‹ Diverses petites poésies du chevalier d'AceillyChapitre 1 sur 13 · AYANT-PROPOS · texte numérisé non relu

AYANT-PROPOS

Jacques de Gaillt, chevalier [de l'ordre de Saint-Michel, 'plus connu sous le nom anagp:'ammatique de d'Aceilly, étoit né à Orléans en i6o4. Il mourut en 1673.

Sa noblesse n'étoit pas fort ancienne, mais elle ne le cédoit à aucune autre en illustration, si elle remontoit, comme on le dit, aux lettres-patentes de Charles VII qui ennoblirent à perpétuité la famille de Jeanne d'Arc.

n est difficile de se rendre compte du motif qui le porte à dissimuler son nom à la tête de ses poésies, et à le couvrir d'un voile k la vérité bien dia-

phane. Ce n'ëtoit pas la mode alors, dans la littérature élevée, d'être hostile contre le pouvoir; et Colbert, outragé avec une grossièreté si révoltante par les barbouilleurs de papier dont il ne daignoit pas acheter le silence,, est apprécié par de GaiUy comme par la postérité. Les plaisanteries de ce poète, quelquefois un peu vives, se ressentent de ce libertinage de l'esprit que tous les âges classiques ont autorisé, mais elles ne sont jamais obscènes. Enfin, s'il attaque le ridicule avec une certaine âcreté, il ménage du moins les personnes, et la tradition n'a attaché aucun souvenir à ses portraits. C'est à lui qu'on doit peut-être d'avoir épuré ce genre de poésie où Régnier, Sigognes et Théophile, avoient enchéri sur l'impudence de Martial. Il est donc

probable que la pseudonymie du faux d'Aceilly n'est qu'une bienséance de sa modestie.

Je viens de nommer Martial, et je n'ai pu le faire sans rappeler le jugement qu'il portoit de ses vers, et qui s'applique si généralement à tous les auteurs d'épigrammes :

Sunt bcna, sunt quasdam meaUocria, sunt mala plura QtMB iegis Aie : aliter non fit , Avite, liber,

( I , XYi , Ad Avitum. )

Si Martial n'avoit pas fait cette observation pour lui-même, les épigrammes de de Gailly la feroient faire. D est certain que le public ne voudroit plus maintenant de cette foule innombrable de traits émoussés et de bouffonneries triviales qui, du temps de l'auteur, avoient tout au plus le mérite d'un à-propos dont le sel est perdu

pour nous. Depuis que Dësaugpiers et Béran^er ont mis Tépigramme en chansons avec tant d'esprit, de verve, et de poésie, l'ëpi^anime classique a singpilièrement pâli. Nous sommes convaincus cependant que les épigrammes choisies du chevalier de Cailly vivront autant que la langue Françoise, parce qu'elles ont à un suprême degré un mérite qui survit à toutes les vicissitudes des mœurs, de la littérature, et même du langage, celui d'une observation fine et d'une expression naïve.

Celles qu'il a écrites sur les plagiats qu'on lui imputoit, quoique peu variées dans leurs formes, sont surtout d'une perfection achevée, parce qu'il étoit alors tout-à-fait sur son terrain, et qu'il pouvoit répondre à un reproche de mauvais goût par une plaisan-

terie de bon ton. Nous nous arrêtons pour ce choix à l'effet d'une lecture souvent renouvelée devant quelquesuns des critiques les plus distingpiés de notre temps, qui nous honorent de leur amitié et de leurs conseils , et qui ne portent pas plus que nous dans ce travail, où une certaine indu%ence est requise, la sévérité du philosophe scythe '.

L'édition ori^nale des Diverses peintes Poésies du chevalier dAceilly, Paris y Cramoisy, 1667, in- 12, n'est guère moins rare que celle du Voyage de

* Cette espèce de rédaction aaroit ëtë certainement approuvée par le goût de La Harpe, qni ne voyoit dans Martial lui-même qu'une très-petite quantité d'épigrammes dignes d'être citées , et qui regrettoit que son recueil nous fût parvepu tout entier.

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Chapelle qui est seulement moins constatée. Je n'ai jamais pu la rencontrer, mais elle est citée, fFidekind, page 1 5 , comme un livre introuvable. Ce petit ouvrage ne fut pas réimprimé dans les éditions elzéviriennes du Voyage qui nous sont connues, mais il parut avec lui, Amsterdam y de Coup, 1708, in-8®, et depuis dans l'excellent Recueil des Pièces choisies de La Monnoye, La Haye y 1714» 2 vol. in-12, et dans d'autres éditions moins importantes.

Quoique celle que nous publions aujourd'hui ne contienne pas toutes les petites poésies de d'Aceilly, nous avons conservé sa préface, parce que c'est la seule pièce qui nous reste de lui, d'après laquelle on puisse juger de sa manière d'écrire en prose. Nous n'avons rien changé d'ailleurs à l'ordre ou plu-

tôt au désordre de ses ëpigrammes, ce genre de composition, dont Peffet dépend d'une impression subite et inattendue, ne pouvant que gagner au jeu fortuit des contrastes qu'une combinaison plus méthodique et plus recherchée feroit perdre.

en. NODIER.

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