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Dissertations sur la vérité de la religion, savoir

Il y a environ dix-huit cents ans qu'il s'est opère daus l'univers une révolution telle , qu'aucune histoire n'en peut présenter de semblable , et que l'esprit humain ne pouvant la révoquer en doute , a peine à la concevoir. Douze hommes sans naissance et sans considération, sans éducation et sans lettres, sortis d'un coin de la terre presqu'inconnu, envoyés par un homme mort du supplice des scélérats , sans autres moyens que la persuasion, sans autres armes que leur patience, sont parvenus à changer les idées religieuses et morales de tous les peuples. Ils ont trouvé les nations prosternées devant des idoles , que consacraient le respect de tous les pays et le préjugé de tous les siècles connus : à leur prédication ces idoles sont tombées , et sur les autels qu'elles occupaient a été élevée la croix , jusque-là l'instniment du plus honteux supplice et le symbole de l'ignominie. Ils ont trouvé les esprits enthousiasmés de la philosophie alors dans son plus brillant éclat , et les cœurs enivrés des passions déifiées par le culte public : leur voix tonnante, victorieuse à la fois des opinions, des affections , des habitudes , des superstitions , dissipant de son souffle et les lumières de la philosophie , et les illusions des passions , a soumis la raison à la foi et les sens à la mortification. Ils ont trouvé les trônes occupés par des souverains superstitieux et cruels qui , pour soutenir leur culte antique, ont déployé toute leur puissance, et se sont

armés de toute leur fureur; par le plus étonnant des succès, ils ont Iriomphr de leur aiiiniosité en y succombant. Leur saii(; répandu est devenu une semence de nouveaux apôtres, qui , eux-mêmes, par leur mort sanglante, en ont reproduit d'autres , jusqu'à ce qu'enfin , de perséeutions en persécutions, l'univers se soit trouvé chrétien.

Après dix-luiit cents ans une nouvelle révolution se prépare à changer encore la face de la terre. Ce que dixhuit siècles consécutifs ont cru, révéré, adoré, pratiqué, le dix-huitième siècle a entrepris audacieusement de l'anéantir. Il ne s'agit plus de substituer un culte à un autre culte, de présenter aux adorations des mortels un nouveau Dieu ; on prétend ellacer des esprits toute idée de Divinité. Les apôtres de la nouvelle doctrmc , aussi opposés aux apôtres du christianisme dans leurs moyens que dans leur but, avaient commencé par prêcher et par unplorer la tolérance. Mais à peine ont-ils usurpé dan un pays la puissance, qu'ils ont inondé la terre qu'ils s'étaient asservie du sang le plus précieux , le plus pur, le plus sacré ; ils ont développé une barbarie qu'on ne peut rappeler sans horreur , leur atroce et ingénieuse férocité a inventé des raffinements de cruauté inconnus aux tyrans du paganisme.

Serait-il donc arrivé ce temps désastreux que le Seigneur montrait dans un avenir lointain à son apôtre bienaimé? L'incrédulité moderne serait-elle ce monstre qui , traversant les mers revêtu de toute la puissance et armé de toute la force de l'antique dragon , doit élever ses blasphèmes contre Dieu , contre son église, contre ceux qui régnent avec lui dans le ciel , faire la guerre aux saints de la terre , et les immoler à sa rage ? Sommes-nous destinés à la voir étendre la puissance dont elle s'est servie pour dévaster notre patrie , sur toute tribu , sur tout \)c\\ple, sur toute langue, sur toute nation ? A toutes les douleurs dont elle nous a pénétrés, serons-nous forcés d'ajouter celle de voii- tomber en adoration devant elle tous les Jiabitans de l'univers, dont les noms ne sont pas écrits

dans le livre de vie '1) ? Eloignons de notre esprit ces sinistres présages. Déjà dans notre patrie elle-niénie un gouvernement , plus modéré que ceux qui depuis dix ans l'ont tyrannisée , travaillant à essuyer les plaies dont elle saigne de tous les côtés, semble vouloir arrêter la main qui les a infligées (2;. En cherchant à réparer les maux affreux dont la France a été accablée, il paraît en avoir reconnu la cause; et pour rendre à la nation son bonheur, il a senti la nécessité de lui rendre sa religion. Espérons que cette lueur de restauration que nous apercevons, n'est que l'aurore d'un jour plus brillant, et que l'Eglise Gallicane qui ne fait aujourd'hui que s'élever un peu au-dessus de ses ruines , reprendra dans quelqu'.^ temps sa grandeur et sa majesté antiques.

Mais nous que le Seigneur a établis, comme autrefois , la tribu sainte , les gardiens et les défenseurs de son sanctuaire , notre place est sur la brèche qu'y ont faite ses criminels ennemis , pour repousser tous les assauts qu'ils ne cessent de lui livrer.

Pour remplir ce devoir sacré , deux moyens se présentent: Tun est d'opposer à l'incrédulité , comme un rempart insurmontable , quelques-unes des démonstrations qui portent jusqu'à l'évidence la vérité de notre sainte foi ; et c 'est l'objet des Dissertations que je publie : l'autre moyen , qui va suspendre pour quelques moments l'emploi du premier , est d'aller attaquer l'incrédulité ellemême , de lui opposer sa propre origine , et de montrer les causes auxquelles elle doit sa naissance et ses progrès^

(i) Et vicii de ruati bestiara ascendentem.... et dédit illi draco virtutem snam, et ro'es'atera magnaîn,... et apernit os snnrn in blaspheinias ad Deam . blaspliemare nornen ejus , et tabernJtcnlum ejns , et eos Cjoi in coelo halùtant. Et est datum illi bellum facere corn sanctis et vincere eos, et data est illi potesfas in omneni tribom, in popa- Inm , et linguam, et gentem ; et adoraveraiit eani emi.es qai inhabitant terrara, qnornm non snnt scripta nomiiia in libre viiœ Agni , qai occ'sus e>l ab origine mundi. {Jpoc. i3, i et seq. )

(2) L'auteur écriva'i ceci en i8or. i:\'ote de l Editeur.^

J'en remarque trois ])iincipales : le libertinage l'en- /jendre, rorgueil la produit , la Irj^èreté la répand.

C'est le cœur de l'insensé , et non son esprit, qui a dit : Il n'y a pas de Dieu. Ils se sont corrompus, dit le prophète . ils se sont rendus abominables dans leurs inclinations (1). Gardons-nous cependant d'exagérer. Dans le nombre des incrédules il peut s'en rencontrer qui aient conservé une certaine régularité de mœurs. Il n'y a pas de principe tellement universel, qu'il n'admette quelques exceptions; et la corruption du cœur n'est pas la seule cause que nous ayons assignée à l'uTéligion. Mais je ne crains pas d'être démenti ]>ar les incrédules eux-mêmes , en avançant que le plus grand nombre d'entre eux est livré à la débauche. Non , sur ce fait, je ne veux pas d'autre témoignage que le leur propre. Ils sont bien éloignés de dissimuler leurs désordres. Eu perdant la pudeur ils ont abjuré la honte. Loin de rougir de leurs excès , ils en font gloire.

Cette vérité étant reconnue par ceux-là même qui seuls pourraient la contester, il s'élève naturellement une question. Est-ce l'incrédulité qui donne naissance au dérèglement? Est-ce le libertinage du cœur qui engendre le libertinage des pensées ?

