OPULENCE DE L'ÉPISGOPAT ANGLAIS
Quant à Tépiscopat anglais, dont l'archevêque d'York s'est abstenu de parler, sa situation pécuniaire laisse fort peu de chose à désirer, je vous assure. Quel croyez-vous que soit le revenu de l'archevêque de Cantorbéry, par exemple? 15000 liv. st. (375000 fr.) Et celui de l'archevêque d'York? 10000 liv. st. (250000 fr.). Et celui de l'évêque de Londres? idem. De tous les évêques d'Angleterre et du pays de Galles — leur nombre est de 26 — il n'en est pas un dont le revenu ne dépasse 100 000 fr., exception faite cependant pour Tévêque de Sodor et Man, lequel ne reçoit que 50000fr. par an. Mais ce dernier occupe dans la hiérarchie épiscopale une position qu'on pourrait appeler exceptionnellement inférieure; car il n'a pas de chapitre qui lui soit propre, et il ne possède pas de vote dans la Chambre des lords, bien qu'il y siège.
L'épiscopat anglais est donc grassement payé; et, de plus, il dispose d'un grand nombre de bénéfices. L'archevêque de Cantorbéry en a 277 à sa disposition; l'archevêque d'York, 78; l'évêque de Londres, 102; l'évêque de Saint-Asaph, 116; l'évêque de Saint-David, 112. Le nombre de ceux qui sont placés sous le patronage des titulaires des autres sièges varie de 12 à 83.
Au reste, l'opulence de l'épiscopat anglais répond à son importance sociale. De quel éclat ne brille pas l'archevêque de Cantorbéry? C'est lui qui couronne le roi régnant, c'est lui qui couronne la reine régnante. Il est le premier pair du royaume. Il a le pas sur tous les fonctionnaires publics, quels qu'ils soient. Il prend rang immédiatement après les princes du sang. Il a le privilège d'avoir huit chapelains, deux de plus qu'on n'en passe à un duc. En fait de mariage, un simple permis de lui équivaut à la publication des bans. Lui seul peut conférer le droit d'occuper deux bénéfices ou, comme on dit ici, deux livings. Les jugements ecclésiastiques relèvent de son tribunal. Enfin, son rang est si élevé, qu'en parlant de
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son installation il est d'usage qu'on se serve de ces mots : « Il est rais sur le trône (He is enthroned). »
La position de l'archevêque d'York n'est pas tout à fait aussi haute, mais elle l'est assez pour satisfaire l'ambition la plus exigeante. Appelé à l'honneur de sacrer la reine épouse, dont il est le chapelain perpétuel, l'archevêque d'York prend rang après le lord chancelier ; et de lui aussi Ton a coutume de dire, lorsqu'il s'installe, qu'il est enthroned. Pour ce qui est des évêques, il suffit de remarquer qu'ils ont tous leur place marquée dans la Chambre des lords, à l'exception du plus jeune d'entre eux. Encore cette exception ne saurait-elle frapper, quand ils sont dans le cas prévu, ni l'évêque de Londres, ni celui de Durham, ni celui de Winchester.
Après cela, que les grands dignitaires de TÉglise établie touchent de gros appointements, il n'y a guère lieu d'en être surpris; et nul ne songerait, peut-être, à s'en plaindre, si leur sort, comparé à celui des curés, ne donnait lieu à de bien tristes rapprochements. Les curés sont aux évêques ce que les hommes du peuple sont aux princes; ils sont aux bénéticiers ce que sont aux fermiers les laboureurs. On les prend si l'on a besoin d'eux, et on les paie le moins possible. Que de fois les journaux n'ontils pas publié des annonces telles que celles-ci : « On demande un curé pour desservir deux chapelles, moyennant un salaire de 50 liv. sterl. (4250 fr.). » — « On a besoin d'un curé; le salaire offert est de 60 liv. sterl. {1500 fr.); de bons renseignements sont exigés. » Et que de fois la pitié du public n'a-t-elle pas été implorée par lettres anonymes en faveur de curés chargés d'enfants, réduits à la dernière misère, presque mourants de faim!
Il est juste de remarquer qu'aujourd'hui un salaire qui varie de 80 liv. st. (2000 fr.) à 150 liv. st. (3 750 fr.) peut être alloué aux curés par l'évêque. Ce qu'il est juste aussi de ne point taire, c'est que des réformes récentes