‹ Dix ans de l'histoire d'Angleterre (volume 2)Chapitre 51 sur 131 · LE SPECTRE DE LA RÉFORME ÉLECTORALE · texte numérisé non relu

LE SPECTRE DE LA RÉFORME ÉLECTORALE

Tapprobation que lui donnait, hier au soir encore, sir George Grey. Pour le moment, il suffit de remarquer que ce n'est pas du tout la théorie des « droits a priori » qu'invoquent, en Angleterre, les avocats d'une réforme parlementaire sérieuse. ^

Leur raisonnement est-celui-ci :

Dans une société où il y a plusieurs claâses, il importe, pour qu'aucune d'elles ne coure risque d'être opprimée, qu'elles soient toutes admises, dans une juste mesure, à participer par le droit de suffrage au pouvoir public. Dans une société où divers intérêts sont en présence, il importe, pour qu'aucun intérêt ne risque d'être foulé aux pieds, qu'ils aient tous voix au chapitre. Si le bien de la communauté exige des exclusions, c'est à ceux qui veulent ces exclusions à prouver qu'elles sont nécessaires.

Il n'y a rien là de vague, de nébuleux, de métaphysique.

La classe ouvrière, en Angleterre, est-elle plongée dans un tel abîme d'ignorance et d'abrutissement, que son exclusion en masse soit affaire de salut public? Le progrès moderne a-t-il fait si peu pour elle, que son incapacité politique n'ait pas même besoin d'être prouvée?

La question est tout bonnement une question de fait, et le problème peut être résolu par la statistique.

Comment nier que, depuis l'adoption du dernier bill de réforme, en 1832, l'avancement intellectuel et moral de la classe ouvrière ne se soil manifesté dans toutes les directions et n'ait été servi par le progrès sous toutes ses formes? Le discours de M. Haines contient, à cet égard, des chiffes précieux à recueillir. Entre 1833 et 1861, accroissement de 146 p. 100 dans le nombre des élèves fréquentant les écoles de jour; — entre 1831 et 1860, accroissement de 230 p. 100 dans la quantité du papier employé et payant le droit ; — entre 1839 et 1864, accroissement de 834 p. 100 dans le nombre des lettres transmises par la poste ; — entre 1831 et 1864, accroisse- V. 10

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ment de 338 p. iOO dans le nombre des déposants aux caisses dépargne, et de 200 p. 100 dans la somme des dépôts ; — enfin, accroissement de ISO p. 100 dans le nombre des sociétés ouvrières d'assurances mutuelles; telle est la forme, très aride, mais très péremptoire et fort pratique , à coup sûr, des arguments auxquels H. Lowe a répondu par la supposition, toute gratuite, que ses adversaires étaient des raisonneurs nourris d' abstractions, des théoriciens perdus dans les nuages. Pourquoi la circulation des journaux et des livres est-elle devenue si énorme en Angleterre, sinon parce que le goût de la lecture s'est prodigieusement répandu parmi le peuple? Pourquoi Targent sorti des petites bourses a-t-il afflué de plus en plus vers les caisses d'épargne, sinon parce que le peuple s'est trouvé acquérir des habitudes, de plus en plus marquées, de prévoyance et d'économie ? Ce sont là des faits. Il s ont une signification profonde. Aveugle qui ne la voit pas !

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