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L*ALBUM DE KARL

Un homme dont on dit publiquemeot qa'il est 00 original et dont on imprime les excentricitéjs, est à mes jeux uq personnage presque aussi ridicule et dans une situation aussi fausse que celui qui a la renommée d'être discret. L originalité sincère est simple comme l'innocence, pudique comme la violette ; elle évite les cheveux trop longs, les chapeaux pointus» los barbes voyantes. Quani au véritable homme discret, c'est celui dont on nie parle pas ; je n'en connais poini d*autre.

Est-il rien de plus fou que de dire : t — Un bovice en amour 1 > et de fair^ des catégories en ces sortes d'aventures ?

Là où nous dépendons du hasard et des inde^ vinables retours d'un cœur, jouet lui-même du hasard, je me demande à quoi peut servir l'expérience, sauf lorsque nous sommes intelligents k nom agqerrir et à nous épargner la sottise des

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Karl disait d'une certaine figure :

Elle n'a rien en soi de laid, mais elle me rappelle tout ce que je trouve laid, tout ce que je n'aime pas.

X... n'est pas un mauvais cœur, ni davantage un homme sans cœur ; c'est un cœur mal élevé.

Aussi bien qu'il y a plusieurs sortes d'admi-» rations, il y a plusieurs époques pour admirer. La plus charmante, la plus heureuse, est Ta^ïmiration que nous éprouvons à dix-huit ans pouf les devanciers immédiats, nos aînés de dix ans. Cela passe comme la jeunesse, mais c'est un rayon enterré : il reviendra pour d';iutres.

Fragment d'un portrait à la plume :

c Son instruction était nulle, son goût routinier, son esprit bourgeois ; moi j'ai tout vu et tout In ; aiLcuDâ révoltB intellecjtoi^Iû, aucune audace de la pensée ne me décor^ierta, H tm\a$

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me plaisent. Je devais donc périr d'ennui auprès d'elle. Mais elle avait un si grand cœur que, lorsque sa raison, sa prudence, son honnêteté prenaient la voix de ce cœur, elle atteignait à la seule éloquence qui m'ait jamais persuadé oa converti. Les autres n'ont jamais su que me distraire. >

Co n'est pas seulement dans l'ordre des journées,- mais bien en toutes choses que le matin est

incomparable.

U y a des hommes à propos desquels on ne songe plus à définir l'honneur, la probité, la délicatesse, la bonté. U semble qu'on les voie marcher avec eux, et Ton n'a plus qu'à regarder. Vous savez l'histoire de cet ancien à qui l'on demandait de prouver le mouvement ?

Je n'ai guère connu d'amour exclusif ni de passion dominante, qui ne procédât de l'ennui.

Un souverain désirait être peint calmo sur un cheval fougueux.

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Combien j'en ai connus, au contraire, de ces cavaliers foHgueux sur des rosses paralysées !

Dans un certain degré de guignon, c'est une des plus alarmantes formules du désespoir que de voir systématiquement les choses telles qu'on les souhaite.

' Dans la vie la plus haletante, la plus orageuse, il y a de ces repos forcés où, traqués dans une forêt hérissée de nos ennemis, nous nous asseyons délicieusement au pied du premier arbre venu.

Le public, et même la critique exercée, se trompent bien plus fréquemment sur le génie que sur le talent.

En effet, le talent, chose relative et temporaire, produit additionné d'un certain nombre de choses acquises, d'une certaine volonté^ d'une certaine discipline, est aisément reconnu et goûté par la plupart des contemporains, qui n'auront point à revenir sur leurs pas. Tout est donc bien pour ce qui regarde le talent. Pour ce qui est du génie»

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au contraire, on sera ordinairement porté i qualifier de ce nom, surtout aux époques où le talent abonde, une brusquerie, une violence, un excès, des cris, une disproportion.,. Bref, ce qui n'est point le talent, et parce que ce n'est point lai. Plus tard, on voit qu'on s'est trompé, et la réaction est féroce. Le talent s'adressp au présent, le génie à l'avenir. Comptons...

11 7 a de& gens pour qui tout est simple^ même les fouillis les. plus enchevêtrés. Je le crois bien : ils s'en moquent. V embrouillamini commence aux tentatives de débrouiller.

