‹ Dix leçons de photographieChapitre 8 sur 24 · S^-TS · texte numérisé non relu

S^-TS

66 QUATRIÈME LBGON.

cette réaction se fera d'autant plus vite et elle sera d'autant plus complète que le chlorure d'argent sera mêlé à une substance organique, de Valbumine (du blanc d'œuf), de la gélatine, par exemple.

Voici une feuille de papier qui a été recouverte d'un mélange de chlorure d'argent et d'albumine; nous l'avons exposée au soleil en préservant un espace au milieu; tout est devenu noir, sauf la partie préservée. En voici une autre recouverte de chlorure d'argent et de gélatine ; le même effet s'est produit.

Vous voyez là, en principe, l'explication du tirage des épreuves positives. En effet, prenons un cliché photographique : dans celui-ci le ciel est noir, les parties sombres sont transparentes, mettons derrière un papier sensible au chlorure d'argent et plaçons-le au soleil ; toutes les parties préservées resteront blanches, les autres noirciront, et nous aurons une épreuve.

Mais il n'est pas indispensable de laisser exposé à la lumière un papier au chlorure d'argent jusqu'à ce que la réaction soit complète ; on peut se contenter d'une courte exposition et continuer l'action de la lumière au moyen d'un réactif, Vacide pyrogallique, par exemple.

Passons maintenant à un autre sel d'argent sensible.

Voici une dissolution d'iodu7'e de potassium; versons dedans du nitrate d'argent, il se produit aussitôt un précipité blanc jaunâtre, un peu différent de celui donné par le chlorure de sodium : c'est Yiodure d'argent.

Prenons maintenant une solution de bromure de

ACTIONS CHIMIQUB8 DE LÀ LUMIÂRB. 67

potassium et igoutons du nitrate d'argent; il se produit un précipité blanc, intermédiaire comme teinte entre le chlorure d'argent et Tiodure d'argent : c'est le bromure d'argent.

Si l'on expose à la lumière ces deux composés, iodure et bromure, ils seront attaqués et deviendront d'un gris plus ou moins foncé, jamais complètement noir, comme le chlorure d'argent; mais ils passeront rapidement au noir si, après leur exposition à la lumière, nous les soumettons à l'action de l'acide pyrogallique.

Ici nous avons affaire à deux sels d'une sensibilité extrême, et il suffit d'une exposition d'un centième de seconde pour provoquer le noircissement du bromure d'argent; l'iodure est un peu moins sensible.

Voilà donc les composés qui nous permettront d'obtenir des négatifs, car les images de la chambre obscure ont une luminosité suffisante pour agir sur l'iodure et le bromure d'argent.

Mais continuons l'étude des réactions chimiques que nous donneront ces trois composés sensibles.

Nous venons d'en constater deux :

!•* Action directe de la lumière provoquant un changement d'état, un noircissement;

2o Action continuatrice de certains corps réducteurs, les dévelappateurs.

Enfin, il en reste une troisième catégorie, celle des fixateurs.

Prenons une dissolution d'hyposulfite de soude et versons-en une certaine quantité dans le chlorure d'argent blanc, il se dissout aussitôt; le même effet se

68 QUATRlàlfE LEÇON.

produit avec Tiodure et avec le bromure d'argent.

Mais faisons agir ce même corps sur ces trois sels modifiés par la lumière et devenus noirs : ils ne sont pas dissous.

C'est l'opération du fixage, tant des épreuves positives (chlorure d'argent) que des épreuves négatives (iodure et bromure).

Que se passe-t-il alors? Voici une épreuve positive non fixée; si nous la mettons de nouveau à la lumière, les parties d'abord préservées et qui se sont conservées blanches subiront à leur tour l'action delà lumière, elles noirciront; il en serait de même pour une négative.

Il faut donc, avant de les exposer à la lumière, avant de sortir du laboratoire obscur, enlever ces parties blanches et ne laisser que les parties noires : c'est ce que fait le fixateur, Yhyposulfite de soude.

D'autres substances peuvent remplacer l'hyposulfite : Y ammoniaque, par exemple, pour le chlorure d'argent, les sulfocyanures pour tous les sels d'argent, mais l'hyposulfite est le seul employé aujourd'hui; c'est le plus commode et le meilleur marché, car il coûte 0^»*, 30 le kilogramme, tandis qu'autrefois on le payait 2f»". Mais c'est là une loi du progrès : plus une substance est employée, plus son prix baisse; aux industriels à trouver les méthodes de fabrication qui leur permettent de produire à meilleur compte.

