XLIX.< LECTURE
Des mauvaises Compagnies*
Discedite à me omnes qui operamini iniquitatem» Eloignez-vous de moi , vous tous qui êtes livrés à Finiquité. Psalm. 6.
Les principales occasions du péché de l'impureté sont les mauvaises compagnies, les mauvaises lectures et les spectacles ; il est nécessaire de vous en faire connoître le danger , afin que vous les évitiez: je commence parles mauvaises compagnies. Rien n'est plus dangereux pour vous , mon cher Théophile , que la société des libertins, qui ont perdu la crainte de Dieu et le sentiment naturel de la pudeur , et qui portent les autres à commettre le mal , soit par leurs discours , soit par leurs exemples. Si vous fréquentez ces sortes de personnes , elles deviendront l'écueil de votre vertu. Le Saint-Esprit vous avertit souvent dans l'Ecriture, de fuir les méchans et de rompre Jout commerce avec eux. Voici les paroles qu'il vous adresse lui-même : « Mon fils , si les méchans veulent vous attirer » à eux , ne les écoutez pas; s'ils vous disent, ve- » nez avec nous , prenez bien garde de les suivre ; » si vous les fréquentez , vous de vien drez bientôt y> aussi méchant qu'eux. » Mépriserez-vous cet avis, mon cher Théophile? Instruit par la vérité même que le vice est une maladie contagieuse , que les méchans répandent cette contagion sur ceux qui les approchent, qu'en les fréquentant
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on s'accoutume à penser , à parler et à agir comme eux , vous exposerez-vous à contracter , dans leur compagnie des habitudes vicieuses , et à périr avec eux? Voudriez-vous vivre avec des pestiférés? Non, sans doute, vous appréhenderiez d'être bientôt attaqué de leur maladie; conduisez-vous de la même manière avec ceux dont les discours et les exemples ne tarderoient pas à infecter votre âme , et à lui donner la mort. Les mauvaises compagnies sont la peste de l'âme. Comme ceux dont les entrailles sont gâtées communiquent, par leur haleine , la corruption de leur corps , de même les médians communiquent, par leurs entretiens , la corruption qu'ils portent au fond de leur cœur : car , de quoi s'entretient-on dans la société des jeunes gens livrés à leurs passions? Quel est le sujet ordinaire de leurs conversations , quand ils se trouvent en liberté? Il faut vous l'apprendre , mon cher Théophile ; on y parle de tout ce qui peut flatter les passions : tout ce que l'on a vu , tout ce que l'on a entendu de scandaleux , on le raconte avec complaisance ; on s'y permet quelquefois les ptoposies rôtus licencieux ; on va même jusqu'à ^e glorifier de ses désordres , jusqu'à s'en attribtrar-qpié l'on n'a point commis. La pudeur y est tournée en ridicule : la piété y devient un objet de mépris et de dérision. A quel danger n'est pas exposé alors un jeune homme encore vertueux , s'il ne prend aussitôt la fuite , et s'il ne se sépare d'une compagnie si pernicieuse ! Le venin du péché entre dans son cœur ; d'abord une mauvaise honte le retient : il n'a pas le courage de reprendre ceux qui offenssent Dieu , et de s'opposer au mal qu'ils font ; il craint de leur
déplaire ou d'en être moqué , s'il ne fèrît pas comme eux; peu à peu il se familiarise avec ce quiluifaisoit horreur auparavant; il se livre aux mêmes désordres , et il finit par rougir de son ancienne modestie. N'est-ce donc pas avec raison que saint Augustin s'écrie : Oh ! que la compagnie des méchans est une chose pernicieuse ï Il l'avoit éprouvé lui-même dans sa jeunesse ; l'exemple de ses condisciples l'avoit entraîné dans le crime ; c'est lui-même qui le raconte dans ses Confessions. « Je me souviens , dit-il , que » je n'aurois jamais commis ce crime , et que » je n'en aurois pas même été tenté , si j'avois » été seul. Oh ! que l'on est ennemi de soi-mê- » me, quand on lie amitié avec les méchans ! » A quoi une telle amitié peut-elle conduire , si » ce n'est à renverser la raison au delà de ce » que l'on peut croire ? car dès que quelqu'un » de la troupe avoit dit : allons , faisons cela , t> il n'y en avoit pas un qui ne suivît , et qui n'eût t> honte de n'avoir pas perdu toute honte. » Vous *oyez , mon cher Théophile , à quels excès conduisent les mauvaises compagnies. Fuyez-les donc, je ne cesserai de vous le répéter; fuyez la société des méchans. L'ami des pécheurs deviendra semblable à eux; celui qui aime le danger y périra. L'éducation la plus chrétienne, l'innocence la plus pure ne vous sauveront pas ; vous ne devez pas compter sur votre vertu , ni sur vos résolutions : il ne faut souvent qu'une mauvaise conversation pour ébranler , pour renverser la vertu la plus affermie. « Le sage, ditl'E- » criture , craint et se détourne du mal ; l'insensé » se croit en sûreté , et il périt. » Je vous conjure donc, avec l'apôtre saint Paul , de vous
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séparer de ceux de vos frères qui se conduisent d'une manière déréglée.
J'en prends la ferme résolution devant vous , ô mon Dieu ! Je me retirerai de la société de tous ceux dont la conduite est dérangée : en vain m'attireront-ils par les apparences trompeuses de la douceur et de l'amitié ; cette douceur n'est qu'un piège qu'ils me tendent pour m'entraîner avec eux dans l'abîme du vice; ils ne cherchent qu'à me communiquer le venin dont leur cœur est infecté. Peu contens de vous offenser , ô mon Dieu ! ils s'efforcent de multiplier les complices de leurs désordres : railleries , discours impies , mépris de la vertu , ils mettent tout eu œuvre pour détourner les autres de votre service. Pourrai-je avoir quelque liaison avec eux sans m'exposer à me perdre avec eux ? Hélas ! Seigneur , je ne suis déjà que trop porté au mal par le penchant de la nature corrompue ; que seroit-ce donc , si j'y étois encore poussé par un mouvement étranger ? Je veux , au contraire , chercher un appui à ma foiblesse dans la société des personnes vertueuses; je n'aurai pour amis que ceux qui vous craignent et qui vous aiment.
Pratique.
Fuir les mauvaises compagnies.