Pour la résoudre , j'en propose une autre. Est-ce l'irréligion qui a intérêt de rendre l'homme impudique ? Est-ee l'impudicité qui a intérêt de rendre riiomme irréligieux ? Ici il ne peut plus y avoir de doute. Qu'importe à l'incrédulité que les mœurs soient plus pures ou plus dépravées ? Que la chasteté soit , ou ne soit pas une vertu , l'incrédulité n'en seia ni plus ni moins condamnable. Mais au contraire l'homme qui a une fois secoué le joug de la pudeur^ a un grand intérêt à anéantir celui de la religion. Il ne peut ignorer que cette loi sainte qui ne passera jamais , proscrit essentiellement sa passion. Entre

[i I)i\i' insipiens in corde i>»o. : ISon Cit Dens. Coiinp'.i sunt el abo!iiiii«bi!cs facii sunl in s»udii& suis (Psaloi i3, i.}

ces irréconciliables ennemies , il n'y a , il ne peut y avoir aucun traité. Il faut absolument ou méconnaître la loi, ou se soumettre à sa condanmation. Il est impossible de croire, et d'être en même temps entièrement satisfait dans le vice. Tant que l'idée de Dieu reste imprimée dans le libertin , elle l'agite et va le troubler jusqu'au sein de ses plaisirs. L'n ver rongeur est attaché à sa conscience ; ver éternel qui le suit toujours et partout , qui ne mourra pas même avec lui , et qui le suivra jusque dans les enfers. Ce remords dont il méconnaît le bienfait , et dont il ne sent que le tourment, ce remords qui lui avait été donné pour le rappeler à la vertu, est précisément ce qui l'enfonce dans l'abîme du vice. >ie pouvant imposer silence à ce censeur importun , il imagine de s'en défaire. Il se flatte qu'en chassant la foi de sou cœur il en bannira les terreurs qu'elle inspire. Ainsi ces deux hommes vieillis dans la lubricité , qui avaient entrepris de corrompre Suzanne, pervertirent leur jugement et détournèrent les yeux pour ne pas voir le ciel qui les (condamnait , et pour perdre le souvenir de ses redouta- Jjles jugements (1). Ainsi les libertins de nos jours imaginent, en détournant leurs regards de l'Etre Suprême , se dérober aux siens, et pensent, en niant la Divinité , se soustraire à ses vengeances.

Et voilà donc en quoi consiste cette force d'esprit dont l'incrédulité se glorifie, et dont elle fait un de ses principaux litres. Cette force prétendue n'est que la faiblesse d'un esprit qui ne sait pas se rendre le maître de ses sens. C'est la servilité , qui se laisse impérieusement dominer par une passion brutale ; c'est la lâcheté , qui ne veut pas connaître le danger qu'elle craint de combattre ; c'est la pusillanimité, qui redoute les efïoris qu'il lui faudrait taire , les assauts qu'elle aurait à soutenir. Il sied bien

(i) Everteroiit jen.suin shujji , et Jecl-nî-veraut oculos suos, ut non vidèrent cœlniu , ne |ae leeordarentur judiciorum justoruui. {Dau. i3, 9.)

fO DISCOURS

aux incrédules de traiter de faiblesse notre religieuse iVayeur des jugements divins , ù eux qui n'ont pas même osé en soutenir la pensée I

Pour nous convaincre que telle a été l'origine impure de l'incrédulité du libertin , suivons la marche de son libertinage et de son incrédulité. Nous verrons clairement que ce sont, non ses pensées cjui ont perverti ses actions , mais ses actions qui ont égaré ses pensées. Avant SCS premiers dérèglements , lorsque ses jours coulaient encore dans l'innocence, sa foi était aussi pure que ses mœurs. Les preuves de la religion présentaient à son esprit des démonstrations irrésistibles. La hauteur inaccessible de nos mystères n'était à ses yeux qu'un motif de plus pour les adorer. Son cœur droit , alors , et vertueux, repoussait avec une égale horreur et le doute et le vice. Il voyait les elïbrts de l'incrédulité avec indignation, avec mépris ses sophismes. Lorsqu'il a commencé à s'écarter du sentier de la vertu , il n'a pas encore abandonné pour cela la voie de la vérité. En perdant son innocence , on ne perd pas tout d'un coup ses principes. Il y a loin du premier degré de l'iniquité jusqu'au faîte. Quand David jeta ses premiers regards sur Bethsabée , il était bien éloigné d'ordonner le meurtre d'Urie. Mais le libertinage, une fois maître du cœur d'un homme, lui donne l'intérêt qu'il n'y ait point de loi répressive ; l'intérêt lui en inspire le désir ; du désir à l'opinion le pas est glissant et facile ; on croit aisément ce qu'on désire ardemment : on se prête à tout ce qui favorise une illusion chérie ; on rejette tout ce qui la contrarie. Ainsi de chute en chute le libertin est entraîné successivement dans rhabilude , dans l'endurcissement, dans le doute, dans l'irréligion. Ce n'est que lorsqu'il s'est entièrement enfoncé dans l'iniquité, qu'il parvient à mépriser ce qui avait été jusquela l'objet de ses respects (1).

(t) Impins, cumin piurui cliiiu \ eiieiil peccatoi nin , coi tenu: sç-i bccyaitur cuni i^iiosuii.ia el (i]>probriuii:. {Prow i8, 3.;

Examinez quels sont les lieux où l'incrédulité étend ses progrès, quels sont îes temps où elle se produit avec le plus d'audace , quelles sont les conditions où elle multiplie ses ravages. Vous ne la trouverez ni dans les pays , ni dans les siècles , ni dans les états qui ont conservé leur simplicité primitive et qui n'ont pas dérogé à l'antique pureté de leurs mœurs. Vous ne verrez point dimpies où les époux fidèles respectent le lien qui les unit ; où les fdles , heureuses sous les yeux maternels , chérissent leur précieuse innocence. Mais vous verrez l'incrédulité triomphante dans les villes où le luxe a porté sa funeste dépravation ; où le débordement des mœurs a rendu les époux indifférents et les enfants indociles; où le libertinage est l'affaire principale, le but de toutes les démarches, l'objet de tous les désirs , le sujet de toutes les conversations. Partout où les mœurs sont restées pures, la foi est demeurée entière. Partout où les mœurs se corrompent, la foi chancelle et s'éteint. En voyant le même effet toujours renouvelé et constamment suivi, pouvez-vous en méconnaître la cause ?

Et l'incrédulité n'achève-t-elle pas de déceler sa hont^^use origine par ses propres écrits , où elle ne rougit pas de publier elle-uïème son opprobre? Pour montrer ce qu'elle est, et d'où elle vient, il suffit de lui opposer ses productions. L'impiété et l'obscénité y ont fait une alliance digne de l'une et de l'autre. Les ennemis de la religion ont rem|3li de leurs maximes impies des contes licencieux , des vers lubriques', des chansons lascives , des éiîigrammes impures. Ils ont osé même^ grand Dieu ! jusqu'où peut donc se porter la corruption du cœur humain ? ils ont osé dans leur sacrilège fureur abuser de l'auguste simplicité de nos livres saints, pour en tirer leurs tableaux obscènes. Oseront-ils encore , ces précepteurs eff'rontés du vice ^ prétendre que c'est à la raison humaine qu'ils s'adressent; que c'est la raison qu'ils veulent persuader, quand ils s'efforcent de salir l'imagination ? Oserout-ils soutenir leur emphatique prétention do prêcher la sagesse quand leur prédication appelle ,

lî DISCOURS

iaivitc , engajje , excite, cncoiua^je publiquenicnt à ïa' tivjuavation ?

