L'ENCYCLIQUE DU 8 DÉCEMBRE
Il va sans dire que l'Angleterre triomphe de chacune des malédictions qu'il renferme; et cela au point de vue politique d'abord, puisque chacune de ces malédictions tend à enlever un appui au trône de saint Pierre.
Parmi les gouvernements catholiques, en est-il un seul que, dans l'encyclique, le pape ne semble prendre à tâche de s'aliéner? Ne jette-il pas le gant :
A l'Autriche, au sujet du Concordat ;
A la Belgique, au sujet de la loi de main-morte;
A l'Italie, en opposant ce qu'il définit les souverains de droit à ce qu'il appelle les souverains de fait;
A l'Espagne, en flétrissant la saisie des biens ecclésiastiques;
A ceux des cantons suisses qui sont catholiques, en criant anathème au principe républicain;
A la France, en proclamant le suffrage universel hérétique;
A tous les pouvoirs temporels, enfin, en déclarant l'Église non seulement indépendante de l'État, mais, jusque dans les choses séculières, supérieure à lui?
Ainsi se révèle le sens que le pape attache à l'idée de son pouvoir temporel : il entend par là l'absorption de tous les pouvoirs temporels dans le sien!
En 1832, sous le règne de Louis-Philippe, dans le procès intenté aux saint-simoniens, l'avocat général disait : «Une religion ne s'occupe qtie des objets de l'ordre spirituel; tout ce qui aborde les intérêts temporels n'est pas religion. Or les saint-simoniens ne s'occupent pas moins de l'ordre temporel que de l'ordre spirituel; donc, ils ne sont pas une religion. »
Un des accusés repoussa cette doctrine au nom de l'École. Il affirma qu'il était de l'essence d'une religion d'embrasser les intérêts temporels, matériels et politiques. Il cita l'antique religion des Hindous, celle des Égyptiens, celle des Guèbres, celle des Hébreux, celle des Druides,
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celle des contrées où domine le grand Lama, celles que reconnaissent, encore aujourd'hui, les populations qui pullulent dans la Chine et le Japon; il nomma l'autocratie russe; il mentionna l'islamisme, et il conclut par cette assertion formelle, qu'il était dans la nature des religions, de a régler les relations de peuple à peuple, de sexe à sexe, de caste à caste, d'individu à individu >».
L'homme qui parlait de la sorte était M. Michel Chevalier. J'ignore jusqu'à quel point ses opinions d'alors sont ses opinions d'aujourd'hui. En tout cas, cette justice lui est due, qu'il ne revendiquait le droit d'omnipotence que pour le compte du saint-simonisme. Quant au catholicisme, attendu que l'Europe n'en est plus à redouter les ravages des Vandales, des Suèves, des Alains, des Hernies, des Huns, et qu'un saint Léon n'est plus nécessaire contre Attila, le fléau de Dieu, M. Michel Chevalier n'hésitait pas à proclamer la déchéance de Rome; il reconnaissait combien, de nos jours, il serait ridicule au souverain pontife de vouloir faire courber devant sa tiare le front des potentats, et, comme symbole de la décadence -^u catholicisme, il montrait une toile verte qui recouvrait le tableau du Christ, placé derrière le président.
Quoi qu'il en soit, la prétention qu'en 1832 M» Michel Chevalier trouvait ridicule, est précisément celle que le pape affiche en l'an de grâce 1864, dans une encyclique datée, non pas de la naissance du Christ, mais de la mise en lumière du dogme de l'Immaculée Conception ! Que faut-il de plus pour expliquer le sentiment que ce manifeste, désormais fameux dans l'histoire des aberrations humaines, inspire à l'Angleterre protestante?
Et ce n'est pas au point de vue politique seulement que Terreur commise par le saint-siège est monstrueuse; c'est aussi, c'est surtout au point de vue intellectuel et moral.
