‹ Dix ans de l'histoire d'Angleterre (volume 4)Chapitre 66 sur 117 · LE RADICALISME I>E JOHN STUART MILL. «2T · texte numérisé non relu

LE RADICALISME I>E JOHN STUART MILL. «2T

comme un affreux « philosophe >. La chose aurait donc pu fort mal tourner, si, heureusement, TÉglise protestante ne renfermait quelques hommes qui à un mérite éminent, à un savoir incontesté, à une haute position dans le «lergé, joignent le respect de l'intelligence et cet esprit de tolérance qui est le propre de tous les grands esprits. Le docteur Stanley, doyen de Westminster, le révérend M. Charles Kingsley, le révérend M. Maurice, et Tévêque de Saint-David's, voilà les hommes qui se sont hardiment rendus caution pour M. Mill.

« Loin de justifier le moins du monde Facccusation d'athéisme, a dit le savant et vénérable doyen de Westminster, le passage en question expose avec force ce qui «st le fondement de toute religion véritable ».

« Je désire voir M. Mill au Parlement, a dit à son tour M. Kingsley, parce qu'il est un des hommes vivants dont les écrits respirent l'amour de la vérité quand même. »

De son côté, M. Maurice écrivait au rédacteur en chef du Spectator :

« Du passage cité, je puis dire ce que je n'oserais peutêtre dire d^aucun autre extrait des ouvrages de M. Mill : je l'accepte entièrement, absolument, sans réserve. Si je ne l'acceptais pas, je monterais en chaire dimanche prochain pour dire aux membres de ma congrégation que je les ai trompés; que Dieu ne s'est pas révélé à son fils; qu'il n'est pas vrai que celui qui voulut bien revêtir notre nature soit la parfaite image de son père céleste. Je nierais l'incarnation si je niais le lien qui existe entre la moralité divine et la moralité humaine. »

Enfin, à côté de cette lettre de M. Maurice, le Spectator en publiait une autre de l'évêque de Saint-David's, dans laquelle on lit :

« Il était facile de prévoir que, s'il existait dans les ouvrages de M. Mill une phrase de nature à être dé-

noncée par le Record comme satanique, ce journal ne manquerait pas de choisir celle qui serait le plus fortement marquée à l'empreinte de Tesprit anti-chrétien. >

Maintenant, il est vrai que le doyen de Westminster, M. Kingsley, M. Maurice, et l'évèque de Saint-David's ne sont précisément pas considérés par le clergé anglais comme les représentants de la pure orthodoxie; mais n'importe. Ils appartiennent, après tout, à la catégorie des clergymen ; ils ont voix au chapitre, en matière religieuse. Leur témoignage ici n'était donc pas sans importance, et Ton ne saurait douter qu'il n'ait servi à faire pencher la balance en faveur de M. Mill.

Aussi il faut voir en quels termes le Record déplore le triomphe que vient de remporter, dans la personne d'un de ses coryphées, V École sataniquet

Quant au Morning Adverliser, il écume. A l'entendre, M. Mill n'aurait jamais été élu, si la puissante famille des Grosvenor n'avait daigné le prendre sous sa protection; c'est dans les hras de l'aristocratie que ce penseur puritain a consenti à être porté à la Chambre des communes^ s'abaissant ainsi à accepter le patronage d'une classe si souvent prise à partie par lui-même.

Ce qui est vrai, c'est qu'en effet Téleclion de M. Mill a été le résultat d'une coalition entre ses partisans et ceux du capitaine Grosvenor. Mais en quoi cette coalition est-elle blâmable? Est-ce que le capitaine Grosvenor ne s'est pas présenté comme candidat libéral? est-ce qu'il n'a pas publié un programme libéral? est-ce que sa coalition avec M. Mill n'a pas eu pour but de fermer la Chambre des communes à un protégé du parti tory? Qu'y a-l-il là dont le Morning Adveriiser d\i sujet de se plaindre, lui qui, en politique, a toujours arboré l'étendard et servi la cause du lioéralisrae?Mais le Morning Advertiser est bigot. Ne soyez donc pas surpris qu'il déraisonne toutes les fois que la philosophie est en jeu, et rappelez*

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