Coiiunciit cloue u'out-ils pas été retenus par la crainte qu'un si iniàuie moyen ne iléshonoràt leur cause ? C'est qu'en eomljinant ses divers efiets , ils ont calculé qu'elle en letiierait encore plus d'avantages. Ils ont senti la connexion intime qui existe entre la corruption et la séduction ; ils ont jugé qu'en excitant le tumulte des passions, ils rendraient l'àine sourde aux leçons de la sagesse \ ils ont esj)éré attirer par cet appât impur la nombreuse classe des hommes livrés à la débauche , dont la brutale passion cherche partout de Taliment ; ils ont voulu grossir leur parti de tous les hommes corrompus et de tous ceux qui désirent l'être. En un mot, ils ont compté mener leurs victimes par la route qu'ils ont suivie eux-mêmes ; à Tincrédulité , par le libertinage.

Malheureux ! vos succès ont surpassé votre attente. Une jeunesse inconsidérée s'est précipitée sur vos pas , et a dévoré avidement , le double poison que vous lui avez jeté. Mais tandis que vous jouissez de l'afTieuse gloire d'être les corrupteurs à la fois et du cœur et de l'esprit de la génération présente , un autre jnix plus di{>ne de vos travaux se prépare. L'équitable postérité s'élèvera contre votre mémoire , et la livrera à l'exécration de tous les siècles. Les générations futures ne parleront de vos talents qu'avec l'iiorreur qu'inspirera l'infâme usage que vous en avez fait. Les pères arracheront à leurs enfants vos criminelles productions. Les gouvernements, éclairés par les malheurs dont vous nous avez accablés, et ])ar les dangers que vous leur avez fait courir à eux-mêmes, proscriront vos ouvra{jes avec une juste sévérité. Vous avez aspiré à la célébrité , vous l'avez obtenue , mais une célébrité d'ojiprobre et d'ignominie. Le mépris et l'indignation qui flétriront vos noms seront le châtiment mérité de la téméraire vanité qui , se mêlant à votre libertinage, a été encore une des causes de votre incrédulité.

L'orgueil , ce funeste ]>rin(.ipe de la jierle des anges

PRELIMI-NAIRE. 13

et des hommes , fut la première cause qui suscita l'incréduîité contre le christianisme. Jésus- Christ avait à peine commencé sa carrière évangéUque , que la secte des pharisiens s'éleva contre lui. Ces liommes , vains de leur fausse piété , enflés de leurs connaissances dans la loi ; fiers du crédit que leur hypocrisie avait usurpé sur le peuple et dans le Sanhédrin , méconnurent un prophète venu de la Galilée , méprisèrent un messie pauvre et n'ayant pas où reposer sa tète , dédaignèrent une doctrine d'humilité et d'abnégation , se soulevèrent contre un prédicateur qui démasquait, confondait, condamnait leur vanité ; et, l'attaquant sans relâche de leurs perfidies, de leurs intrigues, de leurs calomnies, ils consonm^èient enfiu ce crime mémorable , qui a fait la destinée du genre humain. La secte pharisaique a péri , mais son orgueil lui a survécu. Il continue de poursuivre Jésus-Christ sur ses autels, comme il l'avait persécuté dans le cours de sa vie mortelle. Il n'a cessé de susciter contre lui les hérésies , qui , se renouvelant de siècle en siècle, changeant continuellement d'objet , mais constamment produites par la même cause, ont toutes été des révoltes dune raison superbe contre l'autorité. L'hérésie de notre siècle est la destruction de tout culte , de toute divinité , et elle procède de la même cause que toutes les autres.

Tant que la religion de Jésus-Christ subsistera , elle condamnera l'orgueil de la raison ; et tant que la raison ne déposera pas son orgueil , il la soulèvera contre la religion de Jésus-Christ. La loi divine est formelle ; elle tient toute intelligence captive sous le joug de la foi ; elle renverse toute hauteur qui s'élève contre la science de Dieu (1) ; elle est absolue et ne souffre aucune exception. Tout est égal , dans l'ordre de la foi , entre le savant et l'ignorant , entre le génie le plus profond et l'esprit le plus

(i) Deslruenlcs oiunem al'itudincm extolienlem se advtijus siieiitiam D^;i , et in captivitalein ledigeutes uiuiiem in'.elljclum iii ob^equium fidci. (2. Cor. 10, 5.)

grossier. 11 est écrit dans nos livres saints ; « Je confon- « drai la sagesse des sages , je réprouverai la prudence '• des prudents. Où est le sage? Où est le docteur de la « loi? Où est le savant de ce siècle ? Dieu n'a-t-ilpas ren- « du insensée toute la sagesse de ce monde (1) ? » Telle était la sage économie de la Providence ; elle a placé la conviction de sa religion dans des preuves de fait , qui sont à la portée de l'iiomme simple comme du génie le plus élevé j, et cette conviction acquise, elle exige de l'un et de l'autre un acquiescement également entier, une foi également liumble , une soumission également passive.

L'ne loi aussi impérieuse, qui, pesant uniformément sur toutes les ïétes, les met au même niveau, et qui ne laissant aucun avantage aux talentsetaux lumières , rabaisse nécessairement l'orgueil de l'esprit. Cette passion aussi commune que l'orgueil des richesses , que l'orgueil de la naissance, que l'orgueil des dignités et des honneurs, plus active même dans les esprits qui ont la conscience ou seulement la prétention de leur supériorité, cette passion blessée se soulève contre la loi qui la réprime. L'homme jaloux de se distinguer par l'éclat du génie, des talents, des connaissances , ne soutient pas l'idée de se voir confondu avec ce vulgaire qu'il méprise, de penser comme le vulgaire , de réfléchir comme le vulgaire , de raisonner comme le vulgaire , de croire comme le vulgaire , de n'avoir pas plus de mérite dans sa foi que le vulgaire.

Mais l'incrédulité lui présente un moyen de sortir des routes battues, de s'élever au-dessusde la classe commune. Une opinion nouvelle suppose de nouvelles lumières ; une opinion hardie annonce des conceptions grandes et Jortes. La raison enorgueillie de la supériorité qu'elle a, ou qu'elle croit avoir , trouve au-dessous de sa dignité de croire ce qu'elle ne comprend pas. Fière de ses hunières ,

(i) Suriptam est ei.im : Perdain .sajdeiuiaru sapieniium, et pi uden- Uam piudenliiini lepiobal.o. Uhi sapiens ? L'ii sciiba ? VU concuisitc.r Ijnias sa>cu'i ? Nonne sluLam fecil Deus saiientiam hujus munui ? ( I. Cor. I , 19, 20.)

elle imagine qu'au-delà de l'horizon qu'elle aperçoit, rien ne peut exister ; confiante dans ses forces, il n'y a rien de si élevé qu'elle ne veuille atteindre , rien de si profond qu'elle n'entreprenne de pénétrer, rien de si obscur qu'elle ne prétende éclaircir. Elle ose citer à sou tribunal jusqu'à la religion , et demander à Dieu compte de ses mystères.

