ÉTUDE DES PHÉNOMÈNES
La classification précédente une fois admise, l’ordre à suivre dans l’étude des phénomènes que présente la matière soumise à l’action des puissances est naturel et nécessaire : l’on devra considérer la matière soumise à-la-fois aux actions inséparables de l’attraction générale et de la répulsion du calorique; on découvrira bientôt que sous cette influence la matière présente trois grandes modifications qui constituent les états de solide, de liquide, et de fluide aériforme; on découvrira dans les solides des manières d’être particulières qui ne sauraient dépendre que du degré ou du mode d’action, soit de l’attraction, soit de la force répulsive; le mouvement des planètes dans leur orbite, la chute des corps sur le globe, les phénomènes du pendule découleront des effets de la gravitation; la ténacité, la dureté, la fragilité, l’élasticité, la compressibilité, l’extensibilité, la ductilité, mal-à-propos considérées comme des propriétés des corps, se développeront comme conséquences de l’action des deux puissances permanentes.
Les liquides exerceront des pressions, s’écouleront par des ouvertures, circuleront dans des canaux, entretiendront les équilibres divers suivant la nature des espaces ou on les enfermera, le tout comme conséquence des lois de la pesanteur agissant sur des particules ma-
tériélles rapprochées par l’attraction, mais librement mobiles autour de leur centre réciproque.
Les fluides élastiques présenteront la matière libre dans la plupart des cas de l’attraction moléculaire, et livrée tout entière aux effets de la force répulsive dont ils présenteront en quelque sorte le type dans toute sa pureté.
Cette sérié de notions sur les phénomènes que présentent les corps solides, liquides ou gazeux ne compléterait pas encore à beaucoup près leur histoire, car lorsqu’une puissance étrangère et d’une origine quelconque vient à agir sur une masse matérielle, solide, liquide ou gazeuse, la matière obéit a son impulsion avec des circonstances fort differentes suivant letat particulier où elle se trouve, ou ce qu’on appelle souvent la constitution des corps.
Ainsi les lois abstraites et mathématiques de la dynamique et de la statique devront être, chemin faisant, appliquées aux corps solides, liquides ou gazeux, et dans toutes leurs variétés secondaires, pour observer les modifications que ces lois absolues subissent dans leurs effets, eu égard à la constitution particulière de chaque corps; c’est ainsi que des corps solides mous et des corps solides élastiques se communiqueront un mouvement acquis quelconque avec des résultats bien différents; c’est ainsi qu’un liquide transmettra d’une manière particulière et très remarquable une pression quelconque qui sera exercée sur une de ses parties ;
, G est ainsi qu un fluide élastique mobile et compressible à-la-fois dans tous ses points par l’action de la plus faible puissance, se mouvra en masse, s agitera dans toutes ses parties, et pourra même éprouver et transmettre ses agitations moléculaires que notre oreille appelle des sons, et dont les lois si nombreuses et si intéressantes font une science tout entière sous le nom d’acoustique.
Nous disons que ces phénomènes et ces modifications qui résultent
de rexercice constant et simultané des deux grandes puissances opposées de la nature, doivent être étudiés successivement et séparément dans les solides , dans les liquides , et dans les gaz : cette méthode peut entraîner, il est vfai, à quelques répétitions; mais elle porte sur des principes tellement essentiels à bien inculquer dans l’esprit, que ces répétitions ont plus d’avantages que d’inconvénients.
La force répulsive qu’on a coutume d’attribuer à la présence du calorique est si importante dans ses effets qu’il est bon de l’étudier à part, et de rechercher avec soin toutes les modifications que la matière en éprouve quand on fait varier son intensité.
On présente ordinairement ces notions sous le titre de Traité du Caloriquepon ferait mieux de les intituler :
Étude spéciale des effets de la force répulsive générale que Von a coutume d'attribuer au Calorique.
Néanmoins on a telletnent contracté rhabitude de considérer le calorique comme un corps, de voir un aceroisseraent de sa quantité partout ou la force répulsive s’accroît, et une diminution quand elle s’affaiblit; le langage adopté est d’ailleurs tellement différent de celui dont on serait obligé de faire Usage, en supprimant la supposition gratuite de l’existence du calorique comme corps, qu’il est pour long-temps indispensable de conserver le même langage -, en se pénétrant bien toutefois de l’idée que toutes les expressions usitées sont des figures, et qu’on veut dire seulement que les choses se passent comme s’il y avait un fluide calorique, comme s’il sWcumulait, comme s’il se communiquait, comme s’il était absorbé, combiné, dégagé, etc.