‹ Dix ans au Canada de 1840 à 1850Chapitre 26 sur 60 · Fraser’s Magazine, août · texte numérisé non relu

Fraser’s Magazine, août

La mort de lord Sydenham fit une grande sensation dans la province, particulièrement dans le Haut-Canada, ou il était regardé comme un homme de génie et en quelque sorte comme un sauveur. L’auteur de sa Vie dit que sa mort fut considérée comme une calamité publique. Convenons nous-mêmes que si les réformistes du Haut-Canada, qui formaient alors plus des deux tiers de la population de cette section du pays, et que lord Sydenham avait délivrés de l’oppression de leurs adversaires torys, n’eussent pas regretté lord Sydenham, ils auraient pu être taxés d’ingratitude. En Angleterre même, il dut être considéré, par ceux qui regardent au succès avant tout, comme un homme habile. Il s’était emparé du gouvernement de la colonie, l’avait organisé et administré d’une main ferme et vigoureuse; il avait opéré une espèce de révolution, établi une nouvelle constitution, réuni deux provinces sous un même gouvernement; il avait, au moins en apparence, réglé d’une manière satisfaisante toutes les difficultés politiques et financières qui avaient causé tant de tracasseries au gouvernement de la mère-patrie; il avait établi un nouveau système législatif et administratif qui semblait opérer à merveille, celui du gouvernement par la majorité... et tout cela sans verser une goutte de sang.

Voici comment le comte Grey s’exprime à ce sujet :

“ Durant la première partie de l’administration de lord Sydenham, l’insurrection était trop récente, l’animosité et le mécontentement qu’elle avait créés parmi une partie de la population étaient encore trop vifs pour qu’on pût rétablir le gouvernement constitutionnel dans la province inférieure, où le pouvoir législatif avait été confié par le Parlement à un conseil spécial. Même lorsque l’Union fut accomplie, l’état du pays était encore tel qu’il empêchait les Canadiens français d’acquérir leur part d’influence dans l’Assemblee législative élue pour le premier parlement des provinces-unies ; et les circonstances, jointes au talent de lord Sydenham pour les affaires, se réunirent pour donner au gouverneur une grande influence sur la Législature et l’obliger à assumer une part plus considérable de l’adminis-

tration des affaires qu’il n’eût été nécessaire suivant la stricte théorie de la constitution.

“ Dans l’état des choses et la situation des esprits à cette époque, il aurait été impossible sans cela de faire fonctionner le gouvernement ; et le pouvoir dont s’empara ainsi lord Sydenham fut sagement mis à profit pour l’adoption de diverses mesures destinées à accroître le bien-être matériel et l’amélioration du pays. Il s’efforça aussi, par une ferme et juste administration, propre à calmer les passions et les animosités produites par les événements récents, de préparer la voie à l’introduction d’un meilleur système de gouvernement. Sous ce rapport, la politique de lord Sydenham a été très heureuse et elle a contribué pour beaucoup à faciliter l’adoption des mesures libérales et intelligentes prises par son successeur, Sir Charles Bagot ” h

Une appréciation bien différente de celle du Comte Grey était exprimée presque en même temps par une revue anglaise :

“ Si nous devons juger des instructions de lord Sydenham par ses actes, disait en 1850 le Dublin University Magazine 1 2, et des intentions du gouvernement par la conduite de son représentant, sa mission était de préparer le Bas-Canada, par la législation d’un conseil spécial nommé par lui et ses prédécesseurs, à une union avec le Haut-Canada; il devait effectuer cette union de manière à donner autant que possible aux habitants d’origine anglaise la prépondérance dans les deux Chambres du Parlement, et une fois cela fait, leur accorder les plus amples pouvoirs de selfgovernment. C’est là évidemment la tâche qu’il entreprit. La législation du Conseil Spécial, dictée sans doute principalement par lui-même, avait en vue d’anglifier le pa}rs, d’assurer des titres aux acquéreurs de biens-fonds et par là attirer de nouveaux colons, et de préparer le peuple à l’abolition des droits seigneuriaux au moyen d’une commutation ou d’un compromis. Il chercha aussi à faire naître chez la population l’esprit d’en-

1. Grey, Colonial Policy of Lord John Russell’s Administration. Vol. I, p. 203-204.

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