Il y a une intime correspondance entre la foi et l'iiumilité d'une part, entrel'orgueil et l'incrédulité de l'autre. La foi commande l'humilité; et l'humilité seule peut conduire à la foi. De même l'orgueil pousse à l'incrédulité, qui à son tour exalte encore l'orgueil. Ainsi tout concourt à éloigner de la foi l'esprit orgueilleux. 11 repousse la foi , parce qu'en croyant la religion il faudrait praticjuer l'humilité qu'il dédaigne ; la foi le repousse, parce que l'insolence de ses pensées est incompatible avec la soumission qu'elle exige. Dès que la foi est le partage des humbles ;, il est naturel^ il est juste tjue l'incrédulité soit le partage des superbes; il est naturel (ju'en s'écartantde la route on s'éloigne du terme; il est juste que le chàtimerit naisse de la faute. L'orgueilleux a prétendu soumettre à sa raison ce qu'elle devait respecter , il sera abandonné à sa raison ; il a méconnu son Dieu, Dieu ne se fera pas connaître à lui ; il a dit au Seigneur : « Re- « tireZ' vous de nous, nous ne voulons pas de la science « de vos voies (l) ; » Dieu le punira en l'exauçant (2). Et pour avoir voulu sonder l'inaccessible Majesté , il sera accablé du poids de la gloire (3).

Voyez l'orgueil, qui engendra l'incrédulité, se manifester dans les titres pompeux dont elle se décore. Ses apôtres se proclament hautement les libérateurs du génie humain qu'ils affranchissent de la superslition, les bieu-

(i) Dixernnt Deo : Rfcede a nobis , et scienfiam viarum tiianmi noluinus [Job. 21, 14.)

(2) Va* eis, cum recesscro ab eis. {^Osee , 9, I2.)

(3) Qiji srjQtator est majeslaiis, oppriiaeîiir a g'.oiia. fProi'. 2.'>,

laileurs de l'Iimnanité à qui ils apportent le bonheur , les apôtres de la vérité qu'ils répandent sur la terre. Ils s'arrogent exelusiveinent la qualité de philosophes, et peutêtre avons nous à nous reproeher trop de facilité à leur accorder ce titre fastueux, quia pu contribuer à leurs succès. Eux , philosophes I Ah I la philosophie est l'usage de la raison , elle n'en est pas l'abus. Certes , il fallut une toute autre philosophie que celle dont se vantent les incrédules , pour endjrasser le christianisme malgré tous les obstacles qui s'opposaient à son établissement ; pour abjurer les préjugés, supporter les mépris, allronter les dangers , subir les supplices , braver les tyrans. La philosophie n'a pas changé depuis ce temps ; ce qu'elle était alors . elle l'a constamment été , elle l'est encore , elle le sera toujours. Dans tous les siècles le vrai chrétien aura seul droit de dire avec saint Cyprien : « C'est nous qui «< sommes philosophes , no.i de paroles, mais de faits ; qui « montrons de la sagesse non les vaines livrées , mais la « vraie pratique , et de la vertu non la jactance, mais la " constante réalité 1). »

Suivez les incrédules dans leurs funestes écrits. Vous y verrez encore percer à chaque pas l'orgueil qui causa leur erreur , et qui ne contribue que trop à la propager. Car rien n'est plus propre à en inq)Oser à la multitude , que ce ton afiirmatif et impérieux qui commande l'o- ])inion et qui interdit le doute : il suppose la conviction intime de celui qui l'emploie , et par cela seul il l'inculque aux autres. On ne persuade jamais mieux , que lorsqu'on a l'air profondément persuadé ; et le plus sur moyen de bannir toute incertitude, est de n'en montrer aucune.

J'userai à cet égard d'une conq>araison , peu digne p:ut-étre de la gravité de cette matière, mais que son

(i) Nos aulein, fralics carisMini, qui philosophi non veibis. scd facîis, suiiiu.s, nec veslilu bajâentiaiu , bcd veiitaie piwfeiimus ; qui v'riuluiu cunstautiaui , luagis qaaii) jactaciMain, novimus. fS. Cypr'ian.^ de liono Putituda.J

extrême justesse doit me faire pardonner. !Nous avons souvent été étonnés du prodigieux succès qu'obtiennent dans les rues et dans les places publiques ces hommes adroits , qui attirent autour d'eux la multitude par l'attrait de la curiosité , l'amusent par leur volubilité, l'entraînent par leur véhémence , et lui font enfin acheter à prauds frais des remèdes , dans lesquels souvent elle n'a point de confiance Tout leur art consiste dans l'audace de leurs assertions- C'est l'assurance imperturbable de leur ton, l'autorité avec laquelle ils garantissent l'effet infaillible de leurs secrets, qui abuse la crédulité, séduit la simplicité, fixe l'indécision, dissipe la méfiance, en impose à la malignité, et finit par faire triompher même de la préveution. Il en est absolument de même de la prédication de nos modernes incrédules ; c'est la même charlatdnerie , la même confiance dans le ton , la même arrogance dans les manières , la même jactance dans les discours , et , je l'ajoute avec douleur , c'est trop souvent le même succès.

J'ouvre au hasard les ouvrages des incrédules , et qu'y vois-je? Au lieu de ce ton de simplicité et de candeur qui caractérise la vérité, et dont nos livres saints offrent un modèle si pur, j'y trouve le ton emphatique et obscur des oracles , le ton tranchant de la présomption , le ton arrogant de la hauteur , le ton suffisant de la légèreté , le ton méprisant de l'orgueil. 3Iettent-ils en avant un principe? c'est un axiome ; le révoquer en doute serait outrager la raison. Présentent-ils un raisonnement? il est terrassant; il faut être de la plus stupide ineptie, ou de la plus révoltante mauvaise foi , pour n'en être pas convaincu. Et tandis qu'ils exaltent ainsi leurs propres productions, ils versent le mépris le plus insultant sur tout ce qui combat leurs systèmes. Ils traitent sans cesse les preuves du christianisme de vains arguments d'école, qui ne valent pas même la peine d'être réfutés ; les mystères, d'absurdités dégoûtantes; les miracles , de fables ridicules ; les témoignages qui les garantissent , d'impostures grossières-, les sacrements, de pratiques superstitieuses ;

18 Discouas

le zèle, de fanatisme; les frayeurs de l'autre vie, de

])euis d'enfants.

Est-ce ainsi que s'exprime la vérité? Est-ce là le ton avec lequel il lui convient d'être présentée et défendue ? La vérité, grande par elle-même, brillante de son seul éclat , orné de sa simplicité , dédaigne ce vain étalage. Elle est confiante sans présomption , digne sans arrogance , noble sans fierté , modeste sans timidité. Elle n'annonce pas emphatiquement la lumière , elle la présente ; elle ne promet pas fastueusement la conviction , elle la donne. C'est à l'erreur à employer l'eitVonterie du charlatanisme , la jactance de l'orgueil. De tels moyens sont dignes d'une telle cause et lui sont nécessaires. Ils remplacent les raisons et peuvent faire croire qu'il en e iste : et s'ils sont impuissants contre la plus saine partie du genre humain, ils ont une funeste influence sur la plus nombreuse.

