‹ Dix ans de l'histoire d'Angleterre (volume 2)Chapitre 108 sur 131 · LU · texte numérisé non relu

LU

FUNÉRAILLES DE LORD PALMERSTON. LE SECRET DE SA POPULARITÉ EN ANGLETERRE.

28 oetc^re.

C'est hier qo'ont eu iiea les fuBérailles de Lord Palmerstoa. Elles ont été ce que sont, dans tous les temps et dans tous les pays^ les funérailles des grands de la terre. Si, comme saint Augustin s'exprime dans la Cité de Dieu, c le choix de la sépulture et la pompe des obsèques servent plutôt à consoler les vivants qu'à soulager les morts, » c'est là un genre de consolation qui n'aura point manqué à l'Angleterre. Lord Palmerston a pour demeure dernière, non pas Ramse;^ son lieu natal, mais cette abbaye fameuse de Westminster, qui garde la poussière de ceux qui, vivants, ont fait du bruit.

Le cortège funèbre était composé de ministres, d'anh bassadeurs, de ducs, de comtes, de marquis, de barons. Partout où il passait, on a fermé les rideaux des fenêtres en signe de deuil, et les clubs se sont «Aontrés vêtus de noir. Les cloches ont rempli l'air de lamentations. Nombre de villes ont envoyé des députations au corps qu'on allait enterrer. Les volontaires de Romsey sont accourus, le crêpe au bras. La route suivie par le cortège a été beaucoup plus qu'à l'ordinaire bordée de spectateurs silencieux. Le génie de Beethoven et celui de Haendel ont été appelés à rendre aussi pénétrante que possible la cérémonie religieuse des adieux suprêmes. Enfin, lorsque le mort a été mis « dans ce lit où jamais un dormeur ne remue», l'héritier présomptif du trône et un prince du sang étaient là.

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FUNÉRAILLES DE LORP PALMEflSTON, 331

De 1^ vivacité, de ruanuiraité des regrets exprimés par la presse anglaise, il est inutile que ]e vous entretienne : ils sont aujourd'hui connus du monde entier. Montaigne r^eonte que les Thasiens étant venus dire à Agésilas qu'ils l'avaient déifié, il leur répondit : « Votre nation a-t-elle le pouvoir de faire dieu qui bx)n lui semble? Dans ce cas, f^es dieu un d'entre vous, et quand j'aurai vu comment il a'^jï sera trouvé, je vous dirai grand merci de votrç offre. ^ Sur quoi notre pbilosaph^ s'écrie : ^ li'homm^ esA bien insensé! Il ne saurait forger un ciran, et forge des dieui: à la dousaine ! j> Grâces au ciel, la mode de forger des dieux à la douzaine est passée; mais c'est mer* vaille avec quelle facilité on crée des grands hommes au-r toujf d'un toijQh^au. U semble que cela fasse partie de rétiqi^ette de$ funérailles, Â l'égard de lord Palmerston, par exemple, p^eu s'en faut que la louange ne se soit élevée au ton de l'apothéose. A entendre la plupart des journaux anglais, cette perte est de celles qui sont absolument irréparables ; elle laisse un vide dont l'univers est tenu de s'émouvoir. On se demande ce que penseront les nations qui viveijt au loin, quand ejles apprendront que lord Palmerston, par exemple, a cessé de owiduire la politique de l'Angleterre. On remonte l'histoire de ce siècle pour trouver des hommes d'État de sa taille, et les seuls qu'on ose lui comparer sont Pitt, Canning, sir Robert Peel ; on gémit, camnae d'un malheur inattendu, de la fatalité qui arrache sitôt à l'amour et à l'admiration de Sies contemporains un vieillard de plus de quatrevingts ans, qu'on s'était accoutumé à croire doué d'une jeunesse éternelle ; c'est, une fois encore,^ le quomodo ceeidit vir patem?

JLi'exagération de cette douleur et de 6es regrets est flagrante. Si elle n'était, ainsi que je le soupçonne, un calcul instinctif de l'orgueil national, elle étonnerait, surtout dans un pays où les individualités tiennent com-

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paralivement peu de place, par la raison bien simple que l'opinion y est souveraine, et que la nation s'en remet à elle-même du soin de ses destinées.

Nul doute que la carrière politique de lord PalraerstOQ n'ait eu, sous le rapport de sa durée, quelque chose de fort extraordinaire. On s'explique, de reste, que sa mort ait paru un événement, quand on songe qu'il servit dans de hautes positions officielles quatre monarques : George III, George IV, Guillaume IV et la reine Victoria; qu'il occupa des postes importants dans dix administrations successives : celles du duc de Portland, de M. Perceval, de lord Liverpool, de M. Canning, de lord Goderich, du duc de W^ellington, du comte Grey, du vicomte Melbourne, de lord John Russell, de lord Aberdeen ; qu'il fut premier lord de la Trésorerie dans deux différents ministères ; qu'il figurait comme secrétaire au département de la guerre, quand M. Gladstone n'était encore qu'un enfant; en un mot, qu'il fit, pendant quarante-cinq ans, partie du pouvoir, fut pendant soixante ans membre de la Chambre des communes, pendant vingtcinq membre du cabinet, et pendant sept chef du gouvernement. Mais une situation ne donne pas toujours la mesure du personnage qu'elle porte.

Lord Palmerston était un homme du monde, un homme de plaisir; il avait une foule de qualités aimables, une humeur charmante, des manières qui séduisaient, une jovialité dont il savait merveilleusement tirer parti, soit pour désarmer un adversaire, soit pour échapper aux embarras d'une position épineuse ; il excellait à substituer une anecdocte à un argument; dans ses discours du parlement, il ne planquait jamais de mettre beaucoup de bon sens assaisonné de finesse, et son imperturbable sangfroid, adouci par sa bonne humeur, le protégeait mieux que n'aurait fait la plus entraînante éloquence ; dans ses discours de tournée, il charmait les gens par la grâce

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