LB GRIME ET LA PESTE. S
Whitehall pour aviser; le lendemain^ nouvelle réonioa dans la chambre du conseil. Le résultat a été une défense formelle d'importer en Irlande, de quelque port que ce fût de la Grande-Bretagne, bœufs, vaches, génisses et veaux.
Sur le mérite économique de cette mesure, c'est à peine si le doute est permis. L'importation q«e frappe la défense est si peu considérable, qu'elle n'affecte que très^ peu d'intérêts, tandis qu'elle menacerait de destruction, si elle était permise, un bétail dont l'Irlande exporter chaque année pour le nord de l'Angleterre jusqu'à concurrence de cinq millions de livres sterling. L'argument vaut la peine qu'on y réfléchisse, à la veille d'une disette! On a calculé que, si l'épizootie traversait le canal, il pourrait en résulter pour l'Angleterre une hausse de deux shellings par livre dans le prix de la viande.
Il est vrai que la question a un côté politique qui mérite aussi d'être considéré. Est-il bon que l'Irlande soit traitée autrement qu'un comté quelconque d'Angleterre? est-il bon, au point de vue anglais, qu'elle s'accoutume à avoir des intérêts distincts et à réclamer, en ce qui la concerne, l'adoption de mesures spéciales ? Si on lui accordé la faveur d'un cordon sanitaire, pourquoi ne pas l'accorder au comté de Sussex, par exemple, ou au Yorkshire? Ainsi raisonnent les Saxons pur sang. Mais les objections abondent, el elles sont graves. Les Anglais^ ont beau assurer que la compression de Tlrlande révoltée ne serait qu'un jeu pour TAngleterre, l'unanimité de l'Irlande, dans toute question (m elle se manifeste, leur fait peur, et avec raison. Il y a quelques mois, le Titnes affectait de rire quand' on parlait de fénianisme. Le fénianisme ! Qu'était-ce donc qu« cela? Qui, dans sa vie, avait eu la bonne fortune d'apercevoir des fénians? Pour les voir, le Tmeë aurait besoin d'une lunette d'approche. Ces railleries ne sont plus de saison. Que les^
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fénians dlrlande, sans compter ceux des États-Unis, soient nombreux et bien organisés ; que leurs rangs ne cessent de se garnir et leur audace de s'accroître; que, non contents de tenir des meetings nocturnes, ils sillonnent rirlande de patrouilles armées, lesquelles marchent au son d'une musique militaire et remplissent l'air de chants séditieux, il ne servirait à rien aujourd'hui de le nier. On n'écraserait donc pas l'Irlande sans coup férir, et qui sait jusqu'où pourrait aller la résistance de ses colères, le jour où le fénianisme y aurait pour auxiliaire la famine ?