‹ Docteur Jean BinotChapitre 2 sur 3 · DOCTEUR ROUX · texte numérisé non relu

DOCTEUR ROUX

Le dimanche, 28 novembre, les amis du Dr Binot accompagnaient son cercueil de la rue Cassette à 1 église Saint-Sulpice, et de là au cimetière du Père-Lachaise. Devant cette tombe ouverte, M. Roux prononça ce discours :

Le camarade que nous venons de perdre sera infiniment regretté à l’Institut Pasteur, à cause de sa bonté, de sa fidélité à ses amis, de son empressement à obliger, et aussi des services scientifiques qu'il a rendus.

Au sortir de l’internat, en 1894, il était venu dans la maison de Pasteur pour suivre les leçons de bactériologie, et il y est resté. Son ardeur au travail, une habileté qui lui permettait de réussir les manipulations les plus délicates, l'avaient fait distinguer parmi les élèves. On pouvait déjà prévoir que Jean Binot serait un technicien hors ligne. Aussi, après un stage, lui avions-nous confié la préparation du cours de bactériologie. Les centaines de médecins de tous les pays qui l’ont suivi savent comment Binot s est acquitté de cette tâche. Il a été le préparateur modèle. Il possédait les qualités d exactitude et d’ingéniosité sans lesquelles cette fonction ne peut être convenablement tenue. Depuis qu’il a été chargé de ce service, l'abondance et la variété du matériel de démonstration ont été l’un des meilleurs éléments du succès des cours donnés à l'Institut Pasteur. Binot se faisait un point d’honneur de ne montrer que des cultures caractéristiques et des préparations irréprochables : il excellait à les présenter sous l’aspect le plus artistique.

I! avail compris que, clans un grand institut microbiologique, 1 enseignement et les recherches seraient singulièrement lacilitès par l’existence d’une collection de tous les microbes connus et provenant d’une origine authentique. Il a entrepris de doter l’Institut Pasteur de cet outil de travail indispensable. Pour y réussir, il fallait, outre les connaissances étendues en microbiologie, de l’ordre et une volonté peu commune. Les hommes du métier peuvent seuls se rendre compte du travail que comporte l’entretien de centaines d’espèces microbiennes, exigeant des conditions différentes pour croître et se maintenir actives. A cet énorme labeur, se joint encore la correspondance avec les savants qui décrivent des microbes nouveaux ou qui demandent des échantillons contrôlés. Binot s'était consacré à cette œuvre avec une passion qu’il avait su communiquer au personnel de son service, et même à sa femme. Que d’heures Mme Binot a passées au laboratoire, en véritable compagne de savant, à la fois épouse et collaboratrice 1

La collection réunie par Binot était mise libéralement à la disposition des travailleurs ; les bactériologistes de tous les pays y ont puisé. Nombre de travaux ont été ainsi facilités, et leurs auteurs apprendront avec regret la disparition du savant obligeant auquel ils ont eu si souvent recours. Ses collègues de l’Institut Pasteur lui garderont une profonde reconnaissance pour le service qu’il a rendu à la science, en fondant ce conservatoire des microbes qui portera son nom.

A la direction des collections, Binot joignit en 1900 celle d’un laboratoire d’enseignement. Il se donna avec entrain à la conduite des travaux pratiques, et dix générations d’élèves proclament son dévouement. Il passait ses journées au milieu d eux, les initiant avec une bonne humeur inlassable à cette technique bactériologique qu'il savait si bien.

La situation de fortune de Binot lui assurait l'indépendance; ses goûts artistiques, son talent de musicien mettaient

dans sa vie un intérêt puissant, et cependant il est venu à la science attiré par une vocation plus forte.

Binot était modeste au point de douter de soi-même, sensible jusqu’à souffrir de ce qui aurait à peine ému un autre; il a connu le noble tourment de ceux qui, tout en se donnant pleinement à leur devoir, craignent toujours de lui rester inférieurs. Je tiens à lui rendre ici le suprême témoignage, qu'il a rempli sa tâche avec conscience et succès. Il sera difficilement remplacé dans la place qu’il occupait, car elle convenait à ses aptitudes, à ses qualités d ordre et de patience. Il a été de ces collaborateurs précieux auxquels on ne fait jamais appel en vain.

Après avoir salué ce cher disparu comme directeur de l’Institut Pasteur, je voudrais, en qualité de président du Conseil supérieur d’hygiène de France, dire les regrets que Binot laisse dans cette assemblée. Là aussi il a été le travailleur attentif, accomplissant sans bruit la besogne la plus utile.

Depuis que la loi de 1902 a prescrit la désinfection obligatoire, les appareils destinés à cet usage doivent être autorisés par le Conseil. Binot faisait partie de la commission chargée de leur examen ; on peut dire qu’il en fut le membre le plus actif. C’est lui qui a fait l’étude des méthodes les meilleures pour s’assurer de l’efficacité de la désinfection. L’inépuisable fécondité des inventeurs l'a obligé à des centaines d’expériences au laboratoire du Conseil supérieur, en collaboration avec MM. Bonjean et Dauvergne. Binot a accepté ce surcroit d occupations avec sa simplicité ordinaire, se transportant dans les fabriques, soit à Paris, soit en province, suffisant à tout, parce qu’il savait ordonner le travail avec précision. Le contrôle des appareils prescrit par la loi a été réalisé par cette consciencieuse équipe rapidement et avec le minimum de frais, au grand avantage de la santé publique.

11 n’y a pas encore une semaine, Binot lisait en séance

du Conseil un rapport plein d’intérêt, tel qu’un bactériologiste consommé peut en écrire. Qui aurait pu croire que nous l’entendions pour la dernière lois? Les membres du Conseil supérieur d’hygiène sont unanimes à déplorer la mort de ce bon serviteur de la chose publique.

Ceux qui ont été admis dans l’intimité de Binot peuvent seuls comprendre l’immense douleur de sa femme et de sa mère. Je leur transmets les sympathies qui s’élèvent de toute part, et les regrets de ceux qui ont connu leur cher disparu, et je voudrais essayer d’adoucir leur peine en rappelant combien la carrière de Jean Binot, cependant si courte, a été utile.

KVllF.UX, IMPlUMlillIE CH. IIÉHISSEY, PAUL IIÉHISSEY, SUCC

Hékoj .Dujardin

Plaque de culture de Sporotnchum Globuliferum

oo

rQ

nrf

Ph

IA

Page 1