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sions infiniment plus nobles, infiniment plus honorables et pour le gouvernement et pour le peuple, à tirer de la tranquillité qui règne, je dirai, à un degré lamentable, dans la province, C’est, entr’autres, que le peuple qui savait ainsi aimer l’ordre, ne renonçait pas pour cela au désir d'obtenir plus de liberté, n’était pas insensible à l'injustice de l’acte d'Union des deux Canadas, mais que pour prix de cette tranquillité, il méritait la confiance des autorités supérieures, que le temps était venu où l'on pouvait lui accorder de larges libertés, Puisqu’on nous invite donc aujourd’hui à louer
ce qu’on a blâmé et repoussé courageusement dans d’autres temps,
ce que, je suis sûr, la grande majorité du pays condamne encore, c’est-à-dire l'acte d'Union; je ne crois pas que cette Chambre puisse, en honneur, en conscience, voter ce paragraphe de la présente adresse, mais qu’on doit au pays, qu’on se doit à soi-même, d'y substituer des amendements, exprimant les vœux bien connus de la nation, Jde lirai donc celui que je tiens ici et que je crois approprié aux circonstances :
“ Que cette tranquillité que le peuple des Canadas a su con- “ server au milieu de l'agitation profonde et générale qui a pouss “ les nations les plus éclairées de l’Europe aux plus nobles efforts, “ souvent couronnés d’heureux succès, pour changer et réformer “ leurs gouvernements vicieux, follement attachés à des usurpa- ‘“ftions surprises par la fraude ou conquises par la violence “ durant la barbarie du moyen-âge, mais devenus intolérables, “ bientôt impossibles en présence de la libre discussion et des “ Jumières du XIXe siècle ; prouve que les Canadiens de toutes “ classes et de toutes origines se sont montrés amis de l’ordre à “ce degré, qu'ils méritent d’être dotés d'institutions politiques “ beaucoup plus libres et libérales que ne l’est la constitution “ fautive qui leur a été imposée contrairement à leurs remon- “ trances et à leurs pétitions réitérées contre la réunion des deux “ Canadas, sagement séparés, et pour leur mutuel avantage en “1791, Que jusqu’à ce que le vœu philanthropique et judicieux “de ce grand et prévoyant homme d'Etat, Charles-James Fox,
“ soit accompli, c’est-à-dire jusqu’à ce que nos institutions aient “ été réformées par l'extension du principe d'élection à beaucoup “ d'autres charges et départements que ceux où il pré ‘ut; au “ point, disait-il, de ne nous rien laisser à envier à nus voisins, “ nous n'avons pas plus de chance dans l'avenir que nous n’en “ avons eu durant un long et pénible passé, d'obtenir le bon gou- “ vernement de la province, et par son bon gouvernement, la “ prospérité générale et le contentement général de ses habi- “tants...”
“ Il y a quelque chose d'étonnant dans la situation que se font les partis dans ce pays. Ces années dernières, on a appelé au pouvoir un ministère tory, celui qui a été déplacé, il n’y a encore que quelques semaines. À son entrée au pouvoir, il a préparé, suivant les habitudes, un discours au gouverneur, Qu'est-il arrivé ? Le parti libéral, indigné de la manière d'agir de ce ministère, a répudié de toutes ses forces les vues contenues dans ce discours ; on n’a pu trouver d'expressions assez fortes pour le condamner, le ridiculiser. Eh bien ! aujourd’hui, ce parti libéral, si fier alors de ses droits, accepte en entier le discours de ces hommes, auxquels ils avaient cru devoir faire de si amers reproches ! On n’en a ôté que les mots : Ofez-vous que nous prenions vos places ? Tout le reste convenait entièrement au parti libéral ! Aujourd’hui ce qu’on a blâmé est approuvé. Il y a entente cordiale entre des hommes qui s'étaient formés en deux partis. Le discours de nos ministres actuels est le même discours que celui du ministère tory, moins ce trait qui le rend moins libéral encore que celui de l’année dernière : c’est cette lâche approbation, sans protestation aucune, de l'acte d'Union. Le parti libéral compose un discours qui convient en tout point au parti tory, qu'il a tant méprisé, tant combattu !