H est clair que la papauté ne pouvait espérer de gou-
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verner moralement le monde qu'à la coiulhion de comprendre ses tendances et ses aspirations, de s'adapter h ses besoins, de se conformer à son mouvement, de parler sa langue. En disant bien haut qu'elle ne peut ni ne veut rien faire de tout cela, elle abdique. L'Angleterre proies tante s'en réjouit; elle est dans son droit. Elle sait que la science ne saurait être tuée par une bulle d'excommunication; elle sait que la liberté de discussion et la liberté de conscience sont à l'éprouve des foudres de Rome ; et, dès lors, elle ne saurait voir qu'avec satisfaction le pape mettre gratuitement contre lui tous ceux — le nombre en est grand. Dieu merci! — qui sont prêts à prendre leur parti de l'hérésie, si l'on n'est orthodoxe qu'à la condition de sacrifier à l'autel de l'intolérance et de la tyrannie.
Chose étrange, que le pape ne se soit pas aperçu que, par l'Encyclique, il rétrécissait outre mesure son do* maine! Si j'avais à définir ce document extraordinaire, je demanderais la permission d'employer un néologisme' je le définirais la décathoiicisalion delà papauté.
C'est sous cet aspect qu'on le juge en Angleterre, et l'on en ressent une satisfaction d'autant plus vive, que b catholicisme n'était pas sans faire des progrès de ce côté du détroit. Il n'y a pas longtemps, le cardinal Wiseman nous apprenait que l'Église catholique comptait aujourd'hui, en Angleterre, trois l'ois plus de prêtres qu'en 1830 et dix fois plus de couvenls. Ai-je besoin de rappeler comment naquit et avec quelle rapidité se développa, à l'ombre de la tolérance protestante, la secte des puseysteSy avant-garde de celte armée de déserteurs, enlrauiée, depuis, vers Rome par le docteur Newman?Au moment même où je vous écris, le révérend Joseph Leycester Lyne, qui se décore du nom de frère Ignace, n'épargne rien pour remettre en vogue la vie monastique, et ses efforts, dont on a commencé par se moquer, n'ont pas été tellement vains, qu'on n'ait fini par s'en indigner.
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Eh bien, ou je me trompe fort,] ou Tencyclique coupera court à ce mouvement néocatholique, du moins en ce qui concerne ceux dont VHome and Foreign Review représentait naguère les tendances, ceux qui, selon la remarque du Spectator, croyaient pouvoir, à l'exemple de M. de Monlalembert en France et du docteur Dollinger en Allemagne, réconcilier la papauté avec le xix® siècle, le catholicisme avec la science, la religion universelle avec le progrès.
Adieu ce grand rêve! Les hommes qui s'y complaisaient viennent de recevoir un coup dont ils ne se relèveront pas. A eux de prendre le deuil; car l'encyclique du 8 décembre ruine irrévocablement leurs espérances, fait justice de leurs illusions, et renverse le pont qu'avec tant de peine ils s'étudiaient à construire entre le Vatican et le monde moderne. Plus de milieu : les voilà placés dans la cruelle alternative, ou de se traîner à la suite de la papauté jusqu'à l'absurde, jusqu'à l'abîme, ou de renoncer avec une résignation abjecte atout ce qu'ils avaient jusqu'à ce jour -estimé être bon, raisonnable et vrai. 11 faut, ou qu'ils <;essent en quelque sorte d'être des hommes, ou qu'ils deviennent des hérétiques.
Et maintenant, combien vont se détourner de Rome qui auraient consenti à lui donner une partie d'euxmêmes, mais qui n'avaient jamais entendu se donner à «lie tout entiers ! Sous ce rapport, l'encyclique — bien contrairement à son but — se trouve être la charte d'affranchissement des consciences.