Tl était impossible que des maximes aussi perverses n'excitassent pas des réclamations. ]\ 'eussent-elles que leur opposition aux principes reçus depuis tant de siècles , elles ne pouvaient manquer d^éprouverde la résistance. C'est ici surtout que l'incrédulité se démasque par la hauteur , et décèle l'orgueil qui la fit naître. Tels que 1 on voit des éléments de nature contraire , placés dans le même vase^ se mettre en fermentation, et bientôt déborder avec effervescence ou détonner avec fracas, tel l'orgueil de l'incrédulité , irrité par la contradiction , se soulève avec fureur, se répand au dehors et éclate en invectives violentes. Les écrits de ces prétendus philosophes sont remplis des épithètes les plus amères. Les in culpations les plus odieuses y sont répétées à chaque page. Les qualifications de stupidité , de démence , d'imbécillité , de folie, d'hypocrisie , de superstition , de fanatisme , d'imposture , de friponnerie , y sont continuellement prodiguées aux défenseurs de la vérité et de la vertu. Ils ont placé leurs injures jusque dans les tiires de leurs livres. C'est surtout sur les ministres de la religion qu'ils dirigent leurs traits , qu'ils versent tout leur fiel. Que l'on

n'imagine pas que notre intention soit de nous plaindre de leur haine, qui en nous poursuivant nous honore. Leurs calomnies font notre gloire , comme leurs persécutions préparent notre boulieur. Sovons éternellement l'objet de l'exécration de ces hommes ((ui ont notre Dieu en horreur. Qu'ils ne cessent de nous poursuivre de leurs insultes , ceux qui outragent Jésus-Christ de leurs blasphèmes. Mais non, nos cœurs forment un vœu plus digne de la charité dont nous sommes les ministres. Que plutôt i'injusîe aversion de ces hommes égarés expire avec le principe qui la fit naître. Que leurs yeux s'ouvrent à la lumière , pour que leurs cœurs se ferment à la haine. En même temps que , comme Josué , nous combattons leurs efforts, élevons, connue 3Iûise, les mains vers le ciel, pour en attirer les grâces qui les convertissent. Et tandis qu'ils lancent sur nous les traits de leur rage, suspendons par nos supplications ceux dont la colère divineles menace.

La légèreté de l'esprit est , comme je l'ai annoncé , le troisième principe qui a causé et propagé l'incrédulité. Elle se glorifie, il est vrai , d'avoir eu pour apôtres plusieurs des {)lus beaux esprits de ce siècle. Je ne lui dispute pas ce frêle avantage. 3Iais oserait-elle mettre en parallèle ce petit nombre d'honunes vraiment distingués par leurs talents , qui dans ces derniers temps ont dévoué leur plume à l'irréligion, avec cette longue suite de génies supérieurs qui avaient illustré les siècles précédents ? Ces hommes d'immortelle mémoire, devant qui les bornes de la raison humaine semblent s'être reculées, dont les sublimes productions seront à jamais l'étonnement et l'admiration , le modèle et le désespoir de toutes les générations, ne faisaient pas difficulté d'abaisser la hauteur de leur esprit devant les saintes vérités de la religion. Ils croyaient même honorer leur raison , en l'humiliant sous le joug sacré de l'autorité. Leur foi , soumise à la fois et éclairée, ou plutôt soumise parce qu'elle était éclairée, était aussi simple que celle du fidèle le plus

obscur , aussi humble que celle du plus religieux solitaire.

La légèreté d'esprit n'a pas produit tous les incrédules, puisqu'il y en a quelques uns qu'il serait injuste d'accuser de ce défaut. Mais pour se convaincre que le plus grand nombre d'enire eux a été entraîné par cette cause , il suffit de considérer quels sont presque tous les disciples et même les apôtres de l'incrédulité. Sont-ce des esprits appliqués , réfléchis , accoutumés à balancer les raisonnements, à enchaîner les conséquences^ à rapprocher les vérités pour en composer des systèmes? Ont-ils étudié profondément les questions qu'ils se permettent d'agiter ? Se sont-ils retirés dans le silence de la solitude, pour les méditer loin des distractions? Ont-ils cherché à épurer leurs cœurs , pour que les passions n'offusquassent pas leur jugement ? Vous m'avez déjà répondu dans votre esprit, vous tous qui avez été à portée de rencontrer et d'apprécier ces suppôts de l'irréligion. Leur inconsistance, qui n'a pu manquer de vous frapper, vous a convaincus qu'ils ne sont devenus incrédules que par légèreté.

J'appelle incrédules par légèreté tous ceux qui sont incapables de l'être par réflexion , soit que la nature leur en ait refusé les moyens, soit que leurs facultés naturelles aient été affaiblies par le défaut d'usage ou abruties par la débauche.

J'appelle incrédules par légèreté ces esprits paresseux qui aiment mieux donner un assentiment , que se livrer à une discussion ; qui trouvent commode de recevoir d'autrui des opinions toutes formées, et doux d'adopter celles qui favorisent leurs penchants.

J'appelle incrédules par légèreté ces têtes dissipées qui, n'ayant d'autre élément que le plaisir , d'autre occupation que de varier et de faire se succéder leurs amusements, ne trouvent pas dans toute leur vie un moment pour l'étude et la réflexion.

J'appelle incrédules par légèreté ces enthousiastes que quelque autorité a engoués.; qui, en se soustrayant à Té-

vangile, ne font que changer de joug, et qui ne se révoltent contre Jésus-Christ que pour se donner des maîtres selon leurs désirs (1).

J'appelle incrédules par légèreté ces incrédules d'imitatioii et de bon ton, qui ont porté la manie de la mode jusqu 3 dans la religion ; qui affichent l'incrédulité , parce qu'ils l'ont trouvé reçue dans leurs sociétés : qui dans d'autres temps et d'autres lieux eussent été religieux ; qui le redeviendront encore, si jamais il est du bon air de croire.

J'appelle incrédules par légèreté ces philosophes adolescents , qui, masquant leur frivolité par leur suffisance , vous entretiennent gravement de leur expérience , vous présentent d'un ton d'oracles le résultat de leurs profondes réflexions, vous assomment de leur immense érudition puisée dans les brochures du jour. Ils ont tout vu, tout lu, tout examiné, tout considéré , tout discuté, tout pesé ; et de leurs nombreuses assertions la seule véritable , c'est qu'ils ont tout décidé.

Enfin j'appelle incrédules par légèreté toute cette tourbe d'êtres superficiels , qui ne s'attachent à aucun système particulier , et dont l'incrédulité consiste à rejeter la loi qui les condamne ; qui , incapables d'adopter une opinion, ne savent que suivre un parti, dont les idées flottantes et emportées çà et là par lout vent de doctrine , varient selon les impressions qu'ils ont reçues du dernier homme méchant ou astucieux qu'ils ont entendu (2j ; avançant sans crainte les maximes les plus hardies ; reculant sans dificulté , quand on leur en fait envisager les conséquences : tous ceux , en un mot, dont l'incréduliié ne repose sur aucun principe ; qui ne pourraient pas

(x) Erit enira teinpus, cura sanaai dortrinaru non sustinebunt, scd ad saa desideria coacervabunt &ibi inagistrQS , prarientes anribus. (a. Tiinoth. 4,3.)

(a) Jam non sinius parvuli fluctuantes et circumferamui- omni vento docti-inae in nequitia hominum, in astulia ad ciicumventionem crroris. {Ephcs. 4, 14.)

rendre compte du motif qui 1rs y a décidt's ; qui se sont faits incrédules ou par le plaisir de l'être , ou par !a vanité de le paraître, ou par la crainte d'être obligés de pratiquer ce qu'ils croiraient. Ils blasphèment ce qu'ils ignorent (l). Toute leur science se réduit à un jargon emprunté de leurs oracles, avec lequel ils s'érigent en docteurs, sans comprendre ni les matières dont ils parlent, ni même souvent les choses qu'ils affirment (2).