“ Voilà un échange de compliments qui nous justifie bien, je pense, de dire qu'il y à autant de mal de part et d'autre; que nous ne pouvons rien attendre de mieux de ceux-ci que de ceux-là. Depuis que je suis de retour au pays, j'ai été à portée
d'examiner les choses, d'étudier les hommes, et je puis dire d’un
Pet
PS
mes tres oins der- , de lent bu ! je de rtée
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côté que les torys sont meilleurs que je ne les pensais, et, d’un autre côté, que les libéraux sont loin d’être ce que je les croyais ; que j'en ai une idée très inférieure à celle que je m’en étais formée,
“ Tout ce que ceux-ci ont dit contre leurs adversaires, on peut le leur répéter aujourd’hui. Il n’y a pas une seule des injustices que nos ministres libéraux ont reprochées au ministère tory qu’on ne puisse aussi leur reprocher à juste titre. Ils ont imité tour à tour toutes les fautes de leurs prédécesseurs et, quant à moi, je dois l'avouer, je ne vois pas de différence essentielle, de différence marquée, entre ces deux partis politiques, entre les torys et les libéraux. Je dois aussi dire, M. l’Orateur, puisqu'on a voulu faire allusion à l’agitation qui prévaut par toute l’Europe, qu’on aurait dû, dans le discours du trône, insérer au moins quelques mots de sympathie en faveur des nobles et courageux efforts qui viennent d’être faits en Europe contre toutes les tyrannies, contre toutes espèces de despotisme.
“ Est-ce que nos ministres, s’ils entendent par le mot libéralité ce qu’on doit entendre, s'ils ne lui donnent pas une signification autre que celle qu’il comporte, une signification toute à leur usage particulier ; est-ce qu’ils ne doivent pas concourir dans les sublimes combats des peuples contre leurs oppresseurs, dans les efforts d'hommes généreux qui se dévouent à combattre le despotisme, pour lui substituer le principe démocratique des idées d'égalité et de fraternité humaine ; est-ce que ces hommes ne devaient pas obtenir, de la part d’un cabinet vraiment libéral, une expression de sympathie et d'approbation ? Quoi! on sait que la liberté, ce principe de vie des nations, ne régnait nulle part, qu’elle était partout foulée aux pieds, que les grandes et belles luttes dans lesquelles on est entré ont été entreprises pour reconquérir cette liberté, et on n’a pas dit un mot de sympathie pour la France, quand on voit une ligue puissante s’y établir pour renverser le gouvernement militaire qui tient ce noble empire dans l’oppiession, et y substituer un gouvernement libre et indépendant, et des idées de liberté comme celles qui fout le bonheur de la société
américaine ? Un ministère vraiment libéral n'aurait fait aucune allusion à ce sujet s’il n'avait pas la force et l'énergie d’applaudir à un peuple qui cherche à s'émanciper, à se procurer un gouvernement libre, ou il aurait eu des paroles de sympathie à faire entendre en sa faveur. Qui a pu observer l’état de l’Europe, sans s’apercevoir qu'il n’y à pas de despotisme plus dégradant que celui qui régnait en Autriche; que c’était un gouvernement militaire des plus tyranniques, des plus méprisables ? Eh bien ! notre ministère colonial n’a pas la force de dire que l’agitation qui à renversé un pareil gouvernement est heureuse ! Maïs l'Angleterre, dont vous admirez tous les procédés, consent à ce mouvement ! mais elle envoie des ambassadeurs pour aider les Siciliens à se soustraire à la domination malveillante, oppressive, du roi de Naples! Pourquoi ne trouve-t-on donc pas une seule pensée de sympathie chez nos ministres ? Oh! c’est, voyez-vous, qu'ils veulent la tranquillité jusqu’à l'indifférence, à l’insouciance pour les libertés publiques; et que, profitant des antécédents anglais, ils viennent nous proposer de consacrer l’asservissement du pays, nous disant que la tranquillité, qui se fait remarquer en Canada, est due à l'attachement du peuple canadien pour ses institutions, qui ne sont que l'acte d'Union qui nous a été imposée par la violence ; acte iniqne, qui n’a eu pour nous que des effets déplorables, et qui ne pourra jamais que conduire à notre asservissement !