Quelle bonne fortune et, peut-être aussi, quelle leçon pour l'Angleterre protestante! Je dis leçon, parce que le protestantisme, à son tour, doit se souvenir qu'il y a danger à faire divorce avec la liberté de la raison, à laquelle j'appliquerais volontiers le mot de Théodore de Bèze parlant de la Réformation : « C'est une enclume qui usera bien des marteaux. j>
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SERVICES RENDUS AU CATHOLICISME ANGLAIS PAR LB PRINCIPE DE LIBERTÉ QUE LE PAPE EXCOMMUNIJL
1 j«nvi«r.
Quand on vit en Angleterre, on ne saurait lire Tencyclique du 8 décembre sans éprouver ce genre d'émotion 4|ue cause le spéciale d'une monstrueuse ingratitude.
Quels services, en effet, n'a pas rendus au catholicisme «n Angleterre ce principe de liberté que le pape excommunie? Pour en apprécier l'étendue, il suffit de comparer ce qu'était la condition des catholiques autrefois avec ce qu'elle est aujourd'hui.
Qu'on se reporte au règne d'Elisabeth. Un des premiers actes de ce règne avait été d'exiger de tous les sujets anglais, sans distinction, le serment de suprématie; et cette loi avait été sanctionnée par des peines sévères : par la prison et la confiscation des biens, pour un premier refus, et, pour un second, par la peine de mort! Les suites répondirent à ce commencement. Un statut du Parlement, en 1581, prescrivit à tous les sujets anglais de pratiquer le même culte que leur souveraine ; les catholiques furent forcés, non seulement de renoncer aux rites de leur foi, mais de s'agenouiller devant un dieu qui n'était point le leur. Entendre la messe fut un crime; ia dire, un crime plus grand encore. Un an de prison et cent marcs d'argent était le châtiment du premier; ;un an de prison et deux cents mar^s d'argent était le châtiment
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du second. Déjà, en 1574, le Parlement avait déclaré que quiconque publierait des « bulles, absolutions ou autres rescrils du pape, ou réconcilierait en vertu d'iceux quelques personnes à l'Église de Rome, serait coupable de haute trahison, ainsi que les personnes réjconciliées ». En même temps, des peines sévères avaient été prononcées contre quiconque importerait crucifix, chapelets, reliques ; et il avait été ordonné à tous les individus d'un certain âge de se conformer au culte établi, de recevoir la communion sous les deux espèces.
Mesures violentes et iniques, sans nul doute! législation barbare ! Mais qu'on ne l'oublie pas : Elisabeth avait été précédée sur le trône par Marie la Catholiquey Marie la Sanguinaire; les protestants s'étaient vus en butte à la plus sauvage des persécutions; et le sort de Latimer, de Ridley, de Cranmer brûlés vifs, leur disait assez ce que leur réservait le catholicisme victorieux. C'était, d'ailleurs, l'époque où, partout en Europe, les ennemis de la Réformation la poursuivaient, l'épée, le poignard ou la torche à la main; c'était l'époque où Philippe II, en Espagne, soufflait à l'Inquisition ses froides fureurs; où son féroce lieutenant, le duc d'Albe, établissait dans les Pays-Bas le Conseil des troubles^ qu'on nomma de son vrai nom, quand on l'appela Conseil de sang; c'était l'époque où eut lieu, en France, le grand assassinat de la Saint-Barthélémy. Le prote3tantismc se croyait en état de légitime défense.
Et certes, s'il avait jamais pu douter de ce que ses adversaires étaient capables d'oser contre lui, il aurait été cruellement détrompé, lorsque, en 1605, sous Jacques I®% certains catholiques tramèrent cette horrible Conspiration des poudres, qui avait, comme on sait, pour objet de faire sauter, par l'explosion d'une mine placée sous le palais de Westminster, le roi et le Parlement. Jamais vengeance plus infernale n'avait été rêvée par des cerveaux
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en délire. Et ce qui ajoutait à l'odieux du complot, c'est qu'il n'avait sa source, ni dans le fanatisme que produit Tabrutissement de l'extrême ignorance, ni dans la vénalité de l'extrême misère. A l'exception de Keyes et de Bâtes, Pun et l'autre domestiques de Catesby, tous les conspirateurs étaient des ^ gentlemen » ; presque tous, ils joignaient à une éducation soignée, à un esprit cultivé, à une fortune indépendante, un caractère jusqu'alors réputé irréprochable!
