‹ Dix ans de l'histoire d'Angleterre (volume 2)Chapitre 130 sur 131 · PRÉOCCUPATION QUE LA MORT DE LEOPOLD DONNE A L'ANGLETERRE · texte numérisé non relu

PRÉOCCUPATION QUE LA MORT DE LEOPOLD DONNE A L'ANGLETERRE

21 décembre.

Depuis la mort du roi Léopold, l'Angleterre n'a cessé d'avoir les yeux fixés sur la Belgique ; et les aspects changeants qu'a revêtus sa sollicitude, dans l'espace de quelques jours, fourniront à l'histoire une page bien curieuse.

Quand la sombre nouvelle arriva, ce ne fut qu'un cri — cri de douleur et d'inquiétude : qu'allait devenir la Belgique? Les grandes qualités du monarque défunt; le

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mélange de modération et de fermeté qui avait toujours caractérisé sa conduite; son dévouement aux intérêts de la nationalité belge ; son désintéressement philosophique, qui lui avait permis de se tenir à l'écart de la lutte des partis et l'avait désigné aux sympathies de l'Europe comme le serviteur couronné d'un peuple libre; sa sagesse, qui l'avait rendu l'arbitre des souverains, tout cela fut rappelé, mais avec un sentiment qui témoignait d'une certaine frayeur.

Dans la pensée des hommes politiques, la fortune de là Belgique se trouvait depuis si longtemps identifiée avec celle de son roi, que, celui-ci mort, on se demanda si celle-là pourrait vivre.

Ce n'est pas que les pays constitutionnels soient soumis à ces brusques changements de température qui mettent en si grand péril la santé des pays despotiquement gouvernés. Où la liberté règne, l'existence d'une nation ne saurait dépendre de celle d'un seul homme, parce que là où la liberté règne, le peuple se suffit à lui-même. Mais ce qui est vrai d'une manière générale, était-il vrai de la Belgique, dans les circonstances toutes particulières où elle était placée ? Voilà ce dont on paraissait douter en Angleterre. On pensait aux dangers que pouvait attirer sur elle le voisinage de la France ; on comparait avec effroi ses ressources à celles de la nationalité puissante qui la touche du coude et l'avait, une fois déjà, entourée de ses longs bras.

Et puis qui occupait le trône de France? Ce n'était plus le prudent monarque que ne hanta jamais le démon des passions militaires; ce n'était plus ce Louis-Philippe qui, après avoir refusé la couronne de Belgique offerte à son fils, donna sa fille en mariage au roi des Belges, en gage d'une politique amie. L'homme avec lequel il s'agissait de compter désormais, c'était l'homme des idées napoléoniennes; le continuateur avoué du plus insatiable

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