‹ Doctrine chrétienne en forme de lectures de piétéChapitre 60 sur 94 · LXIX.« LECTURE · texte numérisé non relu

LXIX.« LECTURE

De la Gourmandise.

Noli esse avidus in omni epuiatione Sanitas est

animœ et corporis sobrius potus;

Ne soyez point avïde dans vos repas... La tempérance est la santé de l'âme et du corps. EccL 3i. 37.

JLa gourmandise est un amour déréglé pour le boire et le manger. II n'est pas détendu de sentir du plaisir en mangeant et en buvant ; c'est par une sage prévoyance , que Dieu a assaisonné d'un sentiment agréable l'usage des alimensqui sont nécessaires pour conserver notre santé et notre vie; mais on abuse de ce bienfait , quaad

5oo Doctrine Chrétienne.

on ne recherche que le plaisir seul. Il faut manger et boire pour vivre , et non pour flatter la sensualité : on ne doit se proposer dans cette action , que de satisfaire le besoin , afin d'être en état de remplir ses devoirs et de servir Dieu , suivant cette parole de l'apôtre : « Soit que vous » mangiez, soit que vous buviez , faites tout » pour l'amour de Dieu. » Pour observer cette leçon de saint Paul, il faut, dans les repas, ne point songer à contenter le corps; mais à suivre l'ordre de Dieu , qui veut que nous conservions notre vie ; n'y chercher que la satisfaction des sens , c'est gourmandise , c'est faire un Dieu de son ventre , selon l'expression du même apôtre 9 c'est un vice indigne de l'homme ; il appesantit l'âme', il abrutit l'esprit , il ruine la santé et abrège la vie. « La gourmandise tue plus » d'hommes que l'épée , a dit un ancien. » La gourmandise produit l'intempérance , parce qu'elle porte à manger et à boire avec excès , et quelquefois jusqu'à perdre la raison. Cet excès est horrible ; il dégrade l'homme , l'avilit i et le met même au-dessous de la bête. Aussi les honnêtes gens ne sont-ils pas sujets à ce vice grossier ; il suffit d'avoir de l'éducation et des sentimens, pour l'éviter avec soin. Elle produit la sensualité , qui consiste à rechercher des mets exquis et délicats , ou à prendre des choses que l'on sait être nuisibles à la santé , parce qu'elles flattent le goût , ou enfin à manger avec avidité des viandes communes. Quel désordre en effet , quel renversement, que de faire servir à détruire la santé , ce qui était destiné à l'entretenir ! Quelle honte pour un homme raisonnable , de se laisser dominer par la sensualité , au lieu d'en réprimer

Djêcàlogue. 3oi

les mouvemens! Ne soye& donc jamais avide dans les repas , mon cher Théophile , et ne vous jetez pas sur toutes les viandes ; car l'excès des viandes cause bien des maux , ajoute le même auteur sacré. La gourmandise produit encore le mépris des lois de l'Eglise. Quand on est livré à ce vice , on n'est guère disposé à pratiquer les jeûnes et les abstinences que l'Eglise ordonne ; on ne sait ce que c'est que de se mortifier ; les lois qui prescrivent certaines privations , paroissent un joug insupportable ; on cherche des prétextes pour s'en dispenser , et l'on en vient non- seulement à violer le précepte du jeûne , mais encore à user sans scrupule des viandes défendues. Enfin la gourmandise produit la dissension. C'est du sein de l'intempérance que naissent les querelles , les emportemens et les violences : nous en avons , dans l'Ecriture , un tableau frappant , que le Saint- Esprit a tracé lui-même, \oici les propres termes dont il s'est servi : « A qui dira-t-on mal- » heur? pour qui seront les querelles ? pour » qui les précipices et les chutes ? pour qui les » blessures , si ce n'est pour ceux qui passent » le temps à boire , et qui mettent leur plaisir à » vider les coupes? » (Prov. 23. ) Ayez une vive horreur d'un vice si indigne d'un homme , et encore plus d'un Chrétien , mon cher Théophile ; pratiquez daijs tous vos repas la sobriété chrétienne , cette V/Crtu qui nous règle dans le boire et dans le pianger, selon la nécessité ; cette vertu qui rend le corps plus robuste , et qui prolonge la vie : veillez beaucoup sur vousmême , pour ne point passer les bornes du besoin dans une action qui d'elle-même tend à

3o2 Doctrine Chrétienne.

contenter la nature. Un Chrétien regarde la nourriture comme un remède : il n'écoute ni l'avidité, ni la sensualité; il évite la délicatesse et la recherche de ce qui flatte les sens ; en un mot, il pense à imiter Jésus- Christ , quia bien voulu s'assujettir à cette action humiliante , pour nous y servir de modèle ; il a toujours présent à l'esprit cet avis salutaire qu'il nous a donné : « Veillez avec attention sur vous-mêmes , de » peur que vos cœurs ne s'appesantissent par » l'excès des viandes et du vin , et que le jour » du Seigueur ne vienne vous surprendre tout- » à-coup. » Le moyen le plus propre à nous rappeler les règles de la sobriété , et nous donner la force de les suivre , c'est de faire avec piété la prière qui se dit avant et après le repas. N'y manquez jamais , mon cher Théophile ; par là vous attirerez la bénédiction de Dieu sur vous, et vous obtiendrez la grâce de ne point l'offenser.

C'est à votre bonté paternelle , ô mon Dieu ! que nous sommes redevables de toutes les choses nécessaires à la vie : vous ne nous les accordez que pour entretenir et réparer nos forces. Si vous attachez du plaisir à l'usage des alimens , ce n'est qu'une sage condescendance , c'est afin que nous n'ayons pas de répugnance à prendre la nourriture qui nous est nécessaire ; mais en user pour le seul plaisir j passer les bornes de la nécessité , c'est tourner votre bienfait contre vous-ipême , c'est employer à vou& offenser ce qui ne devroit qu'exciter notre reconnoissance. Ne permettez pas , ô mon Dieu ! que je me rende jamais coupable de cet abus ; faitesmoi la grâce d'user chrétiennement des alimens

Décalogue. 3o&

que votre providence nous fournit , de n'en jamais prendre avec excès , de n'y point chercher à contenter mon goût, mais uniquement le besoin de la nature. Pour obtenir cette grâce , je serai fidèle à sanctifier tous mes repas par la prière. Quoique cette sainte pratique soit aujourd'hui fort négligée , je n'y manquerai jamais, je ne rougirai point d'être Chrétien , et le mauvais exemple ne sera point capable dem'arrêter.

Ne jamais manquer à dire le Bénédicité ei les Grâces.

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