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LE SPECTRE DE LÀ RÉFORME ÉLECTORALE

edères irréfléchies. Leur attitadepenAant la crise du Lancashire fut si notAement résig'née, si touchante, si héroïque, qu'elle arracha des cris d'amiration méine à ceux |ui, aujourd'hui, pâlissent ou affectent de pâlir à l'aspect des € spectres delà réforme i».

Eh bien, le vole d'hie<r au soir, tel qu'il a été d'avance expliqué par des orateurs des 288 et, notamment par M. Lowe^ signifie :

Qu'invoquer, «n faveur de ces quatre millions d'hommes, les c droits abstraits » est une puérilité;

Qu'ouvrir la porte à un certain nombre d'entre eux, ce serait l'ouvrir à tous, et s'exposer à une inondation ée la démocratie ;

Qu'il est absurde de parler des progrès inévitables de la démocratie, et lâche en tout cas de lui céder;

Que c'en serait fait de l'aristocratie et de la classe moyenne, le jour où on laisserait pénétrer dans le sanctuaire des lois des représentants de la classe ouvrière, choisis par elle ;

Que ia classe onvrïère, paur être effectivement et bien représentée, n'a nul besoin de se mêler législativement de la chose publique;

Qu'il est de son propre intérêt de ne s'en mêler pas;

Et enfin, qu'elle n'a pas souci de la réforme que ses défenseurs bénévoles demandent si vivement pour elie.

Examinons ces divers arguments, en commençant par le dernier.

J'avo«e, tout d'abord, que cette idée d'une réforme parlementaire ne parait pas en effet passionner le peuple, et n'a produit jusqu'à ce jour qu'une agitation i^perficielle. Pourquoi? Je suis, quant à moi , très disposé à cro'ire ^e c'est à cause du caradère étroit, peu saltisfaisant, de la réforme (proposée. De quoi est-îi question? d'uae simple réduction du cens électoral. M. Baîmes, par exemple^ propose de réduire le cens électoral de 10 Ûvres st. à 6.

Le peuple gagnerait- il beaucoup à l'adoption d'une pareille mesure ? Il est permis d'en douter. Elle aurait pour résultat de couper en deux la classe ouvrière, n'admettant à la participation du pouvoir politique qu'un petit nombre de ses membres, et laissant en dehors tout le reste ; elle tendrait de la sorte à créer aux ouvriers les plus capables, ou le mieux payés, un intérêt distinct de celui de leurs camarades; elle inoculerait aux premiers le venin du privilège, et reculerait d'autant le jour où il faudra reconnaître le droit des seconds. Ce serait une petite réforme qui ajournerait la grande.

Voilà ce que la masse des ouvriers semble comprendre à merveille, et ce qui, selon moi, explique son apparente

indifférence.

Mais c'est précisément ici que M. Lowe et les politiques de son école triomphent. « Vous l'avouez donc! s'écrient-ils, c'est le suffrage universel qu'il leur faut; et, quand on nous demande une réduction du cens électoral, il ne s'agit pas moins que de nous pousser sur la pente qui mène à la démocratie, dont nous ne voulons et ne voudrons jamais. »

Reste à savoir si la démocratie attendra, pour réclamer son dû, que ces messieurs lui en accordent la permission.

Que dis-je, réclamer son dû! M. Lowe affirme qu'on

ne lui doit rien. Il fallait voir de quel air, mercredi dernier, il rejetait les « droits a priori » dans la catégorie des choses qui sont, dans ce siècle de lumières devenues la risée de toutes les nations civilisées! Des droits a priori? allons donc!

Je reviendrai sur ce point, et j'examinerai si cette négation dédaigneuse est aussi pratique que M. Lowe se le figure; j'examinerai si cette façon péremptoire de iraocher une semblable question mérite le succès qu'elle a valu à l'orateur, dans la presse comme à la Chambre, et

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Tapprobation que lui donnait, hier au soir encore, sir George Grey. Pour le moment, il suffit de remarquer que ce n'est pas du tout la théorie des (a droits a priori » qu'invoquent, en Angleterre, les avocats d'une réforme parlementaire sérieuse.

Leur raisonnement est-cclui-ci :

Dans une société où il y a plusieurs classes, il importe, pour qu'aucune d'elles ne coure risque d'être opprimée, qu'elles soient toutes admises, dans une juste mesure, à participer par le droit de suffrage au pouvoir public. Dans une société où divers intérêts sont en présence, il importe, pour qu'aucun intérêt ne risque d'être foulé aux pieds, qu'ils aient tous voix au chapitre. Si le bien de la communauté exige des exclusions, c'est à ceux qui veulent ces exclusions à prouver qu'elles sont nécessaires.

Il n'y a rien là de vague, de nébuleux, de métaphysique.

La classe ouvrière, en Angleterre, est-elle plongée dans un tel abîme d'ignorance et d'abrutissement, que son exclusion en masse soit affaire de salut public? Le progrès moderne a-t-il fait si peu pour elle, que son incapacité politique n'ait pas même besoin d'être prouvée?

La question est tout bonnement une question de fait, et le problème peut être résolu par la statistique.

Gomment nier que, depuis l'adoption du dernier bill de réforme, en 1832, l'avancement intellectuel et moral de la classe ouvrière ne se soit manifesté dans toutes les directions et n'ait été servi par le progrès sous toutes ses formes? Le discours de M. Baines contient, à cet égard, des chiffes précieux à recueillir. Entre 1833 et 1861, accroissement de 146 p. 100 dans le nombre des élèves fréquentant les écoles de jour; — entre 1831 et 1860, accroissement de 230 p. 100 dans la quantité du papier employé et payant le droit; —entre 1839 et 1864, accroissement de 834 p. 100 dans le nombre des lettres transmises par la poste ; — entre 1831 et 1864, accroisse- V. 10

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ment de 338 p. 100 dans le ntmiWe des déposants aux caisses dépargne, et de 209 p. 100 dans la somme des dépôts ; — enfin, accroissement de 130 p. 100 dans le nombre des sociétés ouvrières d'assurances mutuelles; telle est la forme, très aride, msds très péranptoire «it fort pratique , à coup sûr, des argusiefits auxquels ]H. Lowe a répandu par la supposition, toute gratuite, que ses adversaires étaient des raisonnecurs nourris d'abstnu> tions, des théoriciens perdus dans les nuages. Pourquoi la circulation des journaux et des livres est-elle devenue si énorme en Angleterre, sinon parce q«e le goût de la lec** ture s'est prodigieusement répandu parmi le peuple? Pourquoi l'argent sorti des petites bourses a-t-il afflué de plus en -plus vers les caisses d'épargne, sinon parce que le peuple s'est trouvé acquérir des habitudes, de plus en plus m«r«quées, de prévoyance et d'économie ? Ce sont là des faits. Ils ont une signification profonde. Aveugle qui ne la voit {>as!

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