Il est beau, que dis-je! il est d'une saine politique de demander la liberté, même pour ceux qui ne veulent pas de la liberté ; de prêcher la tolérance, même en faveur de ceux qu'on sait intolérants ; d'invoquer la raison, même au profit de -ceux qui se révoltent stupidement contre elle. Mais, pour comprendre ce qu'une semblable politique a d'efficace, il faut une élévation de sentiments et Une profondeur d'intelligence qui sont le lot d'un bien petit nombre d'hommes.
Il est tout simple, hélas! que, lorsqu'ils la recommandent, ils se trouvent avoir contre eux une foule de convictions peu éclairées mais sincères, et dont l'opiniâtreté est d'autant plus difficile à vaincre, qu'elle s'appuie sur des apparences de bon sens, et prend un faux air, non seulement de sagesse pratique, mais d'équité : « Ne donnons pas des armes pour nous faire battre » est un argument si spécieux ! Et c'est une doctrine si commode pour les préjugés et les passions de parti, que celle qui consiste à croire qu'on sert son principe en le frappant dans la personne d'un adversaire !
Ainsi s'explique la longue résistance opposée en Angleterre à l'émancipation des catholiques, alors qu'elle était réclamée avec un zèle infatigable et une généreuse éloquence par des hommes tels que sir George Saville, Fox, Grattan, Brougham, Canning, lord Grenville, le marquis de Wellesley, et tant d'autres. Mais l'Angleterre protes-
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10 DIX ANS DE L'HtiiTOIRl: D'ANÔLfiTÊftRE.
tante, grâce à DîeU) ïie se vantô pas de rester immobile au milieu du monde en motivement.
Aussi me sera-'Uil facile de prouver ce qtie j'ai dit au commencement de cette lettre, savoir t que les Catholiques d'Angleterre ne s^uraiént^ satiis ingratitude et âans folie, se dispenser de bénif ce principe de liberté, contre lequel cependant le souverain pontife, lëuf chef, vient de lancer un si solennel âûathèrae.
J'ai rappelé quelle avait été, en Angleterre, la condi^ tion des cathoiiqUes jusqu'en 1829^ date do leur émancipation* Leur coâditiony quelle est^elle aujourd'hui, soits Tempire des principes ii violemment eond«mnés par l'el»cyclique du 8 décembre? Voilà ce qu'il n'est pas sans intérêt de bien constater, dans les circonstances actuelles. Voyons d'abord quel était, par rapport à eux, l'état des chosfes avant 1829.
Entrer au Parlement, occuper un emploi, exercer un» dignité, ils ne le pouvaient qu'après s'être soumis à prêter le ëerment de suprématie^ lequel consistait à reconnaître, dans le roi d'Angleterre, le chef de toute l'Église britannique^ Or, comme un pareil serment était inco^rapatible avec cette croyance des éatholiqoe», que l'Église est une, universelle, que son àme est à Rome et que ^on chef est le pape> il en résultait pour eux l'alternative, ou d'abdiquer leur foi, ou d^étre privés des avantages garantis par la Constitution au reste des citoyens «
Qu'arriva-t-il? Pendant longtemps, entre O'Connell, Sheil, leurs partisans, d'une part, et les protestants d'autre part, la question avait été de savoir si l'émancipation des catholiques serait canditionnelle ou inconditionnelle. « Donnez-nous des garanties ! criaient les
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LB OATHOLICI9lf4 IST U LIBERTJÊ. 1|
protestants. — Non, non, pw de garanties ! > répondaient Us catholique?.
