‹ Dix ans de l'histoire d'Angleterre (volume 4)Chapitre 47 sur 117 · SCANDALE EDMUND · texte numérisé non relu

SCANDALE EDMUND

en Angleterre. Maintenant que l'ensemble des faits peut être embrassé d'un coup d'oeil et que tout ce qu'ils avaient de douteux est éelairci^ mes lecteurs me sauront gré, je crois, de leur en présenter l'exposé d'une manière k la foiâ^ complète et succincte. Us forment, ces faits, dans lef annales de l'Angleterre contemporaine, un épisode qui n'est certes ni sans intérêt ni sans signification. Je commencerai, s'il yott» plaît, par le commencement.

Le célèbre lord Brougham était lord chancelier ea 1833. Un beau jour, on lui parla, comme digne d'être pré«» posé au bureau dies patentes, d'un certain M. Léonard Edmunds.

La recommandation aux yeux de lord Brougham ne pouvait guère manquer d'avoir du poids : elle venait dé son propre frère : M, James Brougham. M. Edmunds fot nommée

Ah! si lord Broifgham avait su!... Mais il ne savait pas, hélas ! Il l'affirme, et l'Angleterre, qui est fière de lai, n'a garde de ne pas le croire sur parole. S'il avait su qae la place accordée par lui avait été vendue par son frère, oui vendue ! s'il avait su que^ sur des appointe* mentsde 400 liv. sterl. par an, M. Ëdmonds s'était engagé à donner chaque année 100 livr. sterl. à M. James BroiH gharo, plus âOOliv. sterl. destinées à payer l'intérêt d'une hypothèque dont la propriété territoriale de lui, lord Brougham, était grevée I et s'il avait su^ plus tard, lors de la mort de son frère James , que le marché conclu avait continué d'être exécuté au profit de son frère Wil" liam! Mais, je le répète, il ne savait pas.

Voilà donc M. Edmunds mum d'un emploi dont nn antre touchait en secret le salaire. La corruption en* g6ndre la corruption aussi fatalement que la pourriture engendre les vers. M. Edmunds se dit sans doute qu'il' ilaitdur de travailler pour rien, qu'on dédommagement lui était dû ; il imagina de s'indemniser aux dépens de

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quelqu'un, et, comme la bourse du public était à sa portée, il mit la maia dans la bourse du public.

Les malversations allèrent leur train jusqu'en 1864. Entre 1833 et 1864, il s'est écoulé, si je compte bien, quelque trente et un ans ; et vous trouverez sans doute extraordinaire le succès de fraudes pratiquées pendant un si long espace de temps ; vous vous écrierez : « Mais on ignore donc, en Angleterre, ce que c'est qu'un examen des comptes ! mais l'Angleterre est donc le pays de cocâgne des concussionnaires ! »

Il est bien vrai qu'en 1852, à l'occasion d'un nouveau statut concernant les brevets d'invention, des commissaires furent nommés, dans le bureau auquel M. Edmunds était préposé, pour la vérification des comptes. Mais la chose ne profita qu'à M. Edmunds lui-même qui fut précisément l'agent choisi par la commission, et qui fut de la sorte pourvu d'un second emploi de 600 liv. st. par an, plus lucratif par conséquent que le premier, qu'il conservait. De contrôle, pas ï'ombre. Lorsque, tout récemment, M. Gladstone a été interrogé à cet égard, il a déclaré que, des deniers publics à lui confiés, M. Edmunds avait pu garder ce qu'il avait voulu, sans qu'il y eût moyen de l'en empêcher; et il est convenu que c'était là^un mal qui exigeait un prompt remède. Je le crois, parbleu, bien! La merveille est qu'on s'en soit douté si tard.

Cependant, au mois de mars 1864, à la suite de certaines querelles dans le bureau des patentes, il se répandit des bruits fâcheux, sur lesquels l'innocence indignée de M. Edmunds appela le grand jour d'une enquête. L'enquête eut lieu. Deux avocats distingués, MM. Greenwood et Hindmarch, furent chargés du rapport. Mais, avant la présentation de ce rapport, M. Edmunds fut saisi d'inquiétude. Il pensa détourner le coup dont il était menacé en se démettant des deux emplois qu'il occupait au bureau des patentes, et il écrivit au lord chancelier du

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