides ; sa pesanteur est moindre que celle de la porcelaine. M. Brisson, qui a bien voulu la déterminer, trouve qu’elle est d’une once deux gros soixante - neuf grains par pouce cube, au lieu que la porcelaine de Sève, la plus légère des dix-sept espèces de porcelaines qu’il ait soumises à la balance, pèse une once trois gros neuf grains.
Après avoir examiné les râteliers et dents que fabrique M. de Chemant, après avoir vu la manière dont il prend ses mesures et forme ses moules , avoir pris connaissance de ses ressorts et de la monture des pièces qu’il employé , nous avons cru que , pour répondre à la confiance de l’Académie, nouSjdevions voir de ses pièces en place; nous nous sommes transportés en conséquence chez plusieurs personnes qui en font usagé, et qui ont consenti à se faire voir et répondre à nos questions : nous avons vu des dents de toute espèce. Les personnes, chez qui M. de Chemant nous a conduits , sont presque toutes d’un état distingué , et par là hors de soupçon d’avoir eu d’autres motifs dans ce qu’elles nous ont dit, que celui de rendre justice à la vérité. Elles nous ont assuré qu’elles n’éprouvaient aucune incommodité de la part des pièces dont elles font usage, et qu’elles s’y sont accoutumées en peu de temps et avec facilité. EUes s’en servent pour manger , et trouvent que ces pièces favorisent autant la mastication que l’action de parler., en même temps qu’elles corrigent la difibrmité qui ' résulte de la privation des dents. Nous n’en avons pas vu chez qui les pièces dont il s’agit, aient éprouvé la moindre altération pour la couleur, ni la moindre brisure.
L’Académie nous permettra, sans doute, de conclure,
de ce qui vient d’être dit, que les râteliers et dents artifi^ciels de M. de Chemant méritent d’être approuvés par elle, et qu’il serait à propos qu’il fût fait mention dans l’Histoire de l’application heureuse qu’il a faite d’une matière dure et incorruptible à un objet aussi utile que celui de remplacer les dents lorsqu’elles viennent à manquer.
A l’Académie Royale des Sciences , le IO jain 1789.
Signé , DARCET et SABATIER.
Je certifie que le présent extrait est conforme à l’original et au jugement de l’Académie.
A Paris , le 21 juin 1789.
Signé y EE Maequis de CONDORCET.
Rapport de MM. les Comrnissaires, nommés par- la Faculté de Médecine de Pans , pour examiner les nouvelles dents et râteliers y de M. Dubois de Chemant.
Monsiettk le Doyen,
Nous avons examiné les nouveaux râteliers et les dents artificielles que M. Dubois de Chemant forme, avec une pâte de sa composition , qu’il fait durcir au feu. Ils sont d’une très-grande dureté, résistent long-temps au marteau , font feu avec le briquet et ne se dissolvent dans aucun des acides.
Les râteliers sont d’une seule pièce , les dents sont figurées chacune suivant leur forme naturelle. Les gencives sont aussi parfaitement imitées.
La forme, que M. de Chemant donne à ses ratebers et aux dents, imite parfaitement là nature. Il a aussi trouvé
ie moyen de donner le ton de couleur des dents naturelles qu’il veut remplacer, ce qui feit que l’on ne peut pas distinguer les siennes de celles du sujet 5 et comme la matière dont il se sert, est incorruptible, elle ne perd aucune de ses propriétés avec le; temps.
Le râtelier, composé de deux mâchoires, est articulé par le moyen d’un ressort, aussi de l’invention de l’auteur ; ce ressort donne la facilité de mouvoir les deux mâchoires ; sans que ceux qui portent les râteliers, éprouvent aucune résistance désagréable ou incommode dans les divers mouvemens. Nous avons vu une mâchoire supérieure en place sur un individu ; elle était parfaitement assujettie, ne gênait point le malade, et représentait la plus belle denture, soit quant il parlait, soit lorsqu’il riait Nous avons; vu aussi plusieurs dents réunies et assujetties dans la bouche d’une personne digne de foi, qui nous a assuré qu’elle mangeait aussi bien avec ses dents artificielles , qu’avec ses dents naturelles.