Et moi , j'ose contesler à tous ces hommes leur prétention d'incrédulité. Ils ne sont pas véritablement incrédules , ils veulent l'être ; ils ne croient pas réellement que la religion soit fausse, ils le souhaitent ; ils ne nient pas dans le fond de leur cœur l'existence d'un Dieu vengeur du crime , il la craignent ; et leur esprit irréfléchi , qui n'a jamais su se rendre compte d'un sentiment, prend aveuglément ses désirs pour des opinions. Que l'on retranche de la classe des incrédules tous ceux qui le sont devenus de quelqu'une de ces manières, à quoi se réduira ce parti qui efl'raie par son grand nombre ?

Pour connaître sûrement l'influence qu'a eue la légèreté d'esprit sur l'incréduhté moderne , il suftirait de son propre témoignage. Cette cause de son origine se manifeste , de même que les autres, dans ses écrits. On y voit continuellement la raillerie substituée au raisonnement , et le ridicule mis à la place de la discussion.

Il n'est pas difficile de sentir coujbien est déplacé , combien est indécent dans une matière aussi grave le ton de la plaisanterie (3). Certes, si jamais la raison humaine fut appelée à traiter des objets qui exigeassent toute la force de l'esprit , toute l'étendue des connaissances, toute

(i) Hi aatem qusecmnqiie ignorant, blasplietîiant. 'Jiid. \o.) (2} Conversi snnt in vaniloquium , volentes e.«^se legis doctores ,

non intelligentes neque quae loquantur, neiine de quiLus afllrmant.

( I Timoth. I , '' , 7.)

(3) Quocitca velat ex loco exceUo clamantem me. Graeci , andite ,

nec cachinnando, dementiam vcstrara in prœconem verilatis Irans-

ferte. ( Tatiani contra Grœcos ^ Orat. n° 17.)

la profondeur des réflexions , c'est lorsqu'elle s'est élevée à ces grandes méditations , qui lui découvrent son origine et sa fin, les moyens de répondre à l'une et d'atteindre l'autre ; qui lui développent ses relations avec son Auteur, ses rapports avec ses semblables ; qui l'instruisent de l'universalité de ses devoirs ; qui posent le fondement de ses espérances; qui ouvrent les sources de son bonheur ; enfin , dont dépend et pour le temps et pour l'éternité toute la suite de ses destinées. Et les incrédules imaginent de discuter ces grands objets avec des plaisanteries, et ils prétendent décider ces vastes questions avec des bons mots. Quelle idée ont donc eux-mêmes de leur cause, ceux qui, pour la soutenir, ont recours à d'aussi méprisables moyens? S'ils ont des raisons solides à produire , croient-ils leur donner du poids par ces saillies légères? S'ils n'en ont point, pensent-ils que des railleries pourront en tenir lieu?

C'est là précisément leur espoir. Ils se flattent de suppléer par le sel de leurs bons mots à ce qui manque de force à leurs raisonnements ; et , sentant qu'ils ne peuvent éclairer, ils cherchent a éblouir. L'exemple de leurs devanciers, desHobbes, des Vanini , des Spinosa, dont les écrits, inconnus du vulgaire, languissent dans la poussière des bibliothèques, leur avait appris l'impuissance du raisonnement contre la religion. Mais le ridicule est aussi propre à attaquer la vérité qu'à combattre l'erreur ; on le vit aussi souvent flétrir la vertu que démasquer le vice. Une raillerie est, sur le commun des hommes , plus puissante qu'une raison. Peu sont en état de suivre la marche du raisonnement, mais un bon mot €St à la portée de tous ; et même parmi ceux qu'une éducation plus cultivée place au-dessus du vulgaire, combien n'y en a-t-il pas qui se piquent plus d'esprit que de jugement; qui ont plus de prétention à la vivacité qu'à la justesse ; qui sont ainsi plus disposés à être séduits qu'à être persuadés ; et plus entraînés par une raillerie que convaincus par une raison ?

Les incrédules ont senti l'avantage que pouvait leur

donner ce (>enre d'attaques légèies, et il les ont piodi— pieusement niuitipliées. On a vu les matières les plus graves agitées dans les brochures superficielles, les principes les plus sérieux combattus dans des contes , les raisonnements les plus abstraits discutés dans des vers. On a vu les liistoires saintes parodiées, les maximes religieuses travesties. Les faits , les mystères , les sacrements, les vertus chrétiennes , les ministres, tout ce que la religion consacre, tout ce qui a été l'objet des respects de dix-huit siècles est devenu , dans celui-ci , le sujet des chansons, des épigrammes, de tous les genres de raillerie.

Ainsi, semblable au serpent qui se rajeunit en changeant de peau, l'incrédulité , en changeant de ton , s'est renouvelée. Ses objections surannées, reproduites sous une autre forme , ont paru nouvelles. La curiosité a recherché ses plaisanteries , l'oisiveté a recueilli ses bons mots , la légèreté s'est réjouie de ses saillies, la malignité a applaudi à ses épigrammes. Des écrits, ce ton léger a passé rapidement dans les sociétés. Il a mis les matières les plus abstraites à la portée des conversations les plus frivoles ; il a rabaissé les sujets les plus relevés au niveau des esprits les plus communs ; il a procuré les moyens de briller à ceux que la nature en avait dépourvus; il a même quelquefois donné l'air de la profondeur aux tètes les plus superficielles. S'il n'a pas eu toujours le don de persuader j il a eu le mérite plus recherché de séduire, et même, dans bien des occasions, l'avantage d'en imposer. Combien de fois l'homme raisonnable et honnête a-t-il contenu l'indignation qu'excitait en lui le jargon à l'incrédulité, par la crainte de devenir le but d'un sarcasme ou la victime d'un ridicule?

Un autre grand succès que l'incrédulité avait cspér , ft qu'elle a obtenu de son ton badin et railleur, a été d'affaiblir par degrés le respect pour la religion. Malheureuse légèreté de l'esprit hunmin I Ce mélange de la fade plaisanterie avec ce qu'il y a de plus sacré ne devrait inspirer que du dégoût , et cependant il amollit quelque-

fois même les âmes sensées et vertueuses. La répétition fréquente des sarcasmes de l'impiété , aulieud'augmenter l'indignation qu'ils inspiraient d'abord , la diminue. Ou s'y habitue sans s'en apercevoir, on s'y familiarise sans penser à s'en défendre ; on finit par s'en trouver moins révolté , sans en connaître la cause. Et c'est ainsi qu'insensiblement et graduellement s'est altérée cette antique et pieuse vénération des objets sacrés , qui avait été longtemps parmi nous le premier fondement de l'autorité, le premier soutien des mœurs, le premier mobile de la vertu, l€ premier frein du vice.