Aux électiçnii générale» do 1826,1a cause de réraancipation perdit du terrain. Mai$ bientôt la mort du duc d'York, celle de lord Liverpool^ Télévation de Canning au pouvoir, ]e déclin qui «e manifestait dans la santé de George IV, leg opinion? ^ proromanistes > de rbéritier présomptif de la couronne, le progrès de jour en jour plus marqué des idées de tolérance, tout sembla con** courir à précipiter le dénouement.
Dès 1820, Grattan, ce grand lutteur, avait disparu de la scène du monde ; mais il avait été dignement remplacé dans les rangsf par «pn compatriote Plunket, homme d'une rare éloquence. Canning mourut à son tour en 1827, et les espérances des catholiques, exaltées par son administration, seraient, encore une fois, tombées dans le domaine des illusions décevantes, s'il n'y avait eu quelque chose d'irré$istible dan» la logique du protestantisme. En réalité, le mouvement qui poussait TAngle** terre protestante dans les voies de la liberté religieuse avait acquis tant de puissance, qu'il enveloppa, qu'il entraîna même sir Robert Peel, même le duc de Wellington.
George IV ne parlait que de se retirer en Hanovre, si l'on faisait violence k ^es convictions ; mai» cette volonté d'airain qui avait caractérisé George III, et contre laquelle^ en 1801, l'ascendant de Pitt était venu se briser, son fils, était loin de la posséder. Il résista néanmoins autant qu'il était en luij, et jusqu'au dernier moment. Les mémoires posthumes de sir Robert Peel donnent de vivants détails sur la pression morale que les ministres eurent à subir, dans ces heurta décisives, et sur celle que, de leur côtéj^ ils firent subir au roi. La cause de l'émancipation triompha. Le bill qui la consacrait fut voté le 5 mars 1829, dans la Chambre des commune», à la majorité de 188 voix.
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et, le 2 avril suivant, il obtint une majorité de 104 voix à la Chambre des lords, après avoir été combattu sans le moindre succès par l'archevêque de Canterbury, les archevêques d'York et d'Armagh, les évêques de Durham et de Londres, et quelques pairs laïques, à la tête desquels figura, cela va sans dire, l'intraitable lord Eldon.
Il était naturel assurément qu'O'Gonnell, Sheil et le parti qu'ils représentaient se félicitassent d'avoir réussi là où Fox et Grattan avaient succombé ; mais ils firent plus, ils poussèrent l'orgueil de la victoire jusqu'à affirmer que l'émancipation conquise était sans conditions. La vérité est, au contraire, que des conditions avaient été stipulées par les uns et acceptées par les autres. Les catholiques s engageaient : !•* à ne pas user de leurs nouveaux pouvoirs législatifs au détriment de l'Église établie ; 2** à ne reconnaître la juridiction spirituelle ou ecclésiastique d'aucun prince étranger.
Ce fut contre cet engagement, formulé dans le bill des serments (the Oaths Bill), que les catholiques, an mois de juin 1857, protestèrent par l'organe de M. Deasy. M. Deasy proposa qu'aux mots « juridiction spirituelle ou ecclésiastique », on substituât ceux-ci : « juridiction temporelle ou civile ». Nul doute que celte substitution ne fût beaucoup plus en harmonie avec le fait. « Est-il vrai, oui ou non, demanda M. Rœbuck, qu'en fait, le pape n'est point sans exercer un pouvoir spirituel en Angleterre ? Pourquoi donc forcer d'honnêtes gens à affirmer, sous forme de serment, le contraire de ce qu'ils savent être la vérité? » Mais là n'était point la vraie question. Que le serment soit en principe une atteinte aux franchises de l'esprit, un emprisonnement de la conscience humaine, et qu'en tout cas les formules de serment dussent être rédigées de manière à ne mettre à la torture les opinions religieuses de personne, il n'était pas, je pense, dans la Chambre des communes, un seul
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protestant libéral et éclairé qui ne fût de cet avis. Et cependant, une barrière inexpugnable fut alors opposée au vœu exprimé par M. Deasy. D'où vint cette résistance? Pourquoi une demande raisonnable, faite avec calme et convenance, ne put-elle réunir en sa faveur que 83 suffrage sur 373?
