‹ Dix écrits de Richard WagnerChapitre 16 sur 20 · STABAT MATER » DE PERGOLÈSE · texte numérisé non relu

STABAT MATER » DE PERGOLÈSE

cordes , car Pergolèse l'avait écrit tout entier dans le style naïf du vieux temps, se bornant à trois parties la plupart du temps, et quelquefois même h deux. Fort souvent le complément d'harmonie allait de lui seul, et l'on a peine à s'expliquer pourquoi le compositeur a omis de l'écrire, ce qui produit des lacunes très sensibles. Mais dans d'autres endroits, ce remplissage offrait de grandes difficultés, surtout là où la mélodie semble ne comporter que trois parties, ou seulement deux, et où une voix supplémentaire peut être considérée comme superflue ou même nuisible. Ce grave obstacle a néanmoins toujours été surmonté avec bonheur par M. Lvoff, dont on ne saurait trop louer en général la discrétion. Les instruments à vent qu'il introduit, loin de couvrir jamais ni d'altérer le thème original, servent au contraire à l'éclairer davantage. Ils ont même un certain caractère indépendant qui concourt à l'effet d'ensemble, tout à fait suivant les règles adoptées par Mozart, et nous citerons notamment à cet égard la strophe quatrième, Quae mœrebat. Quelquefois seulement, par exemple au début de la première partie, c'est peut-être à tort que la partie des violons a été transférée aux bassons et aux clarinettes ; non que l'auteur ait méconnu ici le caractère de ces derniers instruments, mais parce que la basse conservée des instruments à cordes parait trop pleine et trop sonore avec les nouveaux dessus.

Toutefois il est étonnant que l'auteur d'un travail si consciencieux se soit laissé entraîner une fois à altérer la partie de basse au commencement de la deuxième strophe, où M. Lvoff a modifié la phrase entière, au grand désavantage de la mélodie primitive, ce qu'il aura fait sans doute pour éviter un passage d'une certaine dureté qui se trouve chez Pergolèse dans la partie d'alto. Mais il y avait, selon nous, moyen de remédier à cette rudesse sans sacrifier la jolie basse du grand compositeur. C'est, du reste, le seul exemple, dans tout l'ouvrage, d'un changement défavorable et inutile. Il témoigne à cela près du zèle le plus consciencieux et d'une appréciation pleine de délicatesse du chef-d'œuvre ancien, même dans de petits détails d'un caractère un peu suranné.

Ce qu'il y a de plus audacieux dans l'entreprise de M. Lvoff est, sans contredit, l'adjonction des chœurs, puisque Pergolèse n'écrivit le Stabaf que pour deux voix : une de soprano, une de haute-contre. A la rigueur, il eut mieux valu respecter l'intention originelle du maître ; mais comme pourtant cette introduction de chœurs n'a nullement gâté l'ouvrage, et que, d'ailleurs, les deux parties de chant primitives ont été conservées dans toute leur indépendance, on ne saurait adresser à l'arrangeur aucun blâme sérieux, et il faut même reconnaître qu'il a ajouté à la richesse de l'ensemble, car cette adjonction a été opérée

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