O jours de nos pères, jours heureux, qu'êtes- vous devenus: Nos saintes vérités imprimaient à tous les esprits une respectueuse terreur. La conscience repoussait avec une religieuse indignation jusqu'à la pensée d'un doute. L'incrédule , si par hasard il s'en rencontrait quelqu'un , était regardé avec étonnement et reçu avec répugnance. La foi était l'arche mystérieuse, que l'on ne pouvait toucher sans crime, sur laquelle on osait à peine lever les yeux. Cette foi pure et simple de nos ancêtres daignera-t-elle encore revenir parmi leurs descendants? Accoutumés au langage des impies, famiharisés avec leurs blasphèmes , peut-être même amusés de leurs railleries, ont-ils conservé des cœurs assez purs pour la recevoir? Aurait-elle condamné la génération qui la dédaigna, et toutes celles qui doivent suivie , à l'affreux malheur de l'avoir perdue pour toujours? Ahl si Dieu a résolu dans ses décrets de punir notre irrélifrion et les causes qui Pont engendrée, nos désordres, notre orgueil, notre coupable légèreté, qu'il daigne nous choisir un châtiment moins rigoureux.

C'est à nous à les rappeler dans notre patrie, cette droiture de cœur , cette pureté d'intention, cette simplicité de foi dont elle se glorifiait autrefois. C'est la perte de ces précieuses vertus, qui a entraîné tous les maux dont elle vient d'être accablée. En cessant d'être religieuse, elle a cessé d'être heureuse; en secouant le joude la loi , elle a rejeté celui des lois , qui assurait sa tran-

DisserL êur la Relig, 2

26 Discouns

quillité ; et la liberté d'opinion dont elle s'est laissé flatter, a été le degré par lequel on l'a élevée à la liberté de tous les crimes.

O vous donc , chers et fidèles compatriotes , que les séductions de l'incrédulité n*ont pas atteints, ou qui avez eu la sagesse de vous en garantir, attachez-vous de plus en plus à cette religion bienfaisante , qui vous promet le bonheur de l'éternité , et qui , en l'attendant , vous procure celui du temps. Considérez combien de maux cherche à attirer sur chacun de vous cette incrédulité qui s'eftbrce de vous prendre dans ses pièges. Enfants , elle vous enlève à celui qui vous rassemblait si alïectueusement autour de sa personne. Vieilards, à l'attente précieuse qui soutenait votre caducité, elle substitue l'expectative prochaine de l'anéantissement de tout votre être. Riches charitables, elle vous dispute le prix, de vos bonnes œuvres : vos aumônes ne monteront point aux. pieds du Juge qui doit les récompenser. Pauvres, elle vous conteste le dédommagement de vos privations; elle vous dépouille de l'héritage qui vous fut promis. 3Ialheureux de tout genre , elle vous arrache vos consolations. Hommes de tout état, elle anéantit vos espérances. Et vous, objets de nos vives douleurs, qui naquîtes, qui fûtes élevés dans le sein du christianisme , qui lui appartenez encore ])ar votre baptême, qui en goûtâtes autrefois les maximes, qui depuis les avez abandonnées ; c'est à vous spécialement que nous adressons ces Dissertations sur la Vérité de la Religion. JNous ne vous demandons pas encore de la croire, nous vous conjurons de l'examiner. S'il reste encore au fond de vos cœurs le plus léger doute, (et peut-il n'y en pas rester?) considérez combien est absurde et dangereuse l'indilFérence dans laquelle vous vous enfoncez volontairement ; c'est la tranquillité de l'homme ivre, qui dort sur le bord d'un précipice ; c'est l'apathie du condamné qui , étourdi par l'opium j monte sur l'échafaud sans terreur. Si , comme l'ont cru fermement tant de siècles , comme l'ont professé et soutenu tant de puissants génies, la religion est

vraie, voyez, en la rejetant, de quels biens immenses vous vous privez, à quels maux affreux vous vous dévouez? Ses promesses et ses menaces sont si expresses, que leur effet est la conséquence inévitable de sa vérité! Vous vous piquez de sagesse et de prudence dans toutes vos autres affaires; est-ce ici le lieu d'en manquer? quand une affaire majeure et d'une haute importance vous survient, vous ne négligez pas de l'étudier; vous employez tout ce que vous avez d'esprit, de sagacité , d'expérience, de connaissances à la bien connaître. En est-il une dont l'importance approche de celle-ci ? Que pensez-vous de l'homme qui, insouciant sur l'affaire dont dépend le sort de sa vie, s occupe , pendant qu'elle se décide, de frivolités et de bagatelles? Retournez sur vous-mêmes le jugement que vous portez sur lui. Tous êtes incomparablement plus déraisonnables, puisque, entre votre extravagance et la sienne , il v a toute la distance qui est entre l'éternité et le temps. C'est donc pour votre propre intérêt, pour votre plus grand intérêt, et nous le disons d'après notre divin maître, pour votre seul intérêt essentiel (I), que nous vous conjurons de vous occuper de cet examen. C'est votre cause que nous plaidons auprès de vous:2). Ayez pitié de vous-mêmes , de la plus précieuse portion de vous-mêmes , de votre' ame (3) , que vous exposez au plus imminent et au plus épouvantable des dangers.

Redouteriez-vous la difficulté , l'embarras , la fatigue de cette étude de la religion ? Ah .' quand il s'agit pour vous d'intérêts temporels, avec quel ardeur vous vous livrez à des discussions bien autrement épineuses ! Vous

(i) Porro unrnn est necessarium. {Luc. lo, 42.)

(2) Jam vero iis qu* in nobis sita erant absolatis, des'nimns , .llud

etiam precantes , ut omnes ubiqae bomines veritatis cognitioné di«-

nentur. Ltinam el vos , nt pie.atem et pbilosophiam decet , «qaum

vestra .psorum causa jadicium feralis. {S. Justuu Apol stcund

np. i5.j r '

3) Miserere aniœae laae, placens Deo. {Ecdi, 3o, 24. )

ne calculez pas alors les peines, les difficultés du travail. Par quelle déplorable inconséquence ne vous arrèlentelles que quand il est question du plus grand de tous vos intérêts ? Et quelles sont-elles donc ces difficultés si eftravantes que vous présente l'examen de la religion ? S'agit-il de sonder des idées abstraites , de vous élever à des raisonnements qui surpassent votre intelligence ? Vous demande-t-on de faire des recberclies lointaines, de parcourir dans votre esprit tous les temps et toutes les régions ? Non ; elle est entièrement à votre portée, vous la trouvez sous votre main en quelque sorte toute faite , elle est la plus facile comme la plus importante de toutes, cette étude de la loi divine (1^. Dien a voulu que sa révélation vous fût rendue certaine par les mêmes moyens que toutes les autres vérités ; que la même faculté intellectuelle jugeât les objets religieux et les profanes ; qu'elle observât les mêmes règles dans la recherche des uns et des autres. Il a attaché la conviction de sa religion au genre de preuves le plus simple , le plus propre à être senti par tous les esprits, le plus usité parmi les hommes ; à des preuves de fait , sur lesquelles reposent tous nos autres intérêts ; qui ûxent toutes nos autres croyances , qui nous dirigent dans toutes nos autres actions, qui nous règlent pour tous nos autres devoirs , qui nous déterminent sur toutes nos autres affaires. Non, nous osons vous le dire , ce n'est pas votre esprit qui se rebute des difficultés qu'il envisage; c'est votre cœur qui s'effraye des sacrifices qu'il n'ose même contempler. Ce ne peut pas être votre raison, ce sont évidemment vos passions qui vous arrêtent dès l'entrée de l'examen, et qui ne permettent pas à votre raison même de la commencer.

