‹ Dix années d'exil. Éd nouv. d'après les manuscrits, avec une introduction, des notes et un appendiceChapitre 2 sur 49 · DE CETTE EDITION · texte numérisé non relu

DE CETTE EDITION

Cette présente édition a été faite d'après les manuscrits du château de Goppet, que la bienveillance de M. le comte d'Haussonville nous a permis de consulter.

Ces manuscrits sont au nombre de trois : 1° un premier manuscrit composé de six cahiers, de récriture de Mme de Staël : c'est le manuscrit original et complet que nous avons suivi pour cette édition; — 2° une copie de ce même manuscrit, intitulée Dix années d'exil, premier manuscrit, copie de Mlle Randall. Mlle Randall était cette Anglaise, qui fit l'éducation d'Albertine de Staël, la future duchesse de Broglie, et fut l'amie intime de Mme de Staël. Ce manuscrit, d'unejolie écriture, se lit facilement et nous l'avons consulté plus d'une fois avec profit pour la lecture du manuscrit original de Mme de Staël. Il présente, comme le premier manuscrit, des pages entières rayées d'un trait vertical, que le baron Auguste de Staël, le premier

éditeur, n'a pas cru devoir publier, soit qu'elles eussent déjà paru dans les Considérations sur la Révolution française, soit qu'il en jugeât (ainsi pour le portrait de Talleyrand) la publication inopportune; — 3° un manuscrit incomplet des Dix années d'exil, antérieur à l'autre, de l'écriture de Mme de Staël, et un fragment d'un autre manuscrit très curieux, auquel fait allusion le baron de Staël dans sa préface et qu'elle emporta avec elle dans sa fuite de Coppet; par crainte de la police de Napoléon, tous les noms propres sont remplacés par des noms tirés de l'histoire d'Angleterre. Il est intitulé : Extrait de mémoires inédits du temps de la reine Elizabeth en Angleterre. — Tiré d'un manuscrit de la bibliothèque d'Édinburgh. Napoléon s'appelle tantôt Elisabeth, tantôt Charles II ; le duc d'Enghien,. Marie-Stuart ; Savary, lord Kent; Schlegel, c'est M. William; Necker, le père de Mme de Staël, c'est « ma femme » , etc.

Qu'est-ce qui distingue cette édition des précédentes? C'est que, pour la première fois, nous offrons au public le texte authentique des Dix années d'exil. De quelle nature étaient les suppressions ou altérations provenant du baron de Staël?

1° Il a supprimé les « morceaux historiques et les réflexions générales » qui, sur l'indication de Mme de Staël elle-même, avaient pris place dans les Considérations. Nous avons suivi son exemple, et nous n'avons vu aucun intérêt à rétablir ces morceaux et ces réflexions, déjà publiés et détachés par l'auteur lui-même de son livre.

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2° Le baron de Staël a, comme nous lavons dit, supprimé pour des raisons de convenances certains passages. Le plus long est le remarquable portrait de Talleyrand (Ire part., ch. in). Mais il y a beaucoup d'anecdotes plus courtes qu'il a également retranchées, par égard pour les personnes; ainsi l'anecdote sur le mot « légitime » employé par l'archevêque de Tours pour désigner Bonaparte, et l'enthousiasme du «vieux Portalis » (2e part., ch. x) ; — sur Barrère, conseiller d'Etat [Ibid., ch. m); — sur l'insignifiance de l'impératrice Marie- Louise (IIe part., ch. vu); — sur l'archiduc de Wurtzbourg jouant du violon devant les sœurs de Bonaparte (ibid., ch. vin) ; etc. Ces raisons de convenances n'existant plus, nous avons, avec l'autorisation de M. d'Haussonville, rétabli ces passages. Pour les mêmes raisons, le baron de Staël a supprimé un grand nombre de noms propres, qu'il a remplacés tantôt par des astérisques (ainsi Ire part., ch. il), tantôt par des désignations d'un caractère indéterminé : « un conventionnel souillé de crimes» (Barrère, lre part., ch. m), « un ministre» (Lucchesini [ibid., ch. vi), « l'ambassadeur d'Autriche » ; (Gobenzl, ibid.), «un des aides de camp de Bonaparte » (Duroc, ibid.), « un général « (Sébastiani, ibid., ch. vin), etc. Nous avons rétabli tous ces noms propres qui sont dans le manuscrit original.

3° D'autres passages très nombreux, surtout dans la première partie, ont été supprimés par le baron de Staël, sans qu'on en aperçoive clairement la «raison. Tantôt de longs développements, comme

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celui du chapitre ix (lrc partie), si intéressant, sur la réforme de l'instruction publique sous le Consulat; sur les uniformes imposés à tous les fonctionnaires, etc. Il n'y a pas un seul chapitre dans la première partie où le haron de Staël n'ait fait plusieurs fois de telles suppressions, souvent importantes. Nous avons rétabli également ces passages.