“ Eh!ce sont des ministres libéraux qui nous proposent de pareilles mesures. Je leur demanderai donc de me dire, de me désigner, quelle est la disposition de l'acte d'Union qui mérite l'approbation de qui que ce soit parmi nous ? Le système de la représentation a été faussé sans l’ombre d’excuse dans cet acte arbitraire ; les bourgs-pourris ont été multipliés sans réserve, et des ministres libéraux s’attachent à les conserver. Ils nous présentent une mesure de représentation où rien n’est changé, approuvant aujourd’hui, comme sur bien d’autres sujets, ce qu'ils avaient condamné dans des temps passés. Quiconque aurait, il
* n’y a que quelque temps, osé applaudir à l'acte d'Union n'aurait, à coup sûr, pas manqué d’éprouver leurs ressentiments, d’être en butte de leur part à d’amers reproches, à d’énergiques accusations. Quand, il n’y a encore que quelque temps, on signait de toutes parts dans le pays des requêtes pour s'opposer à l'acte d'Union, pour témoigner l’indignation qu’il causait au peuple canadien, quiconque aurait pu souscrire à cet acte d’infamie, aurait perdu sans retour sa popularité, l'estime publique. Eh bien ! je demande à ces mêmes hommes, qui étaient alors si grands ennemis de l'Union, qui ont voté dans le temps contre cette mesure, je leur demande, je les sollicite dans l'intérêt publie, de vouloir bien seconder ma motion ; je trouve, parmi ces personnes, messieurs Christie et Price et beaucoup d’autres membres de cette Chambre J’interpelle done ces membres, s'ils tiennent le moindrement à être conséquents avec eux-mêmes, s'ils entretiennent les mêmes idées quant au pouvoir qu'avant d’y être assis, de le démontrer, de le prouver en secondant ma motion. J'aurai probablement le chagrin de les voir se tenir en arrière, se refuser à ma demande,
Eh bien ! si je ne trouve pas plus de courage, plus d’indépen-
dance chez eux, d’autres hommes peut-être auront ce courage,
7 cette indépendance ; auront assez de courage et d'indépendance #4 pour comprendre qu’on ne doit jamais être assez attaché à un 7 ministère, assez servile à son égard, pour repousser, dans le seul but de lui plaire, une bonne proposition, de quelque part qu'elle vienne !
se “ On a beaucoup blâmé, M. l’Orateur, le parti tory à cause de 1 ses antécédents. Eh bien! je déclare ici que, quand aueun des : la membres de ce parti, aussi bien que de quelqu’autre parti que ce | ete soit, aura une bonne mesure à proposer, soit le rappel de l’acte . d'Union, soit la réforme des dispositions vicieuses de cet acte, je } di serai toujours prêt à seconder sa mesure et à lui donner mon con- | gé, cours, sans regarder à quel parti ou à quelle origine il pourrait | ila Ê j 3e ; | :
d appartenir. Il me répugne de voir jusqu’à quel point les partis en
Canada sont aujourd’hui liés, enchaînés, qu’on n’agisse jamais que
d’après cette considération, que s'opposer à une mesure, c’est s'opposer au ministère, c’est lui nuire, ce qu’on doit bien se garder de faire. Tout a été sacrifié à cette misérable considération de conserver le pouvoir, J'ai toujours combattu pour le principe de l'électior populaire ; j'ai toujours voulu une Chambre forte et un gouvernement faible. On a établi, pour notre prétendu gouvernement responsable, une digue contre ce principe démocratique, un principe contraire qui déjà a avili cette Chambre, a avili le pays tout entier. Nous avons t abandonné en faveur de quelques hommes, nous avons tout jeté sous leurs pieds pour les porter au pouvoir. Nous leur faisions ce sacrifice en leur qualité d'amis des libertés du peuple ; et aujourd’hui, ils sont les premiers à s’opposer à ces libertés, dont ils s'étaient faits les champions. Tout esprit d'indépendance et de liberté d'examen et de discussion est par eux soigneusement étouffé,
“ Qu’y a-t-il donc de si beau dans cet acte d'Union, pour qu’on s’y attache si fortement ? Qu’y a-t-on donc découvert de si excellent, qu'on n’y avait pas apercu avant d’être monté au pouvoir ?
