XLV.C LECTURE
Devoirs des Disciples envers leurs Maîtres.
Ohedite prcepositis vestris , et suhjacete eis ; if si enim pervigitant , quasi rationem fro animaéus vestris reddituri , ut cum gaudio hoo faeiant et non g ententes ; hoc enim non exfedit voiis.
Obéissez à vos conducteurs, et soyez soumis à leur autorité : car ce sont eux qui veillent pour le bien de vos âmes , comme devant en rendre compte , afinj qu'ils s'acquittent de ce devoir avec joie , et non en gémissant ; ce qui ne vous seroit point avantageux. Heir. i5.
Ijes maîtres qui sont chargés d'élever les enfans , tiennent auprès d'eux le premier rang , après leurs pères et mères. Leur fonction es!; d'enseigner à leurs élèves la religion et les sciences humaines , de veiller sur leur conduite , de former leur cœur et leurs sentimens. Ils sont obligés d'avoir pour leurs disciples un cœur de père , et d'en remplir les devoirs. Les disciples doivent donc , de leur côté , les honorer à peu près comme ils honorent leurs parens : ils doivent à leurs maîtres le respect , l'amour , la docilité et la reconnoissance. Leur premier devoir 9 à l'égard des maîtres , est de les respecter. Votre père , mon cher Théophile , vous a donné la vie; il tient, à votre égard , la place de Dieu; c'est à ce double titre que vous êtes obligé de le respecter ; mais le maître qui vous forme à la vertu et à la science , n'est-il pas aussi en quelque sorte le père de votre âme et de votre esprit? N'est-il pas pour vous l'in-
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terprète de Dieu ? Il n'y a proprement qu'un seul maître , qui est la sagesse et la vérité éternelle : c'est cette lumière qui éclaire tout homme qui vient dans ce monde. Le maître qui vous enseigne consulte le premier cette lumière , et son devoir est de vous la montrer. C'est donc Dieu qui vous instruit par son organe. Avec quel respect, avec quelle attention ne devez- vous donc pas l'écouter ! Apprenez un beau trait de l'empereur Théodose. Ce prince entra un jour dans l'appartement de son fih , dans le temps qu'Arsène , précepteur du jeune prince, lui faisoit la leçon. Arsène étoit debout, et le prince assis : Théodose en témoigna son mécontentement ; il ôta à son fils les ornemens de sa dignité ; il fit asseoir Arsène à sa place , et ordonna au jeune prince de recevoir, debout et tête nue , les leçons de son maître. Voilà ce qu'un grand empereur pensoit des égards qui sont dus aux maîtres. Le second devoir d'un disciple envers ses maîtres est djp les aimer. Vous serez bientôt convaincu , mon cher Théophile , de cette obligation , si vous faites attention aux peines que se donnent tous les jours ceux qui vous instruisent. Un maître consacre , pour le bien de ses élèves , son temps , ses veilles , sa santé, je dirois presque sa vie ; il sacrifie pour eux sa liberté , et se réduit à une espèce de servitude ; il supporte avec patience le dégoût , l'ennui de répéter sans cesse les mêmes choses. Quels droits n'acquiert-il pas sur votre cœur, tandis qu'il fait pour vous tant de sacrifices 9 et qu'il vous procure des avantages si estimables ! Les avis qu'il vous donne vous sont nécessaires ,
Bécilocl't:. sog