L’invention de M. de Chemant nous a paru réunir tous les avantages que peuvent désirer ceux qui ont besoin de râteliers oir de dents artificielles. Lorsqu’il s’agit de remplacer une ou plusieurs dents de suite , il prend avec une pâte la juste proportion de l’espace à remplir et saisit la configuration des bords alvéolaires avec la plus grande récision. Il forme ensuite une pièce qu’il adapte juste , et qui n’incommode pas le malade. La dureté de la composition deM. de Chemant l’empêche, de s’égréner dans la bouche pendant la mastication, et son incorruptibilité l’empêche aussi de se dissoudre par les sucs des alirnens ou par les boissons acides.
Jusqu’à présent les dentistes n’avaient d’autres moy ens pour remplacer les dents, que de se servir des subtances Gueuses, tirées de différens animaux; ils en formaient des
dents séparées, ou plusieurs dents réunies, ou j enfin, des râteliers complets ; ils prenaient un morceau d’os pour, former la pièce dont ils avaient besoin, et se servaient de la lime ou de la scie pour la travailler. Lorsqu’ils voulaient faire un râtelier pour une mâchoire ou pour les deux, ils donnaient à une portion d’os, la configuration convenable ; ensuite ils marquaient des dents avec un trait de scie superficiel pour imiter l’intervalle qui se trouve ordinairement entre chaque dent; ces dents surtout celles de devant, ressemblaient plutôt à des touches d’épinette qu’à des dents ; et laissaient un intervalle assez considérable , tant à leur extrémité supérieure que dans leur longueur. Les alimens s’y amassaient , fermentaient.dans la bouche, s’y corrompaient et exhalaient une odeur infecte, aussi nuisible aux malades qu’insupportable à ceux à qui ils parlaient de près.
Nous croyons devoir observer que les dents ou râteliers osseux, ayant subi le travail de la lime ou de la scie, étaient beaucoup plus disposés à se corrompre dans la bouche par la multitude des pores que ces instrumens avaient ouverts, et qui permettaient au suc de la bouche et des alimens , de les pénétrer. Il est de fait que ces os s’amollissaient , se corrompaient et se détruisaient dans la bouche. Nous avons vu sur un râtelier deux dents qui s’étaient exfoliées , et nous apportons à^la faculté un vieux râtelier que nous a remis M. de Chemant, qui s’est ramolli et , noirci dans la bouche de la personne qui la porté.
Les dents et râteliers de M. Dubois de Chemant n’ont aucun des inconvéniens de ceux faits avec les os ; ils ont l’avantage d’imiter parfaitement la forme de chaque espèce de dents, d’en figurer les interv^es, de représenter les gencives, et de s’adapter exactement sur le bord alvéolaire sans incommoder les malades. En conséquence nous
pensons que la Faculté doit admettre la découverte de M. de Ckemant comme un invention qui fait beaucoup d’honneur à son auteur, et qui doit être très-utile à ceux qui auront besoin des secours de son nouvel art.
DESCEMET, BAGET ET PETIT-RADEL.
Extrait des registres de la Faculté de Médecine en V Université de Paris.
L’an mil sept cent quatre-vingt-neuf, lé lundi second jour de mars, la Faculté de Médecine assemblée à cinq heures de relevée, en ses écoles supérieures, après avoir entendu le rapport que lui ont fait MM. Descemet, Baget et Petit-Radel, qu’elle avait chargés d’examiner les dents artificielles et les râteliers, proposés par M. de Chemant, chirurgien et dentiste, a été unanimement d’avis, conformément audit rapport, d’approuver les mêmes dents et râteliers artificiels, composés d’une pâte que M. de Chemant fait durcir au feu, de manière que ces pièces réunissent la beauté, la solidité, la commodité et la salubrité; qualités reconnues par MM. les Commissaires, tant par les épreuves qu’ils ont fait subir aux échantillons présentés par l’inventeur, que parce qu’ils ont observé sur les personnes qui en ont fait usage, et j’ai conclue avec elle.
EDME-CLAUDE BOURU, Doyen.
De la part de MM. les Doyens et Docteurs Régens de la Faculté de Médecine de Paris, j’ai apposé le petit sceau le 5 mars