“ Pour moi, je n’y vois que des infamies, je n’y vois toujours que des iniquités, toujours qu'une loi de proscription et de tyrannie contre mes compatriotes. Je trouve de l'injustice et de l'oppression dans chacune de ses dispositions. Aussi, dans un pays nouveau, pauvre, dans un pays où l'éducation est rare (et, parce qu'elle est rare, elle doit être appréciée plus qu'ailleurs), dans un tel pays on doit laisser la liberté la plus entière dans le choix des représentants. On a voulu faire des qualifications qui n’existent pas, qu’on ne reconnaît pas en Amérique, qui ont été répudiées depuis longtemps. Le président des Etats-Unis lui-même peut être élu sans qualifications de propriété, sans autre qualifications enfin que celle de son mérite, de ses talents et de la confiance
publique ; et en Canada, il faut, pour avoir droit d’être élu mem-
bre de la Chambre représentative, une qualification territoriale,
une qualification de cinq cents louis. N'est-ce pas là une absurdité ?
, C’est garder le conipe de et un verneue, un e pays elques ter au is des ’oppoesprit 1 eux
qu'on exceloir ?
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‘ On demande des qualifications pécuniaires pour les membres de la Chambre d’assemblée, et l’on n’en demande pas pour les membres du Conseil, Qu’'y a-t-il, dans des dispositions absurdes comme celles-là, de si admirable, que nos ministres viennent nous inviter à leur donner une approbation sans limite ?
.“ La première garantie d’un bon gouvernement est une sage représentation ; et ici, il n’y a que l’homme riche qui puisse être envoyé en parlement par ses concitoyens ; un homme sans propriété, eût-il toute l'énergie, tous les talents, tout le patriotisme possible, ne peut jouir du même droit, Ne vaudrait-il done pas mieux que cet homme de talent, sans qualifications pécuniaires, occupât une place dans cette Chambre, plutôt qu'un mauvais citoyen, une personne incapable, avec cinq cents louis ? Mais, c’est l'habitude en Angleterre, et ça suftit à notre ministère libéral ! Si on admet ici ce système, c’est qu'on veut toujours imiter l'Angleterre, c’est qu'on veut limiter à tort ou à travers, c’est qu'on a des affections, des goûts bien prononcés pour tout ce qui tient des procédés anglais. Si une chose se fait en Angleterre, vite, il faut l’admettre ici, l’admettre sans considération, sans examiner si elle est fondée ou non en raison. Est-ce là encore une conduite qui mérite de l'approbation, qui fait honneur au jugement de nos mir'stres ? certainement non. Ce n’est pas là ce qu'il faut faire. Il ne faut pas être reconnaissant quand on vous maltraite.
“ Maintenant, M. l'Orateur, est-ce la disposition suivante qui plait tant à nos ministres, qui les attache si fort à l’acte d'Union ? Cette disposition est celle qui veut que le quorum de cette Chambre se compose de 20 membres, et qu’ainsi le gouvernement avec une poignée d'amis, quand il voudra, pourra passer toutes les mesures qu’il voudra. C’est là ce qu’on appelle du bon sens ! Mais c’est la législation des âges de barbarie, c’est un système répudié par tous les jurisconsultes du jour. Je, sais bien que, dans la
Chambre des Communes en Angleterre, il y a plus de 640 mem-
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