Tout ce que nous vous demandons avec instance est donc de raisonner sur l'affaire la plus importante pour vous, comme vous raisonnez habituellement , comme

(ij Mandatum hoc qaod ego praecipio tibi , non sopra te est, ne-

qae procal positum sed juxta te est senuo valde in ore lac , et in

corde tuo ut facias illam. {Deucer. 3o, ii , i4')

VOUS auriez honte de ne pas raisonner sur le plus léger intérêt. Nous vous demandons uniquenent d'être raisoiina!)les sur ce point , comme vous l'êtes sur tous les autres (1). Ce que nous vous demandons, votre raison ellemême vous le demande avec nous. Elle vous supplie , elle vous conseille , elle vous requiert, elle vous somme par notre voix , et par la voix intérieure de votre conscience , de la laisser s'exercer librement sur la matière qui est le plus évidemment de son ressort, et qu'il lui importe le plus essentiellement de connaître. Si vous ne daignez pas nous écouter^ écoutez-la du moins ; écoutez ce qu'elle vous crie, et sur la nécessité dont il est pour vous de vous livrer à l'examen de la religion , et sur la manière dont vous devez y procéder.

Elle vous présente deux règles , dont vous ne pouvez vous dissimuler la justice: la droiture d'intention, la pureté de cœur.

Si votre intention n'est pas droite ; si, au lieu de chercher la vérité , vous la fuyez , pouvez-voiis croire que vous la rencontrerez ? Si votre volonté dit à votre intelligence ce que disaient les juifs à leurs prophètes : «« Ne « nous montrez pas ce qui est véritable ; ne nous faites « voir que ce qui nous plaît ; présentez-nous des er- ■< reurs (2) ; » docile à vos ordres, pour votre malheur , votre intelligence ne vous offrira que les illusions qui vous flattent. Si, comme tant d'autres l'ont pratiqué , connue peut-être vous-mêmes vous en avez agi jusqu'ici,

(i) Nihil est enim qao raagis horao caefen's animantibus praestet , qaam qao rationis est particeps : causas rerum reqnirit, generis sui auctorera investigandum putat , in cnjus potestate vitae necisque potestas ait, qui mnndura suo nota regat, coi sciamns rationem esse reddendani nosirorum actuarn.... Omnibus igitnr hoininibus inest secundura natnram bumanam verana investigare, qaae nos ad stuaiuni cognitionis et scientiae trahit , et inqnirendi infundit cupidilatem. fS. Ambr. de Offic. Min. lib. i, cap. 22, n° 124 , laS. )

(2) Qui dicunt videntibus : Noiite videra, et aspicientibns : NoKre aspiceie nobis ea qaae recta sont : T.oqaimini nobis plarentia, videte nobis errores. {Isa. 3o, to.)

vous ne consultez, sur la vérité de la religion, que les écrits qui la combattent, ou si vous ne lisez les livres qui la défendent qu'avec un esprit de critique et dans l'intention d'y apercevoir des difficultés, vous n'y trouverez que ce que vous y aurez cherché. Et n'est-il pas dans l'ordre ordinaire que ce que l'on désire vivement soit ce que l'on voit clairement ? Combien de fois n'avezvous pas vu et peut-être vous-mêmes l'avez-vous souvent éprouvé, que les désirs forment les opinions , donnent du poids aux plus minces raisons , atténuent les plus puissants motifs ? Commencez donc par souhaiter sincèrement, franchement, uniquement, de découvrir la vérité ; et méprisant les fades railleries , laissant de côté les déclamations vagues et incertaines , n'ayant plus aucun égard aux frivoles autorités auxquelles vous avez jusqu'ici trop déféré (1), pesez dans la balance de votre propre raison les preuves que nous vous présentons de la vérité du christianisme , et les difficultés qu'on y oppose.

Mais pour que cet examen soit fait avec Timpartialité requise, une autre condition est indispensablement nécessaire ; c'est que vous y apportiez un cœur pur (2).

(i) Praescribit ratio, nt qui vere pii et philosophi sunt , verum unice colant et diligant, récusantes majorum opiniones secpii , si pi-avae sint. Neque enim id soluin sana ratio praecipit, ut ne eus seqaamurqui injuste quid fecere aut docuere ; sed omnino vel prce sua ipsius anima veritatis aiuatori, qnam vis mors intenletnr, sfaiuendura et eligendum est, nt aeqna dicat el faciat. (S. Justin. Apol. i, cap. 2. )

Staliissimnm est, super fide mea me ex alterins pendere judicio. (S Hieronym. Dialog. contra Pelagian. Iib. 3.)

(a) Non cujusvis est, o viri , de Deo disserere ; non inqnam , ra jusvis... Qaoniam his dantaxat hoc muneris incurabit, qui exactissime explorati sudî, ac contemplando loDge piaecesserunt , piiusqae etiara et corpus et animnm a vitiornni sordibus purgar-unt, aut, ut parcissinie loquar , jara bec agunt nt se a \itiornm labe pnrgen). Impnro enim, rem pnram attingere , ne periculo quidera fortasse caret; quemadmoduiu nec œgris ocnlis solis radios intueri. {S. Greg. Naz. Orat. 33, n*> lo, ir.)

PRÉLIMINAIRE. Si

Quelqa'empire qu'aient pris sur vous vos passions , à quelque degré qu'elles aient altéré votre intelligence, elles ne peuvent pas vous déguiser cette vérité évidente : qu'elles ont intérêt à ce qu'il n'existe pas une religion qui les réprime. Ecartez donc du tribunal de votre raison ces conseillers dangereux qui ne persuadent qu'en séduisant ; qui , incapables d'éclairer, ne savent qu'aveugler; dont la voix , plus haute et plus forte que celle du rai-* sonnement , parvient trop souvent à l'étoufFer ; dont vous avez bien des fois éprouvé la funeste influence sur votre volonté ; et qui , formant dans votre esprit un parti puissant en faveur de l'incrédulité, finiraient par l'y entraîner.

Enfin , pour parvenir à la connaissance certaine de la vérité , nous vous proposons une dernière préparation. Si vous croyez qu'il existe , ou même qu'il peut exister un Etre-Supréme, vous ne pouvez douter qu'il ne soit en son pouvoir d'augmenter les lumières de votre esprit, qu'il ne soit le maître de faire descendre sur vous la science avec la sagesse, et qu'étant par lui-même le principe de toute vérité , il ne puisse vous découvrir la vérité dans son entière clarté (1). Conjurez donc avec une humble confiance ce Dieu infiniment puissant et bon, dont vous reconnaissez rexistence , dont vous ne

Sed id nnnc agitnr, ut sapîentes esse possimns, id est inhaerere veritati ; qaod profecto sordidas anirans non potest. Sont autem sordes animi , ut brevi explicem , amor quarninlibet rerum , praeter animnm et Deutn. A quibus sordibus qaanto est quis purgalior, tanto verum facilius intuetar. (iJ ^«^. de Utilitate Credendi. Cap. i6, n° 34.)

(i) Oranis sapientia a Domino Dec est, et cum illo fnit semper, et est ante «vura. {^Eccli. 1,1.)

Dominas.... dat sapientiam sapientibas , et scientiam intelligentibas disciplinam.... et lux cuna eo est. [Dan. ir, 21 , aa.)

Omne veram ab illo est, qui ait : Ego sum veritas. {S. Aug. de Doctr. Christ. , lib. i , n" 8. )

HaRC est providentia verae religionis , boc jnssnna divinitns , hoc a beatis majoribns traditam, hoc ad nos usque servatum. Hoc perturbare velle atque pervertere, nihil est alind quam ad veram religio-

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