Je ne sais pas s'il existe un homme infaillible, mais je sais bien que je n'ai jamais vu un homme conséquent avec lui-même.

On répare un mauvais procédé. Beaucoup d*amîtiés vives et sincères n'ont pas eu d'autre origine que réclaircissement d'uo malentendu. On corrige, on dissimule uae antipathie. Le souve&ir taisant d'une gêne lai-môme s'éieint.

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mais rien n'empêche Teffet d'une différence d'éducation.

Se pourrait-il que rhomme fût né pour être déçu et trompé ? Je cherche inutilement à quoi rattacher l'éclair de délivrance qui traverse le désespoir d^un grande trahison, le filet de plaisir qui se glisse dans ce désarroi. Od va faire naufrage, mais il semble qu'on ait jeté pardessus bord le fardeau des responsabilités. On est ruiné, mais il semble qu'on ait payé la grande dette. On est harassé, mais on va enfin dormir I

Le véritable amour est partageux. Un accès de colère contre ce qui nous arrive de bon, et ce que nous voyons de beau sans elle, est le meilleur indice de Tamour.... au bel âge.

Tout homme que je vois se moquer avec persistance et pénétration d'un certain vice, n'importe lequel, mais principalement l'avarice et l'esprit d'intrigue, et qui en met partout, ne me laisse pas douter qu'il en soit lui-même possédé, pour s'en occuper si fort et le tant connaître.

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C'est aiDsi que parler mal sans trêve de certaines gens, a passé pour le masque de l'amour. Il y a l'amour honteux comme les pauvres honteux.

La même chose exactement, faite dans les mêmes conditions par celui-ci ou par celui-là, vous plaît ou vous blesse... Il n'y a pas d'autre explication du charme.

La meilleure façon de bien vouloir, c'est peutêtre de ne pas trop savoir pourquoi.. . Voyez les femmes.

On en voit qui sont honorés d'être les parents ou les amis de gens très peu fiers d'être euxmêmes.

11 y a deux états pour une œuvre d'art :

Ce qu'elle est en sortant des mains de son auteur» et ce que la fait le succès.

Vous reconnaîtrez le faux amour à ce signe que, malgré serments et délires,il est une prison de ténèbres que traverse parfois comme une

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Tision de sagesse, de liberté et de lumière, l'idée qu'on pourrait ne pas aimer.

— On a été prendre chez X. des renseignements sur vous ; il les a donnés détestables.

— Je suis sauvé... On verra qu'il n'est paa mon ami.

11 faut comprendre celui-ci pour l'aimer; 11 faut aimer celui-là pour le comprendre, La loi d'amour et la loi d'intelligence arrivent ainsi à se fondre en une seule loi, dernière sauvegarde de l'humanité.

Certains esprits se croient et se font croire délicats et fins, uniquement parce qu'ils n'ont ni éclat ni abondance. Ne dit-on pas des parfums que, moins leur odeur est forte, plus ils sont de prix et distingués ? mais encore est-il indispensable qu'ils sentent, pour être des parfums. La même règle s'applique à l'esprit.

Je ne sais pas ce qu'il nous revient, à nos derniers jours, de la gloire, de la richesse.. « Je*

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ne veax poar Id grand âge, si j'y atteios, qae le bonheor de n'avoir pas désiilasionné un Yraiment honnête homme.

— Do moins je ne sois pas inléressé dans la question, nous dit avec une dignité comique l'ennujAux X.. qui parle de tout et si mal.

— A cet âge, se tromper encore do participe !

Le mépris qui s*allie arec un goût persistant pour la personne ou la chose méprisée, voilà qui n'est pas rare, et qui devrait bien rabattre de l'orgueil de notre espèce privilégiée.

Il peut nous arriver de penser sur le fond des choses exactement comme certaines gens, et cependant de ne nous trouver jamais de leur avis ; il peut nous arriver aussi d'être grandement séparés en toutes matières d'autres gens, 61 d'être toujours d'accord avec eux. Nommez cela surprise, charme, aflfabilité, courtoisie, savoir-faîre éloquence... dites même que cela n'est pas bien, mais cela est.

FIN

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