Ah ! c'est que les habitudes envahissantes de Rome étaient présentes à tous les esprits; c'est qu'on n'était pas encore revenu de l'émotion produite en Angleterre par Y agression papale de 1850.
Des écrivains catholiques ont eu soin, pour masquer la signification de cette tentative du saint-siège, d'en dénaturer l'histoire par l'omission des circonstances qui lui assignent son véritable caractère. Il faut montrer les choses dans leur vrai jour.
Jusqu'en 1850, la surintendance de l'Église de Rome en Angleterre avait été confiée à huit vicaires apostoliques. Mais, au mois de septembre 1850, le pape Pie IX, considérant « que, chaque jour, on voyait disparaître quelqu'un des obstacles qui s'opposaient à la diffusion de la foi catholique, » imagina « d'étaWir dans ce royaume la forme ordinaire du gouvernement épiscopal >. En conséquence, un bref parut, qui divisait le pays en un siège métropolitain et douze sièges épiscopaux. Les prélats désignés par le souverain pontife étaient autorisés à prendre les titres d'archevêques et évèques de telle ou telle province, de tel ou tel diocèse du Royaume-Uni. Le cardinal Wiseman, par exemple, était nommé archevêque de Westminster.
Quant au but de ce changement, le bref n'en faisait pas mystère; ce but était lile bien-être et l'avancement du catholicisme en Angleterre ».
Quelle tempête ce fut! Quoi! la papauté profitait de la atitude même donnée aux catholiques contre ceux qui la leur avaient donnée ! quoi ! on parlait déjà des descen-
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14 DIX ANS DS L'HISTOIRE P'A^aL^TEERE.
dants des puritains comiqe d'hommes courbés sous le joug de la hiérarchie rorpaio^ I Et l'on allait avoir, pour jioi^ tifier au iponde la pri$e de po33es3ion du peupla anglais par le pape, dans la capitale même du protegianti^me, un archevêque de Westpiinster!
J'étais à Londres, et je n'oublierai jamais 4^ quel dé^ chaiaement je fu3 témoin. Koo, depui.3 le complot papiste, il n'y avait eu pareille explosion de colère. Tout g'em-brasa; le grand cri bi$toriquç ; ffo poperyt éveilla tpu^ les échos de Londres.
Dans la soirée du 5 novembrp, Londres fut illuminé par des feux de joie tels qu'oQ n'en seyait jamais allumé 4e semblabtes. La cérémonie çommémorative ingunpowder plot T-TT cette f^rce qm n'oseront bientôt plus ^ou^r les enfants de carrefour — se trouva soudain remise m honneur, et la grotesque image de Guy Fawkes fut traînée par la ville avec d'étranges transporta* On brûla le cardinal Wiseman eu effigie. Ou brûla en effigie le pape^ Lord John Russell mit, pour ainsi dire, à l'émotion pu-, blique l'estampille ministérielle, en écrivant à l'évêque de Durham une lettre destinée à devenir publique, et dans laquelle il 4énQnç.ait commç un acte insolent et insidieupo ce qu'il appelait, avec l'Angleterre protestante tout entière, Yagression pupale.
A ces violentes attaques, que répondit le cardinal Wirseman?Il répQu4it î « Nous n'avons en rien violé Ja loi. i^ Littéralement parlant, il disait vrai. L'acte d'émancipation de 1829 avait bien défendu aux catholiques de preor dre les titres des sièges déjà occupés par des évoques de l'Église établie, mais il s'était borné là. Et le cardinal Wiseman de triompher de cette lacune, comme si la question stricte de légalité était ici le point important t Eh ! n'avail-il pas dit lui-même : « Nous gouvernons et nous continuerons de gouverner les comtés de Middlesex, d'Hertford et d'Esseit ^ ? Ce qui agitait la conscience pu-.