Nous examinerons maintenant, d'une manière sommaire, les procédés photographiques qui utilisent les

sels d'argent que nous venons d'énumérer, et nous suivrons l'ordre chronologique, en commençant par les plus anciens pour arriver à ceux en usage aujourd'hui.

Procédé Daguerre.

Comme je vous l'ai dit déjà, Daguerre faisait usage de plaques d'argent, et il obtenait la couche sensible d'iodure d'argent en exposant la surface soigneusement décapée de la lame d'argent aux vapeurs d'iode.

Voici quelles étaient les différentes opérations nécessaires pour obtenir un daguerréotype, et je comprends dans celles-ci les modifications apportées au procédé primitif, et qui donnaient de magnifiques résultats.

Les plaques étaient composées d'une mince lame d'argent appliquée sur une plaque de cuivre; il fallait tout d'abord décaper la surface, enlever toutes traces de substances étrangères, et obtenir en même temps un poli parfait. Le décapage se faisait à l'eau très légèrement acidulée; puis le polissage à la terre pourrie se commençait à l'huile, se finissait à sec au moyen d'un tampon de coton ou de peau de daim. Un lavage à l'eau alcoolisée terminait ces opérations préalables, assez délicates et toujours longues.

La lame d'argent ainsi préparée était soumise aux vapeurs d'iode dans une boîte spéciale ; cette opération pouvait durer de trois à trente minutes; elle était terminée lorsque la surface de la plaque avait pris une teinte jaune d'or.

H^JTJWÇ^^-

Daguerre se contentait de couches ainsi préparées et uniquement composées d'iodure d'argent, mais ces plaques manquaient de sensibilité et demandaient de longues expositions à la chambre obscure. M. Fizeau découvrit dans les vapeurs de brome une substance accélératrice importante : ces vapeurs faisaient passer la couche jaune d'iodure d'argent au rose, puis au violet ; on soumettait une seconde fois la couche aux vapeurs diode, et le temps de pose était ainsi considérablement réduit; les portraits à l'ombre étaient possibles.

Le développement se faisait en exposant la plaque passée aux vapeurs de mercure dans une boîte spéciale dont le fond était formé par une capsule de fer. En chauffant avec une lampe à alcool, le mercure émettait des vapeurs qui venaient se condenser sur la plaque et formaient un amalgame blanc dans les parties insolées; les noirs étaient formés par l'argent bruni.

On fixait àl'hyposulfite de soude; enfin un virage à l'or (hyposulfite d'or de Fordos et Gélis) rehaussait les teintes de l'image et diminuait le miroitement si désagréable des premières épreuves.

Les images ainsi obtenues étaient d'une finesse extrême, et leur modelé n'a jamais été dépassé par aucun des procédés modernes; vous pouvez vous en convaincre en examinant les épreuves que j'ai pu réunir. Mais elles avaient un grave défaut, il fallait recourir à une exposition nouvelle à la chambre obscure pour chaque épreuve; de plus, la couche sensible ne se conservait pas au delà de quelques minutes : il fallait

donc préparer sur place, et le travail loin du laboraratoire était impossible.

Il existe peu aujourd'hui de daguerréotypes, et cependant il y a souvent grand intérêt à conserver ces épreuves; si elles sont plus ou moins altérées, voici un moyen fort simple de les restaurer. On les lave avec soin avec de l'eau alcoolisée, puis à l'eau distillée; on passe ensuite la plaque dans un bain de cyanure de potassium à 1 pour 100; sous l'action de ce réactif, les taches disparaissent, et l'épreuve prend tout son brillant ; mais il faut surveiller attentivement l'efiFet du cyanure qui pourrait enlever l'image tout entière si on la laissait trop longtemps dans le bain de cyanure; on lave à grande eau, on fait sécher à la lampe à alcool et l'on encadre de nouveau. Inutile de recommander de ne toucher la couche sous aucun prétexte, de la frotter, même avec du coton, car tout disparaîtrait sous le moindre effort.

Papier négatif.