pour éviler les dangers auxquels les passions vous exposent ; c'est un frein salutaire qui vous arrête , et qui vous empêche de tomber dans les précipices ouverts de tous côtés sous vos pas. Les réprimandes qu'il vous fait quelquefois , ne doivent point affoiblir votre amour , si vous êtes raisonnable. Il vous reprend; mais c'est par zèle pour votre avancement : s'il vous aimoit moins , il ne prendroit pas tant à cœur votre éducation. Ce n'est qu'à regret qu'il use de sévérité , et sa tendresse souffre toujours des reproches qu'il est obligé de vous faire. Qui vous reprendra de vos fautes , si ce n'est celui qui est établi votre guide ? Le troisième devoir des disciples 9 c'est la docilité. Comme le devoir du maître est d'instruire, celui du disciple est de se prêter à l'instruction. Quelque habile que soit le maître , quelques peines qu'il se donne , ses élèves ne profiteront pas de ses leçons et de ses avis , s'ils sont d'un caractère indocile et d'une humeur difficile , que l'on ne sait comment prendre. On voit quelquefois dans le monde des hommes qui ont passé par les exercices ordinaires de l'éducation publique, et n'en ont retiré presque aucun profit ; ils sont incapables des emplois dont ils se trouvent chargés , et ils y commettent une infinité de fautes par leur ignorance. Voulez-vous savoir d'où vient ce désordre ? interrogez ceux qui les ont connus dans leur jeunesse: c'étaient, vous diront-ils, des esprits rebelles , pleins d'euxmêmes, et déterminés à ne jamais plier sous l'autorité; ils n'écoutoient les avis de personne; ils ne pouvoient souffrir aucune réprimande ; ils se croyoient tout permis à l'égard de leurs
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maîtres, ils relevoient leurs moindres défauts ; ils ne leur pardonnoient rien ; ils prenoient un plaisir malin à parler mal d'eux , et à indisposer les autres contre eux. Qu'est- il arrivé ? Ils sont restés ignorans et pleins de défauts,, et sont devenus des hommes au moins inutiles et méprisés du public; en un mot, ils sont de mauvais citoyens, parce qu'ils ont été dans leur jeunesse des disciples indociles. Ne les imitez pas , mon cher Théophile ; mais suivez le conseil que le Saint-Esprit vous donne dans l'Ecriture. « Mon fils, aimez à être instruit dans votre » jeunesse , ayez un cœur souple et docile aux ». leçons de vos maîtres ; et vous acquerrez une » sagesse qui ne vous quittera point jusque » dans la vieillesse. » ( Eccl. 6. ) N'est-il point dans l'ordre que les enlans se laissent conduire par ceux qui ont nécessairement plus jde lumières et d'expérience qu'eux? Enfin , le quatrième devoir d'un disciple à l'égard de son maître , c'est la reconnoissance. Vous ne sentez peut-êlre pas maintenant l'obligation que vous avez à ceux qui vous instruisent, ni l'importance du service qu'ils vous rendent ; mais un jour vous connoîtrez le prix d'une bonne éducation, et vous comprendrez combien vous leur êtes redevable. Le bienfait de l'éducation ne sauroit s'estimer : on n'en est pas quitte envers ceux de qui on l'a reçu , en leur payant un modique honoraire. Les avantages que l'on en retire durent autant que la vie : la reconnoissance d'un disciple ne doit point avoir d'autres bornes.
C'est vous , ô mon Dieu ! qui êtes notre véritable maître. Ceux qui nous instruisent ne
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sont que vos interprètes. C'est de votre part et en votre nom , qu'ils nous parlent ; c'est par votre autorité qu'ils; nous corrigent de nos défauts ; c'est vous qui leur inspirez le zèle dont ils sont animés pour notre avancement. Vous nous ordonnez de les respecter, de les aimer et de leur obéir. Faites-moi la grâce de m'acquitter de tous ces devoirs : donnez-moi un cœur docile pour profiter de leurs sages leçons. Que je respecte en eux votre autorité : si cet assujettissement a quelque chose de pénible , que je le supporte en vue de vous plaire ; que je sente la valeur du service qu'ils me rendent , et que je paye un bienfait si précieux , au moins par le retour d'un sincère attachement , qui facilite mes progrès dans les sciences et dans la vertu , et qui adoucisse l'amertume de» fonctions pénibles qu'ils remplissent pour mou avantage.
Pratique.
Être docile et obéissant à ses maîtres*