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LE GATNOLIGl&lfE Eff LA LIBERTÉ. . H
bllquci, c'était Fénormité des prétenfiotts affichées, et nan la violation de tel du tel ài'licle de loi. Les protestants iîôrtprenaieîit fort Weiï qti*en c^ic affaire là lettre n'était rfén, que Veèpfit était totrt. A leurs yeuX, la légalité du moyen disparaissait derrière rhosdltté dii btit, avouée avec ârrogaflce. Par l'Acte d'éitoancipatioif, 6n atâit entendu donner aux catholiques une liberté tranquille, modeste, la liberté du chez soi, et voilà que cette liberté s'armait pour la conquête ! Un bill fut voté par les deux Chambres, et sanctionné, au mois de juillet 1851, par la reine.
Il déclarait illégale la tentative d'établir, sous prétexte d'autorisation du saint-siège, des provinces ecclésiastiques, diocèses ou décanat& Pour empêcher qu'il ne fût pris de pareils titres par des personnes autres que celles qui avaient été placées par la loi à la tête d'un archevêché, évêché ou décanat, il frappait de nullité les brefs, rescrits ou lettres apostoliques autorisant l'usurpation de ces titres, et condamnait les contrevetiants à deitt livres d'amende. Étalent, ert outre, invalidées toutes donations faîtes aux évêques catholiques en vertu de leur titre.
L'application de cet acte fut-elle poursuivie? Non. Les idées de tolérâticcî ont fftït tant de progrès dans ce pays, que, l'opiniow une foiâ apaisée, on laissa les évoques catholiques se parer tout à leur aise des titres qui leur avaieftf été conférés par le pape.
AVâût de finir, je liens à constater que lé bill de 1851 ne mérite pas le genre de reproches que M. Jules Simon, je crois, â cru, dans une Certaine cîrcîonstanôe, pouvoir lui adresser. Ce bill n'avait en aucune façon pour objet de* « défendre aux Catholiques d'âVôir des évéqaes et de reconnaître l'autorité spirituelle du pape >, encore moins « de leur défeûdre d*êfre catholiques » et « de leur ôter là liberté de éônséieïice >. L'Angleterre protestante voulut ramasser le gan( qu'on lui jetait, rien de plus. Elle voulut protester bien haut, et parla voix de ses représen-
tanls, contre la prétention de la traiter comme un pays conquis dont on règle le partage. La sensation que lui causa le bref du 20 septembre 1850 et le bill qui servit de réponse à ce bref, signifiaient tout simplement : « Vous demandez à être libres ; soit. Mais il est une liberté que nous ne vous accorderons pas : la liberté d'être les maîtres ! 2>
QUAND LE RENARD PRÊCHE, PRENEZ GARDE A vos POULES!
47 Janvier.
Une étrange aventure vient d'avoir lieu ici dans le quartier de Brompton. L'histoire est âigne de vous être racontée ; d'autant que le fait a, tout d'abord, causé dans Londres une sensation qui, depuis, n'a fait que devenir de jour en jour plus vive.
Il y a quelques années, on vit paraître aux environs de King-William street et se promener le long du Strand des hommes vêtus d'une robe, portant sur la tête un chapeau d'une forme particulière et marchant pieds nus. C'étaient des Anglais, prêtres ou non prêtres, qui, à l'instar de ce frère Ignace que j'ai eu l'honneur de présenter à mes lecteurs, s'étaient mis à jouer aux moines. Mais ils n'appartenaient pas eux, comme frère Ignace, à l'ordre des bénédictins, La congrégation qu'ils essayaient d'introduire et de faire fleurir en Angleterre était celle qui fut fondée à Rome, en 1550, par Philippe Néri, et qui, connue d'abord sous le nom de Confrérie de la Trinité^ fut importée en France, vers 1611, par P. de Bérulle sous le nom d'Oratoire de Jésus.