4° Enfin quand le baron de Staël ne supprime pas, suivant un usage fréquent à cette époque il modifie, pour deux raisons : 1° il adoucit ce que les jugements de Mme de Staël ont d'excessif. Par exemple, on lit, Pc partie, ch. v : « Bonaparte ne frappait jamais les royalistes ou les jacobins sans partager les coups également entre les uns et les autres; c'est le seul genre de justice distributive, dont il ne se soit presque jamais écarté. » L'éditeur de 1821 supprime la dernière phrase. — 2° Il fait, comme il l'avoue lui-même, « de légères corrections de style » . Entendez qu'il n'y a pas une seule page dans la première partie qui ne présente plus ou moins de semblables corrections, souvent malheureuses. Nous avons respecté scrupuleusement le texte de Mme de Staël ; ses « incorrections »> même expriment très bien l'allure de sa pensée, le mouvement de son style.

Nous avons gardé la division en chapitres, commode pour la lecture de l'ouvrage. Mais cette division a été faite par le baron de Staël; le manuscrit original n'en présente pas trace; il n'a même pas de ponctuation, suivant l'habitude de Mme de Staël, sauf de temps en temps des « tirets » ou des points

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entre les développements principaux. Nous avons remanié les sommaires des chapitres, qui étaient très insuffisants, et dressé une table des noms propres.

Enfin nous avons publié en appendice des morceaux inédits tirés du second manuscrit incomplet de Dix années d'exil, un curieux passage des Souvenirs de la baronne du Montet se rapportant au séjour de Mme de Staël à Brody, plusieurs lettres d'elle, inédites et importantes, adressées de Weimar et de Berlin en 1804 à sa cousine Mme Necker de Saussure, et d'autres qui ont été publiées dans des revues russes, comme la correspondance avec la princesse Kutusov.

Le portrait de Mme de Staël que nous reproduisons en tête de cette édition est celui que peignit Mme Vigée-Lebrun à Goppet en 1807, et dont elle parle en ces termes dans ses Mémoires : « J'ai passé, écrit-elle, une semaine à Goppet, chez Mme de Staël; je venais de lire son dernier roman, Corinne ou l'Italie; sa physionomie si animée et si pleine de génie me donna l'idée de la représenter en Corinne, assise, la lyre en main, sur un rocher ; je la peignis sous le costume antique. Mme de Staël n'était pas jolie, mais l'animation de son visage pouvait lui tenir lieu de beauté. Pour soutenirl'expression que je voulais donner à sa figure, je la priai de me réciter des vers de tragédie, que je n'écoulais guère, occupée que j'étais à la peindre avec un air inspiré. Lorsqu'elle avait terminé ses tirades, je lui disais : « Récitez encore » ; elle me répondait : « Mais vous

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ne m'écoutez pas » , et je lui répliquais : « Allez toujours » . Comprenant enfin mon intention, elle continuait à déclamer des morceaux de Corneille ou de Racine.» Ce beau tableau est au musée Rath, à Genève. Il a été donné par Mme Necker de Saussure (l).

Mme Vigée-Lebrun avait déjà fait le portrait de M. et de Mme Necker (voir à la Bibl. nat., Estampes, l'œuvre gravée de Vigée-Lebrun). Nous ne connaissons du portrait de Mme de Staël qu'une mauvaise reproduction partielle, qui est la lithographie de Kràtzschmer (Estampes, Acq. 3729); on lit au-dessous : « Anne-Louise-Germania Necker, Baronin von Staël-Holstein, nach einem Original-Gemâlde in Oel der madame Lebrun. »

Nous avons le devoir, en terminant, de présenter nos remerciements respectueux à M. le comte d'Haussonville, qui a eu la bienveillance de nous recevoir à Coppet et de mettre à notre disposition les manuscrits des Dix années d'exil. Nous remercions aussi M. F.-L. Perrot de Montmollin, descendant de Mme Necker de Saussure, de qui nous tenons les lettres inédites de Mme de Staël publiées dans l'appendice; — M. Bernard Bouvier, professeur à l'Université de Genève, qui a bien voulu faire les démarches nécessaires pour la reproduction du tableau de Mme Vigée-Lebrun, — M. Ivan Stchoukine et M. Charles Salomon, qui nous ont

(1) Cf. sur ce portrait Lettres de Mme de Staël à Meister (éd. Uateri et Ritter), lettre du 18 septembre 1807.

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signalé et traduit de précieux documents concernant le séjour de Mme de Staël en Russie, entre autres les articles de Moukhanov, de Pouchkine et de Tratchevsky, — et M. Léonce Pingaud, qui nous a communiqué des lettres de Mme de Staël à Charles-Jean (Bernadotte).

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