MISE EN ACCUSATION DE LEE
montrer trop de rigueur n'est pas dégéaérée en faiblesse dangereuse.
A Richmondy n'est-ce pas M. Mayo, l'ancien maire rebelle, qui, réintégré dans ses fonctions, est encore à la tête de la police.
N'est-ce pas sur l'ordre du général Halleck qu'on a rétabli dans cette ville l'ancien règlement esclavagiste qui punit tout nègre trouvé dehors après neuf heures?
Le général Patrick, prévôt militaire, n'a-t-il pas publié un ordre enjoignant à tous les citoyens de couleur del'excapitale rebelle de se munir d'une passe signée d'un agent de la prévôté, et cela sous peine d'emprisonnement immédiat?
Un des premiers actes du maire Mayo n'a-t-il pas été de remettre en place les officiers de police qui faisaient autrefois la terreur des unionistes et de la population de couleur?
Aussi plus de huit cents individus de cette dernière catégorie ont-ils été arrêtés dans une seule journée. Leur crime était de ne pas avoir la peau blanche.
Par qui la terreur est-elle exercée à Richmond, et par qui est-elle subie? Vous en jugerez par le fait suivant que j'extrais d'une correspondance du journal américain la Trihne. A Richmond, un nègre s'étant servi de son couteau pour se défendre contre deux soldats ivres et ayant effleuré la main de l'un d'eux, de quel châtiment pensez-vous qu'on le jugea digne? Un cercueil fut dressé contre le mur d'une maison, et le malheureux y ayant été placé de manière que la figure restât découverte, on lui versa de lamélasse sur la tête pour qu'il devint la proie des mouches.
Parlant de la situation de YAlabama^ un autre correspondant américain déclare que la population de couleur risque d'y être massacrée, si le gouvernement ne se dé- <^idepas à maintenir des gardes prévôtales dans les chefslieux de comité et dans les villes. La fureur que les an-
ciens maîtres éprouvent d'avoir eu le dessous est telle, qu'à leurs anciens esclaves plusieurs ont eu la barbarie de couper les oreilles, le nez ou les lèvres. A Montgomery on a vu arriver en un jour cinq nègres à qui Ton avait coupé les oreilles; quelques-uns avaient des entailles à la gorge ; sur le corps des autres, le bâton avait laissé des stigmates sanglants. Tantôt ce sont des blancs qui s'abstiennent systématiquement de cultiver leurs terres, disant que le travail est fait pour les nègres ; tantôt ce sont des nègres à qui l'on impose un travail forcé, en fixant arbitrairement leur salaire. Bref, les sudistes vaincus n'épargnent rien de ce qui peut satisfaire leurs haines, semer le trouble, entretenir la désorganisation. L'incendie de Nashville et l'explosion de Chattanooga disent assez de quoi les hommes qu'anime un tel esprit sont capables!
Et c'est quand le gouvernement des États-Unis pourrait être accusé avec raison de manquer d'énergie, qu'on l'accuse ici d'un excès de violence !
Hier, à un lord anglais qui se recriait devant moi sur la cruauté du gouvernement jdes États-Unis, que prouvait, sans réplique l'emprisonnement de Jefferson Davis, selon lui, je me permis de demander ce qu'aurait fait le gouvernement anglais, s'il était parvenu à s'emparer de Nana- Sahib, dans la supposition où le chef indien ne se serait point souillé par les affreux meurtres de Cawnpore et se serait contenté de tuer loyalement en rase campagne le plus d'Anglais possible. Sa Seigneurie m'ayant répondu pour sortir d'embarras : « Je n'en sais rien. — Eh bien, je le sais, moi, répondis-je. Nana-Sahib, fait prisonnier, aurait été pendu à l'arbre le plus voisin. J'en appelle àla bonne foi de ces messieurs. » Ceux qui nous entouraient étaient des Anglais et des gens d'honneur : ils gardèrent le silence !
DEMISSION DE LOHD WESTBURY. â05
LORD WESTBURY FORCÉ D'ABANDONNER t LE SAC