Le procédé primitif de Talbot était assez compliqué et peu pratique; repris par M. Blanquart-Evrard, il devint au contraire d'une exécution facile. Modifié peu à peu, ce procédé fut appliqué principalement aux vues de monuments et de paysages. Tout d'abord employé à l'état humide, il consistait à imprégner une feuille de papier d'iodure de potassium en solution dans l'eau à raison de 3 pour 100; une fois sec, ce papier était plongé dans une solution de nitrate d'argent à 5 pour 100

Mitionnée d'acide acétique cristallisablâ pour con- ;rver les blancs. Exposé humide, il se développait à lide d'une solution saturée d'acide gallique et se fixait l'hyposulflte de soude.

Ce procédé était égalemeot employé tel quel par .. Blanquart-Evrard pour le tirage par contact des ireuves positives; celles-ci n'étaient pas altérées par temps, et je puis mettre sous vos yeux des épreuves nsi faites il y a quarante ans : elles n'ont pas changé. Ce mode de tirage vient d'être repris dans cesderniers mps et j'aurai l'occasion de revenir sur cette méthode. Cependant le papier humide était peu commode à nployer. Ou ne pouvait opérer qu'à proximité du boratoire, il fallait trouver un moyen qui permit de inserver le papier sensible à l'état sec. En imprégnant ) cire le papier & préparer, M. Legray résolut le proème et obtint d'admirables épreuves. Voici la desiption de son procédé.

Le papier doit être choisi pas trop épais, lO^e la ,me, et celui dit de Rives est toujours réputé le eilleur. On marque tout d'abord l'envers du papier, est le côté qui laisse voir les mailles de la, toile étallique delà machine. C'est là une condition eesenelle dans tous les procédés sur papier pour obtenir !s négatifs sans grains et d'une grande finesse. On procède ensuite au cirage en plongeant chaque uille de papier dans un bain de cire vierge fondue, l'aide d'un fer à repasser modérément chaud et de ipier buvard blanc, on enlève tout l'excès de cire, de fon à obtenir des feuilles transparentes.

Ce papier ciré est plongé dans le bain suivant :

Eau de riz ou petit-lait : 1000"

lodure de potassium 15 «'

Bromure de potassium. 2

Sucre de lait 30

Le papier séché par suspension est sensibilisé par immersion dans

Eau 1000"

Nitrate d'argent cristallisé 705'

Acide acétique cristallisable 90

On lave abondamment de façon à éliminer tout le nitrate d'argent libre et l'on sèche dans du papier buvard blanc.

La pose est longue, de cinq à quinze minutes, suivant l'objectif employé.

Legray développait à l'acide gallique, mais on obtient de bien meilleurs résultats avec l'acide pyrogallique, comme nous allons l'indiquer.

Cette opération du cirage était encore assez compliquée : aussi les chercheurs essayèrent de la supprimer, et M. Pélegry, un Toulousain, mettant à profit une observation de Poitevin, réussit à conserver tout autrement la sensibilité du papier ordinaire imprégné d'iodure d'argent. Poitevin a, en effet, démontré que l'iodure d'argent, qui devient presque insensible à sec, était sensibilisé à nouveau par une solution de tanin.

Le procédé Pélegry consiste donc à iodurer du papier non ciré dans le bain au sérum dont nous venons de

Trdtat. — Dix Leçons, 7

74 QUATRIÉMB LEÇON.

donner la formule, à le sensibiliser à la manière ordinaire et à le plonger après lavage dans une solution de tanin à 3 pour 100. Le laisser sécher ensuite par suspension à l'air libre.

Le développement se fait avec

Eau 300-

Acide pyrogallique 2^''

Acide citrique 1

plus quelques gouttes de nitrate d'argent à 2 pour 100. On peut également employer le développement alcalin qui permet de réduire les poses. Voici la formule proposée :

Eau 1000"

Carbonate d'ammoniaque translucide 50

Acide pyrogallique (solution alcoolique à 10 pour 100) 20

ce

L'épreuve développée dans ce bain manque de vigueur; on lave alors et Ton monte l'épreuve en l'immergeant dans un bain à l'acide pyrogallique, acide additionné de nitrate d'argent.

Ce procédé, entre les mains de M. Pélegry, a donné de magnifiques résultats pour le paysage, et nous regrettons vivement son complet abandon. En l'appliquant aux grandes dimensions, il est certainement de tous les procédés celui qui donne les résultats les plus artistiques; mais il manque toujours de sensibilité, et c'est ce qui le fait rejeter aujourd'hui par ces temps de pose instantanés.