QUAND Lt: UBNAUU PUÊCHK 47
Qu'il y ait, dans des maisons fermées à tous les regards et dont le pouvoir civil ne franchit pas le seuil, des congrégations d'hommes liés par serment à la pratique du célibat, vivant d'une vie aussi étrangère aux devoirs de la société qu'aux prescriptions de la nature et cultivant dans l'ombre la plante vénéneuse du fanatisme, voilà ce qui a été depuis longtemps interdit en Angleterre par la loi, et voilà ce que n'a point permis même l'acte d'émancipation des catholiques. Mais le protestantisme anglais d'aujourd'hui n'est plus, grâce à Dieu, ce qu'il était au temps d'Elisabeth, ou sous le protectorat de Cromwell, ou sous le règne de George III, ou enfin sous le règne de George IV. Le respect de la liberté de conscience et de la liberté individuelle est un sentiment qui se trouve avoir ici acquis tant de force, qu'on y laisse volontiers sommeiller toute loi marquée au coin de la contrainte. Les oratoriens du Strand purent donc procéder tout à leur aise à l'exhibition de leurs personnes, sans courir d'autre danger que celui d'être montrés au doigt par les gavroches du lieu.
A l'heure qu'il est, c'est dans le quartier de Brompton, riant asile des loretles et des jolies femmes déclassées de Londres, que les a frères »'ont établi leur pénates, afin, je le suppose, d'avoir le plus de pécheresses possible à convertir.
De fait, ce qui semble les caractériser, c'est une insatiable passion de prosélytisme, et, s'il faut en croire des rapports qu'on dit fidèles, les habitants de Brompton regardent ces saints personnages — je me sers d'une expression du Daily Telegraph, journal quelque peu profane, — comme autantde chats catholiques à l'affût de souris protestantes.
Ce n'était pas précisément dans ce but que l'institut de IsL confrérie de la Trinité avait été fondé. Donner des secours aux pèlerins, instruire la jeunesse, élever des clercs pour l'Église et prêcher la parole de Dieu, telle
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était la mission terrestre assignée aux oratoriens par leurs fondateurs, soit dltalie, soit de France, et Thistoiva ne nous apprend pas que Malebranche et Massillon sdenl passé leur temps à guetter des souris quelconques. Mais que voulez-vous que fassent des oratoriens en plein pay^ protestant^ sinon cela?
Voici ce qui en est advenu :
Vivait dans le quartier où les sectateurs saxons de Philippe Néri ont transporté leurs dieux lares... pardon! je crois que je m'exprime comme un païen... une certaine mistress Dermot. Cette femme est très respectable,, au dire du révérend Frédérik Blunt; elle aime ses enfants; elle pourvoit à leurs besoins, au moyen d'une petite pen- ^on que lui fait la charitable comtesse de Durham et d'un ravail assidu. Mais ce révérend Frédérik Blunt est un protestant fiefifé, d'où il résulte que nos oratoriens insistent pour qu'on ne croie pas un seul mot de ce qu'il dit; et, quant à mistress Dermot, elle ose être protestante, elle est veuve d'un mari catholique et mère d'une fille élevée dans le catholicisme, d'où il résulte que nos oratoriens la tiennent pour une femme exécrable. Partaat de là, ils ont cru faire œuvre pie en arrachant la fille à sa mère.
La chose était d'autant plus urgente, que la jeune personne, qui est jolie et n'a que seize ans, avait donné des signes d'hésitation religieuse; elle était allée jusqu'à dire ^ue les <c frères ^ lui inspiraient une sorte de terreur; que, lorsqu'elle en apercevait un dans la rue, elle cherchait à le fuir, de peur d'être questionnée.
Un beau jour, elle disparut.
Déjà, à une époque où elle était incontestablement mineure, le « frère » Bowden, chez qui la piété n'a pas attendu le nombre des années — car il est jeune, lui aussi, — avait très vivement engagé la petite Eliza à déserter le foyer maternel, poussant ainsi le zèle jusqu'à la soif du
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