J'ai donc cherché à donner au papier négatif la sensibilité qui lui manquait, et j'ai réussi, je crois, à résoudre le problème ainsi posé. Sur ma demande, MM. Lumière sont parvenus à appliquer sur papier leurs excellentes émulsions; c'est là, allez-vous me dire, une chose bien simple et de la plus élémentaire facilité. Tout au contraire, la chose a été difficile, et ce n'est pas du premier coup que ces Messieurs ont obtenu des couches régulières sur papier; si l'opération était aisée pour les papiers positifs, elle a présenté de grandes difficultés pour les négatifs.

Sur les clichés ainsi produits, vous pouvez voir que la finesse est presque égale à celle des clichés sur verre, et surtout que les contours sont nets, sans auréole, sans halo, comme la chose arrive trop souvent avec le verre.

M. Balagny fabrique également un papier négatif; mais ici la feuille de papier ne sert que de support provisoire : elle doit être enlevée après le fixage, et le résultat définitif est un cliché pelliculaire. Le procédé est excellent, mais il ne peut être appelé procédé sur papier : il n'en possède pas en réalité les avantages ; cependant il a d'autres qualités qui le rendent très précieux.

Je le répète encore, l'abandon du papier négatif est regrettable; mais, pour obtenir avec lui tout ce qu'il peut donner, il faut s'attaquer aux grandes dimensions : 30 X 40 par exemple. Aujourd'hui, la chambre à main a détrôné tous les autres appareils, et il n'est plus d'amateur assez courageux pour traîner avec lui

le matériel lourd et encombrant que nécessitent les épreuves de grandes dimensions : c'est là une chose fâcheuse, j'ose le dire.

Procédés sur verre.

Les clichés sur papier obtenus par Blanquart-Evrard et par Legray manquaient toujours un peu de finesse, car le grain du papier apparaissait tout au moins dans les demi-teintes. C'était là un défaut, alors surtout que l'on pouvait voir combien étaient fines et détaillées les épreuves obtenues par Daguerre sur plaques d'argent.

C'est en cherchant à corriger ces défauts du support de l'image que Niepce de Saint- Victor, neveu de l'inventeur de la Photographie, trouva la Photographie sur verre et fut ainsi le promoteur des procédés modernes.

Pour donner du corps à la couche d'iodure d'argent et faciliter son adhérence à la plaque de verre, il eut l'idée de l'incorporer à une couche d'albumine.

Il préparait cette couche en prenant :

Albumine 100"

lodure de potassium 1 «'

Iode en paillette traces.

Il battait en neige les blancs d'œufs (albumine) de façon à obtenir un liquide pouvant se filtrer. Il étendait sur une plaque de verre, laissait sécher, à l'abri des

poussières, et sensibilisait dans

Eau 100"

Nitrate d'argent 3 »'

Acide acétique cristallisable 9

Il lavait abondamment et terminait par un bain d'eau contenant une très petite quantité d'acide gallique.

Les plaques ainsi préparées se conservaient quelque temps.

Le temps de pose était long, presque égal à celui qu'exigeaient les papiers; le développement se faisait de la même manière.

La finesse des images ainsi obtenues pouvait rivaliser avec des épreuves sur plaques d'argent, et nul autre procédé ne l'a jamais dépassée sous ce rapport. Mais la pratique du procédé de Niepce présentait des difficultés et demandait des soins minutieux, la moindre poussière causait des taches irrémédiables; aussi a-t-il été abandonné, et il n'est plus utilisé aujourd'hui que pour le tirage des épreuves positives transparentes destinées aux projections.

Procédés aa collodlon.

A peu près à la même époque ( 1854) apparaissait en Chirurgie une substance nouvelle, le collodlon, qui servait à rapprocher et à maintenir le bord des plaies. Le collodion n'était autre qu'une dissolution de coton azotique dans un mélange d'éther et d'alcool.

Legray, que nous avons déjà trouvé utilisant le papier ciré pour les négatifs, eut l'idée de remplacer l'albumine des plaques de Niepce de Saint-Victor par du coUodion, et il obtint des couches d'une finesse presque égale, mais d'une sensibilité bien plus considérable.

Cette dernière qualité rendit le portrait possible, et tua immédiatement le daguerréotype, en même temps qu'elle donnait à la Photographie une très rapide extension.

Le collodion régna ainsi en maître dans l'atelier du photo^^^raphe et donna, entre des mains habiles, d'admirables résultats; mais, à son tour, il devait être détrôné par le gélatinobromure.

Voici les .formules les plus usitées pour le procédé au collodion.

Page 1